Oh non! Pas encore des vacances!

Pourquoi les vacances obligatoires ne sont pas une bonne idée!

iStockphoto
iStockphoto

Chris, mécanicien automobile, répond «Non merci» lorsqu’on lui demande s’il prendra des vacances cette année. Travaillant depuis 10 ans pour son employeur actuel, cet homme de 35 ans de Barrie, en Ontario, a accumulé plus de journées de congé payées qu’il en a besoin ou qu’il en souhaite. «Si je pouvais faire à ma façon, je ne prendrais tout simplement pas de vacances, dit-il. J’ai une éthique de travail très rigoureuse.»

D’aucuns considèrent que ces périodes de repos sont bonnes pour le corps et l’esprit, ainsi que pour l’ambiance du lieu de travail et la productivité. Toutefois, les Canadiens ne sont pas les plus fervents amateurs de vacances, révèle un sondage annuel mené par Expedia.ca. Près de 10 millions de journées de vacances n’ont pas été utilisées par les travailleurs canadiens en 2015. Parmi les raisons les plus fréquemment citées: trop de travail à laisser derrière soi (32 %), ou le besoin de recevoir la paye de vacances versée par l’employeur pour compenser les congés non utilisés (29 %). C’est le cas de Chris: mis à part ses tendances de bourreau de travail, il compte sur l’argent que rapporte cette compensation financière.

Chris devrait cependant savoir qu’au Canada, les employeurs ont le droit de forcer leur personnel à prendre du temps de repos. C’est une «règle de droit immuable», dit Jason Beeho, avocat du travail de Toronto. Les entreprises font probablement cela pour économiser de l’argent, mais elles le font aussi dans le but de réduire l’incidence des cas d’épuisement professionnel. Les Canadiens ne sont pas les seuls dans cette situation: aux États-Unis, des entreprises telles que Motorola ont recours au «congé forcé». Même le gouvernement du Japon — où il existe un mot, karoshi, pour décrire la mort subite causée par l’épuisement professionnel — jongle avec l’idée d’implanter les vacances obligatoires dans son système.

Mais avant de commencer à pousser vos employés vers la sortie avec un mojito en main, songez au fait que les gens récupèrent tous de façon différente, et que ce n’est pas tout le monde qui souhaite prendre des vacances. Pour ces personnes — ce n’est bien sûr pas la majorité —, être forcé de se relaxer n’est pas reposant du tout. Même si on les obligeait à rester étendus sur une plage, les travailleurs qui haïssent l’idée de prendre des vacances ne pourraient pas vraiment se détendre. Chris fait partie de ces gens. «Si elles ne sont pas prises pour les bonnes raisons, ce ne sont pas de vraies vacances», observe Wendy Giuffre, consultante en ressources humaines de Calgary. Elle ajoute que le personnel a tendance à se déconnecter du travail seulement quand il en a envie — pas lorsqu’il en reçoit l’ordre.

Mais ce n’est pas la raison principale pour laquelle les entreprises devraient s’abstenir de forcer leurs employés à prendre des vacances. «En fait, si vous devez obliger vos employés à se reposer, c’est qu’il y a autre chose qui se passe», dit Giuffre. Les employés pourraient considérer que les vacances ne sont pas suffisantes pour compenser la charge de travail triplée du retour, ou ils pourraient sentir que leurs patrons et collègues regardent de haut ceux qui prennent des congés.

Ce sont des problèmes d’organisation considérables, et les politiques de congés forcés ne peuvent en résoudre aucun. Le pire, c’est que de tels règlements enlèvent aux employés l’impression qu’ils sont maîtres de leurs vacances et peuvent même mener à un sentiment d’impuissance et de détachement, affirme Stew Friedman, auteur de Leading the Life You Want: Skills for Integrating Work and Life.

L’idéal, argumente Friedman, c’est la méthode visionnaire adoptée par des entreprises telles que LinkedIn, Netflix et BlueEra, à Calgary: offrir une politique de vacances illimitées pour mettre l’accent sur le fait qu’il est correct d’en prendre énormément, ou très peu, pourvu que le travail soit fait. Les bons dirigeants ne forcent pas leur personnel à travailler ou à se reposer, mais «ils trouvent une façon d’aider leurs employés à organiser leur vie en fonction de leurs valeurs». Cela signifie de laisser aux employés la liberté de choisir leurs propres vacances et, surtout, d’envoyer un message clair comme quoi leur décision de se reposer n’entraînera aucune conséquence professionnelle négative. Cela signifie aussi, évidemment, de les laisser travailler quand ils en ont envie.

(Ce texte est adapté de Canadian Business.)

Les commentaires sont fermés.

» Parmi les raisons les plus fréquemment citées: trop de travail à laisser derrière soi (32%), ou le besoin de recevoir la paye de vacances versée par l’employeur pour compenser les congés non utilisés (29%) »
Donc on ne prend pas de vacances parce qu’on est submergé ou pas assez payé!