Non, vous n’êtes pas visuel ou auditif…

Vous avez autant de chances de recevoir la visite de la fée des dents que d’apprendre plus vite à peindre un coucher de soleil soi-disant parce que vous êtes une personne « visuelle » !

Jonathan Knowles / Getty images

Qui n’a pas déjà entendu l’affirmation voulant qu’on utilise seulement 10 % de notre cerveau ? Qu’écouter la musique de Mozart rend plus intelligent ou que tout se joue avant l’âge de trois ans ? Que les personnes « cerveau droit » sont plus créatives ? Une autre idée très répandue prétend que l’on est soit visuel, soit auditif, soit kinesthésique (plus sensible au toucher), et que l’on apprend mieux selon ces « styles »…

Toutes ces affirmations sont en fait des neuromythes : de fausses croyances sur le cerveau et l’apprentissage, dont aucune n’est scientifiquement fondée.

Au Laboratoire de recherche en santé cognitive de l’Université Laurentienne, notre équipe s’intéresse tout particulièrement au neuromythe des « styles d’apprentissage » appelés VAK, pour visuel, auditif, kinesthésique. Des enquêtes menées dans 14 pays, dont le Canada, révèlent que 90 % des enseignants croient dur comme fer que leurs élèves sont visuels, auditifs ou kinesthésiques. Et dans un souci de répondre à leurs besoins, ils adaptent leur enseignement selon ce « mirage » des différences individuelles : visionnement d’images ou de diagrammes pour les élèves « visuels », écoute de sons ou de paroles pour les élèves « auditifs », manipulation d’objets pour les élèves « kinesthésiques ».

Des cerveaux uniques ?

À l’origine du neuromythe VAK : l’idée fausse que chaque cerveau se développe différemment, donc que chaque enfant apprend différemment. Oui, il est vrai qu’à partir des 100 milliards de neurones dont dispose le cerveau à la naissance, un réseau unique de connexions synaptiques se développe. Par contre, non, ce développement n’individualise pas entièrement le cerveau au point de le prédisposer à mieux traiter l’information dans une modalité sensorielle dite « dominante ».

En fait, les cerveaux humains possèdent infiniment plus de points communs que de différences. Dans chaque cerveau, les aires sensorielles visuelle, auditive et kinesthésique sont hautement interconnectées. Quand on entend un bruit, non seulement l’aire auditive s’active, mais également les aires visuelle et kinesthésique. Ce transfert intermodal et automatique assure un traitement optimal de l’information.

Sceptique ? Montrez à une amie la photo (modalité visuelle) d’une personne couverte de moustiques. Vous constaterez que votre copine se mettra inconsciemment à se gratter (modalité kinesthésique), sans même le réaliser ! Le véritable fonctionnement du cerveau échappe parfois à nos intuitions…

Aucune preuve scientifique

L’hypothèse selon laquelle on apprend mieux quand l’information est présentée dans son style d’apprentissage « préféré » ou « dominant » a fait l’objet de nombreuses études scientifiques. Aucune, jusqu’ici, n’a réussi à prouver cette hypothèse. Une récompense de 5 000 $ est même offerte à toute équipe de recherche qui parviendrait à démontrer l’efficacité des styles d’apprentissage !

Inoffensifs, les neuromythes ? Pas tant que ça ! Une élève étiquetée « auditive » parce qu’elle excelle en musique pourrait se croire condamnée à apprendre d’une seule et unique façon (avec ses oreilles) et perdre sa motivation pour des matières comme la géographie ou la chimie.

La communauté scientifique a senti le besoin de lancer une mise en garde au monde de l’éducation : les pratiques pédagogiques inspirées des styles d’apprentissage ne reposent sur aucune donnée probante. Malheureusement, l’énergie consacrée par les enseignants à ces méthodes non fondées pourrait retarder l’adoption de pratiques véritablement appuyées par la recherche.

À la recherche de boules à mythes !

Des pistes d’intervention sont explorées pour dissiper les neuromythes auprès des enseignants.

Plusieurs fausses croyances en éducation seraient basées sur une conception simpliste du fonctionnement du cerveau humain. Inclure un cours universitaire de neurosciences dans la formation des enseignants pourrait-il contrer les neuromythes ? Plausible, mais infondé. Suivre un cours améliorerait les connaissances en neurosciences des futurs enseignants, sans pour autant réduire leurs fausses croyances.

Tout n’est pas perdu ! Les textes de réfutation, dans lesquels des arguments scientifiques sont soulevés pour déboulonner les neuromythes, sont prometteurs. Couplés à des réflexions personnelles, ces textes amenuisent ces fausses croyances chez des apprentis enseignants. Toutefois, une question demeure : leur future pratique sera-t-elle pour autant à l’abri des neuromythes ? Rien n’est moins sûr !

Le puissant biais de confirmation

Il ne suffit pas de présenter des preuves scientifiques pour persuader quelqu’un d’abandonner ses convictions profondes. Une attaque de front comme un texte de réfutation scientifique peut même provoquer le contraire et amplifier la fausse croyance. C’est l’effet retour de flamme !

Devant des textes de réfutation, 90 % des enseignants affirment rejeter l’utilité pédagogique des styles d’apprentissage. Pourtant, le tiers ont toujours l’intention d’adapter leur enseignement aux styles de leurs étudiants. Pour se justifier, 89 % des enseignants évoquent leur expérience personnelle (« La science dit que ce n’est pas efficace, mais moi je le constate en classe »).

Pourquoi privilégier les observations anecdotiques au détriment de la science ? Un puissant mécanisme psychologique entrerait en jeu : le biais de confirmation. Une enseignante remarquant qu’un élève apprend mieux à l’aide d’un schéma pourrait y voir la confirmation de son intuition selon laquelle cet élève a un style « visuel ».

Combattre avec des anecdotes !

Notre équipe a conçu une intervention destinée aux enseignants, dans laquelle une anecdote personnelle est créée de toutes pièces. Ils expérimentent donc « personnellement » l’inutilité des styles d’apprentissage.

L’anecdote se veut dissuasive. Il s’agit d’une activité dans laquelle des mots à mémoriser sont accompagnés d’images ou de sons. Si les styles VAK avaient une validité pédagogique, les « visuels » devraient retenir plus de mots avec images que de mots avec sons. Et vice versa pour les « auditifs ». Notre activité est calquée sur des expériences scientifiques réalisées partout sur la planète. Toutes, sans exception, ont échoué à prouver qu’un tel appariement « image = style visuel », ou « son = style auditif », était efficace.

Les résultats d’une première tentative de démystification auprès d’apprentis enseignants ont été publiés dans la revue Neuroéducation. Après avoir participé à notre activité « sons et images », des apprentis enseignants ont constaté que leur mémoire n’avait rien à voir avec leur style VAK préféré. Or, 60 % d’entre eux avaient toujours l’intention d’adapter leur enseignement aux styles de leurs élèves !

Pourquoi une telle résistance ? Et si l’activité était plutôt réalisée auprès d’élèves ? Témoins de l’activité, les enseignants pourraient alors disposer d’une anecdote vraisemblablement plus puissante. C’est l’une des pistes de recherche que nous explorons.

D’ici là, sachez que TOUS les cerveaux humains adorent recevoir l’information dans plus d’une modalité sensorielle ! Cela renforce les connexions synaptiques entre les aires sensorielles. Présenter le matériel à apprendre dans des formats variés demeure donc une pratique pédagogique encouragée, appuyée par la recherche. Et ce n’est pas la fée des dents qui le dit !The Conversation

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Il y a tout de même des types ou des tendances chez les styles d’apprentissage. On s’en rend bien compte. Il ne faudrait pas nier l’évidence faute de preuve scientifique. Oui, les étiquettes peuvent couper des ailes, oui l’eugénisme est dangereux. Chercher la bonne manière d’apprentissage propre à chacun et réaliser les lacunes de l’homogénéité est aussi souhaitable.
Elise Pinsonnault

Monsieur Rousseau,

Vous êtes ici un peu comme le « pharmachien » quand il fait s’écouler le bébé avec l’eau du bain !
Ce sera bien de vous rappeler la faillibilité de la recherche scientifique : sa première caractéristique si souvent escamotée…
Votre titre serait scientifiquement plus nuancé s’il se lisait : « Non, vous n’êtes pas NÉ visuel ou auditif…», et encore souffirait-il de biais de recherche, comme ceux des causes déclenchantes pour les personnes privées de certains sens à la naissance….

Pour l’heure, je vous propose de confronter un peu vos certitudes .
Prenons le cas des personnes devenues non voyantes ou celui des non-voyants de naissance.
Nieriez-vous que leur handicap, couplé à la plasticité cérébrale, compense synaptiquement (et non systématiquement) leur déficit visuel par :
1- un accroissement de leur acuité auditive;
2-un accroissement de leur acuité perceptivos-ensorielle ?

Simplement pour vous suggérer que le vaste univers propose ou impose des conditions environnementales ou de vie qui contribuent au développement synaptique de nos sens et de nos fonctions qui font que l’on peut devenir plus visuel ou plus auditif ou plus kinesthésique.
Cela rend vrai que « Présenter le matériel à apprendre dans des formats variés demeure donc une pratique pédagogique encouragée, appuyée par la recherche. (… ce qui) renforce les connexions synaptiques entre les aires sensorielles. »

Admettons, il ne faut pas que ce soit la fée des dents qui le dise… Non plus que le bonhomme sept-heures du réductionnisme scientifique : heureusement, le cerveau humain est plus brillant que cela !

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Le plus surprenant dans tout cela est la résistance des fausses croyances. Même après avoir constaté que leur capacité de mémorisation n’avait rien à voir avec leur style d’apprentissage, 60 % des enseignants avaient toujours l’intention d’adapter leur enseignement aux styles «présumés» de leurs élèves ! Décidément, l’ignorance a la «couenne dure»!

Scientifiquement vôtre

Claude COULOMBE

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