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Ici, on soigne des personnes !

Au Québec, les patientes qui exigent de ne pas partager leur chambre d’hôpital avec un homme, ce sont le plus souvent… des Québécoises de souche âgées ! Bye-bye le préjugé sur les accommodements raisonnables qui seraient liés seulement aux croyances religieuses. Et aux nouveaux arrivants… « Les demandes de traitement particulier sont l’exception plutôt que la règle », assure Pascal Mailhot, de la Direction des communications de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal. En fait, voyant la tourmente qui se déchaînait l’an dernier, les hôpitaux de l’île de Montréal qui n’avaient pas de politique en la matière se sont empressés d’en élaborer une. Aujourd’hui, dans les établissements de santé montréalais mais aussi ailleurs au Québec, on pratique la souplesse, la personnalisation des soins, l’approche interculturelle. Et on refuse vigoureusement de confondre ces mesures avec des « accommodements raisonnables » ! « Peu importe l’origine des usagers, on a toujours la même approche », dit Line Déziel, du programme de pédiatrie générale à l’Hôpital Sainte-Justine, établissement qui a une politique depuis près de cinq ans. « On va tâcher de satisfaire le patient, sa famille, tant que ça ne tombe pas dans une zone plus vulnérable et critique — qui toucherait la sécurité de la personne traitée ou la prévention des infections, par exemple. » Avec l’accroissement, depuis 10 ans, de l’immigration en provenance d’Afrique du Nord et, plus récemment, de pays comme le Pakistan et l’Inde, on a bien observé une hausse du nombre de demandes de la part de femmes musulmanes qui désirent être soignées par des femmes — et parfois même l’exigent. Surtout en obstétrique et pour des échographies. « Mais même chez les patientes musulmanes, de telles demandes restent l’exception », insiste Pascal Mailhot. Et les incidents sérieux sont rares. Un cas, au Centre hospitalier de St. Mary, à Montréal, est survenu il y a un peu plus de deux ans, raconte l’ombudsman Caroline Roy. Un homme dont la femme devait subir une échographie et qui attendait avec elle s’est brièvement absenté. À son retour, la patiente était dans la salle d’examen, avec un spécialiste masculin. Le mari s’est emporté. Le personnel, disait-il, aurait dû savoir, du seul fait qu’elle portait le hidjab, que sa femme n’accepterait pas d’être vue par un homme. Celle-ci n’avait pourtant rien demandé. Le mari ne décolérant pas et le personnel se sentant menacé, quelqu’un a appelé la sécurité. Les époux ont été conduits au bureau de l’ombudsman. Caroline Roy a eu beau expliquer que la patiente aurait dû clairement exprimer son désir d’être examinée par une femme — toutes les musulmanes ne font pas cette demande —, rien n’y fit. Le couple a finalement tourné les talons sans que l’examen ait lieu. L’ombudsman de St. Mary dit n’avoir eu à faire face, en cinq ans, qu’à un seul autre épisode pénible en obstétrique. Mais elle reconnaît que tous les cas n’atterrissent pas sur son bureau. Des cas, il y en a eu d’autres, précise la Dre Isabelle Girard, directrice du Service d’obstétrique. Mais les incidents sérieux, qu’elle attribue à quelques extrémistes, sont rarissimes. N’empêche, l’hôpital a senti le besoin de changer sa politique interne en 2005. Car rares ou pas, « quand ce sont des situations d’urgence, c’est choquant, dit la Dre Girard, parce que la vie d’une maman ou d’un bébé est mise en danger ». (On a vu, notamment, un homme refuser qu’un brancardier masculin porte la civière de sa femme.) Maintenant, le Service d’obstétrique — fréquenté par une population à 80 % multiculturelle — est aux prises, estime la Dre Isabelle Girard, avec moins de cinq cas problématiques par an, sur quelque 4 000 accouchements. En vertu de la nouvelle politique, des affiches apposées partout dans l’hôpital annoncent aux patients qu’ils sont susceptibles d’être soignés par du personnel des deux sexes. Tous les médecins préviennent leurs patients. En radiologie, une femme qui ne veut pas qu’un spécialiste masculin fasse son échographie peut demander un autre rendez-vous, mais son cas ne sera pas considéré comme urgent. « Ça peut être dans 7, 10, 20 jours, tout dépendra de la disponibilité. Si elle revient et que c’est encore un homme, ce sera son problème », explique la Dre Girard, une grande femme énergique qui carbure à la caféine. Au CHUM, à Sacré-Cœur, à Maisonneuve-Rosemont, dans presque tous les hôpitaux de l’île de Montréal, le mot d’ordre est le même : si on peut acquiescer à une demande, on le fait. Sinon, la personne sera soignée par le spécialiste disponible. Il arrive que des parents musulmans réclament un médecin de sexe féminin pour leur fille. Tout comme le font aussi des Québécoises de souche. Encore là, la réponse dépendra de la disponibilité du personnel. « Les gens comprennent bien », dit Line Déziel, de Sainte-Justine, qui n’a eu vent d’aucun incident notable depuis cinq ans. « Si on ne peut pas vous offrir un service et qu’on vous en explique les raisons avec respect, ça ira mieux que si on vous laisse croire que vous dérangez. » Lorsque des parents d’origine asiatique dont l’enfant venait de mourir ont demandé des bougies pour leurs rites funéraires, l’hôpital a refusé, pour des raisons de sécurité. On leur a suggéré — le personnel ne se rappelle plus de quelle religion était la famille — d’utiliser des lampions électriques ou des lampes de poche, ce qu’ils ont accepté. Pour aider son personnel dans ce genre de situations, Sainte-Justine a créé un service de consultation interculturelle il y a quelques années. « Quand il y a incompréhension au sujet des soins et que nos équipes cliniques sentent que la culture de la famille y est pour quelque chose, elles consultent le comité de pédiatrie interculturelle », dit Line Déziel. Cela ne s’est produit qu’une dizaine de fois l’an dernier. Le malaise est réel, cependant, lorsqu’une demande peut être perçue comme une atteinte à l’égalité entre les hommes et les femmes. Quand un mari répond à la place de son épouse, c’est souvent choquant pour une femme qui a grandi au Québec, note Bilkis Vissandjee, professeure à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal et responsable d’un cours sur la diversité culturelle et les soins. Il peut être difficile alors de ne pas attribuer cette façon de faire à la différence culturelle ou religieuse, dit cette chercheuse spécialisée dans la santé des femmes immigrantes. À Sacré-Cœur, les demandes les plus fréquentes visent à obtenir une chambre non mixte, relève Louise Robinette, directrice adjointe des soins infirmiers. L’hôpital acquiesce toujours à ces requêtes, qui viennent le plus souvent de femmes âgées. Et pas seulement des musulmanes ! Le refus de certaines d’être soignées par du personnel masculin dérange la Dre Isabelle Girard, du Centre hospitalier de St. Mary. « La discrimination contre un médecin en fonction de son sexe est aussi grave que celle qui s’exerce en fonction de la race. Si quelqu’un refusait des soins de la part d’un médecin noir, ça ferait tout un tollé. » Ce n’est pourtant pas là que se trouve la première source de malentendus ou de tensions dans un hôpital au service d’une population multiculturelle. Elle est plutôt du côté de la langue. « C’est parfois un défi de se comprendre même quand on parle la même langue. Imaginez s’il faut communiquer à l’aide d’un interprète ! » dit Marie Serdynska, coordonnatrice du programme multiculturel de l’Hôpital de Montréal pour enfants, qui existe depuis 1986. Lorsque le patient ne parle ni le français ni l’anglais et que les interprètes bénévoles sont débordés, il y a de quoi mettre la patience de tout le monde à rude épreuve… « C’est quand on est pris de court, parce qu’on n’a pas les ressources nécessaires, que des tensions surviennent », dit Bilkis Vissandjee, belle femme aux yeux rieurs née à Madagascar de parents d’origine indienne et arrivée au Québec à 19 ans. Dans ses classes de mise à niveau pour les professionnels de la santé, il n’est pas rare qu’elle entende des commentaires du genre : « On est déjà débordés, ne nous demandez pas en plus de nous adapter. » Pour aider leur personnel, beaucoup d’hôpitaux ont dressé des listes d’interprètes, qui mettent à contribution les employés multilingues qui se portent volontaires. À l’Hôpital du Sacré-Cœur, 87 membres du personnel parlant 26 langues différentes sont inscrits ! Deux réseaux d’interprètes professionnels, gérés régionalement, ont été mis sur pied, à Québec en 1994 et à Montréal en 1993. À Montréal, le réseau compte environ 150 pigistes, qui parlent une cinquantaine de langues. Et ils répondent à un réel besoin : on a fait appel à eux pour environ 550 heures par semaine et 17 000 usagers en 2006, a évalué Isabelle Hemlin, responsable de ce service. Les hôpitaux ont recours à ces interprètes pour expliquer un plan de traitement, un diagnostic délicat ou pour obtenir un consentement clair. Parfois, pour faire le pont entre les cultures. « Il peut y avoir des codes culturels que la personne d’ici ne connaît pas ou l’inverse », dit Adriana Tara, qui travaille pour le répertoire régional de Montréal depuis 1995. Un médecin pourrait s’étonner, par exemple, de la réticence d’un patient à subir un traitement de physiothérapie s’il ne sait pas que dans certains pays d’Afrique, pas question de bouger quand on est blessé : on reste immobile et on se repose ! Les difficultés liées à la barrière linguistique ont été complètement laissées de côté lors de la controverse autour des accommodements raisonnables. La Dre Girard, de St. Mary, n’a d’ailleurs pas toujours aimé ce qu’elle a entendu durant ce débat. Mais elle croit qu’il a malgré tout eu du bon. Il a incité de nombreux établissements à préciser leur ligne de conduite à l’égard de certaines demandes. La clarification — ou dans certains cas la confirmation — des politiques a aussi rassuré le personnel, qui doit souvent prendre des décisions dans le feu de l’action. C’est le cas au CHUM, où la ligne de conduite en obstétrique a été officialisée l’an dernier. « Au centre des naissances, les employés disent qu’il y a moins d’ambiguïté, que c’est maintenant plus clair dès le départ », dit Nicole Beaulieu, directrice des communications de l’hôpital universitaire. Preuve que la clarté a le mérite d’éliminer les malentendus, depuis l’adoption de cette politique par le Service d’obstétrique, le CHUM n’a reçu aucune plainte de patientes frustrées de ne pas avoir obtenu un traitement particulier.

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Trop accommodant, le Québec ?

« Pour nous, le visage de l’islam, c’est le petit Mohammed, qui est dans la classe, à son affaire, qui coopère et qui est charmant comme ses parents », dit Irène Harper, directrice depuis 12 ans de l’école primaire Barclay, une des plus multiethniques de l’île de Montréal.La diversité culturelle à l’école, c’est la réalité d’Irène Harper depuis 30 ans. Cette Québécoise d’origine écossaise ne revient pas de la tournure qu’a prise le débat sur les accommodements raisonnables dans les médias québécois ces deux dernières années. « On a l’impression qu’on est toujours aux prises avec des choses désagréables, et ce n’est pas la réalité », dit-elle d’une voix empreinte d’affection pour les enfants qu’elle s’apprête à quitter pour prendre sa retraite. L’école Barclay, ce sont 730 enfants du quartier Parc-Extension, qui parlent 39 langues et qui ont des racines dans 50 pays différents. Le voile islamique, le kirpan, les exemptions de cours de musique ou de baignade ne sont pas le premier souci de la directrice. Il y a bien quelques fillettes qui portent le hidjab, mais ça ne dérange à peu près personne. Et aucun local n’est réservé à la prière. Irène Harper a reçu, en 12 ans, deux demandes d’être dispensé des cours de musique — matière que les tenants d’un islam très rigoriste évitent et que certains évangéliques désapprouvent. Mais dans chaque cas, l’enfant a fini par se joindre au reste du groupe. « Je n’ai pas eu plus de demandes qu’à mon ancienne école, où des Témoins de Jéhovah désiraient que leurs enfants soient exemptés des cours où il était question de l’Halloween. » Lorsque cela arrivait, l’écolier était simplement invité à faire son dessin ou son bricolage sur un autre thème. « Parce que c’est la compétence en dessin qui importe, pas de dessiner une sorcière », dit Irène Harper. Les cours de natation lui donnent un peu de fil à retordre, elle en convient. Elle a cependant mis à contribution une maman de religion musulmane : celle-ci téléphone aux rares parents qui ne veulent pas laisser leur fille participer à un cours mixte, leur explique qu’il y a des vestiaires séparés pour les filles et les garçons. Et leur refile des adresses où se procurer un maillot de bain qui couvre tout le corps — on en trouve notamment dans Internet, mais aussi dans certains magasins spécialisés de Montréal. « On a rallié à notre point de vue la plupart des familles, dit la directrice. Mais il y en a qui, je pense, ne changeront jamais d’avis. » Dans ces cas-là, l’enfant suit un cours d’éducation physique traditionnel au gymnase.Les accommodements raisonnables ? L’expression ne fait à peu près pas partie du vocabulaire des écoles. Ce qui se pratique surtout, ce sont des arrangements volontaires et temporaires ! Ce que Marie McAndrew, directrice de la Chaire de recherche du Canada sur l’éducation et les rapports ethniques, à l’Université de Montréal, appelle des « stratégies paradoxales ». « On donne un service particulier, ou même parallèle, ou encore une exemption. Toujours en vue d’une meilleure participation et donc d’une meilleure intégration », explique-t-elle. Puis, au fil du temps — et de l’intégration —, le service particulier devient de moins en moins nécessaire. L’école Barthélemy-Vimont, aussi dans Parc-Extension, est le laboratoire de la diversité au Québec. Cette école primaire — la plus grosse de la commission scolaire de Montréal (CSDM), avec ses 900 élèves — est multiethnique à « 99,9 % », dit Alain Mayrand, le directeur, qui quitte son poste cet été pour relever un autre défi. Une soixantaine de communautés s’y croisent, les plus importantes étant originaires de l’Inde, du Pakistan et du Sri Lanka. Alain Mayrand, qui a été en poste dans cette école pendant cinq ans, n’a qu’un seul véritable cas d’accommodement en mémoire. Tout récent. Des parents musulmans ont insisté pour que de la viande halal soit servie à leurs enfants le midi. La commission scolaire a plutôt décidé que les écoles offriraient, si des parents en faisaient la demande, un deuxième plat les jours où, par exemple, il y aurait du bœuf au menu. À l’extérieur de Montréal, les demandes viennent le plus souvent de Québécois de souche qui sont membres d’Églises évangéliques ou des Témoins de Jéhovah, selon Louise Fortin, directrice des services aux communautés culturelles au ministère de l’Éducation. Elle a fait cette constatation lors de deux journées de réflexion organisées en mars dernier, à l’Université de Montréal, par Marie McAndrew. En région comme à Montréal, la presque totalité des demandes sont traitées localement et sans beaucoup de problèmes, a-t-elle observé par ailleurs, dans le cadre d’une enquête menée en 2006 auprès de 15 commissions scolaires de six régions. « On en fait tout un plat dans les médias, mais ça ne représente pas le quotidien des écoles », dit-elle. Ces demandes éparses sont bien peu de chose en comparaison du principal défi à relever : mettre en confiance les parents, qui ignorent souvent tout du système scolaire québécois et de ses méthodes. Et ils doivent y parvenir malgré la barrière de la langue !Selon Alain Mayrand, plus la culture des parents est éloignée de celle de l’Occident et de la langue française, plus il faut s’attendre à y mettre du temps. « J’ai une petite formule pour résumer mon approche », dit avec conviction cet homme à la tempe grisonnante et au regard vif. « J’aide la famille. Si j’aide la famille, j’aide l’enfant. Si j’aide l’enfant, je le rends disponible pour l’enseignant. Si je le rends disponible pour l’enseignant, j’améliore ses chances de réussite à l’école. » Il y a environ deux ans, il a sondé — sans prétentions scientifiques — des parents immigrants pour connaître leurs attentes. La première : qu’on leur enseigne le français, pour qu’ils puissent lire le bulletin de leurs enfants, parler au professeur, au directeur. Et ils voulaient que les cours aient lieu à l’école même. Ainsi fut fait. Et même à des températures de 40°C au-dessous de zéro, 16 parents sur les 18 inscrits ont été fidèles au rendez-vous. « La barrière principale est la langue bien plus que les questions de religion », dit la chercheuse Marie McAndrew. Les frictions liées à la religion sont selon elle un épiphénomène de l’immigration. « La majorité des nouveaux arrivants sont chrétiens. Et même parmi ceux qui ne le sont pas, seule une petite minorité demande des mesures spéciales ou des accommodements. » La réalisatrice Sylvie Groulx a passé un an à suivre la classe de première année de Lise Coupal, à l’école Barthélemy-Vimont, pour son film La classe de madame Lise (2006). Les préjugés qu’elle entretenait avant le film se sont rapidement écroulés. « Je me disais que les parents n’avaient qu’à apprendre le français. C’est plus compliqué que ça. Ils ont des vies de fou ! Ils ont plusieurs enfants, ils sont souvent pauvres, ils ont souvent deux boulots. Difficile de suivre des cours de français le soir. » Et ceux qui ont l’anglais pour langue seconde se trouvent un travail où ils n’ont pas à apprendre le français. Selon Alain Mayrand, il faut accepter que l’intégration prenne du temps. Parfois, il importe de gagner les parents immigrants aux méthodes d’enseignement pratiquées au Québec. Leur faire valoir, par exemple, qu’à la maternelle les petits ne font pas que jouer, ils apprennent des choses ! La première préoccupation des parents étant la sécurité de leurs enfants, les convaincre du bien-fondé des sorties scolaires est souvent difficile. Et plus encore si l’activité a lieu à l’extérieur de la ville. Principalement pour les filles, mais aussi pour certains garçons. Bien des parents ne voient là qu’une occasion pour les jeunes de s’amuser. Et surtout, « l’idée que l’enfant passe la nuit hors de la maison est étrangère aux mœurs de nombreuses communautés, en particulier sud-asiatiques et musulmanes », explique Irène Harper. L’an dernier, l’école Barclay a obtenu gratuitement 100 places pour deux nuitées dans un camp des Laurentides ; seulement 40 enfants y sont allés.Pour mettre les parents en confiance en vue d’éventuelles sorties, certains établissements organisent des « nuits à l’école ». « Un défi à organiser, admet Alain Mayrand, mais de plus en plus d’enfants y participent. Parce que le plus vieux ou le deuxième de la famille l’a déjà fait. » Le plus irritant, pour lui, ce sont les absences prolongées de certains enfants de familles originaires du sous-continent indien. La belle saison dans ce coin du monde coïncide avec les mois d’hiver au Québec. Et les billets d’avion sont moins chers à cette période. Pour les professeurs, c’est un sérieux casse-tête. Un écolier qui s’absente deux ou trois mois, c’est autant de rattrapage au retour. Et les conséquences sont plus importantes lorsque l’enfant a des difficultés d’apprentissage. L’école Barthélemy-Vimont est particulièrement touchée par ce phénomène. On parle de quelques dizaines de cas par année. Alain Mayrand fait comme bien d’autres directeurs : il demande au parent de signer une lettre dans laquelle celui-ci prend l’entière responsabilité du geste. Lorsque la tempête médiatique s’est levée au sujet des accommodements raisonnables, l’an dernier, le ministre de l’Éducation de l’époque, Jean-Marc Fournier, a créé un comité consultatif sur « l’intégration et l’accommodement raisonnable en milieu scolaire ». Présidé par Bergman Fleury, un vétéran de l’éducation interculturelle à la CSDM, le comité a pour mandat de produire une définition claire de ce qu’est un « accommodement raisonnable ». Il devra aussi proposer une stratégie au Ministère et au réseau scolaire pour les aider à gérer la diversité culturelle et religieuse. Le rapport du comité Fleury est attendu cet automne, au moment même où démarreront les consultations de la commission Bouchard-Taylor, chargée de dresser le portrait des « pratiques d’accommodement liées aux différences culturelles » et d’en analyser les enjeux. Bergman Fleury veut outiller le personnel des écoles pour qu’il puisse traiter les demandes, les refuser ou les accepter. Les gens ont besoin, dit-il, de repères communs. « Personne ne veut adopter une position et se faire dire ensuite par l’établissement qu’il a eu tort. » Selon lui, il n’est pas possible d’établir des règles absolues et applicables en toutes circonstances. « Pas question non plus de laisser le milieu scolaire s’en remettre aux décisions judiciaires chaque fois qu’il y a une demande d’accommodement ou d’exemption. » Les commissions scolaires ne souhaitent pas davantage régler ces questions devant les tribunaux. « Un accommodement imposé par un tribunal fait jurisprudence, dit Diane De Courcy, présidente de la CSDM. Alors que si on ne judiciarise pas, ça devient une manière de faire, de vivre. Et ça évolue, les manières de faire et de vivre ! »L’âpreté du débat, l’année dernière, a écorché le réseau de l’éducation, au point que de nombreuses directions d’école évitent désormais de parler aux médias. Les refus ont été nombreux pour ce reportage. Diane De Courcy, de la CSDM, comprend ses collègues. « Le tapage médiatique ne rend pas justice à ce que nous vivons au quotidien. Ça ne veut pas dire pour autant qu’il faille évacuer les questions. » Mais même si elles sont peu nombreuses, les demandes à caractère religieux en milieu scolaire dérangent la population, constate Marie McAndrew, de l’Université de Montréal. Le Québec a entrepris la laïcisation de son système scolaire en même temps qu’il était aux prises avec une augmentation de la diversité religieuse, contrairement à d’autres pays où les deux processus ont été vécus séparément. « Ça peut créer une certaine confusion, dit la chercheuse. Certains concluent qu’on sort le crucifix pour faire entrer le voile. Mais le crucifix qui sort est celui de l’institution, alors que le voile qui entre est celui de la population scolaire. » Et la laïcité, dit-elle, ne s’impose pas à la population, seulement aux institutions. À la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, dans la région de Montréal, la décision d’accepter de dispenser certains enfants de la pratique de la flûte à bec a causé des remous sur le terrain après qu’un reportage, en janvier 2007, eut présenté cela comme une nouveauté. Ce n’en était pas une ! Échaudée, la commission scolaire n’a pas voulu ouvrir la porte de ses écoles à la journaliste de L’actualité. « Il y a des choses qui se font de longue date de façon harmonieuse », dit Brigitte Gauvreau, de la Direction des communications. Mais dans le climat actuel, lorsque de tels arrangements sont médiatisés, « ça prend une tout autre dimension ». L’idée n’est pas de cacher quoi que ce soit, mais plutôt de ne pas jeter de l’huile sur le feu. La CSDM, qui compte 78 000 élèves, dont un peu plus de la moitié sont nés de parents d’origine étrangère, s’est dotée en juin 2006 d’une nouvelle politique en éducation interculturelle. Environ 2 000 personnes ont participé aux consultations tenues sur le sujet en 2005 et 2006, dont plus de 400 parents issus de l’immigration. Le message de ces derniers était clair. « Ils souhaitaient qu’il y ait une politique, dit la présidente de la CSDM. Et ils voulaient que la culture québécoise, notre façon de faire, les valeurs de la commission scolaire, les valeurs montréalaises et québécoises soient beaucoup plus affirmées, beaucoup plus claires. » Le résultat des consultations a rassuré les enseignants et les directions d’école, parce qu’il confirmait leurs pratiques sur le terrain.La couverture médiatique a toutefois laissé des traces. Irène Harper a ainsi vu une de ses enseignantes affirmer, à propos d’un père — arabe et musulman — qui s’était énervé et avait été impoli, qu’il ne respectait pas les femmes. S’il avait été de n’importe quelle autre origine, elle aurait simplement conclu qu’il était mal élevé, dit la directrice. Elle-même ne se souvient pas d’une occasion où un parent lui aurait manqué de respect. La réaction dépend beaucoup de la perception qu’on a, par l’intermédiaire des médias, des gens qui réclament un accommodement, croit Marie McAndrew. Les demandes de menus végétariens, par exemple, ne font plus sourciller, même lorsqu’elles émanent d’hindous. Alors que celles de viande halal ou kasher, par des musulmans ou des juifs, provoquent aisément de l’agacement. « Je ne dis pas que les médias construisent à partir de rien, il y a des réalités sociopolitiques. Mais la réaction sera différente même si les demandes sont identiques, ou pas plus dérangeantes les unes que les autres », dit-elle. Les parents nés à l’étranger ne sont pas différents des parents québécois, constate Gérard Jeune, directeur depuis 15 ans de l’Académie de Roberval, dans la Petite-Patrie : ils veulent que leurs enfants réussissent ! Son école à vocation particulière — elle offre un programme d’enseignement enrichi — compte 590 élèves, dont de 70 % à 80 % d’immigrants de deuxième génération. Peu importe l’origine des parents, la principale raison invoquée pour se tourner vers l’Académie, une école publique qui sélectionne ses élèves, est la même. « L’attrait de la petite école secondaire avec son encadrement différent ! Les parents ont peur, à tort ou à raison, des grandes écoles secondaires », explique cet homme d’origine haïtienne à la carrure solide. Bien des parents lui disent que sans l’Académie, ils se seraient saignés à blanc pour envoyer leur enfant à l’école privée. Code vestimentaire strict, encadrement serré, horaires fixes, menus uniformes, la donne est claire dans cette école et tout le monde s’y plie. Durant toutes ses années comme directeur, Gérard Jeune n’a reçu qu’une seule demande officielle d’accommodement, et elle est restée sans suite. Un adolescent avait demandé un local de prière, mais devant la perspective d’en avoir un ouvert à toutes les confessions, il a laissé tomber. Sur le terrain, on constate que bien des professeurs qui enseignent dans des écoles multiethniques ne céderaient pas leur place. La réalisatrice Sylvie Groulx évoque les confidences qu’une enseignante lui a faites au moment du tournage de son film. Elle disait ne plus vouloir enseigner à une classe composée uniquement de Québécois de souche. Car dans son école multiethnique, expliquait-elle, « les enfants sont respectueux, et s’ils ne le sont pas, il est facile de les rappeler à l’ordre. Parce que leurs parents le font à la maison ! Ces parents parlent poliment et ne viennent pas engueuler les enseignants ou les traiter de nuls. » Le phénomène du manque de respect à l’égard des enseignants n’est pas limité aux Québécois francophones de souche, prévient Gérard Jeune… mais c’est clair que c’est surtout d’eux qu’on parle ! « Aujourd’hui, on téléphone chez un Tremblay et on n’est pas certain d’être bien reçu. Des professeurs me disent qu’ils trouvent difficile d’appeler des parents et de se faire engueuler. On ne vivait jamais ça il y a une dizaine d’années. » Il se souvient d’avoir demandé à des élèves, dans une classe, lesquels d’entre eux se considéraient comme des enfants-rois. Dix jeunes sur 32 ont levé la main. Tous des Québécois francophones de souche.

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Fils et filles de Radisson

L’écrivaine Hélène Pedneault plaidait récemment, dans un excellent texte publié dans Le Devoir, pour que les Québécois – et les pouvoirs publics qui dépensent leurs impôts – investissent de façon plus créative dans la symbolique identitaire. Un fort joli concept en ces temps où bien des gens s’inquiètent de l’identité québécoise. Indiquer où sont enterrés l’écrivaine Anne Hébert et quelques autres grands de notre histoire – pour que les gens puissent y emmener leurs enfants – est une tâche peu coûteuse et assez simple. (Le ministère du Tourisme pourrait produire une carte.) Ajouter sur les panneaux routiers les noms amérindiens de certains lieux est une autre bonne idée, déjà plus coûteuse mais ô combien rassembleuse. Qu’un panneau, à la sortie de l’aéroport Trudeau, indique à quelle distance se trouve le centre-ville de Montréal, c’est normal. Ce serait encore mieux s’il donnait la même information pour Trois-Rivières, Québec… et pourquoi pas Natashquan, comme le propose Hélène Pedneault ? Le « 1 298 km » rappellerait aux gens combien ce pays est vaste. Et combien il a fallu de courage et d’audace aux premiers arrivants pour s’y aventurer. Car depuis quelques mois, la peur semble au programme de bien des émissions radiophoniques et conversations de salon. Mais de quoi au juste avons-nous peur ? Des accommodements que la société pourrait consentir à quelques musulmans ou à quelques juifs, largement minoritaires ? Cela menacerait l’identité, la tradition ? Il faudrait donc se replier derrière la palissade ? Et si on relançait plutôt l’esprit d’entreprise et de découverte des coureurs des bois, comme Nicolas Perrot ou Jean Cadieux ? Eux aussi sont notre tradition ! Pourquoi ne nous référons-nous qu’à la société conservatrice et religieuse d’après la Conquête ? Nous sommes aussi les fils et les filles de Pierre-Esprit Radisson et de Médard Des Groseilliers ! Comme nombre des premiers Français émigrés en Nouvelle-France, ces jeunes hommes étaient de pauvres citadins fuyant un monde de contraintes sociales et religieuses qui les condamnaient à la misère. Dans le Nouveau Monde, où ils arrivaient, le prestige ne s’acquérait pas par les liens du sang. Un destin pouvait être forgé. Il était le fruit du talent, du travail, du mérite. Chose impossible en France. Mieux encore, les jeunes Français d’ici qui franchissaient la palissade de bois des forts découvraient une culture où l’enfer n’existait pas (les Amérindiens n’y croyaient pas), où les femmes participaient au pouvoir politique, où elles étaient libres, même, de se donner à qui elles voulaient, quand elles voulaient, jusqu’au jour où elles choisissaient un mari. Ah, l’égalité des femmes, si on y tient tant, c’est peut-être à cause d’elles ! Les « Sauvages » faisaient preuve d’hospitalité et de tolérance à l’égard de ces Blancs laids, poilus et bedonnants, qui ne savaient pas maîtriser leurs émotions ! (Merci, Georges-Hébert Germain, de nous raconter tout ça dans Les coureurs des bois, aux éditions Libre Expression.) De l’union de ces Européens hardis avec les Amérindiens allait naître une culture nouvelle, fondée sur la tolérance et la liberté individuelle – des mots qui, depuis quelques mois, dans la bouche de certaines personnes, résonnent malheureusement comme des injures. Tolérer des différences ? Religieuses ? Étienne Brûlé, Médard Des Groseilliers, Pierre-Esprit Radisson ont certainement eu peur, eux aussi… de l’autre. Un Iroquois en armes est plus effrayant qu’une femme voilée qui demande à voir un médecin de sexe féminin. Pourtant, ces explorateurs ont lancé leur canot vers l’avant. L’identité québécoise n’est pas faite que de terres et de clochers, elle l’est aussi de la folle audace et de l’appât du gain qui motivaient les coureurs des bois, ainsi que des valeurs des Amérindiens qui les ont influencés. Elle pourrait être faite un jour de tout ce que nous emprunterons aux nouveaux arrivants et que nous québéciserons, si nous avons le courage de ne pas nous enfermer dans nos traditions ! (Le sirop d’érable ne fut-il pas amérindien avant de devenir… québécois ?) Nous sommes les fils et les filles d’Étienne Brûlé et de Pierre-Esprit Radisson. Tant qu’à faire dans la symbolique identitaire, pourquoi pas celle-là ? —- À LIRE Le bien beau livre de Georges-Hébert Germain Les coureurs des bois : La saga des Indiens blancs, aux éditions Libre Expression.

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Le paradoxe du Made in China

Quand j’étais très jeune, il n’y avait rien de plus dérisoire, de plus fragile, de plus incertain qu’un produit Made in Japan. Une automobile ou même une radio fabriquée au Japon était la preuve que vous ne l’aviez pas payée cher et que la qualité était douteuse. Les temps ont changé. Rien n’est plus prisé, plus solide et plus réputé aujourd’hui qu’un produit japonais. En sera-t-il ainsi avec les produits Made in China? Pour le moment, cela regarde mal. L’été 2007 a terni considérablement l’image de la Chine. Qui voudra acheter un jouet fabriqué en Chine, à moins d’haïr les enfants !!!? Cette sale réputation n’est pas seulement partagée par les Occidentaux. Un sondage publié dans le China Daily, le quotidien anglophone chinois, indiquait que 41 % des Chinois n’avaient pas confiance dans les produits alimentaires fabriqués dans leur propre pays ! Pourtant, on aurait tort de croire que la Chine n’est plus un joueur qui compte. Au même moment où tout le monde se dit que les Chinois ne sont même pas capables de peinturer convenablement des poupées Bardie, on apprend ce matin que la Chine est devenue le premier fournisseur étranger de Boeing. L’avionneur américain sous-traite actuellement des contrats totalisant 2,5 milliards de dollars avec des fournisseurs chinois. Bref, les Chinois nous menacent dans ce que nous croyons être nos forces (industrie aéronautique) et ratent leur coup dans le domaine où nous avons déjà abdiqué depuis longtemps (production industrielle de masse). Étrange paradoxe.

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Plus qu’un pont !

« C’est un endroit extraordinaire. On pourrait en entretenir des étudiants pendant trois ans ! Et pourtant, les gens n’en savent rien… »Ce lieu méconnu dont parle Jacques Lemieux, ex-professeur de géographie à l’Université Laval et vice-président de la Société d’histoire de Saint-Romuald, c’est l’embouchure de la Chaudière, sur la rive sud du Saint-Laurent, à 500 m en aval du pont de Québec. Sur la grève, la vue des 12 300 m3 d’eau par seconde du fleuve qui s’engouffrent dans un goulot d’à peine 400 m de largeur nous fait oublier le vacarme des véhicules qui courent sur les deux ponts. Quelle puissance ! C’est tout le bassin versant du Saint-Laurent (les Grands Lacs, la rivière des Outaouais…) qui nous passe sous le nez. Mais avant la dernière glaciation (la glaciation Wisconsin), les Grands Lacs se déversaient vers le golfe du Mexique par le Mississippi. Le plus jeune fleuve du monde n’a que 12 000 ans ! « Pendant la période de fonte et de recul des glaciers, ces bulldozers naturels ont défoncé le rebord de la soucoupe sédimentaire des Grands Lacs à la hauteur des lacs Érié et Ontario ; c’est ainsi que la rivière Niagara, les chutes Niagara et le fleuve Saint-Laurent sont nés », dit Jacques Lemieux. Dans cet entonnoir formé par les rives — le « Sault » est le nom que les cartes marines donnent à ce fort courant —, le cours s’accélère. Les épaves, qui défilent à cinq nœuds à marée montante et jusqu’à cinq et demi au plus fort du baissant, trahissent la vitesse du courant. (Un nœud, c’est un mille marin à l’heure. Un mille marin équivaut à une minute de latitude à l’équateur ou à 6 080 pi [1 852 m] : 800 pi [243 m] de plus qu’un mille terrestre.) Un kayakiste doit déployer toute sa force pour franchir l’étranglement. « C’est l’étroitesse de ce passage et ce courant qui ont forcé le développement de Québec », dit Jacques Lemieux. Et c’est pourquoi on a choisi ce lieu, il y a plus de 100 ans, pour construire le pont de Québec. Adossé au pilier sud du pont cantilever le plus long du monde (le pont du Forth, en Écosse, achevé en 1890, est le deuxième), on est sidéré par la magnificence de la vieille superstructure — encore considérée aujourd’hui comme un prodige d’ingénierie —, par cette musculature d’acier jetée au-dessus du fleuve, par ses coutures de rivets — il y en a plus d’un million ! Mais la marée basse dévoile l’assise d’autre chose : celle du pilier du premier pont de Québec, dont la partie sud s’est effondrée il y a 100 ans, le 29 août 1907, à 19 h 37, après quatre années de travaux. Sur les 86 ouvriers qui s’y trouvaient, 75 avaient péri. Erreur des ingénieurs, a-t-on conclu. La baisse de 10 cm du niveau du fleuve aidant, la marée basse découvre aussi, à deux mètres de la rive, des restes de cette tragédie : d’épaisses et longues tôles criblées de rivets, toutes tordues… Des masses de pigeons voltigent sous l’immense meccano du pont de Québec : il y en a peut-être un millier qui ont installé leurs nids dans l’ouvrage, estime le biologiste Yvan Pouliot, qui habite Saint-Nicolas, tout près. « Avec ces pigeons, le vieux pont est devenu le garde-manger de nombreux rapaces : j’y ai observé des buses pattues, des gerfauts, des buses à queue rousse… Il arrive aussi que des oiseaux de proie choisissent le pont comme lieu d’hivernage, comme halte pendant les migrations ou, pour certains faucons pèlerins, comme site de nidification. » « C’est un carrefour, un lieu de toutes sortes de rencontres, dit Jacques Lemieux. En amont, l’eau douce ; en aval, l’eau salée ; au nord, le granit et les Laurentides, les loups et les conifères ; au sud, le schiste des Appalaches, les forêts de feuillus et les terres colonisées… C’est le seul endroit, en Amérique du Nord, où trois grands systèmes morphologiques se rencontrent. » C’est là que les systèmes morphologiques, écologiques et pédologiques des Laurentides, des Basses-Terres du Saint-Laurent et des Appalaches se côtoient. « C’est un point de convergence qui exerce depuis toujours un pouvoir d’attraction sur les humains », dit l’achéologue Jean-Yves Pintal, qui a fouillé une quinzaine de sites amérindiens sur les trois kilomètres qui séparent les chutes de la Chaudière de son embouchure. « Les plus anciens, découverts autour de l’estuaire de la Chaudière, ont été occupés il y a 10 500 ans. Il s’agit de l’occupation humaine la plus ancienne de la vallée du Saint-Laurent. » « Six mille ans avant les pyramides de Gizeh ! » commente Jacques Lemieux. Jean-Yves Pintal explique qu’il y a 10 000 ans le niveau de la mer de Champlain était de 50 m plus élevé que celui du Saint-Laurent actuel. Les sites archéologiques se trouvent donc sur les pitons rocheux qui surplombent la rivière et sautent aux yeux à l’approche des ponts. « La Chaudière était un fleuve qui se jetait dans la mer de Champlain. Son estuaire contenait un chapelet d’îles ressemblant à celles de Mingan aujourd’hui. L’eau salée remontait jusqu’à Ottawa, toute la faune marine y était… » Pour les Amérindiens, la Chaudière et le Kennebec, qui se déverse dans le golfe du Maine, formaient une véritable autoroute reliant l’intérieur du continent à la côte atlantique. La route entre Québec et Portland, dans le Maine, suit ce passage naturel. L’embouchure de la Chaudière était et reste un lieu stratégique. « C’est le seul endroit de toute la vallée du Saint-Laurent où l’on ait retracé une occupation continue, note Jean-Yves Pintal. Nous avons découvert des foyers, des pourtours d’habitations — dont un wigwam de 9 000 ou 10 000 ans —, des pointes de lances, des couteaux, des perçoirs, des grattoirs, de la poterie, des pipes d’argile de 2 000 ans, des ossements de phoques, d’ours et de tortues de 8 000 ans… Toutes les périodes y sont représentées, sauf celle d’il y a 7 000 ans, parce qu’à cette époque le niveau du fleuve était plus bas qu’aujourd’hui ; ces sites sont donc submergés, et probablement détruits. » L’embouchure de la Chaudière fut aussi un lieu important pendant le Régime français : c’était un éden de la pêche, exclusivement réservé aux seigneurs ; un grand moulin spécialisé dans la fabrication de mâts de bâteaux y était situé ; il y a même l’épave du Caméléon, navire de guerre emporté avec tous ses canons par la débâcle de 1753… Sur la rive du Saint-Laurent, en amont des ponts, se trouve l’emplacement de la pêche expérimentale du Parc Aquarium du Québec, qui prend annuellement, en moyenne, 55 espèces de poissons. Plus à l’ouest, une grève de sable rouge qui n’a pas changé depuis Jacques Cartier. « C’est collé à Québec, c’est encore sauvage, c’est exceptionnel. Il faut préserver ce coin ! dit Yvan Pouliot. Il faut le mettre en valeur ! »

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Quatre clés pour éviter la crise

C’est parti ! Après des mois de frénésie médiatique, le débat québécois autour des accommodements raisonnables entre maintenant dans une phase décisive. La commission Bouchard-Taylor procède à ses consultations publiques et déposera dans quelques mois un rapport qui, on l’espère, orientera l’élaboration des politiques québécoises en la matière. Mais de quels repères le simple citoyen qui désire participer à ce débat, ou qui souhaite tout bonnement pouvoir le suivre sans se perdre dans les détails, dispose-t-il pour se faire une idée sur la question ? Comment s’y retrouver, sans perdre pied, dans cette avalanche de cas sous laquelle nous avons été ensevelis depuis quelque temps ? Entre les jeunes juifs ultra-orthodoxes dont la ferveur religieuse risquait d’être attiédie par le spectacle de sportifs s’exerçant en petite tenue au YMCA de l’avenue du Parc, les jeunes sikhs qui désirent fréquenter l’école publique tout en arborant leur kirpanrituel, les jeunes filles musulmanes dont la participation à des tournois de soccer et d’arts martiaux dépend de ce qu’elles puissent se cacher les cheveux, il y a de quoi perdre le nord ! Sans vouloir court-circuiter la commission Bouchard-Taylor, je voudrais proposer quatre pistes qui pourraient permettre de circonscrire le débat. Premièrement, il faut se rendre compte que bon nombre des cas évoqués pour illustrer la controverse autour des accommodements raisonnables sont complètement hors sujet. La notion d’accommodement tire son origine du droit du travail, mais elle en est venue avec le temps à couvrir les cas d’institutions, privées ou publiques, qui détiennent un grand pouvoir sur les individus, en vertu de la loi ou de relations économiques, et qui pourraient être tentées d’utiliser leur pouvoir sans tenir compte des particularités de ces individus. Il y a accommodement raisonnable lorsqu’un employeur fait preuve de flexibilité dans l’application de ses règlements afin de permettre à un employé de rester fidèle à ses pratiques, convictions ou traditions, alors que celles-ci semblent à première vue en conflit avec ces règlements. Nous sommes également dans le domaine des accommodements lorsqu’un établissement public, comme une école, fait preuve de souplesse dans l’application de règles vestimentaires ou dans la gestion de son calendrier pour faciliter sa fréquentation par les jeunes des communautés qui, pour des raisons de traditions ou de convictions, gèrent différemment ces dimensions de l’existence humaine. Par contre, les arrangements que concluront (ou que ne concluront pas, selon le cas) les juifs ultra-orthodoxes avec le YMCA, ou encore les juifs ou les musulmans qui souhaitent s’adonner aux plaisirs de la cabane à sucre sans enfreindre l’interdiction de consommer du porc, relèvent de relations entre acteurs privés. Ils ne sont pas dissemblables de ceux que l’on pourrait conclure avec un voisin qui poserait sur sa pelouse des objets que l’on jugerait contraires aux règles élémentaires de l’esthétique, du genre flamants roses ou nains de jardin. Il peut, bien sûr, y avoir des règlements plus ou moins raisonnables de pareils conflits. Dans de tels cas, ils ne sont pas exigés par la loi, mais uniquement par le gros bon sens, qui, hélas ! ne relève pas du domaine législatif. Deuxièmement, la question des accommodements raisonnables ne doit pas être confondue avec celle des obligations réciproques des immigrants et de la société d’accueil. Il y a nécessité d’accommodement, parce que notre société est très diversifiée sur le plan des valeurs, des pratiques, des traditions et des convictions. Elle l’est certes en raison de l’apport des immigrants. Mais elle l’est aussi parce qu’elle est libre. Notre société se félicite d’accorder une valeur fondamentale aux libertés civiles : liberté de conscience et de culte, liberté d’association et d’expression. Mettez des personnes dans un contexte de libre circulation des idées, des convictions, des arguments, comme celui que garantissent ces libertés, et il y a fort à parier qu’on aura une société très diversifiée en matière de valeurs et de pratiques. Les accommodements sont là pour gérer la diversité engendrée par les libertés civiles. L’immigration contribue à cette diversité. Mais elle est loin d’en être la seule source. Troisièmement, le débat entourant les principes qui devraient nous guider dans la définition de l’étendue des accommodements raisonnables n’a rien à voir avec la question des rapports qui devraient exister entre la « majorité » et les « minorités ». Il y a matière à accommodement dès qu’une mesure ou une politique rend les choses difficiles pour certaines personnes qui veulent vivre selon leurs convictions. Un tel conflit peut se faire sentir dans le cas de la majorité aussi bien que des minorités. On pourrait par exemple imaginer que l’Église catholique ou certains de ses membres aient à se prévaloir d’accommodements à la suite de la décision de la Cour suprême du Canada sur le mariage gai. La question des accommodements raisonnables n’est donc pas de savoir quel degré de générosité ou de gentillesse la majorité devrait manifester envers les minorités. Il s’agit plutôt de savoir quel degré de flexibilité les institutions devraient avoir à l’endroit des personnes dont les convictions, les us et les coutumes ne sont pas entièrement compatibles avec leurs règles. Enfin, quatrièmement, la question des accommodements ne doit pas être confondue avec celle du multiculturalisme. Il existe en effet un article de la Constitution du Canada qui exige des juges de la Cour suprême qu’ils interprètent les lois de façon qu’elles ne fassent pas violence au caractère multiculturel de la société canadienne. Par ailleurs, toute une bureaucratie fédérale est chargée de célébrer et de promouvoir la diversité culturelle du pays. On le sait, le multiculturalisme a mauvaise presse au Québec. On le perçoit comme une menace à l’identité québécoise. Certains y voient même une sournoise stratégie pour noyer la spécificité québécoise dans un océan de différences. On pourrait penser que la théorie et la pratique des accommodements raisonnables y puiseraient leur source et seraient ainsi entachées par leurs origines douteuses. Heureusement, il n’en est rien. La meilleure manière de comprendre les revendications de ceux qui demandent des accommodements n’est pas de les considérer comme des exigences de reconnaissance culturelle. Au contraire, ce que réclament ceux qui en font la demande, c’est la reconnaissance de leurs droits. Par exemple, dans le célèbre arrêt Multani, dans lequel la Cour suprême a donné raison à un jeune sikh qui voulait fréquenter l’école publique de son quartier tout en portant son kirpan (à condition qu’il le mette sous ses vêtements et dans une gaine qui le rendrait difficile d’accès), il n’est pas question de l’article 27 de la Charte des droits et libertés, qui donne un statut constitutionnel au multiculturalisme. Il est plutôt question d’un conflit entre droits : le droit à la sécurité dont jouissent les enfants de l’école et le droit à la liberté religieuse du jeune sikh en question. Le débat entourant les accommodements est avant tout un débat sur la meilleure façon d’agir pour que puissent coexister des mesures sociales légitimes — comme les droits invoqués dans la cause Multani —, mais qui sont souvent en tension. La réconciliation de droits et de lois en conflit n’a par ailleurs rien d’exceptionnel dans une démocratie libérale. Bon nombre de nos plus grands débats de société reposent sur ce sujet. Par exemple, celui sur la régulation de la pornographie est d’abord un débat sur la façon la plus « raisonnable » de rendre compatibles le droit à la libre expression des uns et le droit à la sécurité et à la dignité des autres. Les accommodements raisonnables représentent un sous-ensemble de cet ensemble beaucoup plus vaste. On remarquera que je m’en suis tenu à circonscrire le domaine dans lequel le débat sur les accommodements raisonnables devrait, à mon avis, se cantonner. Je n’ai rien dit sur ce qui est, et n’est pas, raisonnable à l’intérieur de ce domaine. C’est à cette question que nous devrons tenter de répondre dans les mois qui viennent. Nous y arriverons d’autant mieux que nous la définirons avec précision et que nous ne la confondrons pas avec d’autres questions susceptibles d’apporter plus de confusion que de clarté à ce débat déjà épineux.

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Au nom des incommodés

Un simple constat, que le nous majoritaire est au centre, au cœur de la nation, que cet état lui confère droits et devoirs. Le refus de ce constat mène à l’égalité des langues, donc au trépas de la loi 101, à l’égalité des histoires, donc à la marginalisation du récit québécois s’affirmant malgré les aléas et les conflits, ramené à une histoire parmi d’autres de tous les immigrants venus s’installer sur notre quadrant d’Amérique. Le refus de ce constat mènerait soit à enlever la croix sur le Mont-Royal, soit à y ajouter une étoile de David et un croissant illuminés, en faisant une rotation annuelle pour qu’aucun d’entre eux ne détienne en permanence la place centrale, et en dégageant de l’espace pour les futures demandes. Les amis de la montagne ne seront pas contents. À grands traits: le Québec existe parce que sa majorité a vécu une histoire singulière, qu’elle parle le français et qu’elle est porteuse d’une tradition religieuse. Évacuer ou dévaluer cette réalité, c’est perdre l’estime de soi et, à terme, détester l’autre. La majorité franco-québécoise doit donc réaffirmer ses repères et en établir la prédominance sur ces trois plans : l’histoire, la langue et la religion. L’histoire. Les fortes ventes de fictions historiques, le succès des grands spectacles historiques ou de chansons sur les aïeux démontrent l’appétit renouvelé du Québec pour ses racines. Il faut célébrer et faire partager cette histoire. Celle de nos contacts avec les premiers habitants. Celle de notre passé parfois trouble avec l’esclavage, l’antisémitisme et le duplessisme. Celle de la transformation de nos rapports notre minorité anglophone – hier conquérante, aujourd’hui coexistante – et de notre voisinage avec les communautés culturelles. Mais notre histoire à nous, au centre. L’histoire de ce qui nous fait uniques et non, comme le propose l’inacceptable réforme en cours, l’histoire de ce qui ne nous différencie de personne d’autre. On nous fabrique une histoire vide d’identité, pour un peuple qui doit au contraire la célébrer et construire sur elle. La langue. On a fait de grands progrès depuis les années 1960. Mais on sent depuis 10 ans une série de petits reculs: dans la langue de travail, dans la proportion d’élèves inscrits au primaire en français, dans le choix de la langue au cégep, dans l’affichage. Si on veut des accommodements fructueux, la garantie de pouvoir parler une langue commune est une condition essentielle. Et sait-on que, 30 ans après la loi 101, lorsque les allophones abandonnent leur langue d’origine, ils choisissent toujours majoritairement l’anglais (à 54%) ? Ailleurs, on répond avec détermination à de moindres inquiétudes. Au Royaume-Uni, un des derniers gestes de Tony Blair fut de réclamer que désormais 100% des nouveaux immigrants connaissent l’anglais au point d’entrée. La France réclame maintenant que 100% de ses futurs immigrants sachent le français avant de franchir sa frontière, y compris pour les réunifications familiales. Les élus américains proposent de réclamer des futurs immigrants mexicains la connaissance de l’histoire des États-Unis et de sa langue avant de faire le voyage. Tous veulent empêcher la formation sur leur territoire de groupes trop refermés sur eux-mêmes. Alors, pourquoi le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec se contente-t-il du fait qu’une proportion de 57% des nouveaux arrivants connaissent le français? La religion. C’est le cœur de l’affaire au Québec, comme sur la planète, en 2007. Après avoir vécu une surdose de catholicisme jusqu’en 1960, les Québécois avaient traversé une période de rejet, puis vivaient la laïcisation des institutions, tout en prodiguant, pour la plupart, un attachement plus cordial que spirituel envers les églises, curés et évêques, donc envers toute cette partie d’histoire et d’identité. Relation tourmentée, maintenant apaisée. La grande majorité des Québécois (88%) se déclarent chrétiens, croyants plus ou moins pratiquants, vivant une religion soft: baptêmes, mariages, enterrements, Noël et inscription des bambins à la pastorale de l’école. Nous n’entretenons que de lointains rapports avec Benoît XVI. Mais la croix sur le mont Royal, dans les villages et à l’Assemblée nationale sont des marques à la fois de notre passé et du fil qui nous y lie. On le tend à sa guise. On peut le lâcher, mais pas le couper. COMPLÉMENT : Kirpan, Niquab, Érouv par Jean-François Lisée Équipés de la nouvelle constitution que je propose, nos juges et nos administrateurs publics pourront voir venir de façon plus cohérente – et convergente avec les vœux de la majorité des Québécois – les demandes d’accommodements qui deviendront d’autant plus raisonnables que les demandeurs seront avertis du cadre qui leur est désormais bien légitimement indiqué. Qu’auraient fait nos juges avec le Kirpan ? Je n’en suis pas certain. Mais la tentation de laisser passer ce jeune Sikh pour la seule raison de l’intégrer ne jouerait plus. Il n’aurait d’autre endroit où aller qu’à l’école laïque. Peut-être pourrait-il porter son Kirpan pendant son heure d’enseignement religieux ? Aller, va. Le voile ? Franchement je m’y suis habitué et ce qu’on met sur sa tête ne devrait pas soulever l’ire nationale. On a plus urgent. Idem pour l’Érouv, ce fil qui crée un périmètre dans un quartier, comme à Outremont, pour permettre aux juifs pratiquants de se déplacer pendant le Sabbat. Il ne dérange personne. Seuls ceux qui voudraient faire tomber la croix sur le Mont-Royal, donc laïciser jusqu’à plus soif, peuvent s’offusquer d’un signe aussi invisible de présence religieuse. Mais comme le gouvernement travailliste britannique et comme le grand Mufti d’Égypte, je pense que la Burka, le Nikab ou toute pratique couvrant le visage ne devrait pas être tolérée dans les tractations avec les institutions publiques (écoles, fonction publique, justice et, bien sûr, bureau de vote) et que la loi devrait permettre aux institutions privées – commerces et autres – d’en refuser le port. « C’est vraiment le simple gros bon sens, disait Tony Blair, que lorsqu’une partie essentielle de son emploi est de communiquer avec les gens, il est important de voir le visage. » Excellent article, peut être qu’un jour, monsieur Lisée comprendra qu’il va devoir traduire sa pensée par une implication plus concrète en politique,là où il pourrait mieux servir le pays en devenir. Jacques Cayouette, Bonaventure Quand le mouvement laïc s’immisce dans le débat sur les accommodements « raisonnables », il me rappelle l’époque de la grande noirceur alors que l’Église catholique se faufilait partout, elle aussi. Savez-vous que mes parents ne faisaient jamais l’amour? Il, elle remplissaient leur devoir conjugal après la prière du soir. Or, quand le mouvement laïc fait la chasse aux crucifix, ce sont nos repères historiques qu’il veut détruire. Pour le meilleur comme pour le pire. Le catholicisme est un élément majeur de notre Histoire, il a probablement sauvé notre langue et nos plus belles traditions. Pourquoi détruire nos repères? Pour mieux nous perdre? Jamais Nos néos ne nous ont demandé ça! Pierre Minville, Oka “À grands traits: le Québec existe parce que sa majorité a vécu une histoire singulière, qu’elle parle le français et qu’elle est porteuse d’une tradition religieuse. Évacuer ou dévaluer cette réalité, c’est perdre l’estime de soi et, à terme, détester l’autre. La majorité franco-québécoise doit donc réaffirmer ses repères et en établir la prédominance sur ces trois plans : l’histoire, la langue et la religion. » Eh oui! Tout est, ici, dit! Le Québec est une terre d’accueil, et de tolérance, les québécois sont des gens accueillants et tolérants, Montréal est une ville multiculturelle où il fait bon vivre même pour ceux qui viennent d’ailleurs et en tant que française « tombée en amour » du Québec il y a deux ans, au point d’y avoir établi mon coin à moi, j’atteste que ce sont ces raisons qui font que tant de jeunes de tous les pays veulent y immigrer, mais de grâce, gardez votre spécificité, acceptez l’autre avec ses différences et « enrichissez-vous de ces différences », certes oui, mais restez vous-mêmes avec ce qui fait votre richesse, votre identité, résultat d’une histoire belle mais souvent douloureuse, conservez votre langue québécoise dont vous pouvez être fiers car elle a su maintenir la truculence qui fait le sel de la langue de Rabelais notre lointain ancêtre, ne gommez pas au prétexte de la rendre plus « pure » plus proche de sa cousine germaine, le français contemporain, les métaphores, les mots désuets, les tournures fleuries, tout ce qu’on aime enfin lorsque l’on vous aime d’un amour sincère… et que ceux qui ont choisi de venir « chez vous » acceptent aussi, sans pour autant renoncer à leurs croyances, les marqueurs de votre appartenance à la chrétienté qui rendent vos fêtes de Noël si « festives » et si magiques. Merci de rester « vous » et de savoir si bien nous accueillir chez vous!!! Gisèle Bettan-Marteau, Marseille, France M. Lisée est contre les subventions des écoles confessionnelles comme il le signalait dans un article récent de L’Actualité : « dans ma proposition, aucune école confessionnelle ne sera financée par l’État – ni publique, ni privée – ni chrétienne, ni juive, ni musulmane. » Mais comment justifie-t-il que les parents religieux qui voudront envoyer leurs enfants dans l’école de leur choix devront payer deux fois pour l’enseignement de ceux-ci ? Une éducation religieuse pour de nombreux parents ne se limite pas à un cours hebdomadaire à l’école laïque, M. Lisée. On discriminera donc en défaveur des parents les plus croyants en raison de leurs convictions. M. Lisée préconise-t-il, au moins, en échange de la fin de cette subvention que le Monopole de l’Éducation du Québec n’impose plus ses programmes – comme le très controversé renouveau pédagogique – à ces écoles qu’on prétend pour l’instant privées et qui ne recevraient plus de subventions ? Serait-il en faveur d’une véritable liberté scolaire une fois que ces écoles ne recevraient plus la part des taxes et impôts payés, notamment, par les parents d’élèves qui la fréquentent ? Serait-il d’accord qu’il faut enfin laisser en paix des gens comme les évangéliques qui négocient depuis près de 15 ans avec le Ministère de l’Éducation pour avoir le droit d’enseigner ce qui l’est ailleurs au Canada ? Préconise-t-il qu’on laisse enfin les mennonites en paix, eux qui ont partout ailleurs au Canada le droit d’avoir leur petite école privée (sans aucune subvention, mais aussi sans l’orwellien « accompagnement » du ministère) ? Que propose donc M. Lisée en échange de cette double taxation des parents qui désirent envoyer leurs enfants à l’école de leur choix ? Double taxation au seul motif qu’ils sont croyants et veulent une éducation plus complète que le simple cours religieux que M. Lisée espère voir conserver à l’école publique ? Voir le blogue Pour une école libre au Québec. François, Legault, Longueuil Dommage que le texte de M. Lisée n’était pas dans la revue publiée; tous auraient avantage à le lire. M. Lisée soulève un aspect de la question que très peu avant lui n’ont osé soulever, à savoir les trois caractéristiques de notre identité – québécoise pour la majorité et canadienne-française : l’histoire, la langue et la religion. Depuis la révolution tranquille, le côté religieux de notre identité a été rejeté au point de le nier et d’en avoir honte. Ainsi amputés, nous marchons très « boiteusement » depuis. Et on cherche la béquille qui pourrait nous redonner l’équilibre de la marche dans une société en transformation. La langue à elle seule malheureusement, ne saura le faire. Il nous faut plus. Et, à mon avis, cela commence par respecter ce que nous avons été si l’on veut que l’accueil soit sincère. Félicitations à M. Jean-François Lisée pour son excellent texte. Rhéal Sabourin, Orléans, Ontario À Jean-François Lisée Je viens de lire votre article : Au nom des incommodés. Je viens de vous entendre dans votre échange avec Georges Leroux. Réaction:1.Accord touchant COMPLÉMENT Kirpan, Niquab, Erouv… La règle du gros bon sens ne doit pas être perdue même si la complexité des enjeux demande parfois des approfondissements. 2. Votre position sur le communautarisme m’apparaît difficilement tenable, même si comme vous, je donne une importance décisive au principe du droit des parents. J’ai l’impression que nous sommes confrontés à la quadrature du cercle. Même si l’État n’assumait pas les frais de la religion à l’école, il reste que l’école est un lieu public. Je me sens mal à l’aise que l’école soit un lieu d’endoctrinement pour une religion ou l’autre, à une époque où la férocité religieuse ne peut faire autre que s’accentuer. Ce qui me dérange le plus par ailleurs c’est la question de la compétence et de l’équilibre humain et/ou spirituel des éducateurs pour transmettre la vision religieuse qui est la leur. J’ajoute que ma crainte s’applique aussi pour le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse. Après avoir passé près de trente ans à l’université d’Ottawa à offrir, entre autre, une contribution au programme de formation des futurs enseignants, je ne vois tout simplement pas d’enseignants capables de donner ce cour. Il s’agit d’un travail d’experts. Peux-ton demander cela à nos enseignants ? Claude Michaud, Ottawa Voici un texte intelligent, sensible et magnifiquement écrit qui reflète et résume parfaitement les discussions animées qui agitent nos familles et nos amis en ces temps de déraisonnables accommodements. Je suis fille d’immigrés, mais la bouture a tellement bien pris que je suis profondément enracinée en terre québécoise, elle me nourrie et me fait croître. Je l’enrichie de ma culture et la colore d’une pointe d’accent différent. L’accommodement contrarie l’intégration. Isabelle Checroune, Lacolle Je ne partage pas toutes les idées de Jean François Lisée en particulier sur la question de la nation, mais tout à fait d’accord avec lui sur la question du nouveau programme d’histoire et sur la question de la religion et sur ces propos sur le nouveau programme d’Ethique et de culture religieuse. On sait que ce programme prévoit remplacer le régime d’options précédent par un programme qui prévoit l’enseignement non plus d’une religion, mais bien de six, au sein duquel le christianisme conserverait toutefois une place privilégiée. Les défenseurs de ce nouveau programme soutiennent que puisque nous évoluons dans la sens de la modernité et que l’esprit de tolérance est à la mode, il est souhaitable d’aller vers un enseignement centré sur l’ouverture et sur le dialogue, deux grandes visées de ce nouveau programme. Or, si on se réfère au bilan des travaux préparatoires à la réalisation de ce programme qui doit se donner à partir de l’an prochain (voir les documents ministériels sur le site Internet du Ministère) on constate que sa plus grande difficulté sera de faire le choix de son contenu dans l’abondance et la complexité des connaissances à transmettre. Ce travail pose un défi de taille et les attentes qu’il suscite sont énormes, aussi les doutes qu’ils soulèvent sont plus que légitimes. On constate en effet qu’on nage à la fois dans les eaux tumultueuse de la pédagogie des compétences et celles du savoir. L’autre grande difficulté viendra de la capacité de trouver les enseignants bien formés qui accepteront de prendre la responsabilité d’une telle mission. L’État des conditions actuelles de l’enseignement est loin d’être prometteur à cet effet. Pensons à la situation de la formation des maîtres orientée depuis sa réforme dans une perspective tout à fait différente. Pensons surtout à la gestion des tâches telles que règlementées par les conventions de travail actuelles.. Enfin, on se demande comment réagiront les parents lorsqu’ils prendront connaissance de ce programme, de son contenu et de ses modes d’évaluation. On voit déjà que dans les cercles des parents les plus sensibles, celui de la majorité catholique, que la mobilisation s’organise. Tout un travail d’information et de réflexion devrait donc s’amorcer si on veut éviter le pire, c’est-à-dire arriver au fouillis du passé. Claude Poulin, Sillery Tout à fait d’accord avec Monsieur Lisée. Vous savez quand on a un questionnement et qu’enfin on trouve une réponse et qu’on se dit: Oui c’est exactement ça. Bravo! Je cite Monsieur Lisée en terminant : ‘un peuple qui sait qui il est et ce qu’il veut’. Jean St-Pierre, Longueuil On n’arrête pas de dire qu’il faut s’ouvrir au monde et tout ce que l’on fait c’est de le critiquer. Il n’y a pas juste la nourriture, les arts ou autres que nous devons prendre des autres mais leur savoir vivre et être. Quand les gens seront plus ouverts, il n’y aura plus de guerre. J’ai beaucoup appris en quittant le Québec. Cette attitude de nombrilisme qui me fâche tant. Comme si nous étions les meilleurs au monde. Chacun peut apporter quelque chose sur la planète. Je peux vous dire qu’ici mes ami(e)s proviennent de différents pays et tout ce qu’ils veulent c’est d’être respectés dans leurs différences. Qui peut me dire comment le Canada s’est bâti. Il suffit juste de penser comment nous avons utilisé les Chinois pour bâtir notre réseau de train. Nous sommes tous d’origines différentes et c’est ce qui fait notre beauté. Le Québec n’est pas le centre du monde. Julie Veer, Colombie-Britannique Les Amérindiens ne veulent pas de notre système de justice – je les comprends et les félicite – Avec notre pléthore d’avocasseux, nous ne sommes pas sortis du bois. Il n’est jamais trop tard pour bien faire – et la première des choses intelligentes à faire serait de nous débarrasser de la CHARTE À TRUDEAU (La Poutine d’avocats et cause première de toute la bouillabaise que nous connaissons). La journée où nous pourrons nous débarrasser de ce TORCHON, la moitié de nos problèmes seraient règlés. Avec un mimimum de GROS BON SENS, on peut comprendre qu’on ne peut aller voter déguisés en MI-CARÊME. Lorsqu’on a le privilege d’émigrer dans un pays pour fuir les atrocités de son pays, on ne demande pas de réinstaller les tribunaux qui nous ont rendus esclaves. À moins que toutes les informations que l’on reçoit ne soient pas exactes, le simple BON SENS nous dit qu’on n’avait absolument pas besoin d’une COMMISSION D’ENQUÊTE qui va nous coûter des millions et ne nous fera pas avancer d’un pouce. Toute cette mascarade n’est que de la poudre aux yeux initiée par un gouvernement qui est au désarroi et qui était pressé de mettre un couvercle sur la marmite plutôt que de prendre ses responsabilités. Ça fait pitié à voir aller, mais ça se reflète dans les sondages. Jean-Marc Bélanger, Mont-Joli Très bon article et les pensées sont partagées. Juste une petite correction à apporter au message, la croix sur le Mont-Royal n’est pas là pour signifier notre foi d’origine chrétienne mais plutôt pour réclamer les terres avoisinantes au nom du roi de France au début de la découverte du Canada et de sa colonisation. Clément Poulin, Montréal Comme d’habitude, ce grand penseur ultra séparatiste en écrit très long sans nous offrir quoi que ce soit de nouveau. Tout comme ses acolytes, il est toujours convaincu que le peuple québécois n’ a pas encore saisi la valeur du message souverainiste. Se demande-t-il parfois si ce n’est pas lui qui n’a pas saisi la réponse pourtant très claire de la majorité? Guy Tremblay, Shawinigan Que dire de plus, si seulement un seul de nos polititiens avait le courage d’appliquer tous ce qui est ecrit dans cette article , je crois sincèrement que nous pourrions espérer une vraie identitée collective . Je vous remercie d’être et surtout continuez votre excellent travail. Clément Vézina, St-Louis Les gens qui ont choisi de quitter leur pays pour venir vivre dans le nôtre sont les bienvenus, mais c’est a eux de s’accommoder de notre manière de vivre, et s’ils sont offensés de notre manière de faire, ils peuvent toujours choisir un autre pays qui leur conviendrait mieux. Dans l’intimité de leur foyer, ils peuvent faire à leur manière, c’est ça la liberté, mais ils ne doivent en aucune occasion nous imposer des choses parce que nos moeurs les dérangent. Prenons par exemple ce CLSC qui refuse la présence des époux aux cours prénataux, parce que leur présence dérange une femme musulmane, je trouve cela une attitude de colonisé, trop habitués que nous sommes à nous faire imposer des choses. C’est à cette femme de s’en aller et non aux époux à sortir. Même chose dans l’histoire de ce WMCA qui accepte de poser des vitres givrées à son gymnase parce que la vue de femmes en tenue d’exercice dérange les juifs de l’autre côté de la rue. S’ils sont dérangés par la vue qu’ils ont de leurs fenêtres, c’est à eux de mettre des vitres givrées à leurs fenêtres, où des rideaux ou toute autre chose à leur convenance, c’est ça la liberté. Nous avons des lois qui sont trop souvent contournées par de petits groupes marginaux, telle cette loi que dit qu’on ne doit pas porter de masque en public sauf pour certaines fêtes tel Halloween et Mardi Gras, pourtant, on voit, en plus de ces femmes voilées, ces manifestants qui font du grabuge avec un foulard sur le nez ou un passe montagne en plein été, nous avons même vu des émissaires du gouvernement parlementer avec des hommes masqués et armés lors de la crise d’Oka. C’est à mon avis des accommodements déraisonnables qui font qu’à la fin, c’est nous qui ne nous sentons plus chez nous. N’oubliez pas que votre liberté finit là où la mienne commence. Pierrette Cere, Quebec Est-ce que je me trompe ou nulle part dans votre texte il est fait mention de l’ADQ. Pourtant, l’idée d’une constitution québécoise a été amenée sur le tapis par ce parti. Vous prenez même la peine de nommer le PQ, qui ont dit en public que Mario Dumont délirait avec cette idée. Et que la seule et unique façon de protéger l’identité québécoise est la souveraineté. (Souveraineté que les Québécois ont rejeté deux fois plutôt qu’une, et qui reste en bas du 40% quand le fédéral nous écoeure pas trop.) Je suis bien d’accord avec vous et l’ADQ pour une constitution québécoise. Après la loi 101, il nous faut un encadrement encore plus solide, plus fort afin de protéger notre identité. Et dans 30 ans, et dans 60 ans et dans 90 ans, nous aurons probablement besoin d’une autre loi, d’un autre cadre législatif ou quoique ce soit afin de protéger notre identité. Pour certain plus ancien, l’identité québécoise disparaîtra car la nouvelle génération ne prend pas les mêmes outils (indépendance) qu’eux pour se défendre. Personnellement, je crois que chaque génération doit choisir ses propres outils afin de défendre ces intérêts et une constitution telle que vous la décrivez et défendue par l’ADQ est un excellent moyen de maintenir notre identité propre. Martin Matte, Palmarolle J’ai le goût de dire: que de sagesse et de gros bon sens dans ces quelques pages. Je me suis toujours interrogé: pourquoi le voile musulman fait-il si peur. Pourquoi craint-on que quelques accommodements nous convertissent à de supposées pratiques dangeureuses pour le peuple et que tout à coup la moitié de la population adopte le credo des extrémistes religieux.? Car l ‘intégration se fait peu à peu. Je préfère une ouverture qui permette que les nouveaux arrivant côtoient et s’imprègnent de nos valeurs communes plutôt que de les refouler vers des institutions privées qui les tiendront à part et empêcheront justement cette intégration tant recherchée. La France a refusé cette laïcité ouverte et découvrent après plusieurs années que cela n’a pas réglé leurs problèmes, au contraire. Mais encore faut-il que nous définissions ces valeurs « québécoises ». Christian Leclerc, Lévis Le 24 septembre à St-Jérôme, M. Bouchard a demandé à l’auditoire pourquoi ils s’inquiètent tant des demandes d’accommodements raisonnables car il n’y a, selon lui, que 1,5% de la population qui les revendiquent. Je me permets de lui répondre par ce texte. Lorsque j’étais jeune, je ne portais pas le kirpan ni autre symbole religieux. Physiquement, je ressemblais aux autres enfants autour de moi. La seule différence entre eux et moi ? Mes origines. En apprenant que mes parents sont nés en Italie cela faisait de moi un WOPS. J’ai entendu ce mot de centaines de fois. Les enfants ne cessaient de me crier ce mot et ils ne connaissaient même pas sa définition, pas plus que moi d’ailleurs. Maudit WOPS retourne chez vous ! Chez nous ? Sur la dixième avenue ? Non en Italie maudit spaghetti. Je ne comprenais plus rien moi. J’habitais ville St-Michel au Québec et non pas l’Italie ! Les années passèrent. Mes parents, comme beaucoup d’Italiens, Grecs, Chinois ou Vietnamiens s’intègrent et adoptent les coutumes et la langue du Québec. Aujourd’hui, c’est moi qui doit dire aux personnes que je rencontre que je suis d’origine italienne. Comme réponse on me dit oh oui ? Ça ne parait pas ! Je ne suis pas frustré d’entendre cela, (c’est mieux que maudit WOPS) au contraire c’est là une preuve que mon intégration en tant que fils d’immigrants est bel et bien réussie. On m’a accepté ! Morale de cette histoire:- Vous êtes un nouvel arrivant ? Organisez-vous donc pour ne pas que vos enfants vivent les insultes et la discrimination en vous intégrant à notre société, Sans kirpan, niqab, burka ou tout autre accoutrement religieux qui ne feraient qu’alimenter la méchanceté naïve des autres enfants.. Jean Bottari, St-Mathias-sur-Richelieu Il est temps que les Québécois comprennent que la politique du multiculturalisme établie par Trudeau et consolidée par la suite par les gouvernements du parti libéral et conservateur, n’a pas seulement été utilisée que pour faire accepter le bilinguisme au ROC mais SURTOUT pour noyer la culture et l’identité canadienne française de souche dans le melting pot du multi culti afin de faire du Franco de souche un individu dont l’identité ne vaut pas plus que le premier Tamoul ou Canack venu dans son propre pays. Tout ça pour annihiler toutes velléités d’indépendance du peuple du Québec. Finalement, on nous a toujours traité de racistes, nous obligeant à prendre la position défensive, quant en fait le vrai racisme au Canada, il a toujours été porté par le vieux fond colonialiste britannique auquel ont adhéré nos élites, qui nous ont souvent trahies par opportunisme. « Un peuple sans histoire ni culture » disait Durham. Yvan Riopel, Ste Hélène de Chester Le Québec et le Canada se sont ouverts à l’immigration par nécessité économique. Alors arrêtons de culpabiliser les immigrants, ils participent tout autant que ceux qui se prennent pour des Québécois de souche, à la prospérité de la province. Vive donc, la laïcité dans la diversité culturelle et religieuse. Au fait de quel droit une communauté, se prévalant d’une certaine légitimité historique, voudrait imposer sa culture et ses croyances aux autres communautés. Sauf à considérer que les premiers colons peuvent se prévaloir de l’ancienneté…. Enfin je trouve que profiter de ce débat pour venir promouvoir encore et encore cette idée plusieurs fois rejetée de la séparation est tout simplement pitoyable. Dris Benabid, Fredericton Je suis d’accord avec M.Lisée. J’espère que nos politiciens vont s’inspirer de votre opinion car nous ne sommes pas loin de perdre notre identité. Roland Savard, Parisville Parfaitement d’accord avec cet article. Mais les Québécois ont peur de tout et de rien. Il va falloir un sacré leader pour en arriver là. Peut-être qu’une meilleure complicité entre l’ADQ et le PQ pourrait aider. Les deux veulent à peu près la même chose au fond. L’ADQ a seulement supprimé la partie permettant d’accéder à la souveraineté. Mais un retour à cette idéologie pourrait être forcé par un retour au PQ de la majorité. Alors, le vent tournerait pour vrai au Québec. L’ADQ de 95 n’était pas l’ombre de celui d’aujourd’hui. Alors son poids serait en conséquence. Jacques Poulain, Saint-Bruno-De-Montarville Texte dont l’opportunisme des positions, en particulier sur la religion, démontre bien que l’auteur s’apprête soit à faire le saut dans l’arène politique ou du moins à militer activement pour faire ramer tout le monde dans le sens du courant, sans compas, même au dépens de se retrouver dans le tourbillon des référendums à répétition. M. Lisée se colle à NOTRE sentiment du moment qui est une réaction de repli sur les valeurs éprouvées du passé pour exorciser le sentiment d’insécurité engendré par les défis récents auxquels font face les Québécois francophones. En bref, et en se limitant ici à un seul aspect du texte, faire appel à la tradition religieuse catholique comme composante d’une identité québécoise moderne, entre autres, pour rallier le plus grand nombre autour de ses options politiques ne peut être perçu que comme du racolage par l’homme moderne. L’homme moderne? Quoique ne mettant pas tout ces oeufs dans le panier de la science, il rejette tout de même les reliques d’un passé qui cherchait à se sécuriser face aux défis de société en se rabattant sur des croyances, des légendes, des mythes qui relèvent de ce que l’on qualifie aujourd’hui de « pensée magique ». L’homme moderne, et démocrate, ne devrait en aucun cas accepter que des enfants soient endoctrinés publiquement (à l’école) dans des croyances d’origines beaucoup plus lointaines que la fondation de la Nouvelle-France. Comment sommes-nous à l’aise, dans un monde moderne, d’expliquer et d’accepter que la démocratie exige que les hommes décident entre eux de l’organisation de la société en se servant de la raison plutôt que de leurs instincts et de leurs croyances irrationnelles et, en même temps, accorder un respect non mérité à une tradition qui fait appel au surnaturel et à des non-élus (prêtres, papes, imans, rabbins, etc.), pour nous aider à régler nos problèmes en société ? Le noeud du problème causé par la surdose d’« accommodements raisonnables » est pourtant clairement là. Il s’agit pour le Québec de relever les défis d’aujourd’hui en regardant vers l’avant et en se décidant finalement à poser les deux pieds dans le monde moderne. La religion catholique fait partie de notre histoire et elle est une composante de notre identité mais elle devrait aujourd’hui être replacée dans le contexte de notre époque et donc être gardée en vie principalement dans nos livres d’histoire. Inscrire dans une constitution québécoise le principe d’une école laïque et ouverte aux religions est une demi-mesure qui confère aux religions un respect non-mérité. Le message transmis par ce respect entre en conflit direct avec le respect envers la démocratie qui rejette toute autorité autre que celle du peuple guidée par la raison seulement. Expliquer que le crucifix à l’Assemblée nationale est un « fil » nous liant à notre passé est malheureusement exact. Pour se libérer de ce lien qui nous rattache plutôt à nos aïeuls qu’à notre avenir, nous devrons d’abord commencer par nous prendre en main, nous responsabiliser et prendre le risque de nous tromper à l’occasion. Nous devons rompre et faire le deuil des liens familiaux avec la partie de notre passé qui nous a transmis, jusqu’à aujourd’hui, cette mentalité de soumission à plus puissants que nous. Ne pas apprendre à rompre maintenant avec ce qui nous enchaîne n’augure pas bien pour le prochain référendum. Faire la molle apologie de la résignation à un passé gênant nourrit une attitude pour le futur qui est, à tout le moins, contradictoire pour un indépendantiste. Faire aujourd’hui appel à la religion pour se définir et pour se donner un sens de direction ne devrait tout simplement pas être une option valable pour un Québec moderne et démocrate. La question des accommodements raisonnables est une occasion pour déboulonner des monstres sacrés symboliques de notre servitude à plus grand que nous et pour les confier sereinement à des conservateurs de musées. Jacques A Nadeau, Montréal Bonjour, Je viens de terminer les deux articles sur les immigrants et je suis complètement d’accord avec vous. Cela fait longtemps que l’on s’en parle entre amis et pourtant, rien ne bouche. Peut-être parce que personne ne voulait s’impliquer publiquement? On a toujours dit qu’en Chine, agit comme les Chinois alors, au Québec, agissons comme les Québécois. Merci et continuez à écrire de bons articles aussi pertinents dans notre réalité quotidienne. Ghyslaine Monico, Québec

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Société

L’important, c’est l’idée

Les statistiques tendent à démontrer que le Québec n’est pas une société très entrepreneuriale. Nous ne créons pas suffisamment d’entreprises. Je ne m’en inquiète pas trop. Par contre, je suis beaucoup plus inquiet pour toutes ces entreprises qui ne misent que sur leur faible coût de production pour s’imposer dans un marché de plus en plus féroce. Ces entreprises se font manger la laine sur le dos et nous n’avons encore rien vu. On parle souvent au Québec de création d’entreprises comme si leur seule création était un objectif en soi. L’essentiel, quant à moi, c’est d’avoir des idées. Des idées folles, des idées savantes, des idées lumineuses ou des idées pratiques, mais d’en avoir. Si elles sont bonnes, il y aura une entreprise tôt ou tard. Prenez les Têtes à claques. Ce truc absurde et amusant fait avec les moyens du bord est en train de conquérir la France et les États-Unis. Guy Laliberté voulait-il créer une multinationale du spectacle en 1984 ? Non, il voulait se trouver un job et faire ce qu’il lui plaît. Si j’avais à identifier LE problème de l’économie québécoise, j’opterai probablement pour le manque d’idées et d’innovation. C’est la création et l’innovation qui explique le Cirque du Soleil. C’est elle qui permet à Bombardier de s’imposer. L’innovation est très démocratique, elle peut se manifester dans toutes les fonctions de l’entreprise et dans tous les secteurs de l’économie. Dollarama s’est trouvé une jolie niche dans le commerce au détail et Couche-Tard a réinventé le dépanneur. Aldo a vu une belle occasion d’affaires partout en Amérique du Nord dans la chaussure «tendance» à bon marché. Il y a dans le secteur aéronautique québécois des entreprises qui sont les seules au monde à faire leur produit. D’autres entreprises innovent dans les relations de travail avec leurs employés. D’autres, comme Cascades, ont parié avant tout le monde sur l’engouement pour les produits écologiques. Une entreprise innovante sera presque toujours une entreprise productive et compétitive. L’inverse n’est pas vrai. Il ne sert à rien d’augmenter le niveau de production d’un objet qui n’est pas en demande! L’entreprenariat prend naturellement sa place dans une société qui mise sur la créativité, la singularité et l’innovation.

Société

Pavarotti

Faut-il dans un blogue d’affaires insister sur le fait qu’il a vendu au-delà de 100 millions de disques, chanté devant des millions de spectateurs et accumulé une fortune de plus de 100 millions de dollars ? Luciano Pavarotti est mort. Ayons une pensée pour cet immense artiste.

Société

Privatiser ou ne pas privatiser

L’Institut économique de Montréal croyait relancer hier le débat sur la privatisation d’Hydro-Québec. Cela s’annonçait mal, les deux auteurs de l’étude divergent sur la marche à suivre : l’un veut tout privatiser, l’autre seulement 25 %. Surtout, ce ballon n’ira pas loin puisque aucun parti politique ne veut reprendre au vol ce dossier lourd en symboles.Conceptuellement, j’aime l’idée. La vente d’Hydro-Québec pourrait permettre de radier intégralement la dette du Québec. Environ cinq milliards de dollars de plus à chaque année (économie sur les intérêts sur la dette moins les profits annuels d’Hydro) pourraient être consacrés à la santé, à l’éducation, aux infrastructures (!) et aux baisses d’impôts. Politiquement, cette idée n’est pas vendable. Point à la ligne. Changeons de sujet. Ce qui est peut-être vendable, c’est une politique sociale et environnementale nous menant aux tarifs d’électricité offerts chez nos voisins. Ces hausses – graduelles – seraient modulées selon les revenus des usagers et leur consommation. Par exemple, les plus démunis pourraient avoir un remboursement comme c’est le cas pour les taxes de vente. Les plus gros utilisateurs paieraient davantage pour leur bain tourbillon ou leur piscine chauffée. Les contrats d’approvisionnement avec les grandes industries seraient également respectés, car il ne faut pas affaiblir les régions. Cette hausse des tarifs auraient trois grands avantages : la diminution de la consommation, de plus gros dividendes pour le gouvernement et des exportations plus importantes, rapportant encore plus d’argent. Le Québec compte sur une richesse inestimable : de l’énergie propre et renouvelable. Je veux bien qu’on maintienne l’immense société d’État qui gère la ressource. Cela ne veut pas dire qu’il faut la sous-exploiter, au nom d’une fausse égalité sociale.

Société

Le nationalisme économique a-t-il encore un sens ?

Je suis le premier à me réjouir quand une entreprise du Québec a du succès. Je me sens très fier et souvent rempli d’orgueil quand j’explique à un non Québécois les prouesses du Cirque du Soleil, de Bombardier ou de Power Corporation. Et, en même temps, je préfère les Pharmaprix aux Jean Coutu, je n’ai pas de carte de crédit de Desjardins et il m’arrive de fréquenter le Home Depot de mon voisinage plutôt que le Réno-Dépôt.Comme vous le constatez, ce n’est pas simple. On dirait que ma tête, mon cœur et mes pieds… n’en font qu’à leur tête. Il en est ainsi de tout le débat sur la vente des entreprises canadiennes et québécoises à des intérêts étrangers. Avec la vente de Stelco, toutes les aciéries canadiennes sont maintenant sous contrôle étranger. Les grandes sociétés minières canadiennes ont été vendues ou sont en voie de l’être. Pour certains la perte est immense et c’est un morceau de la souveraineté du pays qui traverse les frontières. Je partage leur déception, mais je temporise rapidement. Prenez l’un des secteurs les dynamiques de l’économie montréalaise, celui du jeu vidéo. Près de 5 000 personnes y travaillent et ce nombre pourrait doubler d’ici deux ans. Cette industrie est animée par des sociétés françaises comme Ubisoft ou américaines comme Electronic Arts. L’industrie pharmaceutique, un autre pôle de développement majeur, est également dominée par des entreprises étrangères. Bien sûr, je préfère quand de grands groupes locaux s’imposent et dominent le marché. J’applaudis fort quand ils réussissent à percer les marchés étrangers. Et, en même temps, je me réjouis d’un investissement majeur d’une entreprise étrangère qui donne de l’emploi et créé de la richesse. Car, l’essentiel n’est-il pas là ?