Ce que la science nous réserve en 2016

Des virus pour combattre le cancer, des Terriens améliorés, des planètes à coloniser: nos savants sont à l’œuvre!

Analyses médicales 2.0

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Photo: SPL/Alamy

La grande réorganisation des analyses biomédicales a débuté au Québec, après huit ans de préparatifs. Avec cette initiative baptisée Optilab, les prises de sang et autres échantillons d’urine seront tous analysés dans seulement 11 «laboratoires serveurs», plutôt que dans des dizaines d’hôpitaux, comme aujourd’hui. On souhaite ainsi diminuer les coûts grâce aux robots installés dans ces superlabos, capables d’analyser d’innombrables échantillons à la fois. Même si la réorganisation ne se fera pas sans mal — le temps d’adapter les procédures et les tâches des employés —, elle aidera aussi à encadrer ces analyses et à lutter contre le surdiagnostic en repérant les abus. Jusqu’à 30 % des examens de laboratoire demandés par les médecins sont inutiles, selon diverses études indépendantes.

Le climat pour les nuls

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Photo: J. Gratzer/Getty Images

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) vient de se choisir un nouveau chef, l’économiste coréen Hoesung Lee, qui va en revoir les pratiques. De nombreux experts réclament des changements dans les avis scientifiques rendus par cette organisation, mise sur pied par les Nations unies en 1988. Des recommandations plus claires, plus ciblées et plus fréquentes pourraient mener à des actions plus efficaces de la part des décideurs pour faire face aux changements climatiques.

Du ventre au cerveau

La flore intestinale peut-elle déclencher l’autisme, la schizophrénie ou les troubles bipolaires? Dans les dernières années, on a découvert des liens entre les microbes qui colonisent le tube digestif et différentes maladies, comme l’obésité, des cancers ou des allergies. Tous ces micro-organismes pourraient aussi influencer les échanges chimiques et nerveux entre le cerveau et l’intestin. De nombreuses études d’envergure en «psychomicrobiotique» viennent de débuter, notamment pour analyser la flore intestinale d’enfants autistes et voir comment elle est liée à leur état.

Le boum des batteries

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Maquette de la Gigafactory. L’usine de batteries au lithium-ion sera alimentée en énergie par des éoliennes et des panneaux solaires. (Photo: Tesla Motors)

Dans le désert du Nevada, la société Tesla doit terminer en 2016 la construction de sa Gigafactory, où elle veut doubler la production mondiale de batteries au lithium-ion. Objectif: alimenter plus de voitures électriques, mais aussi généraliser le stockage de l’électricité dans des batteries qu’on pourra installer dans le sous-sol d’une maison ou la cour d’une usine. Les experts considèrent que pouvoir stocker l’électricité comme on remplit un réservoir d’essence ou une cuve à mazout est crucial pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Virus contre cancer

De simples virus pourraient-ils combattre des cancers? Un premier médicament de virothérapie vient d’être approuvé aux États-Unis et en Europe pour traiter les mélanomes avancés. Le T-VEC est un virus de l’herpès modifié génétiquement qui provoque une réponse immunitaire dirigée contre les cellules cancéreuses. Pour l’instant, ce médicament ne fait que prolonger la vie de quelques mois. Au Canada, des chercheurs ontariens testent sur 79 patients le potentiel d’une combinaison de deux autres virus qui donnent également des rhumes bénins aux malades. On saura en 2016 si leurs cancers ont reculé.

Mars envahie

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Photo: NASA

En mars 2016, l’Agence spatiale européenne lancera vers Mars la sonde Exomars, une mission conjointe avec Roscosmos, l’agence spatiale russe. Au même moment, la NASA y enverra un rover, un véhicule robotisé baptisé Insight. Pendant cinq ans, l’orbiteur d’Exomars analysera les gaz de l’atmosphère martienne pour y déceler des traces de composants géologiques et d’une éventuelle vie passée. Sa capsule Schiparelli (du nom d’un astronome italien mort en 1910) se posera à la surface en octobre, un test pour le lancement d’un nouveau rover, en 2018. Insight, lui, devrait se poser le 28 septembre, pour effectuer durant deux ans des analyses géophysiques de la planète rouge.

Humain génétiquement édité

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Photo: Biophoto Ass./Science Photo Library

En 2016, les comités d’éthique de la recherche se pencheront sur une technique révolutionnaire qui pourrait permettre d’éliminer ou de modifier les gènes d’une espèce vivante, et même d’en ajouter. L’histoire remonte à 1987, quand des chercheurs japonais ont découvert dans le génome de la bactérie E. coli des séquences de l’ADN que d’autres chercheurs sont par la suite parvenus à exploiter afin d’«éditer» un génome.

Depuis, la recherche progresse à la vitesse de l’éclair. Les essais conduits sur des rats et des primates sont prometteurs. En 2015, des scientifiques chinois ont annoncé avoir testé cette technique sur des embryons humains pour en éliminer des gènes défectueux. Mais plusieurs chercheurs réclament un moratoire sur ces études.

Guerre des prix sur les médicaments

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Photo: iStockPhoto

La hausse du prix des médicaments menace les budgets de santé des pays partout dans le monde. Mais la riposte s’organise. Aux États-Unis, qui comptent pour 40 % des ventes mondiales, la candidate démocrate Hillary Clinton a déclaré la guerre aux sociétés qui, en acquérant des droits sur des médicaments, en profitent pour gonfler leurs prix. Dans sa mire, entre autres, Valeant, une entreprise québécoise qui a augmenté le prix d’un antiparasitaire de 525 % juste après l’avoir acheté.

La science fait son autocritique

Études frauduleuses, bâclées, non reproductibles… La science paraît moins fiable qu’avant. En cause, selon de nombreux experts : la pression croissante subie par les chercheurs, le resserrement des règles d’éthique et… la multiplication des études sur les travers de la science. En 2005, John Ioannidis, chercheur à l’Université Stanford, en Californie, lançait un pavé dans la mare en affirmant dans la revue savante PLOS Medicine que la plupart des résultats de recherche étaient faux. En 2015, il a mis sur pied le Meta-Research Innovation Center, qui consacrera six millions de dollars à la recherche… sur la recherche.

Bébé à trois parents

Le premier bébé issu de trois parents biologiques pourrait voir le jour en 2016, en Grande-Bretagne. Ce pays a autorisé, en février 2015, une technique de fécondation in vitro faisant appel aux cellules reproductrices de deux femmes et d’un homme.

C’est pour prévenir la transmission de maladies génétiques par la mère que l’on veut donner naissance à ces petits humains génétiquement modifiés. La technique consiste à utiliser l’ovule et le spermatozoïde des futurs parents, mais à remplacer une petite portion de l’ADN défectueux de la mère par celui d’une donneuse.

Cette approche ne permettra pas de soigner toutes les maladies génétiques, mais uniquement celles causées par un défaut de l’ADN mitochondrial, situé à l’extérieur du noyau des cellules et transmis par la mère. Ces maladies, qui comprennent des troubles neurologiques, des dystrophies musculaires et la cécité, touchent environ un enfant sur 6 000.

Aux États-Unis, les scientifiques qui s’efforcent de mettre au point cette technique en laboratoire n’ont pas obtenu l’autorisation de l’utiliser chez l’humain. Les comités d’éthique craignent les conséquences imprévues d’une telle modification du génome. (Catherine Dubé)

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