Notre semaine sans écrans 

Des ados peuvent-ils survivre à une semaine sans tablette ni ordinateur ? J’ai fait le test.

Photo: Christian Blais

Mes fils risquent-ils de glisser sur la pente de la dépendance aux écrans ? Âgés de 12 et 15 ans, ils passent chacun environ 30 heures par semaine à mener d’épiques combats virtuels contre des joueurs qui vivent à l’autre bout de la planète ou à regarder compulsivement des vidéos sur YouTube. Dès qu’ils ont un instant de libre, c’est vers la tablette ou l’ordinateur qu’ils tendent la main. Les écrans ne sont pas un divertissement parmi d’autres. Ils sont des objets de désir.

« Le premier matin, un samedi, mes ados étaient complètement désœuvrés. »

Peter C. Whybrow, directeur de l’Institut Semel des neurosciences et du comportement humain à l’Université de Californie à Los Angeles, n’hésite pas à parler de « cocaïne électronique » pour décrire l’effet sur le cerveau de ces appareils connectés à Internet, qu’il s’agisse des jeux en ligne des ados ou des téléphones intelligents de leurs parents.

J’ai privé mes enfants de leur drogue numérique pendant une semaine — avec leur accord —, curieuse de savoir s’ils pourraient s’en passer. J’ai moi aussi mis de côté les écrans en dehors des heures de travail.

Le premier matin, un samedi, mes ados étaient complètement désœuvrés. Après quelques jérémiades, Louis, le plus jeune, a fini par aller chercher du carton et le pistolet à colle pour réaliser un bricolage… qui est rapidement tombé à l’eau. « Si on pouvait trouver des idées sur YouTube, au moins », a-t-il soupiré.

Voilà. Sa génération n’a pas connu la vie sans Internet, ce qui a ses bons et ses mauvais côtés. Les jeunes n’ont jamais été aussi en sécurité physiquement, car ils passent leur temps libre en ligne plutôt qu’à sortir, boire, fumer et avoir des relations sexuelles comme le faisaient les générations précédentes, selon les données analysées par Jean M. Twenge, professeure de psychologie à l’Université d’État de San Diego. Mais ils se sentent plus seuls qu’avant, s’inquiète-t-elle dans un article intitulé « Have Smartphones Destroyed a Generation ? » (les téléphones intelligents ont-ils bousillé une génération ?), publié récemment dans le magazine The Atlantic. Vertement critiqué pour son ton alarmiste, cet article fait tout de même réfléchir.

Contrairement à beaucoup de leurs amis, mes enfants n’ont pas encore de téléphone cellulaire (je sais, je ne pourrai plus résister très longtemps), ce qui a sans doute facilité notre semaine sans écrans. En cette première matinée, j’avoue que j’ai moi-même beaucoup de mal à réprimer mon envie de vérifier si j’ai reçu des notifications, des textos ou des appels.

Après le bricolage avorté, Louis a enfin une idée qui l’emballe : aller faire de la planche à roulettes dans un centre situé à quelques kilomètres de la maison. Génial ! Mon premier réflexe ? Sortir mon téléphone pour connaître les heures d’ouverture, les tarifs et le trajet pour s’y rendre. J’hésite un instant. Comment on faisait, déjà, avant d’avoir ces bidules électroniques ? Je pourrais téléphoner… mais je n’ai plus d’annuaire. Trouver une carte du réseau de transport de la ville ? Pfft… Tant pis. Il n’est même pas midi, jour 1 du défi, et j’enfreins déjà la règle. Heureusement, parce que je découvre que le centre est fermé ! Il faut trouver autre chose.

Peu à peu, mes fistons apprivoisent l’ennui. Louis fait tourner le globe terrestre (auquel il n’a pas touché depuis des années) et cherche le méridien de Greenwich. Il propose de cuisiner des biscuits et s’exécute. Son grand frère Victor va chercher des matériaux de construction pour un projet de rénovation qu’il réalise avec son père. Il va ensuite faire du vélo avec un ami. Il y a de l’espoir…

« Au lieu de s’inquiéter du temps passé sur les écrans par les ados, il faudrait peut-être se préoccuper des parents qui s’intéressent davantage à leurs appareils électroniques qu’à leurs enfants. »

Au fil des jours, la détox s’avère efficace. Victor et Louis sont plus enthousiastes, me semble-t-il. Ils voient davantage leurs amis. Ils rigolent ensemble et me jouent des tours. Ils lisent des magazines. À l’heure du souper, ils me racontent leur journée. « On dirait que c’est plus intéressant que d’habitude de faire mes devoirs », m’annonce Victor le mardi soir. « Ça te fait quelque chose à faire », se moque son frère. Victor acquiesce, en précisant que c’est aussi pour le défi intellectuel. « J’aime ça, ce qu’on étudie en sciences cette année, le tableau périodique, la composition de l’atome… » Je crois rêver.

Ironie du sort, c’est l’école qui forcera Louis à briser la règle de la semaine sans écrans. Il a une recherche à effectuer sur le parc national Banff et doit préparer une présentation PowerPoint pour un exposé oral dans quelques jours. Il est 19 h, la bibliothèque municipale est fermée. Je lui prête mon ordinateur pour deux heures.

Au cours de cette détox, je n’ai pris Victor en flagrant délit qu’une seule fois, en train de jouer à Clash Royale. Plus tard, c’est lui qui m’a pincée au moment où je répondais à des textos. Et deux fois plutôt qu’une.

Cela m’a fait penser à la conclusion d’un article publié dans le magazine en ligne JSTOR Daily, en réponse à celui de The Atlantic. Au lieu de s’inquiéter du temps passé sur les écrans par les ados, il faudrait peut-être se préoccuper des parents qui s’intéressent davantage à leurs appareils électroniques qu’à leurs enfants.

Et si on prenait le temps d’en parler ?

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Juste pour préciser j’ai 18 ans, j’ai déjà fais le test du « une semaine sans ecrans » et j’ai réussis. Je ne suis pas dépendant, hier j’ai joué en ligne à Call of Duty: WW2 et GTA V durant plus de 30 heures durant les 2 derniers jours . J’ai joué avec mes amis du secondaire. Je me suis amusé, j’ai bien ris, des fois ça m’arrivais d’être frustré puisque je mourrais ou un de mes coéquipiers échouait la mission. Je game pendant mes vacances et les fins de semaine. J’ai vois mes amis en personnes aussi. Je ne considère pas ça comme une dépendance, car tout le monde est accro au sommeil quand on y pense, c’est un besoin… Mais moi gamer j’aime ça, alors arrêtez de banaliser la cyberdépendance, il y a tout sur les cellulaires, c’est selon moi comme un canif, il y a plein d’outils/utilités alors servez-vous en pour leur avantages et non pour leur inconvénients. En tout cas merci de lire au complet, je dois aller gamer, bye 🙂

P.S. Ma mère ma envoyer un courriel menant à cet article

Le problème avec l’internet et les jeux vidéos, c’est que la personne perd sa créativité. Cet article le montre bien. Sans écran, que fait-on? On est comme perdu…
Avec la baisse de créativité, il y a une perte d’intérêt envers autre chose que l’écran. Les gens qui sont scotchés à leurs écrans souvent ne lisent plus. Ils ne sont pas au courant de l’actualité, de ce qui se passe dans le monde. Ils ne sont plus intéressés à accroitre leurs connaissances, à développer un quelconque talent artistique, ou même simplement à jouer sans écran.
Je parle aussi en connaissance de cause, parce que j’ai aussi ce problème. Ça me mène souvent à remettre à plus tard, parfois aux calendes grecques, certains projets que je considère importants…

Je crois qu’il faut arrêter de dire que maintenant est pire qu’avant.. je crois seulement que le type d’écran a changé. J’ai 28ans (1989) et ma famille avait un ordinateur quand j’avais 5ans. J’ai évidemment passé de nombreuses heures sur celui-ci tout au long de ma vie, étant plutôt accros dès l’âge de 13-14ans avec l’arrivée des Sims et de MSN qui était ouvert en permanence. Nous avions évidemment aussi la NES, la SNES et le N64. Les études semblent toujours oublier qu’avant l’ordinateur ou le cellulaire, c’était la télévision le principal moyen de divertissement. Chez moi, je passais mes étés devant la télévision et j’allais parfois jouer dehors avec mes amis… et parfois jouer au Nintendo chez eux. Depuis aussi loin que je me souvienne, mon père y a toujours été accros. Dès qu’il rentre du travail, il en prend le contrôle et s’endort dessus jusqu’à ce qu’il aille se coucher. Le matin c’est la météo, les nouvelles, les émissions pour enfant. La fin de semaine, elle était sans cesse ouverte. Maintenant c’est la même chose pour moi. Je n’ai pas le cable depuis dix ans, mais je regarde tout ce que j’ai envie de regarder des heures durant sur Netflix ou en streamant. Est-ce que le problème est alors en public? Sans doute plus… mais il serait important que les études prennent en considération l’importance que le divertissement (ou l’activité de ne pas penser) a dans nos vies depuis des décennies.

Nous avons fait une semaine sans écrans par mois, donc à tous les 4 semaines = sans écran, plusieurs mois. Nous avons un garçon qui est problématique, il est accro aux écrans. Nous avions essayé toute sorte de gestion, mais celle-ci est la meilleur. Maintenant, il n’y a plus de gestion, il adore toujours les écrans, mais il fait des activités physiques qu’il aime plusieurs fois par semaine, donc moins de temps libre/écran, par contre beaucoup plus de temps de maman ou papa à courir les différents cours. Lors de semaine sans écrans, leur imagination-créativité reviennent, leur enfance aussi.

Pour répondre a votre article je vous fais parvenir la lettre que j’avais envoyée à Monsieur Taillefer après avoir visionnée BYE.

Bonjour Monsieur Taillefer, votre témoignage sur la mort de votre fils, m’a bouleversé le sentiment le plus noble que j’ai : l’amour pour mes enfants.
Avant de commencer, j’aimerais vous mettre au curant que la maîtrise écrite de la langue française laisse à désirer, cette année ca va faire 20 ans que nous habitons Québec ; la langue française nous l’avons apprise pendant le 3 mois de francisation et après en travaillant. J’ai fait ce choix pour garder mes idées tel qui surgisses, pas en leur apportant la correction, qui je suis consciente s’avère nécessaire.
Monsieur Taillefer, ce reportage m’a amenée à me poser plus de questions sur la place qu’on laisse aux jeux vidéo prendre dans la vie de nos enfants.
Je suis mère de 2 enfants, Casimir, 10 ans et Mara 2 ans. J’avais le sentiment que le jeu video ne serait pas un bon passe temps, mais jusqu’à la dépendance jusqu’au suicide! Ca fait peur! Un enfant sur 10, c’est énorme et cela ne fait que commencer.
Dans notre famille, nous essayons le plus possible de garder un équilibre, manger sainement la plus part du temps, faires des activités avoir des bons amis. Je cherche une équilibre face a la technologie aussi, mais je me sens impuissante et dépassée, je sens que Casimir nous échappe entre les doits vers ce monde virtuelle. C’est très difficile de lui faire faire des activités mais avec beaucoup d’effort je réussi, chaque fois que je le fait sortir de la maison c’est une victoire.
Je vous l’avoue que avant la naissance de Mara je faisais beaucoup d’efforts pour occuper Casimir autrement, maintenant mes effort faut le partager pour le deux.
Monsieur Taillefer, notre rôle d’adultes et de parents nous oblige qu’on fasse les meilleurs choix pour leur développement global et les guider vers une évolution saine dans la société. Je salue votre geste concernant les mesures que vous avez mis en place contre le suicide et contre la maladie mentale; mais je croix qu’il faut aller chercher plus profondément que cela, aller a la racine de la cyberdépendance. C’est triste et dommageable pour nos enfants, pour nous les parents et implicite pour la société. Quand nous perdons nos enfants, je croix : nous perdons le sens de la vie jusqu’à l’essence de la vie en en soi. Ce qui ce passe sous nos yeux aujourd’hui C’EST GRAVE, C’EST MONSTRUEUX. C’est la mort sans aller à la guerre; c’est une guerre silencieuse et fulgurante qui nous hante sans la voir venir. Elle est hypocrite, elle s’attaque aux plus vulnérables, nos enfants, elle nous enlève un sur 10 de nos enfants, c’est trop, beaucoup trop.
Je suis consciente que nous ne pouvons pas mener une lutte directe contre cette industrie et faut lui reconnaitre aussi les aspects positifs; mais nous pouvons mener un combat alternatif et ce combat concerne tous les parents.
Depuis que j’ai eu mes enfants, je me question quotidiennement sur leur éducation, sur leur développement. Nous essayons de leur offrir de nos mieux pour que leur passage soit le plus heureux possible.
Depuis la naissance de ma fille je me sens dépassée, j’éprouve un sentiment de manquement quelque part, je ne réussi plus à mettre en place tout ce que je connais pour leur éducations. En ayant juste Casimir je me sentais en control. Au début je mis cela sur mon âge, bientôt 44, je me suis dit que je mangue d’énergie ou la performance; jusqu’au jour que j’attendu Boucar Diouf dire : « Chez nous on dit : Ca prend un village pour élever des enfants. » Les roumains disent aussi : « Qui n’as pas des aînés qu’il se les achète ».Et voila ou se trouvais mon sentiment d’impuissance, les grandes parents qui peuvent nous donner de l’aide et de fois un peu de répit. Voila notre manquement social général je dirais, l’interaction des jeunes avec les aînés. Nous avons des aînés qui seront prêts je suis certaine a nous aider dans l’éducation de nos enfants. Nos aînés peuvent apporter aux enfants leur expériences, leur soutien, leur sagesse, leur connaissance et aux parents du répit. L’espace qu’on laisse aux enfants aux jeux nous pourrons le remplir autrement. Dans les écoles, leur locaux sont libre la fin de la semaine. Pourquoi pas ne pas mettre en place un programme de service de garde de la part des aînés ou de programme de jumelage pour aller a la bibliothèque ou simplement la surveillance dans les parcs?
Nos enfants après l’école c’est rarement qui sont entourés d’autres enfants, ils ont besoin d’échanger avec des enfants de leur âge. Je croix que le jeu vidéo leur donne cette opportunité, d’échanger avec des enfants de même âge. Le jeu sait le gratifier aussi, ce que nous avons oublié, nous avons oublié à les gratifier autrement que de les inciter à la consumation de toute sorte. Voila les messages qu’on le transmet et ils le reçoivent très bien même. Moi personnellement comme adulte je me sens dépassée par la technologie, je me sens dépassée par quoi ils consomment. Nous leur disons que c’est mal saine, ils ne comprennent pas, sont avec leurs amis, ils échangent, ils discutent, ils se sentent valorisé, ils jouent toute simplement, le jeu leur offre la compétions, ils reçoivent des prix c’est tout a fait normal tout a fait naturel, mais pas dans le monde virtuel, et ce cela qui faut leur faire comprendre cela qui faut leur montrer : la différence entre le 2 monde.
Je pense que la grande majorité des parents se sont posé des questions sur l’impact du jeu video dans la vie de leurs enfants. Cette réalité est trop récente, l’évolution a été trop rapide, nous avons eu nullement droit a une adaptation.
C’est une lutte qui me concerne directement contre cette nouvelle drogue, le monde virtuel, qui est a la porté de tous, nous l’avons reçu bras ouverts dans nos maisons, sans se poser de questions sur l’impact qui peut avoir sur la vie de nos enfants, sur nos vies. C’est à nous de corriger la situation.
Nous disposons d’une grande ressource, l’humain en soi, sa créativité, ses idées. Faut trouver comment la faire sortir comment la capter et comment l’utiliser pour la société. Je déplore les systèmes de gouvernances actuelle, n’importe de quel pays, nous devons se faire attendre plus facilement.
Aujourd’hui nous sommes privilégié de assister a la plus grande révolution humaine, faisons en sorte que ce que va nous rester comme héritage de cette mouvement de masse soit en grande partie positif et constructif.
Je vous pris de recevoir nos sincères salutations, nos sincères espoirs.
Camelia Boamfa Comsit, Casimir, Mara et leur papa.