Nous et le Black Lives Matter

Nos institutions sont en retard. Et c’est pour ça que ça prend des mouvements. C’est pour ça que la pression est nécessaire. C’est pour ça que les manifs, les dénonciations, les hashtags sont importants. 

Photo : L'actualité

Je regarde ma copine qui fait des publications sur le mouvement Black Lives Matter. Elle est Blanche. Son chum est Noir. Ils ont quatre enfants. Métissés. Je sais qu’elle doit avoir des conversations avec ses enfants que je n’ai pas à avoir avec les miens. Je sais qu’elle a moins de degrés de séparation avec le mouvement que j’en ai. Je sais qu’elle a des inquiétudes que j’ai le luxe de ne pas avoir. Et Dieu sait que les mamans s’inquiètent.

Je regarde mon fils qui joue au foot avec son bon ami qui lui aussi est métissé. Je le regarde dans ce même camp de foot où l’entraîneur est Noir. Je regarde Ru Paul’s Drag Race sur Netflix, un concours de drag queens très culturellement diversifié, je regarde une autre émission sur le mariage où plein de couples n’ont pas la même couleur de peau… Et l’amour, bien sûr, triomphe.

Bref, je regarde plein de situations autour de moi où énormément de gens se foutent bien de la couleur de peau des autres. Et je m’essouffle. Je m’essouffle parce que je me demande combien on est à vivre quotidiennement des situations où on est mélangés et où ça se passe bien. Combien on est à savoir profondément qu’une fois que l’on connaît les gens, on se rend bien compte qu’on est tous pareils. On dirait que souvent, le public sait et vit intimement des choses que nos institutions et nos systèmes ne traduisent pas. Que les situations de pouvoir effacent l’intime.

Nos institutions sont en retard. Et c’est pour ça que ça prend des mouvements. C’est pour ça que la pression est nécessaire. C’est pour ça que les manifs, les dénonciations, les hashtags sont importants. Pour remettre les pendules à l’heure. Pour s’assurer que partout les chances sont égales et que ce que l’on est un paquet à savoir individuellement se traduit aussi dans le collectif. Sinon, ça ne compte pas. Ça ne suffit pas.

C’est d’une très grande injustice que d’être jugé pour quelque chose d’aussi banal que la couleur de sa peau, et je pense que si je vivais dans la vie de ma copine, au-delà de ma peur, ce qui me déprimerait serait qu’on s’arrête à quelque chose d’aussi vain pour connaître mes enfants. Qu’ils doivent passer toute leur vie avec le fait que l’on remarque un trait qui, au fond, n’a pas grand-chose à voir avec la complexité de l’être qu’ils sont. C’est le luxe des Blancs, du moins ici, de ne pas se faire remarquer par leur couleur de peau. C’est le luxe des hétérosexuels aussi, de ne pas avoir à expliquer qui ils aiment. C’est le luxe des hommes qui se pointent sur scène pour faire de l’humour de ne pas se faire reconnaître par le fait qu’ils sont des hommes. Toutes ces situations constituent un privilège, celui de ne pas avoir à laisser une seule caractéristique définir entièrement qui l’on est. D’avoir droit à une carte de visite qui est notre personnalité, notre identité, sans que celle-ci soit d’abord cartée par notre couleur de peau, notre orientation sexuelle ou notre genre.

C’est en effet un grand privilège et j’espère que les mouvements en place ne s’arrêteront pas avant que tout le monde en jouisse. Comme deux bonshommes heureux de ne pas être de la même couleur sur le top d’un gâteau de mariage.

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Oui, biologiquement nous sommes tous pareils, homo sapiens. Sauf qu’il y a aussi les ethnies qui se caractérisent par la culture et la langue et c’est là où le bât blesse. On n’est pas tous pareil, on pense différemment selon notre ethnie. Les Autochtones ne sont souvent pas visibles à l’œil nu, par la couleur de leur peau, mais leurs ethnies sont très différentes de la nôtre et cela gêne beaucoup de nos compatriotes qui réagissent souvent avec xénophobie et ethnocentrisme.

Par exemple, la pensée autochtone est généralement circulaire alors que la pensée occidentale est linéaire; pour l’Autochtone, c’est le groupe qui prime alors que pour l’occidental c’est l’individu (d’où les chartes des droits très individualistes). Quand on vit en milieu autochtone on se rend compte que la famille et les relations sont ce qu’il y a de plus important alors que dans notre société c’est l’individu, le «je me moi». Ce ne sont là que quelques exemples et il y a beaucoup plus de différences et ce qui est fascinant quand on a la chance d’interagir avec nos frères et sœurs autochtones, c’est de voir le monde différemment. Cela a changé ma vie.

Mais chez nous, en général, c’est inacceptable car tout le monde doit être pareil, s’intégrer à la majorité. C’est le propre d’une société colonialiste.

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