Oui, le Québec est concerné par le drame des pensionnats de l’Ouest canadien

Si la découverte des restes de 215 enfants autochtones à Kamloops, en Colombie-Britannique, a semblé bien loin du Québec, c’est peut-être parce que le lien entre les pensionnats de la région et les congrégations québécoises est encore méconnu. 

Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

Entre la fin du XIXe siècle et 1996, les pensionnats autochtones ont accueilli environ 150 000 enfants dans plusieurs localités du Canada. Depuis quelques années, les langues se délient au sujet des sévices infligés dans ces établissements dont le but était de « civiliser » les jeunes pensionnaires. On a entendu des témoignages troublants notamment lors de la Commission de vérité et réconciliation, qui a déposé son rapport en 2015. Mais la découverte des restes de 215 enfants qui avaient séjourné au pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique, a jeté un éclairage nouveau sur ce triste pan de l’histoire canadienne.

Quelques voix se sont empressées de dire que ces crimes n’avaient aucun lien avec le Québec. Et s’il en était autrement ? C’est ce que soutient Catherine Larochelle, professeure adjointe au Département d’histoire de l’Université de Montréal, dont les recherches portent sur le colonialisme et le missionnariat canadien-français.

Dans quel contexte des congrégations québécoises sont-elles parties en mission dans l’Ouest canadien ? 

Dans les sociétés chrétiennes en général, le mouvement missionnaire renaît au XIXsiècle et est très, très puissant. Pas seulement au Québec, aussi en France, dans les sociétés protestantes au Canada anglais, en Angleterre. C’est dans ce contexte que, au Canada, on veut conquérir des territoires à évangéliser. 

Il y a une sorte de compétition très forte avec les protestants, une volonté de leur damer le pion. C’est ce qui motive les missionnaires catholiques à aller dans l’Ouest. Ils s’y rendent, au départ, sur la requête de lord Selkirk, qui fonde la colonie de la rivière Rouge au commencement du XIXsiècle. Il demande carrément aux autorités catholiques du Québec des prêtres pour sa colonie composée, entre autres, de Métis. C’est alors le début de la présence des prêtres catholiques québécois dans l’Ouest. Au milieu du XIXsiècle, ce sont les Oblats de Marie-Immaculée — des Québécois et des Français — qui vont prendre en charge ce territoire.

À cette époque, il n’était toujours pas question de pensionnats gérés par l’État ? 

Cette idée de mettre des enfants autochtones dans des écoles religieuses était déjà présente avant l’établissement des pensionnats comme système étatique. En s’installant, les missions vont souvent fonder des écoles. Lorsqu’elles sont auprès de communautés autochtones plutôt nomades, elles vont essayer de favoriser une sédentarisation avec l’implantation d’une école, en plus du développement de l’agriculture. Ce n’est pas le système des pensionnats, c’est-à-dire que ce n’est pas encore étatique, ce n’est pas subventionné par le gouvernement. C’est un peu aléatoire, ça connaît des succès très variables.

Les pensionnats ont été officiellement instaurés par le gouvernement fédéral en 1883. Les missionnaires francophones québécois ont-ils continué d’y jouer un rôle important ?

Beaucoup de religieuses issues de congrégations québécoises ont œuvré dans ces pensionnats, dont les Sœurs de Sainte-Anne et les Sœurs de la Providence. Les Oblats de Marie-Immaculée ont pour leur part été responsables de plusieurs pensionnats. 

Est-ce qu’il n’y avait que des Québécois dans les pensionnats ? Pas nécessairement. C’était des ordres religieux composés d’un personnel venant en partie du Québec, mais d’ailleurs aussi. Une portion de leur financement était fournie par la population catholique du Québec. Ces congrégations avaient des liens forts avec le Québec.

Est-ce que ce rôle des différentes missions était connu au Québec à l’époque ?   

Oui. Les Annales de la propagation de la foi, des lettres de missionnaires dans le Nord-Ouest, mais également aux États-Unis et en Amérique latine, étaient un peu la façon d’inciter les Canadiens français à financer ces missions. On les informait de l’avancement de l’évangélisation ou de la sédentarisation des Autochtones. On y racontait des anecdotes, des aventures que les missionnaires avaient vécues. 

Évidemment, on ne parlait pas des mauvais traitements, mais on peut lire entre les lignes. Il y a une telle idée de supériorité que le message transmis est que ces enfants doivent être civilisés. Pour ce faire, les méthodes n’étaient pas nécessairement douces.

Ces pratiques étaient-elles donc acceptées par la population québécoise ?

Je ne pense pas que des sévices précis étaient approuvés ni connus. Mais l’idée qu’il fallait acculturer ces enfants était de toute évidence acceptée, parce que cette idéologie raciste était diffusée en général au Québec par l’école, les médias, la littérature, etc. On était d’accord avec l’idée que ces cultures-là étaient inférieures, qu’elles n’étaient pas bonnes et qu’on devait les assimiler à la culture chrétienne, blanche, occidentale. 

Y a-t-il une façon de lier plus précisément le pensionnat de Kamloops à certaines congrégations québécoises ?

Ce sont les Sœurs de Sainte-Anne qui s’en sont occupées comme religieuses enseignantes, dès 1890 et jusqu’en 1969. J’ai retrouvé des lettres de missionnaires des Sœurs de Sainte-Anne qui étaient en Colombie-Britannique dans les années 1890 et qui ont envoyé au Québec leurs nouvelles publiées dans les Annales. Elles parlent une fois de leur mission à Kamloops. 

Croyez-vous que ce qui s’est passé en Colombie-Britannique ait pu se produire dans une aussi grande mesure au Québec ? 

C’est une histoire qui n’a peut-être pas la même temporalité au Québec, mais qui n’est pas fondamentalement différente. 

Il y a au Québec un déni de ce lien-là avec l’Ouest. On a peur que ça provoque nécessairement du Québec-bashing. Évidemment, ça ne résume pas l’expérience historique du Québec, mais ça en fait partie et on a encore beaucoup à comprendre quant à l’héritage que ça a laissé dans la construction du Québec moderne. Ça a été effacé de la mémoire avec la Révolution tranquille. Il y a quelque chose là, à mon sens, qui porte à réflexion.

Laisser un commentaire

Ces pensionnats n’étaient pas ‘financés’ par les Québécois. Les fonds étaient ‘extorqués’ à des familles souvent pauvres par des religieuses convaincues. Si vous refusiez de payer, lors des trop nombreuses quêtes, on vous envoyait le curé, on vous faisait honte à l’école, si on ne vous en excluait pas tout simplement, pour un jour ou deux. C’est comme ça que la famille de ma mère a acheté de nombreux petits chinois à dix sous chacun. Ce n’était pas un choix.

Répondre

“ … petits chinois à dix sous chacun … “

Un souvenir pénible qui rappelle à quel point la religion catholique et ses curés étaient malhonnêtes. Dans mon temps c’était cinq sous chacun….

Il ne faut pas chercher de coupables. À cette époque le gouvernement fédéra, tout Parti politique confondu, avait pour mission « d’intégrer » les peuples autochtones à la culture dominante. Les Congrégations religieuses ont été instrumentées par le gouvernement fédéral qui subventionnait en partie les écoles et les pensionnats. Il y a eu beaucoup de bien fait par cette opération d’éducation des peuples autochtones même si la méthode est discutable aujourd’hui. il faut cesser de prendre ces faits d’histoire, de les sortir de leur contexte et d’en tirer profit pour en faire une autre campagne d’anticléricalisme, Le gouvernement fédéral a été en tête de la parade et il doit en assumer pleinement ses responsabilités. Car en effet c’est un peu honteux de voir les errements de cette opération faute de ressources et d’encadrement adéquat.

Répondre

Vous avez entièrement raison M. Gravel ! Le gouvernement fédéral est le <> de ces pensionnats ainsi que le financier de ceux-ci! On (le gouvernement fédéral et m. Trudeau) essaie de se dégager de ses responsabilités et faire porter tou t le blâme sur l’église catholique entre autres.
J’espère juste que plusieurs prendront le temps de faites des recherches sur ce sujet et de tenir compte du contexte en place dans ces années là !

Tout comme M. Marcoux, je vous suggère de lire le rapport de la Commission de vérité et réconciliation (2015) qui est disponible gratuitement sur le web. La politique entourant les pensionnats était clairement une politique d’assimilation et non pas d’intégration et visait à faire disparaître les nations autochtones du paysage canadien. La politique d’assimilation a commencé par l’évangélisation dès la Nouvelle-France mais les pensionnats ont commencé au milieu du XIXe siècle par les églises chrétiennes. C’est plus tard, vers la fin du XIXe siècle que le fédéral, après la confédération, a pris le contrôle de cette politique et il a commencé à payer les églises chrétiennes pour qu’elles prennent en charge cette tentative de faire disparaître les Premiers Peuples. Même à cette époque, on savait que c’était une politique raciste et on l’a dénoncée vertement mais la majorité a fait fi de ces avertissements. Lisez le rapport, c’est très intéressant.

Vraiment triste et troublant tout ce qui s’est passé. Je m’inquiète que ce soit juste la pointe de l’iceberg. On devrait aussi regarder les orphelinats au Québec dans les années 40-50 et 60. On verrait qu’il-y-a beaucoup d’enfants qui sont ‘disparus’….

Répondre

Dès 1933 il y a eu des pensionnats «indiens» au Québec (dans ce cas à Fort George) et on peut certainement croire que des enfants ont été enlevés à leurs familles ici au Québec et envoyés dans ces pensionnats et que plusieurs en sont morts (dont le frère de Romeo Saganash si je ne me trompe pas). Selon certains les morts n’étaient pas comptabilisés ni divulgués par peur de perdre une partie des subventions du fédéral qui étaient basées sur le nombre d’enfants. Tous les pensionnats étaient subventionnés en grande partie par le fédéral (en plus de la contribution financière des ordres religieux) et tous les Canadiens en sont responsables, y compris les Québécois, car c’est avec leurs taxes que ce système a duré aussi longtemps avec une politique claire d’éradication des cultures et des identités autochtones.

Répondre