Nos armes contre la grippe

La lutte contre le virus grippal mutant H1N1 devrait nous rappeler à tous combien il fait bon vivre au 21e siècle. Et je n’ironise pas.

Les antiviraux, les labos qui permettent de suivre la mutation des virus, les ordinateurs qui facilitent les échanges entre chercheurs, les antibiotiques qui combattent les complications de la grippe… tout cela constitue un arsenal formidable. Qui devrait nous rassurer.

Jamais dans l’histoire du monde l’espèce humaine n’a été aussi prête à faire face au dernier des grands prédateurs qui la menace, le seul à pouvoir tuer en peu de temps des millions de gens : un virus.

Devant les microbes, nous ne sommes plus seuls comme nos ancêtres l’étaient. Un solide réseau de surveillance est en place partout sur la planète. Il vient de faire ses preuves.

Dès les premiers jours, ce réseau a identifié le nouveau virus, sonné l’alarme, émis des recommandations, envoyé des échantillons dans des labos disséminés sur tous les continents, pour découvrir ce que ce mutant avait dans le ventre.

Pourquoi ce fichu virus entraînait-il dans certains pays des complications mortelles et causait-il de banales grippes dans d’autres ? On ne meurt pas de la grippe. Il faut le redire. On meurt de ses complications. Selon la force de l’arsenal de défense dont dispose chaque être humain, et surtout selon la force du réseau de santé qui vient à son aide, la bataille sera inégale.

À moitié porcin, un quart humain et un quart aviaire, le H1N1 était jugé imprévisible. Et donc dangereux.

Dans plus d’une centaine de pays, notamment au Canada, les réseaux d’alerte sanitaire ont fonctionné. Le Mexique a pris des mesures courageuses et extraordinaires, de la fermeture des écoles à celle des restaurants, pour limiter la contagion, au prix de lourdes conséquences économiques.

À la télévision et à la radio, des responsables nationaux et internationaux calmes et efficaces, ne minimisant pas la menace, ont répondu avec rigueur à toutes les questions. On était loin de la confusion des premiers jours du SRAS, en 2003, ou même de la grippe aviaire, en 2005. La ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a fait un parcours sans faute ces dernières semaines.

Alors pourquoi avons-nous peur ?

Parce que nos cerveaux utilisent deux « programmes » : appelons-les Émotion et Raison. Le premier, Émotion, remonte à la nuit des temps. Un homme préhistorique voit un lion. Il fuit. Sa peur est constructive, car elle le garde en vie. L’espèce humaine doit sa survie à ces peurs qui nous poussent à nous inquiéter, à agir, à trouver des armes pour nous défendre. Nos peurs sont saines, mais notre cerveau — le programme Raison — en arrache à évaluer le risque réel dans nos sociétés modernes. Car notre instinct nous vient plus de la chasse au mammouth que de la traque au H1N1.

Nous devons faire face à des menaces modernes avec un cerveau d’un autre âge, explique le journaliste canadien Dan Gardner dans un livre fascinant intitulé Risk : The Science and Politics of Fear, dont la traduction française, Risque : La science et les politiques de la peur, paraîtra le 13 mai prochain aux Éditions Logiques. Cliquez ici pour en lire un extrait.

Des mots comme « pandémie » nous alarment. On voudrait fuir.

Pourtant, pour un scientifique, une pandémie n’est pas nécessairement une catastrophe. Une maladie contagieuse qui touche un grand nombre de personnes sur un vaste territoire est une pandémie. Qu’il y ait des morts ou pas. Monsieur Tout-le-monde, lui, entend « pandémie » et imagine l’hécatombe. La grippe espagnole de 1918, avec ses millions de morts, fut une pandémie atypique ! Nos ancêtres n’avaient ni antiviraux ni antibiotiques pour lutter contre ses effets.

Ce qui ne veut pas dire qu’il faille banaliser la menace. Pas question d’aller travailler si vous êtes malade. Utilisez les lignes téléphoniques d’information ou consultez les sites Web des réseaux de santé publique. Suivez les conseils d’hygiène.

Au cours des prochains jours, dans bon nombre de labos, des chercheurs devront décider quel vaccin contre la grippe préparer pour l’an prochain. Leurs décisions seront cruciales. Le nouveau virus H1N1 est là pour de bon. L’ouragan qu’il a déclenché va souffler au moins un an sur la planète, avec plus ou moins de force selon les pays, disent les épidémiologistes. C’est l’hiver prochain que notre hémisphère pourrait subir son véritable test, lorsque la saison de la grippe reviendra chez nous. Nos meilleures armes contre le H1N1 restent nos cerveaux. Ceux des chercheurs qui, dans les labos, prépareront un vaccin. Et les nôtres. Servons-nous-en.

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