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Après la dinde, le centre commercial

C’est aujourd’hui que nous avons la preuve absolue que les Canadiens ne sont pas des Américains. Nos voisins sont en congé jusqu’à lundi pour la Thanksgiving. C’est la plus grande fête de l’année là-bas et plus de 38 millions d’entre eux voyageront plus de 50 kilomètres pour retrouver des membres de leur famille. Les aéroports sont pleins depuis hier et les routes achalandées. Aujourd’hui, ils se gavent de dinde et de football (trois parties de la NFL). Une fois la digestion et la partie des Colts terminée, ils pourront prendre d’assaut dès minuit les centres commerciaux pour ne rien rater de la plus longue et de la plus intense journée de soldes de l’année, le Black Friday. C’est complètement débile. Plusieurs magasins seront donc ouverts dès minuit, dont quelque 170 magasins GAP. Les quelque1 000 magasins J.C. Penney ouvriront à quatre heures du matin et dès cinq heures ce sera au tour des Wal-Mart, Best Buy et des autres bannières populaires. Au-delà de l’anecdote et de l’anthropologie, ce week-end est le test acide de tous les fabricants de vêtements, de meubles, de produits de beauté, de jouets et de jeux électroniques. Test acide également pour les commerçants… et les économistes. Car nous apprendrons 1) quels sont les produits ou bidules qui ont la cote auprès des consommateurs, 2) quelles bannières tirent le mieux leur épingle du jeu et 3) si les Américains ont encore de l’argent pour consommer après la crise de l’immobilier. N’oublions pas que les dépenses des consommateurs comptent pour 70 % de l’économie US. Si le Black Friday n’est pas un succès, ce sera un « Black Winter » pour l’économie américaine qui entrera vraisemblablement en récession. Et ça, c’est toujours une mauvaise nouvelle pour nous.

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Bon anniversaire, Québec !

En 1908, les festivités marquant le 300e anniversaire de Québec comprenaient une attaque à la torpille et une pièce de théâtre en plein air qui faisait appel à tellement de milliers de figurants que le metteur en scène utilisait des sémaphores pour les diriger lors des répétitions sur les Plaines d’Abraham ! Qualifiées d’« acte politique déguisé » par l’historien ontarien H.V. Nelles, ces célébrations de deux semaines — que Nelles relate dans un livre de 400 pages qui se lit comme un roman — « étayaient une vision de ce que devait et pouvait être le Canada ». Cent ans plus tard, alors que Québec se prépare à célébrer son 400e anniversaire, on se demande ce que Nelles dirait du programme des fêtes, qui s’étale sur… 10 mois ! Un forum mondial de la PME, un congrès eucharistique, un tournoi international de hockey, un sommet de la Francophonie, un congrès international de la jeunesse, une grand-messe solennelle, un défilé militaire, plus de 500 manifestations artistiques, conférences, débats, expositions, sans compter Céline Dion, Robert Lepage, le Cirque du Soleil… Afin de marquer ce 400e, L’actualité a choisi pour sa part d’offrir un cadeau à ses lecteurs : ce numéro souvenir, que vous tenez entre vos mains. De nombreux livres d’histoire déjà en librairie — comme bien des titres en préparation pour publication en 2008 — revisitent largement la riche histoire de la ville. (Cliquez ici pour quelques suggestions) L’avenir de la capitale, lui, demeure incertain. Le premier ministre conservateur Stephen Harper aura beau dire que c’est en français que le Canada a été fondé — ce qui est vrai —, le sort des francophones d’Amérique se rejoue chaque jour sur des champs de bataille aussi lointains que les plaines du Manitoba, les côtes du Nouveau-Brunswick, les villages du nord de l’Ontario ou les rues de Montréal. Depuis peu, le cœur de Québec bat de nouveau à l’unisson de ces bagarres pour une francophonie d’Amérique (voir « Le retour des conquérants », p. 90). Ce numéro spécial de L’actualité veut témoigner du rôle déterminant que Québec peut — pourrait ? — jouer dans cette grande aventure. Est-il de nouveau venu, le temps des conquérants ? Le tissu de la ville se transforme. Des entrepreneurs, des scientifiques et des artistes bousculent sa façade hier tranquille de capitale provinciale. Ils veulent plus. Aspirent à plus. De nouveaux arrivants rêvent aussi leur ville dans d’autres couleurs que le blanc ouateux qui, l’hiver, enjolive son emblématique château. Quelle sera la contribution de Québec à la francophonie de demain ? Partez à la découverte de cette jeune ville moderne en lisant le présent numéro. Vous risquez d’être étonné ! Et bon anniversaire à tous ! ENCORE Le programme complet des festivités à www.monquebec2008.com Pour un rappel fascinant des festivités du 300e, avec leurs affiches couvertes de canots d’écorce et d’Amérindiens en pagne, lire L’histoire spectacle : Le cas du tricentenaire de Québec (Boréal, 2003). Pour voir Québec autrement, lire Des écrivains dans la ville (L’instant même et le Musée du Québec, 1995).

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La culture permet l’économie

« Le ministre de la Culture doit aussi être le ministre de l’Économie de la culture. » On doit cette citation à Jean-Jacques Aillagon, un ancien ministre français de la Culture et de la communication. Je la trouve bien appropriée à cette journée du Rendez-vous Montréal métropole culturelle. On sous-estime constamment l’extraordinaire apport des industries culturelles au dynamisme économique de Montréal. Aussi, on oublie souvent le rôle de la culture dans les attraits économiques et touristiques d’une ville. Et j’irai encore plus loin, sans culture forte, il ne peut y avoir de développement économique soutenu. On apprenait lundi que Bombardier avait trouvé un moteur pour son avion qui n’existe pas encore. Pour moi, ce sommet culturel a encore plus d’importance pour l’avenir du Québec que les hésitations et angoisses de Bombardier quant à la fabrication d’une nouvelle génération d’appareils de 100 à 149 places. Certes, l’aérospatiale compte énormément au Québec, particulièrement dans la région de Montréal. On parle de plus de 250 entreprises et de revenus annuels de 11,4 milliards de dollars en 2006. Les ventes d’avions et de moteurs d’avion représentent environ 20 % des exportations du Québec. L’industrie emploie plus de 9 000 ingénieurs et un emploi sur 95 à Montréal dépend de ce secteur. Pourtant, je trouve que le sommet sur la culture importe tout autant. Près de 70 000 Montréalais travaillent dans les domaines de l’information, des industries culturelles, des arts et des spectacles. La production de films, d’émissions de télévision et de jeux vidéo, les ventes de billets de théâtre, de concerts, de spectacles, les ventes de journaux, de magazines, de cd , de livres et d’œuvres d’art, ainsi que les budgets de fonctionnement des musées et des bibliothèques représentent des milliards de dollars. Mais il y a plus encore. J’ose comparer la culture aux infrastructures publiques. Sans ce réseau bien établi de créateurs et de promoteurs, il ne peut y avoir de vie en société ou en entreprise viable. Les arts et la culture tracent dans nos têtes, nos cœurs et nos âmes les autoroutes émotives, sensorielles et intellectuelles qui nous permettent d’être de meilleurs citoyens et de meilleurs travailleurs. Et cela, c’est sans prix !

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Impertinentes étrennes

Dans bien des coins du Québec, dès le début novembre, des familles s’échangent des listes d’étrennes. Il faut parfois pas mal de temps pour dénicher le cadeau qui fera plaisir à tante Rita, au cousin Michel ou au grand-père Albert ! Modernité aidant, la liste de ceux à qui on offrira des présents, dans certaines familles, comprend depuis quelques années une nièce Xin Lan ou une belle-sœur Djamila, quand ce n’est pas un copain Carlos. Des milliers de Québécois aimeraient peut-être avoir des idées pour souligner avec humour l’étonnante fin d’année que les audiences de la commission Bouchard-Taylor nous font vivre. Voici quelques exemples de cadeaux inattendus. Des macarons, à l’image de ceux lancés il y a une vingtaine d’années par SOS Racisme, en France (« Touche pas à mon pote ! »). Ces macarons porteraient des slogans comme « Mes ancêtres étaient des immigrants ! », « Mon voisin ne me parle pas et il a le droit » ou encore « Ma grand-mère se baignait tout habillée. Célébrons notre patrimoine ». Un pourcentage des revenus de la vente pourrait être versé au fonds de francisation des nouveaux arrivants. Des cours de hockey. Pour la linguiste Marie-Éva de Villers et les écrivaines du Québec dont la qualité du français est avérée, dans l’espoir que l’une d’elles devienne un jour capitaine des Canadiens de Montréal. En attendant, se réjouir d’avoir un bon capitaine. Des épées en carton. Du genre qu’on donne aux jeunes enfants qui ont peur des monstres cachés sous leur lit. Les parents savent que rien ne sert de dire aux petits que les monstres n’existent pas. Leur peur est irrationnelle. Mieux vaut leur donner une épée. Même inoffensive. Ça les rassure. Un guide de survie du « de souche ». Sur le modèle de The Anglo Guide to Survival in Quebec, que le journaliste montréalais Josh Freed a si brillamment publié au début des années 1980. On y expliquerait, entre autres, comment éviter les pierres que les musulmans lancent aux femmes adultères et aux homosexuels dans certains pays totalitaires. Serait utile le jour où la charia aura été adoptée par 60 % des Québécois par voie référendaire. Des invitations à un souper « mystère ». Autour de la table, des immigrants diplômés en génie, en pharmacie, en médecine. Les convives devraient deviner lequel est le chauffeur de taxi, le concierge, le manœuvre. À offrir au beau-frère qui clame qu’il y a trop d’immigrants « sur le BS » ou qu’ils « volent nos jobs ». Double part de dessert bourré de gras trans en prime. Des boules antistress. Pour les milliers de Québécois qui, dans toutes les régions, donnent du temps bénévolement afin d’aider de nouveaux arrivants à s’intégrer. Et qui n’en peuvent plus que certains de leurs concitoyens fassent passer les Québécois pour des xénophobes qui ont peur que les minarets dominent bientôt le ciel de Montréal, alors que les musulmans forment 1,4 % de la population du Québec. Des tisanes amérindiennes. Pour les musulmans, les juifs, les sikhs de la province. Lorsqu’ils découvriront un illuminé extrémiste en leur sein, ils pourront l’abreuver de tisane calmante. Ou lui suggérer de passer quelques moments dans une hutte de sudation, pour « faire sortir le méchant » et éviter de faire sauter la marmite des Québécois, de souche ou de bourgeon. Des séances de méditation. Pour les politiciens et les administrateurs publics, qui, s’ils réfléchissent un brin au calme, trouveront les balises dont notre société a besoin pour trancher entre les droits des uns et des autres en matière de liberté religieuse. Et pour finir sur une note festive, une histoire d’enfant. C’est une petite fille qui fait un cauchemar. Des monstres verts aux pustules rouges l’enlèvent et l’emmènent dans leur antre. Il y a là un gros chaudron rempli de petits légumes. Elle a peur qu’on la fasse cuire et qu’on la mange. Mais, ô surprise, les monstres l’assoient sur un banc de bois et lui offrent de partager leur soupe. Au réveil, elle n’a plus peur des monstres que son inconscient avait imaginés. Bonne soupe, bon magasinage de Noël et joyeuse Hanoukka ! À LIRE • Le rendez-vous des civilisations, par Youssef Courbage et Emmanuel Todd, Seuil. • Les excellents romans de Chaïm Potok, pour comprendre la spiritualité des juifs hassidiques.

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Ici, on fait pousser des rêves !

Pour un automobiliste, le village de Barraute, en Abitibi, est une parenthèse de trois minutes dans la forêt de conifères qui s’étend entre Amos et Val-d’Or. Un poste d’essence, une église, une épicerie, une voie ferrée, et de nouveau la grande route. Mais pour qui s’y arrête, ses habitants ont quelques surprises en poche. « As-tu goûté à l’eau du robinet ? » me demande fièrement une dame assise au comptoir du casse-croûte Chez Dan. Les Barrautois se désaltèrent, se lavent et se brossent les dents avec l’eau d’une rivière souterraine, filtrée naturellement, si pure qu’elle a remporté le premier prix à un concours international de dégustation en 2002. Autre surprise : à l’épicerie, un écriteau indique que les concombres et les tomates bio ont été produits par… les élèves de l’école secondaire du village. Vérification faite, sur le terrain rocailleux derrière l’école en briques jaunes se trouvent deux charpentes de bois recouvertes de feuilles de plastique transparent. Des serres ! J’ai fait sept heures de route à partir de Montréal pour venir chercher la recette de l’école secondaire Natagan. Car, sur la liste des 466 établissements qui composent l’édition 2007 du Bulletin des écoles de L’actualité, Natagan brille comme la Grande Ourse. Au cours de la première moitié de la décennie, la petite école publique de 177 élèves envoyait à Québec des résultats si faibles aux examens officiels qu’elle côtoyait les écoles de décrocheurs et d’élèves en difficulté d’apprentissage dans les derniers rangs du palmarès. Mais cette année, Natagan a fait un bond de 219 rangs au classement pour s’établir au 116e, tout juste après le club des collèges privés de la province ! L’an dernier, l’école avait déjà grimpé de 93 rangs. C’est l’une des plus impressionnantes remontées de l’histoire du palmarès. L’exploit est d’autant plus remarquable que l’école doit faire comme le saumon qui s’en va frayer : lutter constamment contre les flots. Le ministère de l’Éducation du Québec a désigné Barraute et ses environs comme une des zones les plus défavorisées de la province. Les parents des élèves de Natagan sont, en majorité, de petits agriculteurs, des camionneurs et des forestiers. La crise du bois d’œuvre a frappé durement la région. Quelques scieries ont fermé, d’autres ont licencié des ouvriers, et de nombreuses personnes vivent aujourd’hui de l’assurance-emploi ou de l’aide sociale. L’école a aussi la dure tâche de servir à elle seule un territoire presque aussi étendu que la grande région de Montréal. Le matin, certains élèves doivent quitter la maison à 6 h 50, puisqu’ils habitent au nord de l’école à une distance d’une heure dix en autobus ! À Barraute, on se rend compte de l’isolement des lieux lorsqu’on appelle la police. Le poste le plus près est situé à Amos, à 40 minutes de route. « Vous voulez savoir ce qui fait marcher notre école ? Ce sont des projets de fou », lance le directeur de Natagan. Ajoutez quelques années à l’acteur Colm Feore et donnez-lui la verve colorée de Richard Desjardins, et vous aurez Luc Chevrier. Cet ancien prof d’éducation physique est aux commandes de l’école depuis quatre ans. « Pas facile pour les enseignants de garder l’attention des élèves lorsque des copains qui ont décroché viennent faire des starts devant l’école, l’après-midi, avec le bolide qu’ils viennent d’acheter », dit-il en me montrant les traces noires de pneus qui marquent la rue. « Il faut leur offrir des expériences stimulantes. » « Projet de fou » numéro un : les serres, qui abritent 400 plants de concombres et 100 plants de tomates. Ce sont des élèves de la classe d’économie de 5e secondaire qui ont fait l’étude de marché et élaboré la structure financière de l’entreprise, il y a cinq ans. Depuis, en mars et en avril, les élèves de 1re et 2e secondaire font les semis dans leur classe de science. Ils en profitent pour étudier la biologie végétale. Et l’été, grâce à une subvention d’Emploi-Québec, l’école embauche trois élèves à plein temps pour entretenir les plants. C’est Pierre Champagne, un prof de maths au pouce vert, qui supervise les opérations. « Les serres demandent une attention quotidienne », dit-il en me faisant visiter l’intérieur des deux bâtiments, aussi chaud et humide qu’un sauna. « Mais elles permettent aux jeunes de constater que leur travail de science ou d’économie a produit quelque chose de tangible, qui se vend et qui se mange. C’est l’une des meilleures leçons qui soient. » Le directeur, Luc Chevrier, peut citer une bonne dizaine d’idées originales sorties de la tête de ses 15 enseignants. À Natagan, les cours d’histoire de 1re secondaire se transforment, pendant quelques semaines, en ateliers de fabrication d’épées et de massues médiévales. « Ça nous coûte 100 dollars de duct tape [ruban adhésif en toile], de carton et de bouts de bois, et les jeunes adorent », dit le directeur. Les notes grimpent aussi. De 2002 à 2006, la moyenne à l’examen officiel d’histoire est passée de 53 % à 71 % ! Cette année, pour attirer les parents à la (très peu courue) assemblée générale de l’école, on a organisé un bingo. Le grand prix : un laissez-passer VIP permettant de précéder les autres à la soirée de rencontre avec les enseignants ! Chaque année, les élèves de 3e secondaire ont droit à une sortie scolaire plutôt insolite. Barraute est loin de tout. Pour se rendre au Musée Science Nord, à Sudbury, il faut faire sept heures d’autobus. L’école a trouvé une façon de contourner cet obstacle : les jeunes partent tôt le matin, arrivent au musée au moment de sa fermeture et… s’y enferment pour la nuit ! Jusqu’à l’ouverture, le lendemain, ils explorent une caverne, regardent un film sur les changements climatiques et manipulent une réplique du « bras canadien ». « Au retour, ça ne bouge pas beaucoup dans l’autobus », dit le directeur. Lorsqu’il est entré en poste, en 2003, Luc Chevrier a senti l’urgence d’agir. L’école manquait d’argent. Le système de chauffage était déréglé. Il y avait des trous dans les murs. Et Natagan se classait 442e sur 453 écoles au palmarès de L’actualité. Après la publication de ce numéro du magazine, le téléphone a sonné. C’était un animateur de Radio Nord, qui sollicitait une interview en direct avec le directeur. « Sur les ondes, il m’a dit : “Pouvez-vous m’expliquer ce qui se passe dans votre école ?” L’entrevue a été difficile. Je me suis dit que je ne voulais plus jamais me retrouver dans cette situation. » Luc Chevrier s’est alors attaqué à la racine du problème : le fort taux de roulement du personnel. « Nous étions le club-école de la région », dit-il. De jeunes diplômés venaient combler les trous laissés par les départs à la retraite en attendant qu’un poste s’ouvre dans l’une des deux écoles secondaires d’Amos. L’hiver, la poudreuse sur la longue route entre Amos et Barraute peut en refroidir plus d’un. L’année qui a précédé l’arrivée du directeur, trois profs d’histoire se sont succédé dans la même classe ! Au Québec, un directeur d’école n’a pas le pouvoir de sélectionner les enseignants qui travaillent pour lui. Luc Chevrier s’est donc efforcé de créer un climat agréable, pour garder à Barraute ceux qu’il avait. Une réorganisation de la commission scolaire lui a permis d’obtenir un peu plus d’argent pour réparer les murs et repeindre les classes. « C’est la base, dit-il. Si l’école est belle, les jeunes la respectent et les profs ont envie d’y travailler. » À ancienneté égale, la commission scolaire a privilégié l’embauche d’enseignants qui habitaient dans les environs de Barraute. Ils forment aujourd’hui le gros de l’équipe. Dans la salle des profs, tout le personnel occupe une seule grande table. « Les liens entre collègues sont plus serrés que dans les grandes polyvalentes, dit Luc Chevrier. Lorsque quelqu’un arrive avec un projet, tout le monde met la main à la pâte pour le réaliser. » Un exemple de dévouement : les trois jeunes enseignantes de français ont profité de leurs vacances d’été pour mettre sur pied une petite bibliothèque dans l’école (qui n’en avait pas). En mai dernier, elles se sont rendues au Salon du livre de Rouyn-Noranda avec, en poche, 7 000 dollars provenant d’une subvention. Sylvie Caron, petite femme allumée de 32 ans, en parle comme de la réalisation d’un fantasme pour un prof de français. « Nous avons rempli nos paniers de centaines de livres neufs, des Harry Potter, des Amos Daragon et plein d’autres titres pouvant intéresser les jeunes. » Une autre clé du succès de Natagan se trouve hors des murs de l’école. Au cours des cinq dernières années, le village s’est pris en main. « Nous avions un problème de drogue », avoue Francine Grenier, femme d’affaires de 41 ans qui gère, avec sa famille, un atelier et un magasin de fourrure à Barraute. Elle est récemment devenue commissaire d’école. « Les vendeurs de drogue sévissaient sans trop se cacher. Ce climat malsain déteignait sur l’école. » En 2002, le responsable de la maison des jeunes du village, Claude Leroux, a pris le taureau par les cornes. Il a convoqué tous les Barrautois à une rencontre à l’hôtel de ville. « La salle était pleine, dit ce petit costaud rieur qui travaille également comme surveillant à Natagan. Les gens avaient peur de porter plainte à la police. Nous leur avons dit que s’ils le faisaient, tout le village serait derrière eux. » La réunion de village a eu l’effet d’un électrochoc. « Aujourd’hui, le problème est beaucoup moins sérieux. Et l’école s’en porte mieux », dit Claude Leroux. Le directeur, Luc Chevrier, est modeste. Son établissement profite d’un avantage déloyal, dit-il. Ses enseignants n’ont, en moyenne, que 15 élèves par classe, la moitié de ce que l’on trouve habituellement dans les écoles secondaires de la province. « C’est plus facile pour eux de former leurs élèves pour les examens officiels. » N’empêche, les idées qui ont germé dans la petite école abitibienne pourraient très bien être transplantées ailleurs, croit-il. « Ne me dites pas qu’on ne peut pas monter des serres à Montréal. Si l’espace manque, on n’a qu’à les installer sur les toits ! »

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Le déclin de l’empire américain

On ne parle que du dollar canadien, mais cela occulte la vraie crise qui secoue la planète. Nous assistons – en direct – au déclin de l’empire américain. Tout montre la perte de puissance et d’influence des États-Unis, que ce soit dans les villes irakiennes ou sur les marchés financiers. Juste cette semaine, nous avons appris que la dette publique du pays venait de dépasser les 9 000 milliards de dollars, que les profits des banques américaines sont moindres que prévu à cause de la crise du subprime et que la banque centrale chinoise vient d’annoncer que ses énormes réserves de devises ne seront plus seulement en dollar américain. De plus, la journée de son introduction en Bourse, la capitalisation boursière de PetroChina dépassait celle de Exxon Mobil et de General Electric ensemble! Les avis sont partagés, mais une menace de récession plane sur le pays qui importe plus qu’il n’exporte et dont les consommateurs dépensent plus qu’ils ne gagnent. Le dollar américain était au cœur du système financier international et de toutes les transactions, il ne cesse aujourd’hui de perdre du terrain, notamment au profit de l’Euro. Pire, la flambée du pétrole ne cesse d’enrichir les ennemis des Américains, notamment l’Iran et le Vénézuela, alors qu’elle les appauvrit. Sans compter que l’allié pakistanais, rempart dans la défense de la démocratie dans cette région, vient de suspendre les droits et de proclamer l’état d’urgence. Ce n’est pas tout car la Turquie, un autre allié important, menace de compliquer davantage le bourbier irakien. Certains attendent que la Banque du Canada freine la progression du huard. Certes, le gouverneur de la banque centrale a un certain pouvoir, mais je le crois totalement impuissant face à des remous majeurs causés par de puissantes forces internationales. Je ne vois pas de pause dans ce tourbillon avant janvier 2009, à l’assermentation du successeur de George W. Bush.

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La folie Facebook

Caroline Bégin, 34 ans, n’en pouvait plus de voir ses proches succomber tour à tour aux attraits de Facebook. Elle a donc décidé de fonder un groupe de discussion pour les aider à se libérer de cette « nouvelle drogue quotidienne » qu’est devenu le populaire site de réseautage. En l’espace de quelques jours, des dizaines d’internautes se sont inscrits à ce regroupement, intitulé « Je suis accro à Facebook, mais j’essaie de m’en sortir ». À la manière des Alcooliques Anonymes, ses membres promettent de se rencontrer en personne, chaque mois, afin de parler de leur dépendance… « J’ai fondé ce groupe par dérision », précise en riant Caroline Bégin, doctorante en psychopédagogie à l’Université Laval. Facebook s’est répandu comme un virus sur son campus. Plus de 4 000 étudiants et professeurs se sont déjà inscrits au site, qui permet en quelques clics de créer une communauté virtuelle, de faire partager des photos, des vidéos, des idées, de comparer ses goûts avec ceux de son cousin ou de sa voisine et, surtout, de renouer avec des ex-camarades de classe ou de travail — ou d’anciennes flammes. D’abord conçu, en 2004, par un étudiant de Harvard pour aider ses condisciples à créer des liens entre eux, ce site n’a été ouvert au grand public que l’an dernier. Sa croissance suit depuis lors une courbe exponentielle : Facebook conquiert chaque jour plus de 200 000 nouveaux adeptes et devrait en compter 60 millions dans le monde d’ici la fin de l’année, selon la maison de recherche Forrester. « C’est tout un phénomène », dit André Caron, directeur du groupe de recherche sur les jeunes et les médias à l’Université de Montréal. Ce professeur vient d’ajouter Facebook au programme de son cours de maîtrise sur les technologies émergentes. D’après lui, le succès de ce site vient entre autres du fait qu’il permet de combler un besoin vital chez l’Homo sapiens : celui d’appartenir à un groupe. « Facebook a la même fonction qu’avaient, à une autre époque, les sous-sols d’églises. Sa plate-forme très conviviale permet aux gens de discuter et d’agrandir leur cercle social. » Facebook permet aussi de suivre, à distance, l’évolution de la carrière ou de la vie amoureuse de gens depuis longtemps perdus de vue. Une ancienne conquête se marie ? Un ami d’enfance publie en ligne un album photos de ses récentes vacances familiales ? Les utilisateurs sont tenus au courant de la moindre modification dans le profil de leurs amis grâce à la fonction Newsfeed. « C’est un peu effrayant, ça nous rend à la fois voyeur, exhibitionniste, espion et un brin parano », dit Julie Leduc, 28 ans, de Montréal… qui ne peut pourtant s’empêcher de s’y brancher plusieurs fois par jour. Pour le plus grand plaisir des dirigeants de Facebook. Car si l’inscription au site reste gratuite, les publicités qu’on y trouve rapportent, elles, des sommes colossales au fondateur et propriétaire, Mark Zuckerberg, 23 ans. Son équipe et lui disposent d’une arme fatale pour séduire les annonceurs : ils peuvent analyser le profil de chacun des utilisateurs — date de naissance, lieu de résidence, sports pratiqués, livres et films préférés, etc. — pour diffuser des publicités très ciblées. Les agences de marketing ont déjà flairé le potentiel de cet outil et les grands annonceurs se précipitent pour occuper ce nouvel espace virtuel. Au Canada, la Banque TD a créé un groupe de discussion dans Facebook pour « entendre les jeunes et les aider à parfaire leurs compétences en matière de gestion budgétaire ». De nombreuses autres entreprises ont aussi fait le saut, dont Jeep et Victoria’s Secret. Le jeune Zuckerberg a déjà refusé une offre de rachat du géant américain Yahoo!, évaluée à un milliard de dollars. Une bonne décision, puisque le site a par la suite accepté 240 millions de dollars de Microsoft en échange d’une participation d’à peine 1,6 %. Cette entente porte la valeur de la jeune entreprise à 15 milliards de dollars ! Les annonceurs ne sont pas seuls à saliver. Des politiciens ont également investi le site pour y cultiver leurs contacts — ou soigner leur image. Stéphane Dion, chef du Parti libéral du Canada, compte ainsi plus de 11 000 « amis », rebaptisés « supporters » sur sa page. (On y apprend peu de choses, sinon que son chanteur préféré est Jacques Brel.) La Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec et le Comité national des jeunes du Parti québécois ont eux aussi établi une antenne dans Facebook, dont ils se servent notamment pour mobiliser leurs militants et les inviter à des assemblées politiques. La chef du PQ, Pauline Marois, n’est pas membre du réseau, contrairement à sa fille, Catherine Marois-Blanchet, 28 ans. En septembre, au cœur de la controverse entourant La Closerie, la résidence de ses parents, à l’île Bizard, elle se vidait le cœur dans une lettre bourrée de fautes d’orthographe publiée sur sa page personnelle et accessible par une simple recherche dans Google. « Il parrait que j’habite dans le château de Moulinsard… Voulez-vous ben me dire qui se souvient de koi il a l’air ce putain de château ??? Ben j’ai une tite nouvelle pour vous autre : même pas une miette pareil que la Closerie, bande de morron qui croyaient vraiment que mes parents étaient assez cave pour copier Tintin… » Une partie de cette lettre a par la suite été diffusée à Infoman, l’émission télé de Jean-René Dufort, à Radio-Canada… De nombreux autres membres de Facebook ont appris à la dure que leurs actions en ligne ne se déroulaient pas sous le sceau de la confidentialité. C’est le cas de quelques recrues de l’Agence des douanes du Canada, qui ont récemment mis en ligne des commentaires désobligeants à propos des Québécois. Un ancien douanier a rapporté ces propos à la CBC, ce qui a plongé l’Agence des douanes dans l’embarras. En avril dernier, six élèves de l’école secondaire St. Thomas, à Pointe-Claire, ont été renvoyés après avoir dénigré leurs professeurs dans Facebook. Des élèves ont aussi fait l’objet de commentaires infamants, ce qui a attisé les craintes liées au cyberbullying, ce phénomène de harcèlement moral par Internet. Les utilisateurs de Facebook font souvent preuve d’angélisme. Ils auraient pourtant intérêt à prendre quelques mesures de précaution, dit Vincent Gautrais, titulaire de la chaire de l’Université de Montréal en droit de la sécurité et des affaires électroniques. « Le public peut se compromettre en donnant de l’information complètement anodine, dit-il. Les utilisateurs de Facebook révèlent fréquemment, dans leur profil, leur date de naissance, le nom de leur mère, de leur chien, de leurs enfants. Or, ces mêmes renseignements peuvent souvent servir à récupérer des mots de passe ou, pire encore, à usurper leur identité. » C’est d’autant plus vrai, note-t-il, que Google intègre depuis peu les pages de Facebook dans ses recherches. « Je ne veux pas être alarmiste, mais il ne faut pas non plus être naïf. Ce serait pourtant si simple d’améliorer la sécurité. » Pour bien des adeptes de Facebook, le plus grand danger semble plutôt… d’y rester accrochés. Marie-Noëlle, inscrite au groupe de discussion « Je suis accro à Facebook, mais j’essaie de m’en sortir », y parle fièrement des progrès accomplis dans sa lutte contre cette dépendance. « J’ai réussi à faire des travaux d’école à l’ordinateur pendant trois heures sans aller sur Facebook ! » Facebook en français, SVP ! Malgré sa grande popularité auprès des francophones d’ici et d’ailleurs, Facebook demeure un site unilingue anglophone, ce qui soulève la grogne de nombreux utilisateurs. Dont Mathieu Laroche-Casavant, Québécois résidant depuis peu à Vancouver, qui a lancé un groupe de discussion (dans le site) intitulé « Facebook en français ». « Dans mon entourage, tout le monde est membre de Facebook, ça remplace le téléphone et le courriel. Je devrais pouvoir communiquer dans un environnement en français. » Son groupe comptait près de 9 000 membres à la mi-octobre. Gadgetville Quelles villes avez-vous visitées ? Quelles sont vos connaissances en cinéma ? Quel type de crime commettriez-vous en premier lieu ? Des centaines de petits jeux, quiz et tests en tous genres sont offerts gratuitement aux utilisateurs de Facebook, qui peuvent ensuite comparer leurs résultats avec ceux de leurs amis. Mis au point par des développeurs externes, ils sont l’une des clés du succès de Facebook. Et une formidable occasion de perdre son temps, diront les plus critiques… Mon réseau, ton réseau, notre réseau Les sites de réseautage se multiplient dans Internet. Voici un aperçu des principaux protagonistes, avec leur slogan et leur clientèle. Facebook.com « Un logiciel social qui vous relie aux gens autour de vous » D’abord conçu pour les étudiants universitaires ; aussi très populaire auprès des jeunes — et moins jeunes — spécialistes MySpace.com « Un endroit pour les amis » Écoliers, collégiens et musiciens LinkedIn.com « Les relations comptent » Spécialistes désireux d’élargir leur réseau de contacts espace.canoe.ca « Partage tes passions » Écoliers et collégiens québécois Capazoo.com « Le site de réseautage et de divertissement suprême » Lancé à la fin d’octobre par des investisseurs québécois, il veut ravir les utilisateurs des géants Facebook et MySpace. Rien de moins ! copainsdavant.linternaute.com « Retrouvez un copain d’avant perdu de vue » Français ayant terminé leurs études (compte cinq millions de membres en France) 3 raisons d’adhérer à Facebook… – Retrouver d’anciens camarades de classe ou de travail – Agrandir son cercle social et peaufiner son profil à l’aide d’outils et de logiciels sans cesse renouvelés – Voir le réseau d’amis de ses amis ou d’inconnus : permet d’être voyeur sans être vu… … et 3 raisons de ne pas y adhérer – Voulez-vous vraiment renouer avec tous ces « amis » que vous n’avez pas vus depuis 15 ans ? – Combien de temps avez-vous à perdre ? – Êtes-vous un brin exhibitionniste ? Si la protection de votre vie privée vous tient à cœur, Facebook n’est pas pour vous.

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Le spectre du privé

Les syndicats condamnent d’avance, les journalistes sont aux aguets et tout ce qu’il y a de bien-pensants s’inquiètent. Jusqu’à mercredi, à Saint-Sauveur, se tient un forum regroupant des leaders du domaine de la santé de plusieurs pays. L’idée qu’on puisse regrouper des gestionnaires provenant à la fois des réseaux publics et de l’entreprise privée semble insupportable à tous ces gens, sinon louche. Pour me dédouaner, je dis d’emblée que je ne crois pas que le privé constitue « la » solution au problème de la gestion des soins de santé. Je préfère aussi un système public comme celui du Canada à celui des Américains. Voilà, vous pouvez continuer à lire. Néanmoins, je crois que le privé peut apporter des éléments de solutions et qu’on juge trop sévèrement sa contribution. Dans le New York Times hier, un chroniqueur expliquait les écarts entre le Canada et les États-Unis. J’ai trouvé les explications intéressantes. Sur l’espérance de vie, plus élevée au Canada (2,6 ans pour les hommes et 2,3 ans pour les femmes). La différence s’explique davantage par les conditions sociales que par l’accès aux soins de santé. En effet, la mortalité des Américains dans la vingtaine est plus de 50 % plus élevée que celle des Canadiens du même âge. Autre phénomène qui explique l’écart : il y a beaucoup plus d’Américains qui sont obèses (31 % des hommes américains contre 17 % des hommes canadiens). Le taux de mortalité pour les nouveaux-nés plus élevé aux États-Unis s’explique par le plus grand nombre de bébés pesant moins de 2, 500 grammes à la naissance chez nos voisins du Sud. Cela s’expliquant à son tour par un plus grand nombre d’adolescentes qui donnent naissance aux États-Unis. 47 millions d’Américains n’ont pas d’assurance pour les soins de santé. Il faut compter parmi eux plus de 10 millions d’immigrants illégaux (il y en a 11,6 millions) qui n’y ont pas accès et plus de la moitié des autres en auraient les moyens. Les soins de santé représentent 16 % du PIB américain, un taux plus élevé que dans les autres pays. Cette proportion a triplé depuis 1950 et elle ne cessera d’augmenter. Certains économistes prédisent qu’elle atteindra 30 % d’ici 2050. Mais cela serait plutôt un signe de l’enrichissement du pays et de l’accès rendu possible à de formidables développements scientifiques et technologiques.

Société

Trois records et deux scandales

C’est la journée des records. Le dollar se pointe aujourd’hui à 1,07 $ américains, le baril de pétrole se approche des 100 dollars et Statistique Canada annonce que le taux d’emploi au Québec est à 61,2 % en octobre, le taux le plus élevé de notre histoire. Ces trois records ont un prix : les entreprises québécoises auront à se démener encore plus pour maintenir leur position concurrentielle. Voilà pourquoi Bommbardier Produits Récréatifs fabrique ses nouveaux VTT au Mexique. Voilà pourquoi également le géant mondial Breakwater veut faire venir 47 mineurs de la Tunisie pour combler des postes vacants à sa mine de Lebel-sur-Quévillon. Certains crient déjà au scandale. Je les comprends. Il y a dans cette région des centaines de travailleurs forestiers qui sont en chômage. Or, les programmes de formation sont insuffisants en Abitibi pour permettre aux travailleurs forestiers de se trouver un emploi dans les mines. Il faut donc trouver les fonds et favoriser cette migration du sol au sous-sol. Voilà où est le premier scandale. Mais il y a pire. L’étude publiée hier par Statistique Canada sur l’éducation des jeunes Canadiens est dévastatrice pour le Québec. Les jeunes Québécois sont presque deux fois plus susceptibles de décrocher pendant le secondaire que les jeunes Ontariens et deux fois moins susceptibles d’obtenir un diplôme universitaire. Ces chiffres méritent d’être nuancés, compte tenu des différences dans les systèmes scolaires. Les Québécois «raccrochent » en grand nombre et finissent leurs études plus tard que les autres, ce qui a un impact négatif dans une étude délimitée dans le temps. Selon ses auteurs, l’écart reste néanmoins important et il est encore plus significatif quand on compare les francophones aux anglophones. Comment rivaliser avec les autres quand nos jeunes étudient moins ? Comment les entreprises vont trouver du personnel qualifié quand nos jeunes boudent la formation technique ? Comment reprocher aux entreprises de réclamer des travailleurs immigrés pour répondre à des besoins qui ne semblent pas pouvoir être comblés ? Et on ne parle même pas du départ à la retraite des premiers babyboomers…

Société

La république des sondages

Je me pose moi aussi des questions sur le sondage qui indique qu’une pluralité de Québécois est contre le projet de loi du Parti Québécois sur l’identité. Certains s’enflamment parce qu’une courte majorité de francophones appuyaient la semaine dernière le projet de loi. Mes questions sont simples. Depuis quand un sondage a-t-il valeur de référendum ? Depuis quand le résultat d’un sondage constitue la preuve ultime et irréfutable du désir de la population et, surtout, de la justesse d’une position ? Je me pose ces questions parce que… 65 % des Américains se disent en faveur de la peine de mort (2006, ABC News). Ont-ils nécessairement raison ? Les majorités ont-elles toujours raison ? Les sondages expriment-ils toujours l’opinion réelle des individus ? Si l’on en croit un sondage Léger Marketing (pour Équiterre) dévoilé en juin, 77 % des Québécois « ont indiqué faire un effort pour acheter localement ». Cela est contredit chaque semaine dans les habitudes de consommation des Québécois et les parts de marché des détaillants en alimentation. Les sondages nous apprennent année après année que la Société Radio-Canada est plus admirée que TVA (Revue Commerce). Pourtant, les Québécois sont deux fois plus nombreux à écouter TVA (28,5 % vs 14 % lors de la semaine du 8 au 14 octobre 2007). 20 % des Européens de l’Ouest assistent régulièrement à des services religieux contre 47 % des Nord-Américains. (L’opinion du monde 2006) Qui a raison, qui a tort ? 52 % des Israéliens se considèrent comme une personne non religieuse. Il n’y a qu’au Japon où la proportion est plus élevée. (L’opinion du monde 2006) La perception qu’ont les Israéliens d’eux-mêmes elle-t-elle fondée ? Je le crois, mais je conçois que cela peut paraître étonnant pour plusieurs. Les deux tiers des Canadiens croient que les produits « verts ou meilleurs pour l’environnement » mis en marché ne constituent qu’une tactique de marketing. (Ipsos) Qui dit qu’ils ont raison ? Est-ce une raison pour ne pas acheter les produits en question ? En 2005, un sondage CROP nous apprenait que 28 % des Québécois n’auraient aucun scrupule à frauder l’impôt. Faut-il considérer la fraude fiscale comme un comportement acceptable pour autant ? En novembre 2006, 67% des Canadiens considéraient que le Québec n’était pas une nation (Léger Marketing). Puisqu’ils étaient fortement majoritaires, avaient-ils forcément raison ? 68 % des Québécois trouvent que les jeunes sont moins motivés et moins travaillants ? (Léger Marketing) Que les gens le pensent est une chose, mais est-ce que la réalité est pour autant bien traduite par cette réponse ? Le 14 avril 2004, une majorité des Québécois affirmait que le peuple avait fait un mauvais choix le 14 avril 2003. Le sondage de 2004 a-t-il plus de valeur que les élections de 2003 ? Les sondages constituent un précieux outil permettant de mesurer les humeurs de l’opinion publique à un moment précis. Rien de moins, mais rien de plus.

Société

Ce qu’en pensent les Québécois

Année après année, les Québécois se disent favorables à la publication du Palmarès des écoles. Et il ne s’agit pas d’un appui aveugle : plus des deux tiers des Québécois sont conscients qu’il s’agit d’un outil incomplet. La grande majorité des Québécois considèrent tout de même qu’il est utile pour aider les parents à choisir une école, et que cela favorise une saine compétition entre les établissements pour les pousser à s’améliorer. L’actualité demande chaque année à la firme de sondage CROP de sonder l’opinion du public sur le Palmarès. Voici les plus récents résultats.

Salut, Ron ! Société

Salut, Ron !

Pour prendre le pouls de la planète hockey, personne ne peut rivaliser avec Ron Fournier, cet ancien arbitre devenu animateur-vedette. Notre journaliste l’avait rencontré à l’automne 2007.