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Ce qu’il faut aussi regarder dans le bulletin

Le rang dans le classement général n’est pas le seul élément révélateur de ce bulletin, loin s’en faut! Chaque école fait l’objet d’un bulletin détaillé comportant une vingtaine d’indicateurs pertinents : les garçons y réussissent-ils mieux que les filles? Quel est le pourcentage d’élèves en retard? L’école est-elle plus forte en français, en mathématiques ou en histoire? Il y a aussi l’indicateur de valeur ajoutée, qui mesure l’influence de l’école sur la performance de ses élèves. Cette cote permet d’isoler l’impact du milieu socioéconomique sur la performance globale d’une école, pour ainsi mesurer la «valeur nette» de sa contribution à la réussite de ses élèves. Le bulletin de chaque école se trouve dasn le supplément du magazine, en kiosque du 26 octobre au 8 novembre. Et voici le palmarès des écoles en milieu défavorisé – i.e. où le revenu moyen est inférieur à la moyenne – qui font le mieux réussir leurs élèves.

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« Un indien, ça ne vaut rien… » Société

« Un indien, ça ne vaut rien… »

Huit ans après avoir fait trembler l’industrie du bois avec son film L’erreur boréale, le chanteur cinéaste Richard Desjardins récidive avec un documentaire-choc sur les Algonquins, le plus pauvre des peuples autochtones du Québec. Sera-t-il entendu ?

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Qui représente qui ?

Richard Desjardins estime que les Algonquins devront tôt ou tard se « fédérer » et parler d’une seule voix pour faire avancer leur cause. Actuellement, deux organisations les représentent dans leurs négociations. • Le Conseil tribal de la nation algonquine Anishinabeg parle au nom des communautés de Pikogan (Abitibiwinni), Kitcisakik, Kitigan Zibi (Maniwaki), Lac-Simon, Winneway et Kebaowek, de même que celle de Wahgoshig, en Ontario. • Le Secrétariat de la nation algonquine représente pour sa part les communautés de Timiskaming, Lac-Barrière (Lac-Rapide) et Wolf Lake (Hunter’s Point). Les 10 nations amérindiennes et la nation inuite constituent environ 1 % de la population du Québec.

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Par ici, brebis égarées

L’abbé Pierre Boudreault, de Notre-Dame-de-Roberval, au Lac-Saint-Jean, n’a aucune compassion pour ses ouailles. En tout cas, pas pour les parents qui se plaignent de la fin prochaine des cours de religion à l’école. « Ils se réveillent maintenant, mais où étaient-ils quand le débat sur la question a eu lieu ? Devant leur téléviseur ? » S’il déplore la « négligence » des parents québécois, l’abbé Boudreault n’en est pas moins optimiste. Selon lui, l’abolition de l’enseignement religieux à l’école, dès septembre 2008, et sa prise en charge par les paroisses est plutôt une bonne nouvelle. « L’Église catholique va devoir se questionner, se repositionner et retrouver son rôle de missionnaire, dit-il. C’est une chance extraordinaire ! » Cela forcera aussi les parents à prendre leurs responsabilités dans la transmission de la foi, ajoute-t-il. « Il faut qu’ils arrêtent de penser que ce sont les autres qui doivent tout faire. » Les paroisses ont donc pris les devants. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, au moment de la déconfessionnalisation des commissions scolaires puis des écoles (voir « Un retrait par étapes »), elles ont commencé à offrir des « parcours catéchétiques » visant surtout les jeunes du primaire (de 6 à 12 ans). Une éducation à la foi au sein de laquelle est proposée — mais non imposée — l’initiation aux sacrements (pardon, eucharistie et confirmation), qui n’est plus assurée par l’école depuis 1984. Selon l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ), la majorité des paroisses — environ 1 500 — offrent aujourd’hui des cours de catéchèse aux enfants et aux adolescents. « Nous avons pris la relève pour les initier à la vie chrétienne et leur transmettre les apprentissages de base, car l’école ne le fait plus depuis longtemps », dit Robert Sauvageau, directeur de l’Office de l’éducation à la foi au diocèse de Montréal. « En ces temps où on ne parle que d’accommodements raisonnables, il est urgent de redécouvrir notre originalité comme chrétiens catholiques. » Le contenu du cours d’enseignement religieux était riche, mais de nombreux enseignants étaient réticents à le donner, n’étant pas croyants eux-mêmes et insuffisamment formés, explique Robert Sauvageau. « Cet enseignement a donné peu de fruits, constate Mgr Pierre Gaudette, secrétaire général de l’AECQ. Quand tout se fait en classe, les parents ne soutiennent pas la réflexion à la maison. » L’Église compte bien inverser la tendance et convaincre les parents de s’impliquer… et d’être conséquents. C’est d’ailleurs ce qui est ressorti du colloque provincial sur la formation à la vie chrétienne, organisé notamment par l’AECQ, en août dernier, sur le thème « Cette catéchèse qui bouscule familles et communautés chrétiennes ». « Après leur baptême, les enfants sont plongés dans un trou noir et ne mettent pas les pieds à l’église jusqu’à leur première communion, qui est très souvent la dernière ! dit l’abbé Pierre Boudreault. Il est temps de prendre la mesure de l’insignifiance de certains gestes. » Ses prières pourraient bien être exaucées. Des brebis égarées commencent ainsi à revenir dans le giron de l’Église, accompagnant leurs petits à la catéchèse. « Ce virage nous donne l’occasion de rétablir le contact avec les parents, dit Robert Sauvageau. Certains vont même jusqu’à devenir catéchètes : parmi les 3 000 qui sont engagés dans le diocèse de Montréal, la plupart sont des parents, des mamans surtout. » Mgr Gaudette observe lui aussi des signes encourageants. « Nous voyons de plus en plus de jeunes parents, qui ont moins de préjugés et sont plus ouverts à la religion que leurs propres parents. Nous mettons beaucoup d’espoir de ce côté-là. » À Montréal seulement, 30 000 enfants de 6 à 12 ans sont inscrits à la catéchèse dans leur paroisse, sur un total de quelque 113 000 élèves du primaire. Dans d’autres diocèses, comme celui de Rimouski, c’est 80 % des jeunes du primaire qui suivent des parcours catéchétiques en dehors de l’école. Tous ne sont pas des grenouilles de bénitier pour autant. Certains gamins ne viennent que forcés par leurs parents et transforment les cours de catéchèse en cour de récréation. « Il y en a plein qui n’arrêtent pas de niaiser », raconte Aïcha Morin-Balde, 10 ans, qui a fait sa première communion cette année à la paroisse Saint-Louis-de-France, à Montréal. « Je n’ai aucune idée pourquoi ils viennent là ! » Il semble que des parents considèrent les cours de catéchèse comme des garderies bon marché : ils déposent leurs diablotins à l’église le dimanche matin et ne les reprennent qu’après la messe, profitant de ces heures de tranquillité pour faire leur magasinage ou aller prendre un café. Mais de plus en plus de paroisses incitent, voire obligent, papa ou maman à être présent à la catéchèse. « D’abord, pour faire régner une certaine discipline, dit Sabin Duchesne, agent de pastorale dans trois paroisses du Lac-Saint-Jean. Ensuite, pour assurer plus efficacement le suivi à la maison. » Les paroisses s’efforcent néanmoins de répondre aux besoins des parents en adaptant leurs horaires et en offrant des accompagnements individuels si nécessaire, ce qui est généralement plus facile hors des grands centres urbains. Dans les villages et les petites villes, il arrive que la catéchèse soit donnée dans les locaux mêmes de l’école, le midi ou après les cours, comme toute activité parascolaire. Les parcours de catéchèse sont cependant très inégaux selon les régions. Question de ressources financières — des paroisses tirent le diable par la queue —, de personnel et de bénévoles disponibles. (Des frais minimes sont demandés pour le matériel fourni, mais si les parents n’ont pas les moyens de payer, leurs enfants sont quand même admis.) Pour la préparation à la première communion, par exemple, il suffit de quelques semaines dans certaines petites paroisses du Lac-Saint-Jean, alors qu’il faut compter trois ans dans le diocèse de Montréal et dans celui de Saint-Jean–Longueuil. « Nous sommes en pleine période de transition et on ne peut pas tout régler d’un coup de baguette magique ! dit Mgr Gaudette, de l’AECQ. Chaque diocèse est indépendant, mais nous incitons les paroisses à enrichir le contenu de la catéchèse et à augmenter le nombre de rencontres avec les jeunes. » D’autant que bien des enfants ne vont jamais à la messe et ont du rattrapage à faire avant de communier pour la première fois. Certains n’ont jamais entendu parler de Jésus ! L’objectif consiste aussi à suivre le rythme de chaque enfant, et non plus de coller à son âge et à son année scolaire, comme c’était le cas auparavant. « Nous avons pris conscience que l’éducation à la foi est le parcours d’une vie, dit Robert Sauvageau. Il n’est pas obligatoire de tout donner de 6 à 12 ans : on peut très bien arrêter et reprendre plus tard. Nous sommes au début d’un important virage, qui représente un changement bénéfique, mais aussi un défi énorme pour l’Église et les familles. » Même pour les parents les plus croyants, s’investir n’est pas toujours évident. Parce que les cours de catéchèse en dehors de l’école compliquent la conciliation travail-famille. En plus des séances d’entraînement de hockey et des cours de danse, il faut caser la catéchèse, souvent le dimanche matin ou un soir de semaine. « C’était plus pratique quand c’était à l’école, dit Céline Morin, la mère d’Aïcha. Les enfants ne peuvent même plus faire la grasse matinée le dimanche… Être chrétien, c’est contraignant ! » Le problème dépasse toutefois la question des horaires. « La dimension spirituelle sera extirpée de l’école ; c’est un appauvrissement très grave », dit l’abbé Alain Mongeau, curé de la paroisse Saint-Louis-de-France, à Montréal. « La spiritualité est un aspect essentiel de l’éducation d’un enfant. Se demander s’il y a une vie après la mort, c’est aussi important que d’apprendre les formules mathématiques et les règles de grammaire ! » D’autres déplorent en outre le retrait, en 2000, des services de pastorale. Au primaire, ils ont été carrément éliminés : les animateurs de pastorale étaient employés par les paroisses et la plupart ont été réembauchés par celles-ci pour donner les cours d’éducation chrétienne. Au secondaire, la pastorale a été remplacée par des « services de vie spirituelle et d’engagement communautaire » non confessionnels, comme dans les cégeps. Et bon nombre des animateurs en place les ont pris en charge. « C’était une façon pour nous d’être présents auprès de tous les jeunes, dans leur milieu de vie », dit Pierre-Patrick Barrett, répondant du service à l’enfance pour les paroisses du Plateau-Mont-Royal, à Montréal. « Nous pouvions ainsi apporter une aide morale et répondre à ceux qui étaient en quête spirituelle, mais qui ne viendront pas à l’église, faute de nous connaître. » L’abbé Mongeau a certes déjà vu des enfants assister à la catéchèse en cachette de leurs parents, mais cela reste une exception. L’identité québécoise est également en jeu aux yeux de certains. « La religion catholique fait partie de notre culture et je suis contre l’accommodement déraisonnable qui va la faire sortir des écoles », dit Pierre Simard, père de famille de Saint-Nazaire, au Lac-Saint-Jean, dont le fils cadet, âgé de 12 ans, vient d’être confirmé. « Dans notre coin, on n’a qu’une religion ! Et la majorité des parents auraient voulu qu’elle soit toujours enseignée à l’école. Mais ni eux ni le clergé ne se sont levés pour le dire. » Il est vrai qu’au primaire 80 % des parents inscrivent leurs enfants à l’enseignement religieux plutôt qu’au cours de morale. Mais cela ne signifie pas qu’ils veulent leur transmettre la foi. Selon un avis du Conseil supérieur de l’éducation (CSE) remis au ministère de l’Éducation en 2005 (Pour un aménagement respectueux des libertés et des droits fondamentaux : une école pleinement ouverte à tous les élèves du Québec), qui a compilé divers sondages et enquêtes sur la question, les parents québécois le font d’abord pour des raisons culturelles. Le programme d’éthique et de culture religieuse, obligatoire pour tous les élèves du primaire et du secondaire dès la rentrée 2008, ne fait toutefois pas l’unanimité. On y abordera plusieurs religions, mais pas de façon confessionnelle (voir « L’école de tous les dieux », 1er mars 2007). Et les élèves de 4e et de 5e secondaire se familiariseront même avec les sectes. « On se fait imposer par l’État ce cours multireligion, qui va tout relativiser, alors que les enfants du primaire n’ont pas encore structuré leur propre identité religieuse », déplore Jacques Goulet, vice-président de l’Association des parents catholiques du Québec (APCQ), qui milite pour que ce programme soit optionnel et qui a déposé un mémoire intitulé La déconfessionnalisation et la laïcisation du système scolaire devant la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles. « Les parents voudraient avoir encore la liberté de choisir un enseignement confessionnel pour leurs enfants. » Un combat d’arrière-garde, selon le philosophe Georges Leroux, qui a participé à l’élaboration du nouveau cours et qui vient de publier l’essai Éthique, culture religieuse, dialogue : Arguments pour un programme (Fides). « L’APCQ profite de la commission pour remettre cette question à l’ordre du jour, alors que ça fait 20 ans que la laïcité est en marche dans le système d’éducation au Québec. » Autre son de cloche du côté de la Coalition pour la liberté en éducation (CLE). Créée le 12 septembre à l’initiative de parents de la région de Québec, elle compte quelque 200 membres individuels, surtout en région, en plus de regrouper également des organismes, dont l’APCQ (4 500 membres). Si elle se bat, elle aussi, pour que les parents puissent opter pour un enseignement religieux conforme à leurs valeurs et croyances, la CLE se distingue de l’APCQ en s’affirmant multiconfessionnelle. Et comme le reconnaît son porte-parole, Jean-René Philibert, le nom de l’association passe plus facilement dans les médias que s’il désignait une confession en particulier. La CLE a organisé une « marche pacifique » à Québec et mis en ligne une pétition demandant que soit suspendue l’entrée en vigueur de la loi 95, qui prévoit la disparition des cours d’enseignement religieux à l’école en septembre 2008, afin qu’on y apporte des modifications (www.coalition-cle.org). « Notre objectif n’est pas de revenir à ce qui existait avant, dit Jean-René Philibert, agent de pastorale à ses heures. Mais que le cours d’éthique et de culture religieuse soit optionnel et que l’on permette aux autorités religieuses de superviser un enseignement confessionnel donné à l’école par les enseignants. » Impraticable, rétorque Georges Leroux. « Parce que c’est au ministère de l’Éducation de définir le contenu des cours que les enseignants, dûment formés, donnent. Et parce que les enfants seraient divisés entre croyants et non-croyants, et que nous souhaitons au contraire l’unité et l’intégration. » Selon lui, tous les élèves du Québec doivent être éduqués au pluralisme, n’en déplaise à ceux qui condamnent la solution « mur à mur » adoptée par le ministère de l’Éducation pour l’ensemble du Québec, alors que la situation en région diffère de celle de Montréal. « L’école doit préparer les enfants à la société dans laquelle ils vont vivre. Et cette société n’est pas monolithique : je sais que c’est une réalité plus difficile à intégrer en région, mais la diversité religieuse touche la totalité de notre monde. » N’empêche qu’il y a beaucoup plus de résistance que l’on croit parmi les parents du Québec, explique Jean-René Philibert. « Contrairement à ce que certains intellectuels prétendent, il n’y a consensus ni sur la forme que doit prendre la laïcité au Québec ni sur la place que devrait occuper la religion à l’école. Le programme d’éthique et de culture religieuse a été imposé sans que les parents en soient adéquatement informés. » Profitant de la controverse sur les accommodements raisonnables, Mgr Marc Ouellet, cardinal de Québec, s’est lui aussi insurgé, en début d’année, contre « l’intrusion de l’État » et « l’atteinte à la liberté religieuse de la majorité ». Comme la CLE, il réclame la suspension de la loi 95. L’AECQ n’a toutefois pas appuyé sa demande. Mais le débat, qui dure depuis des années, semble clos. Le ministère de l’Éducation persiste et signe. Quelque 400 formateurs — conseillers pédagogiques, enseignants, professeurs d’université — ont été préparés au cours de la dernière année, et la formation des enseignants du primaire et du secondaire a commencé dès la rentrée. Cette formation, assurée par les commissions scolaires, ne s’échelonne toutefois que sur une période de trois à six jours. Plutôt court pour ingurgiter une matière aussi riche… « Ce n’était déjà pas facile pour les enseignants de parler d’un seul Dieu, dit Jean-René Philibert. Imaginez quand ils devront y ajouter Bouddha, Allah et les autres !

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Un retrait par étapes

Années 1960 L’enseignement du catéchisme (questions-réponses) est remplacé par la catéchèse, axée sur l’expérience de vie. 1984 La catéchèse cède la place au cours d’enseignement moral et religieux catholique (ou protestant) ou encore à l’enseignement moral. Les paroisses prennent en charge la préparation aux sacrements. 1997 Déconfessionnalisation des commissions scolaires, qui deviennent linguistiques. Les écoles demeurent confessionnelles. 1999 Le groupe de travail créé par le gouvernement et que préside Jean-Pierre Proulx dépose son rapport sur la place de la religion à l’école. Mise sur pied d’une commission parlementaire. 2000 Déconfessionnalisation des écoles du Québec. L’enseignement religieux confessionnel reste toutefois en option. Les services de pastorale sont retirés des écoles primaires et remplacés au secondaire par des « services de vie spirituelle et d’engagement communautaire ». Les diocèses commencent à créer des « parcours catéchétiques ». 2005 Québec annonce qu’il n’y aura plus d’enseignement religieux confessionnel à partir de 2008. 2008 À la rentrée, tous les élèves du Québec suivront le programme commun d’« Éthique et culture religieuse ».

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Halte aux tricheurs!

C’est une petite affaire Enron dans le monde de l’éducation au Québec. Le collège privé Charlemagne, à Pierrefonds, dans l’ouest de l’île de Montréal, trône dans les positions de tête du classement des écoles depuis trois ans. Le bloc de briques rouges de deux étages, campé en pleine nature, à l’orée du parc du Cap-Saint-Jacques, accueille des élèves en cravate, pantalon gris et jupe à carreaux. Mais voilà, les notes des épreuves de mathématiques 436 de 4e secondaire, aux examens officiels de juin 2003 et 2004, ont été gonflées, reconnaît la nouvelle directrice, Julie Beaudet. À la Sûreté du Québec, on dit mener une enquête depuis juillet dernier. Le collège, lui, a déjà fait la sienne. Bernard Laudy, le fils du fondateur de l’école et son directeur pendant plus de 20 ans, a été congédié cet été par le conseil d’administration de l’établissement. « Il retranscrivait lui-même les notes des examens, alors que c’est l’enseignant qui doit le faire », dit Julie Beaudet. « Si un élève avait 40 sur 60, M. Laudy montait la note à 43. S’il avait, disons, 11 sur 60, il pouvait la monter dans les 20 », dit-elle. Dès sa nomination, cet été, cette rouquine de 29 ans, anciennement adjointe à la direction, a révisé tous les examens officiels – familièrement appelés « examens du Ministère » – passés au collège en 2003 et 2004. Seuls les résultats des épreuves de maths de 4e secondaire présentaient des irrégularités, assure-t-elle. Impossible de dire s’il en était ainsi depuis plus de deux ans. Au Québec, les écoles ne sont pas tenues de conserver les copies d’examens plus d’une année. « Les examens de 2002 et des années précédentes, nous ne les avons plus », dit la directrice. L’actualité a tenté de joindre Bernard Laudy pour connaître sa version des faits, mais les appels sont restés sans réponse. Le scandale de Charlemagne soulève des questions sur le système de correction des examens officiels au Québec. Il en coûte à l’État 100 138 dollars pour former un diplômé du secondaire. L’outil servant à déterminer si le diplôme lui sera accordé doit être le plus sûr possible. Les examens officiels du Ministère – sciences physiques, mathématiques, anglais, histoire du Québec et du Canada de 4e secondaire ainsi que français, anglais et mathématiques de 5e – pèsent lourd: ils valent 50% de la note finale dans la matière. Il faut tous les réussir. Sinon, pas de diplôme, pas de cégep. « Les examens du Ministère ne servent pas qu’à évaluer les élèves. Ils nous montrent aussi si notre système d’éducation fonctionne. S’il permet aux jeunes de sortir de cinq années d’études secondaires avec les connaissances requises », dit Pierre Valois, professeur de mesure et évaluation au Département d’éducation de l’Université Laval. S’il est possible de transmettre des résultats erronés au ministère de l’Éducation, c’est que les examens, sauf celui de français écrit, sont corrigés au sein même des écoles. La plupart comprennent des questions à développement et des questions à choix multiples. L’enseignant corrige la partie développement pour chacun de ses élèves. Il inscrit les notes sur les feuilles de réponses aux questions à choix multiples. Ces feuilles, remplies de petits cercles noircis au crayon à mine, sont ensuite envoyées au Ministère dans une enveloppe cachetée. Les cahiers de réponses de la partie développement sont conservés par la maison d’enseignement, et jetés un an plus tard. Les questions à choix multiples sont corrigées par un des trois lecteurs optiques situés dans un édifice du ministère du Revenu, à Québec. À Charlemagne, après la correction des examens par les enseignants, le directeur tenait mordicus à voir toutes les feuilles de réponses, dit sa remplaçante, Julie Beaudet. « C’était la façon de fonctionner dans l’école. » C’est un employé du collège qui a dénoncé le directeur au ministère de l’Éducation. Les résultats aux examens officiels de 4e et 5e secondaire sont les matériaux de base avec lesquels l’Institut Fraser élabore le Bulletin des écoles. Dans les dernières années, les élèves de Charlemagne ont enregistré des moyennes enviables à l’épreuve de maths de 4e secondaire: 80,9% en 2001, 84,7% en 2002 et 87,5% en 2003. En 2004, la moyenne était de 78,2%. Un recul de près de 10%, malgré les retouches présumées! « Je ne pourrais l’expliquer, dit Julie Beaudet. Certaines années, les groupes sont moins forts. » Les directeurs de collèges privés n’osent pas le dire, mais une bonne place au classement est un atout dans un marché où les élèves se font de plus en plus rares. Un peu comme aux Jeux olympiques, l’appât d’une médaille à gagner risque-t-il d’en faire basculer quelques-uns dans la tricherie? L’attrait d’un rang avantageux « ne modifie pas nos façons de procéder », dit Alain Dugré, directeur du collège Regina Assumpta, à Montréal, qui se situe dans le peloton de tête du classement. « Mais il y a des collèges pour qui c’est vital. » Des cas comme celui de Charlemagne, « probablement que ça existe ailleurs », croit-il. Car les collèges commencent à saisir l’importance du palmarès comme outil de promotion. « C’est sûr que la tentation existe, dit-il. Et il y a des directions qui ont une conscience plus élastique que d’autres. Je vous garantis que d’ici cinq ans une quinzaine de collèges privés seront numéro un au classement. » La compétition entre les collèges privés est féroce, surtout à Montréal, où le choix est plus grand, dit Francine Lamoureux, présidente de la Fédération du personnel de l’enseignement privé, affiliée à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). « Il y a de moins en moins de jeunes. Dans quelques années, les collèges vont se les arracher. » La pression s’exerce aussi sur les écoles publiques. « Le palmarès a créé une attente générale chez les parents pour que les écoles s’améliorent », dit Norman Henry, directeur de l’école secondaire Bernard-Gariépy, à Sorel-Tracy (288e rang). Enseigner pendant un an à des jeunes issus de toutes les couches sociales est déjà un exploit, dit-il, mais ces efforts passent inaperçus lorsque l’école perd des rangs au classement. Alors que faire? Mettre fin à la publication des résultats des écoles sous prétexte que la pression en pousse certaines à tricher? Ou mettre en place des mécanismes pour assurer la validité des résultats? En Alberta et en Colombie-Britannique, tous les examens officiels de fin de secondaire sont corrigés par des groupes d’enseignants, à l’extérieur des écoles. Les correcteurs ne voient ni le nom de l’élève ni celui de l’école, seulement un numéro d’identification. Même chose en France pour les examens du baccalauréat. Le collège Stanislas, qui offre le cursus français à Montréal et à Québec, fait corriger ses examens du bac par des professeurs de lycées français aux États-Unis. « C’est un gage de neutralité, donc de justice pour les élèves », indique le proviseur du collège Stanislas de Montréal, René Fuchs. Depuis 20 ans qu’elle préside la Fédération du personnel de l’enseignement privé, Francine Lamoureux n’a eu connaissance d’aucun cas de falsification des notes aux examens officiels du ministère de l’Éducation du Québec. Mais des directions qui font pression sur leurs enseignants pour qu’ils modifient des notes lors d’examens maison, cela existe, dit-elle. L’histoire est souvent la même: des parents insistent auprès de la direction pour qu’une note – surtout en maths et en sciences, matières qui sont la porte d’entrée des sciences pures au cégep – soit revue à la hausse. La direction fait pression à son tour sur l’enseignant… qui s’en plaint parfois à son syndicat. « On va tenter de régler ça à l’interne, dit Francine Lamoureux. Si ça ne marche pas, on contacte le ministère de l’Éducation. Mais la plupart du temps, le problème se règle tout de suite, la véritable note est rétablie et il n’y a pas de récidive. » Jacques Tardif, directeur de la sanction des études au ministère de l’Éducation, est le responsable de la sécurité entourant les examens officiels. Il refuse de commenter le cas de Charlemagne, l’enquête policière n’étant pas terminée. Mais il ne voit rien, dans cette affaire, pour remettre en question la manière dont sont corrigés les examens. « Tous les élèves du Québec passent le même examen, le même jour, à la même heure. Les enseignants ont tous les mêmes directives, ils ont des grilles de correction précises, dit-il. Il faut se fier à leur professionnalisme. Si on ne le fait pas, ça veut dire que l’on n’a pas confiance en eux! » Au Québec, l’enseignant corrige ses élèves. Et les noms sont inscrits sur les copies. « Ce n’est pas idéal, dit l’expert en mesure et évaluation Pierre Valois. Dans une classe, il y a toujours des gens que l’on aime mieux, d’autres que l’on aime moins. Je ne dis pas que la correction sera faussée, mais le risque existe. » De nombreux professeurs corrigent les épreuves à la maison. « Certaines écoles ne veulent pas que les examens sortent, mais dans la plupart des endroits où j’ai travaillé, on pouvait les sortir », dit une enseignante de mathématiques de 4e secondaire, qui préfère garder l’anonymat. Le ministère de l’Éducation, lui, n’a pas de politique à ce sujet. Dans certains établissements, les enseignants d’une même matière s’assoient ensemble autour d’une table et corrigent en groupe. « C’est bien. Ils peuvent échanger et avoir une compréhension commune de la grille de correction », dit Laila Valin, directrice de l’évaluation au ministère de l’Éducation. Mais on ne peut imposer la pratique partout. « Rien dans la loi ni dans la convention collective n’oblige un enseignant à corriger des élèves qui ne sont pas les siens », dit-elle. Pour l’examen de français écrit de 5e secondaire, c’est autre chose. Les textes d’opinion, d’environ 500 mots, sont corrigés dans des locaux de l’État. Deux mois de travail, deux équipes d’environ 130 correcteurs contractuels – à Montréal et à Québec -, une dizaine de professeurs de français qui supervisent le tout, rien n’est laissé au hasard. On s’efforce même d’éviter un parti pris régional en envoyant les dissertations de la région de Québec au centre de correction de Montréal, et vice versa. Les correcteurs, des étudiants universitaires en lettres ou des professeurs à la retraite pour la plupart, sont sélectionnés parmi les candidats ayant réussi au préalable un difficile examen de français. Ils reçoivent une formation d’une semaine avant de corriger une vingtaine d’essais par jour. « C’est comme dans une classe. L’enseignant qui supervise est à l’avant. S’il y a une hésitation, on va le voir », raconte Jacinthe Boivin-Moffet, étudiante en littérature de 22 ans, qui a participé à la correction des examens l’an dernier, à Montréal. « Dès qu’une copie reçoit la note E [échec] ou même D, elle est vérifiée par le superviseur », dit-elle. Cet environnement contrôlé autour de l’examen de français écrit a été instauré en 1986 par Claude Ryan, alors ministre de l’Éducation. « Il répondait ainsi aux cégeps, qui se plaignaient que les jeunes n’étaient pas suffisamment bons en français. Pourtant, ils réussissaient quand même l’examen de 5e secondaire », raconte la directrice de l’évaluation, Laila Valin. C’est le Ministère lui-même qui allait corriger l’épreuve. Pourquoi ne pas faire de même avec tous les examens? Pour des milliers d’élèves, l’épreuve de mathématiques 436 est d’une importance au moins aussi grande que celle de français écrit. Sa réussite est obligatoire pour être admis au cégep, non seulement en sciences pures ou en sciences de la nature, mais aussi dans une foule de techniques: comptabilité et gestion, design industriel, technologie de l’architecture, électronique… « Ce serait impensable de faire corriger toutes les épreuves comme celle de français écrit », dit le directeur de la sanction des études, Jacques Tardif. La raison: trop cher! La seule correction de l’examen de français écrit coûte 900 000 dollars, dit-il. « Ça demanderait une armée de gens, il faudrait corriger pendant tout l’été! » Quant au collège Charlemagne, il a appliqué les critères de correction du Ministère à la lettre aux examens de juin dernier, assure sa jeune directrice. DES EXAMENS PAS SI TOP SECRET Ce ne sont pas des documents des services secrets, mais presque. Les examens officiels du ministère de l’Éducation sont conçus au 8e étage d’un immeuble public du centre-ville de Montréal, dans un univers de bureaux à cloisons. L’identité des auteurs, deux ou trois enseignants d’expérience dans chaque matière, reste secrète. Deux semaines avant le jour de l’examen, les questionnaires arrivent dans les commissions scolaires, scellés dans des enveloppes de plastique. « Je les entrepose dans une pièce fermée à clef, avec le moins de fenêtres possible », dit Jos-Marie Girard, coordonnateur des mesures et évaluations à la commission scolaire des Rives-du-Saguenay. La seule clef qui ouvre le local, il la garde sur lui en tout temps. « Si quelqu’un d’autre que moi entre dans cette pièce, j’appelle la Sûreté du Québec! » Dans les 48 heures qui précèdent l’examen, les enveloppes sont distribuées dans les écoles. Elles sont ouvertes devant les élèves, quelques minutes avant le début de l’examen. Ces mesures de sécurité ne sont pas sans faille. En 2002, 126 élèves d’une école de Montérégie ont été forcés de reprendre l’épreuve d’histoire du Québec et du Canada. Un élève, en possession de l’examen, avait vendu le questionnaire et les réponses dans la cour d’école quelques jours avant. « Nous avons découvert la fuite lors de la correction, raconte Jacques Tardif, directeur de la sanction des études au ministère de l’Éducation. Les réponses vendues aux élèves contenaient des erreurs. Et ils ont tous fait les mêmes erreurs, aux mêmes endroits! »

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Le bilan de Fernand Dumont

Il y a 20 ans, le Parti québécois venait de prendre le pouvoir et Fernand Dumont parlait, dans une interview accordée à L’actualité, d’un tournant décisif pour le Québec. «On va pouvoir s’occuper de toutes sortes de choses qu’on avait laissées de côté, toutes sortes de valeurs, de champs nouveaux.» Cet été, L’actualité a rencontré Fernand Dumont à son domicile à Québec, alors qu’à 69 ans, il livre un dur combat contre la maladie. Sans renoncer à la souveraineté du Québec, il suggère de ne pas y investir toutes nos énergies. Vingt ans après avoir mis énormément d’espoir dans le gouvernement du Parti québécois, il s’inquiète de savoir comment les deux sociétés qui composent le Québec, les francophones et «les autres», vont se réconcilier autour de valeurs communes pour «bâtir un pays». L’éducation, la langue, l’emploi sont autant de questions qui réclament notre attention. Et la crise spirituelle que traverse la société québécoise le préoccupe beaucoup. «Voilà des problèmes plus difficiles à cerner que la question du déficit ou celle de savoir ce qu’on va mettre dans le partenariat avec le Canada», dit-il. Sociologue de réputation internationale, Dumont est l’auteur d’une dizaine d’essais et deux recueils de poèmes. Sa Genèse de la société québécoise (Boréal, 1993) lui a valu le prix France-Québec. Professeur à l’Université Laval jusqu’à tout récemment, cet indépendantiste convaincu a souvent été sollicité par les gouvernements péquistes: en 1977, René Lévesque lui demandait de participer à l’élaboration de la Charte de la langue française (le projet de loi 101) et, en 1995, Jacques Parizeau lui confiait, en collaboration avec Gilles Vigneault et Marie Laberge, la rédaction du préambule de la Loi sur la souveraineté du Québec. On dit que la souveraineté est en «période de prolongation». Cela vous rend-il optimiste pour le Québec? Pas tellement! Nous avons un certain nombre de problèmes urgents à régler absolument, des problèmes qui ont traîné beaucoup trop longtemps et qui vont exiger l’attention des hommes publics et des citoyens pendant quelques années encore. Il ne faut certes pas renoncer à la souveraineté, mais il ne faut pas non plus y investir toutes nos énergies. Le peuple québécois, au sens politique du terme, existe. Le Québec, quoique pas forcément selon son territoire actuel, a toujours constitué une entité politique, que ce soit la Nouvelle-France, la Province of Quebec, le Bas-Canada ou même le Canada-Est dont on parlait sous l’Union. Il y a là une entité qu’on peut qualifier, sans se tromper, de politique. Alors pourquoi le Québec n’exerce-t-il pas tout de suite sa souveraineté? Pourquoi pas, en effet? Mais organiser un autre référendum ne suffit pas à régler le problème de la division du Québec en deux sociétés: les francophones d’une part, les anglophones et les «autres» d’autre part. Cette division existe depuis fort longtemps. Voilà une réalité sociologique incontournable et rien ne nous assure, au contraire, qu’il va y avoir un dialogue en profondeur entre ces deux sociétés-là. Souveraineté ou pas, il s’agit d’une question fondamentale, à mon avis, et pour laquelle j’entrevois difficilement une solution… Le mouvement souverainiste n’a-t-il pas tendance à s’élargir de plus en plus? Il manque toujours une certaine pluralité dans les sources de soutien à ce mouvement. J’aurais souhaité qu’il existe un mouvement plus large, qui ne se limite pas à un parti, qui représente davantage qu’une contrepartie aux libéraux. Malheureusement, la question s’embrouille depuis quelque temps autour du concept de «nation». Certains ont voulu dépouiller l’idée de nation de ses traits culturels pour faire une nation de caractère politique, qui engloberait les anglophones et les autres. C’est basé sur l’idée, évidemment incontestable, que les citoyens du Québec forment une communauté politique. Mais, est-ce que cela veut dire que les francophones constituent une sorte de communauté sans structure politique propre? Ce n’est pas comme ça qu’est né le Mouvement souveraineté-association, et ce ne sont certainement pas les anglophones qui y ont pensé. C’est quelque chose de francophone, ça! Ne glissez-vous pas vers l’ethnocentrisme que les Canadiens anglais reprochent aux souverainistes? Il faut poser ouvertement la question: «De quelle nation parle-t-on?» Je me suis fait vertement critiquer dans les milieux souverainistes parce que j’ai proposé une distinction entre la «communauté politique», fondée sur la citoyenneté, et la «nation», qui est une réalité culturelle. Pour des raisons de stratégie politique, on s’est dit qu’à l’avenir on oublierait les ethnies – terme méprisable! – et qu’on construirait une communauté de citoyens. Les anglophones n’ont pas l’air de trouver que c’est une très bonne idée! Il faut oublier le mot «ethnique», car la nation est essentiellement une réalité culturelle. Alors, d’où vient que vous ne soyez pas très optimiste? Il y a un problème beaucoup plus profond que celui-là; c’est la crise spirituelle de notre culture. Les gens n’en parlent pas, sans doute parce qu’ils ressentent de la pudeur ou craignent d’être ridiculisés. La question se pose aussi bien pour les incroyants que pour les croyants. Le catholicisme a été un élément fondamental de notre culture, un élément d’intégration. On peut le critiquer ou le regretter, c’est une constatation. Ce catholicisme faisant maintenant défaut, qu’est-ce qui va donner à notre culture sa faculté d’alimenter des idéaux et des solidarités? Personnellement, je suis d’accord pour la laïcisation de notre société, pour que l’on ait une école publique non confessionnelle. Ce débat me paraît justifié. Mais la laïcité, ce n’est pas un contenu positif, ça! C’est une condition préalable pour que, dans une société démocratique comme la nôtre, des gens, croyants ou incroyants, d’allégeances diverses, puissent coexister et dialoguer. À trop s’accrocher à la religion, les Québécois ont-ils négligé de développer une spiritualité propre? Le catholicisme a comblé un vide. Nous étions une colonie ayant très peu d’autonomie politique dans un empire dont la langue et la religion nous étaient étrangères. L’Église a joué un rôle que la politique aurait dû assumer. Cela a sans doute été pernicieux pour le développement normal de notre société et pour l’Église elle-même. De là vient notre difficulté actuelle de retrouver une culture qui ait un contenu que j’appelle spirituel, et qui soit plus que la consommation, les messages publicitaires, la liturgie des casinos ou les grands-messes sportives. C’est l’absence de volonté commune des Québécois de résoudre leurs problèmes qui vous inquiète? Oui, l’absence de valeurs qui font qu’ils seront capables, malgré la diversité, la pluralité, malgré les allégeances diverses, d’affronter des problèmes contemporains comme ceux de l’éducation et de la langue. Je suis extrêmement pessimiste à ce sujet. Je ne vois pas du tout poindre la possibilité d’une réforme du système d’éducation. Je lisais dans Le Soleil que des élèves d’une école secondaire qualifiaient leur examen de français de «full facile». Il a fallu six comités – et cela a pris des mois – pour fabriquer un examen comme celui-là! Comment pouvons-nous penser pouvoir faire une réforme de l’éducation? On risque de se perdre dans des discussions, par ailleurs nécessaires, sur la confessionnalité, sur les commissions scolaires linguistiques. Mais tout cela reste de l’ordre de l’aménagement. Qu’est-ce qu’on va mettre dans ça? Et derrière cette langue qui s’appauvrit, qui s’anémie, quelle sorte d’esprit sera possible? Car la langue est l’instrument par excellence de l’esprit. N’est-ce pas pour cela qu’on veut renforcer les mesures de protection de la langue? Ayant participé à l’élaboration de la loi 101, je suis d’accord pour qu’il existe des mesures de protection sérieuses. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est dans la qualité de la langue que nous parlons. Or, cette langue s’est singulièrement détériorée. Il faut dire les choses comme elles sont: si nous ne pouvons pas faire un effort collectif de restauration de la langue, on aura beau dresser des barrières tout autour, on ne sera pas beaucoup plus avancés. Parfois je me dis: si j’étais immigrant et si je regardais autour de moi, est-ce que j’aurais envie de m’intégrer? Terrible question! La grande leçon que j’ai tirée de mes études de la société québécoise est qu’il s’agit d’une histoire tragique, d’une résistance opiniâtre, et qui mérite d’être continuée. Mais, pour quelqu’un qui vient de l’extérieur, est-ce que cela peut susciter l’identification s’il n’y a pas au moins le sentiment que cette société-là est très vivante culturellement, qu’elle n’est pas seulement sur la défensive? Nous, il a bien fallu que nous nous forgions une identité, mais se définir comme survivants pendant des générations, ça laisse des traces! On a beau penser qu’on s’est débarrassé de ça depuis 1960, moi, je pense que de tels trucs héréditaires mettent plus de temps à disparaître. J’ajoute que, sur le plan politique, la nécessité d’assainir les finances publiques risque, non seulement dans l’esprit des hommes politiques mais dans celui des citoyens eux-mêmes, de faire prendre les compressions budgétaires pour l’essentiel d’un projet politique! C’est très curieux quand même: on voit les manifestations se multiplier – même les vieux manifestent de nos jours! -, mais je n’ai pas encore vu de manifestation pour une réforme de l’éducation. Outre l’éducation, à quels problèmes pensez-vous? Aux nouvelles technologies, par exemple. Non seulement elles ne génèrent pas d’emplois mais, dans bien des cas, elles créent du chômage. On produit ainsi toute une classe de marginaux, en particulier parmi la jeune génération, qui ne sont plus des marginaux du type qu’on rencontrait dans nos sociétés traditionnelles. Nos moyens habituels d’intervention ne correspondent pas à ce phénomène de la précarité des emplois qui se généralise. Même si l’État était riche, ce qui n’est pas le cas, on ne voit pas comment il pourrait régler des problèmes de ce genre. Voilà donc une zone de marginalité de plus en plus étendue: c’est une situation nouvelle qui ne ressemble pas à ce que nous avons connu, pour laquelle les politiques sociales traditionnelles ne sont pas appropriées et pour laquelle, de toute façon, nous n’avons pas les moyens financiers de trouver des solutions. Cela entraîne des tensions entre générations qui seront de plus en plus graves. Personnellement, quand je me présentais devant mes étudiants, j’étais gêné: ce sont eux qui nous font vivre. Je me demande parfois à quoi on les prépare et ce qu’ils vont devenir. Les jeunes sont très démobilisés. Que proposez-vous? D’abord, on pourrait au moins, même si ce n’est pas une solution, suggérer à la génération des aînés qu’elle partage un peu. Et quand je dis «partager», je pense à des choses très simples. Le nombre de personnes qui ne réussissent pas à décrocher ni à faire de la place aux plus jeunes, ça existe dans toutes les professions! Cela n’implique pas qu’on les mette au rancart immédiatement, mais leur expérience pourrait être utilisée autrement. Deuxièmement, il y a des privilèges absolument inadmissibles et qui, pour les jeunes, constituent un scandale. Qu’un professeur d’université, une fois son agrégation acquise – ce qui arrive assez vite -, n’ait plus à être évalué, voilà un exemple de ce qu’a pu obtenir la génération précédente comme sécurité, comme privilèges de toutes sortes. Autre exemple: ne conviendrait-il pas que les professeurs d’université soient astreints à l’exclusivité de service, comme les fonctionnaires? En renonçant à un certain nombre de ces privilèges, on contribuerait au moins à créer un autre état d’esprit chez les plus jeunes. Moi, si j’avais 20 ans, d’une part, je ne me sentirais pas très solidaire avec les plus vieux et, d’autre part, j’aurais le sentiment de vivre une situation injuste et inéquitable. La société va-t-elle se ressaisir? Il naît toujours une espèce d’exigence, qui vient des gens eux-mêmes: donner un certain sens à la vie personnelle et à la vie en commun. D’un côté, on constate l’émergence de sectes et même de certains types d’engagement politique qui supposent l’adhésion à des valeurs beaucoup plus profondes que le simple esprit de parti. D’un autre côté, il faut qu’il y ait, dans les mouvements sociaux – je pense en particulier au syndicalisme et au mouvement coopératif -, autre chose que la promotion d’intérêts matériels. On voit se manifester un souci des valeurs humaines qui dépasse la seule défense des intérêts: la lutte de la FTQ pour la francisation de certaines entreprises, par exemple. Selon moi, la langue, ce n’est pas d’abord une question de nationalisme. Sa défense comporte une dimension spirituelle. Il n’est pas normal que quelqu’un qui vit chez lui en français soit obligé d’accrocher sa langue au vestiaire pour travailler dans une autre langue. Mes grands-parents, mes parents et mes oncles gagnaient leur vie dans des usines dont les patrons étaient des Anglais. Comment n’auraient-ils pas pensé que l’anglais est une langue supérieure? Comment auraient-ils été sensibles à la qualité du français qu’ils parlaient et comment auraient-ils été fiers de le parler? Il y a une prolétarisation matérielle, mais il peut aussi y avoir une prolétarisation de l’esprit. Le mouvement souverainiste lui-même n’est-il pas fautif, en ce sens qu’il a fait de la souveraineté une fin en soi? Quand un mouvement comme celui-là, avec un objectif de ce genre, dure très longtemps, c’est presque normal que s’use la ferveur qui lui a donné naissance, que des mécanismes finissent par se substituer à la vie militante, que la politique devienne une profession. L’usure s’installe quand l’objectif est sans cesse reporté. Cette bataille a duré trop longtemps sans avoir abouti encore à une étape décisive, qui nous aurait permis de partir dans une autre direction et de renouveler les objectifs politiques. On discute depuis si longtemps de fédéralisme, de souveraineté… Comment voulez-vous que, pour certains, cela ne devienne pas une mécanique opposée à une autre mécanique? Une recette opposée à une autre recette? La ferveur, ce n’est pas inépuisable… Tout compte fait, la souveraineté est-elle essentielle? Je pense qu’on ne peut pas placer la langue et la culture dans une espèce de sphère séparée, le reste obéissant à une logique complètement différente. Une société est plus intégrée que ça. Robert Bourassa parlait de souveraineté culturelle. Mais on ne peut pas prendre la culture comme une sorte de chapeau et dire: «C’est un domaine particulier sur lequel nous allons régner tranquillement.» On nous dit: «Vous avez appartenu à la Confédération et cela ne vous a pas empêché de vous développer.» Oui, on a survécu mais, à mon avis, on ne s’est pas développés. Il serait très difficile de trouver une société extrêmement créatrice sur le plan culturel qui ne le serait pas aussi sur les plans politique et économique. AINSI PARLAIT DUMONT IL Y A 20 ANS «On a créé de toutes pièces des milieux de travail bureaucratiques et artificiels qui sont exaspérants. Exemple: les salles d’urgence. Il y arrive des scènes terribles. Et ça fait huit ans qu’on insiste de partout pour que ça change.» «Il faut remettre en question cet immense édifice bureaucratique qui s’est édifié dans nos écoles, nos hôpitaux et ailleurs.» «Tous les individus du monde ont une part d’agressivité. Ou ils la dépensent au bon endroit, ou ils la gaspillent ailleurs. L’agressivité qu’on a en soi, […] on peut la gaspiller en écrasant les gens qui nous entourent dans des colères inconsidérées… ou bien on peut l’investir dans la construction du monde ou d’un pays.» L’actualité, mars 1977

Société

La riposte des athées

« Vous ne croyez pas en Dieu? Mais alors, vous n’avez pas de morale! » Cette phrase, Bobbie Kirkhart l’a entendue des centaines de fois. Ex-enseignante, mère et grand-mère, la Californienne de 60 ans n’a pourtant pas l’air d’une envoyée du démon. Mais elle est présidente d’Atheist Alliance International… « Ce que ces gens-là disent, s’étonne-t-elle, c’est que seule la peur de l’enfer les retient d’assassiner leur prochain à coups de tournevis! C’est absurde. » Peut-être. Mais des dizaines de millions d’Américains sont convaincus que la foi est garante de la morale. Comme ils sont convaincus que Dieu est en faveur de la peine de mort. (« Et si on exécute quelques innocents, Dieu, dans l’autre monde, réparera notre erreur », prêchent certains pasteurs en chaire…) Et comme ils croient fermement qu’il ne manque qu’une chose pour que Son règne arrive: que le peuple élu d’Israël occupe enfin sans partage la Palestine, Terre promise. Les États-Unis ont été fondés en grande partie par des puritains fuyant les persécutions religieuses d’Europe. Le pays, 300 ans plus tard, est encore un des plus croyants d’Occident. On y recense 25% de catholiques, 25% d’évangélistes et 20% de protestants (fractionnés en une foule de confessions: presbytériens, méthodistes, épiscopaliens…). La religion est partout. La moindre petite ville compte des dizaines d’églises; plus de 2 000 stations de radio chrétiennes, d’un bout à l’autre du pays, font passer les derniers hits du palmarès chrétien; Wal-Mart, le géant du commerce de détail, consulte les groupes religieux avant de mettre un disque ou un livre sur ses rayons. Dans ce pays, il est encore possible d’enseigner que Dieu a créé la terre en six jours, il y a moins de 10 000 ans. Des prisons y sont tenues par des groupes religieux, et le gouvernement envisage sérieusement de confier la gestion de certains programmes sociaux (l’aide aux démunis, par exemple) aux Églises. Et tout aspirant politique a intérêt à potasser les saintes Écritures. L’exemple vient de haut. Newsweek, dans un portrait religieux de George W. Bush – imagine-t-on, au Canada, L’actualité ou Maclean’s publiant un portrait religieux de Paul Martin ?! -, a présenté un président qui, dès son réveil, fait sa demi-heure de lecture pieuse avant même d’aller servir le café à son épouse, encore au lit. Bush avoue volontiers que Jésus l’a tiré des griffes de l’alcool, sauvant du coup son mariage et sa vie de famille. Il a fait ses premières armes en politique nationale pendant la campagne de son père, alors candidat à la présidence. Son rôle: faire le lien entre son père et les hommes forts de la droite évangélique, qui était en pleine ascension. Sous sa gouverne, la Maison-Blanche marine dans un bain religieux sans précédent. Son rédacteur de discours sort d’une université fondamentaliste, l’épouse de son chef de cabinet est ministre méthodiste, le patron de sa campagne électorale, Karl Rove, est un ultraconservateur, et sa conseillère à la sécurité nationale, Condoleezza Rice, est fille de preacher. Mais saviez-vous qu’il y a aussi aux États-Unis 30 millions d’incroyants? Et même dans ce fertile terreau chrétien, ils croissent et se multiplient. Leur nombre aurait doublé en 10 ans, pour atteindre 15% des adultes en 2001. Ils sont donc plus nombreux que les Juifs (de cinq à six millions). Ils forment, en fait, le quatrième groupe « religieux » au pays, et celui qui croît le plus rapidement. « Ils ont toujours existé, plus ou moins dans les mêmes proportions », dit pourtant John Green, politologue spécialisé en questions religieuses et professeur à l’Université d’Akron, en Ohio. « Mais ils se cachaient. Parce que, ici, l’athéisme suscite méfiance et même répulsion chez des dizaines de millions de gens. » Face à ces infidèles, on préfère se tenir loin. Protéger ses enfants. Et son pays. Selon un récent sondage Gallup, les Américains se disent prêts à voter, dans une élection présidentielle, pour un candidat noir (95%), juif (92%), femme (92%) ou homosexuel (59%). Mais 54% disent qu’ils ne voteraient jamais pour un candidat incroyant. Car pour beaucoup d’Américains, le vrai patriote ne peut être qu’un fervent chrétien. « Il n’y a pas d’athées dans les tranchées », disent-ils souvent. Cette maxime, vieille de plus de 100 ans, signifiait à l’origine que, face à la mort ou au danger, l’être humain se découvre toujours une foi. Plus maintenant. « Les athées sont des traîtres, des lâches qui ne se battent pas pour leur pays, interprètent souvent les Américains. Inutile de les chercher en Irak ou à Kaboul. » Glissement révélateur… « Nous sommes la minorité la plus méprisée au pays », dit Herb Silverman, professeur de mathématiques à l’Université Charleston, en Caroline du Sud. Invité à présider la prière à une séance de l’hôtel de ville de Charleston, où il habite, Herb Silverman a vu la moitié des conseillers municipaux quitter la salle pendant sa prière laïque, pourtant positive et empreinte de respect. « Ma religion me défend d’écouter un infidèle », a vertueusement précisé un conseiller en franchissant la porte. « De nos jours, on ne peut plus parler contre les Juifs, les Noirs, les gais ou les femmes, dit Herb Silverman. Mais on peut rire des incroyants, remettre en question leur fibre morale, les harceler. » Et même les congédier. Patricia Ireland était présidente, depuis une dizaine d’années, de la National Organization of Women (NOW), le plus important groupe de femmes du pays. Progressiste, dynamique, elle a été recrutée en avril dernier par la YWCA, qui lui a confié sa direction générale. Communiqués enthousiastes, entrevues dans les médias… L’organisation féminine (dans les faits très laïque malgré son nom), ravie de son bon coup, mettait toute la gomme. Six mois plus tard, la perle était virée. Elle avait mentionné dans une conversation qu’elle ne croyait pas en Dieu… « Ça arrive tous les jours, dit Bobbie Kirkhart, présidente d’Atheist Alliance International. Enseignante dans une école privée non confessionnelle, j’ai perdu mon emploi parce que j’étais athée. Bien sûr, c’est illégal. Mais les victimes, complètement écoeurées, choisissent généralement de laisser tomber. Qui a envie de se battre pour travailler dans un milieu où on vous déteste et vous harcèle? » « That’s enough! » D’un peu partout, un grand ras-le-bol commence à se faire sentir. En novembre 2002, une manifestation organisée par American Atheists, la plus ancienne organisation athée du pays, marchait sur Washington. La Godless American March, comme on l’a appelée, réunissait 2 500 personnes. D’habitude, il faut au moins 70 000 manifestants pour que la capitale américaine commence à s’émouvoir. Mais là, l’affaire a fait la une partout au pays. « Sortons du placard! » a écrit le philosophe Daniel Dennett dans le New York Times, en juillet dernier. « Nous, les incroyants, sommes partout: dans les écoles, dans les hôpitaux, dans vos familles. Mais vous ne le savez pas. Parce que nous nous taisons, de peur de vous offenser. Ça suffit! Le prix, celui de l’impuissance politique, est trop élevé. » Les groupes d’athées, d’agnostiques, de libres penseurs semblent apparaître de toutes parts. Des militaires athées sortent des tranchées pour se faire connaître, des étudiants humanistes fondent des groupes dans beaucoup d’universités, des regroupements d’infidèles s’affichent dans Internet. « Les chrétiens sont partout à Washington, faisons de même », dit Herb Silverman, le professeur de maths dont la prière laïque a été boudée à son hôtel de ville. Il vient de former la Secular Coalition for America, avec l’objectif d’amasser 100 000 dollars; il veut embaucher une maison de relations publiques pour représenter la voix athée à Washington. D’autres préfèrent les tribunaux. Michael Newdow, un Californien de 51 ans, avocat et urgentologue, poursuit, tout seul, le Congrès des États-Unis, qu’il accuse de violer la Constitution. Motif: une référence à Dieu ajoutée en 1954 au serment d’allégeance. L’affaire passionne les Américains. Le président Bush s’est prononcé (qualifiant la poursuite de ridicule), et Michael Newdow est considéré par nombre de ses concitoyens comme l’homme le plus détesté du pays. Les journaux l’ont psychanalysé (un obsessionnel compulsif maniaque de l’ordre et grand amateur de poursuites judiciaires…). Jusqu’à son ex-épouse qui a cru bon de convoquer la presse pour assurer la nation que sa fille, « élevée dans un bon foyer chrétien », n’avait aucune objection à louer Dieu chaque matin en récitant le serment d’allégeance… Les Michael Newdow et Daniel Dennett sont mesurés. D’autres sont exaspérés. « Le grand mal innommable au centre de notre culture, c’est le monothéisme », dit le zoologiste Richard Dawkins, professeur à Oxford et auteur de certains des bouquins scientifiques (dont The Selfish Gene) les plus lus par le grand public. « La religion nous a donné, entre autres bienfaits , les croisades, l’Inquisition, les pogroms antisémites, une interminable tuerie en Irlande du Nord et le désastre du Proche-Orient. » Les kamikazes du 11 septembre, les terroristes d’Irak ou de Palestine sont des missiles humains, armés et guidés par la religion, écrivait-il, furieux, quelques jours après les attentats du World Trade Center et du Pentagone, en 2001. « L’illuminé religieux est un missile indétectable, impossible à maîtriser parce qu’il n’a pas peur de mourir, et très bon marché. Le système parfait… Arrêtons de marcher sur des oeufs. Il est temps de nous fâcher. De nous tenir debout. Et de le dire clairement une fois pour toutes: la religion est une absurdité. Et une arme dangereuse. » Peu de gens, d’Américains surtout, peuvent se payer le luxe de parler aussi cru. Britannique, Richard Dawkins vit dans une société beaucoup plus laïque. En outre, professeur à Oxford, il est un des scientifiques les plus respectés du monde entier. Ce n’est pas le cas de tous. « Nous n’avons jamais raconté notre histoire à personne. Voudriez-vous nous écouter? » C’était un dimanche matin de janvier dernier, à la conférence annuelle de la Humanists of Florida Association, à laquelle j’assistais aux fins de ce reportage. La veille, les organisateurs avaient présenté « the reporter from Montreal » qui cherchait des athées ordinaires, disposés à raconter leur histoire. Ils sont venus par dizaines! Parmi eux, Diane Fischler, qui voulait parler du « plus beau jour de sa vie », celui de la manifestation de Washington: « Pour la première fois, je voyais des milliers de gens comme moi. Une révélation! » La dame n’a rien d’une pasionaria. Petite quinquagénaire timide, elle travaille au Département d’histoire orale de l’Université de Floride à Gainesville, où son mari, Ira, enseigne la psychologie. Dans cette ville du Sud profond, l’université est quasi le seul employeur, et le christianisme, l’unique philosophie valable. Diane, élevée dans le christianisme, et Ira, issu d’une famille juive pratiquante, sont devenus incroyants à l’âge adulte. Mais ils ont fait semblant pendant longtemps. « Nous ne voulions pas que nos enfants soient montrés du doigt, dit Diane Fischler. Et nous voulions garder de bonnes relations avec nos voisins et nos collègues. » La manifestation a changé tout ça. De retour de Washington, Diane Fischler, galvanisée, a signé dans le journal de Gainesville une lettre à la rédaction où elle se présentait comme athée et protestait contre une semaine chrétienne organisée par la municipalité et financée par les deniers publics. « À 50 ans, je suis enfin sortie du placard! » jubile-t-elle. Diane Fischler a décidé d’essayer de fonder une section locale d’Americans United for the Separation of Church and State, regroupement pluraliste qui accueille, en principe du moins, des Américains progressistes de toutes affiliations religieuses. « Je n’ai jamais voulu m’associer à un groupe athée, dit-elle cependant. C’est tellement négatif. » Ce problème d’image est réel. D’où peut-être l’engouement suscité par le mouvement des brights, la grande nouveauté dans le petit monde des païens américains. À l’origine de cette mode, Paul Geisert. Je m’attendais à un physicien ou à un astronome, jeune, iconoclaste et tonitruant. Erreur. Paul Geisert, 71 ans, est un petit professeur de littérature à la voix douce, aux lunettes épaisses et à la politesse un brin surannée. Curieux quand même que ce soit lui qui, l’an dernier, ait proposé de renommer les athées pour les rendre plus attrayants aux yeux de tout le monde… et aux leurs par la même occasion. « Dans les années 1970, les homosexuels avaient l’image publique (et le moral…) à zéro, dit-il. Puis, ils ont eu ce coup de génie: kidnapper un mot et lui donner une nouvelle signification.» En quelques années, les homosexuels, vaguement menaçants et volontiers méprisés, sont devenus les gais, respectés, cultivés et beaucoup plus in. Paul Geisert a passé des mois à chercher le mot, celui qui pourrait remplacer athée , agnostique, incroyant, non-croyant, infidèle, tous ces termes négatifs et tellement ennuyeux (voir le « Petit dico païen »). Il a finalement trouvé bright. Dans le sens de lumineux, par référence au siècle des Lumières, qui, dans l’Europe du 18e, a marqué le retour de la raison, de la culture, de la connaissance. Un bright, dit-il, a une vision du monde naturaliste, libre de tout élément mystique ou surnaturel. Quand Paul Geisert et sa conjointe, Mynga Futrell, ont exposé leur idée au congrès annuel d’Atheist Alliance International, en avril 2003, ils ne savaient pas que Richard Dawkins (encore lui) était dans la salle. Deux semaines plus tard, le biologiste publiait dans The Guardian, de Londres, un grand texte d’opinion dans lequel il se présentait comme un bright. Quelques semaines plus tard, le philosophe américain et professeur de philosophie à l’Université Tufts Daniel Dennett signait sa diatribe dans le New York Times. En moins de 24 heures, plus de 1 000 personnes s’inscrivaient dans le site Internet des brights (www.the-brights.net), mis sur pied par Paul Geisert et Mynga Futrell. En quelques semaines, des dizaines de milliers d’athées de tout le monde anglo-saxon l’ont pris d’assaut. On est loin de l’unanimité, pourtant. Le premier résultat tangible que le lancement du mouvement a causé est… la querelle sur le choix du mot bright. « Si on s’autoproclame bright, quel message envoie-t-on aux croyants? Qu’ils sont des imbéciles? » grincent de nombreux sceptiques. Quand il s’est présenté comme un bright à un groupe d’élèves du secondaire, l’année dernière, Daniel Dennett a été soufflé par la réaction. « De nombreux jeunes sont venus me remercier de les avoir libérés , a-t-il écrit dans le New York Times. J’étais le premier adulte respectable qui leur disait calmement qu’il ne croit pas en Dieu! » Alors que les chrétiens sont partout visibles grâce à leurs oeuvres de charité clairement identifiées, la Mission agnostique de la soupe n’existe pas, non plus que le Regroupement athée pour la protection des renards argentés, fait remarquer John Green. « Les incroyants, quand ils militent ou travaillent pour la communauté, sont invisibles. Ils sont pourtant très nombreux. Des ONG comme Amnistie internationale, Médecins sans frontières et Audubon sont constitués majoritairement de non-croyants. » Normal, commente Daniel Dennett. « Nous prenons nos devoirs civiques au sérieux justement parce que nous ne croyons pas que Dieu viendra sauver l’humanité de ses folies. » Selon une étude menée en 1996 par Edward Larson, historien et lauréat d’un prix Pulitzer, se considèrent comme des brights 60% de toute la communauté scientifique américaine et la quasi-totalité (93%) des scientifiques assez renommés pour faire partie de l’Académie des sciences des États-Unis. Pourtant, American Atheists et Atheist Alliance International compteraient ensemble moins de 4 000 membres. « Et quand ils se rencontrent, c’est pour ergoter sur des détails pointus de leur non-doctrine », soupire Larry Jones, mécène et fondateur de l’Institute for Humanist Studies. « Pendant que nous débattions des subtilités byzantines qui distinguent les agnostiques des athées et des humanistes, les partisans de la Coalition chrétienne, eux, prenaient le Parti républicain d’assaut. Puis mettait le pays tout entier dans leur poche. » Mais organiser les non-croyants est aussi facile que de « rassembler un troupeau de chats », comme se plaît à répéter l’intelligentsia humaniste américaine. Premièrement, ils ne sont pas monolithiques. De ces 30 millions de laïcs, moins du quart sont probablement vraiment athées ou agnostiques, croit John Green. Les autres sont des Christers ou des indifférents, complètement allergiques à tout discours religieux, y compris celui des incroyants « fanatiques » qui s’entêtent à biffer la devise In God We Trust de tous les billets de banque qui leur passent par les mains ou à poursuivre les commissions scolaires qui pratiquent encore la prière dans les écoles publiques. Ensuite, alors que les chrétiens ont la bonne habitude de se pointer tous les dimanches au même endroit pour écouter le même leader, les non-croyants eux, sont partout et nulle part. Et ils se sentent bien seuls. À Tampa, en janvier dernier, des membres de la Humanists of Florida Association buvaient les paroles de Barry Lynn, ministre de l’Église unie. Président d’Americans United for the Separation of Church and State, il était venu leur dire que de nombreux chefs religieux modérés s’inquiétaient eux aussi de l’influence de l’extrême droite religieuse. « Quand il est question d’enjeux précis comme la peine de mort, la séparation de l’Église et de l’État, l’avortement, la laïcité dans les écoles, nous avons des intérêts communs », leur a-t-il dit. Les corridors ont résonné toute la fin de semaine des espoirs des humanistes, séduits par l’idée d’une alliance stratégique avec les centaines de millions de chrétiens modérés. (Mais le pasteur Barry Lynn est aujourd’hui à la retraite… comme tous les chefs religieux présents à la conférence. « Que diraient vos ouailles à l’idée de s’allier avec des athées? » lui ai-je demandé. La réponse n’est jamais venue.) « Foutaise, dit Ellen Johnson, présidente d’American Atheists. Jamais les chrétiens modérés n’accepteront de collaborer avec des athées. Il ne faut compter que sur nous-mêmes. Nous sommes une force politique importante que personne n’a jamais réussi à exploiter. Moi, je vais essayer. » Elle s’apprête à créer ces jours-ci le premier comité d’action politique athée de l’histoire des États-Unis. Le GAMPAC (Godless Americans Political Action Committee) devrait naître, dans Internet d’abord, à la fin mars. Elle a du pain sur la planche. Mais si jamais quelqu’un réussit, ce pourrait bien être cette petite femme de 48 ans, qui est parvenue, toute seule, à faire marcher 2 500 athées sur Washington. « Il me reste 30 millions de chats à rassembler, dit-elle. Je me donne 30 ans. »

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Petit guide pour parents non croyants

Dale McGowan, Ph.D., est auteur, éditeur, et défenseur de l’esprit critique. Il détient un doctorat en composition musicale de l’Université du Minnesota. Le magazine Newsweek a qualifié d’incontournable son plus récent livre, Parenting Beyond Belief: On Raising Ethical, Caring Kids Without Religion. Il travaille actuellement à la suite, un guide pratique destiné aux parents athées. Il vit à Atlanta avec sa femme, Becca, et leurs trois enfants — Connor (12 ans), Erin (9 ans) et Delaney (5 ans). -Pour télécharger le document, cliquez sur ce lien avec le bouton droit de la souris et sélectionnez «Enregistrer la cible sous» ou Save link as. Comment consoler un enfant à la mort d’un proche, ou même à celle de son petit animal?Surtout, ne minimisez pas sa peine! Dites-lui qu’il est normal qu’il se sente triste, que ce sentiment est le reflet de l’importance qu’avait le disparu dans son cœur. Expliquez-lui cependant que l’être cher ne souffre pas, qu’il n’a pas de peine, et qu’il continuera de vivre dans nos pensées. Si l’enfant le désire, proposez-lui un rituel qui l’aiderait à vivre ce moment difficile. Aller nourrir les écureuils au parc comme grand-papa le faisait, par exemple. Ou écouter tous les soirs la chanson préférée de tante Aline en se rappelant toutes les choses drôles qu’elle disait dans les soupers de famille. Le rôle des parents est d’aider l’enfant à apprivoiser sa peine, à faire son deuil, en l’assurant qu’ils seront là pour l’écouter, le consoler. À l’occasion de ce premier deuil, ma fille vient de comprendre ce qu’est la mort. Depuis, elle a peur… Il est faux de penser que la religion rend la mort plus acceptable. À preuve, les rites funéraires sont marqués par des moments d’intense tristesse. Et la plupart des croyants ont peur de la mort et font leur possible pour retarder sa venue! Demandez-lui si elle avait peur avant de venir au monde. Elle risque de répondre en riant : «Bien sûr que non, je n’étais pas là!» Expliquez-lui que c’est la même chose pour la personne qui décède. Elle n’est simplement plus là. Il existe plusieurs façons d’apprivoiser la mort. C’en est une. Accepter sa propre finalité est le défi d’une vie, et ça restera toujours une peur qu’on maîtrise sans jamais la faire disparaître totalement. Tous les amis de mon enfant sont baptisés, et il me demande pourquoi il ne l’est pas. Peu importe le sujet, quand un enfant prétend que «tous» ses amis font quelque chose, il faut d’abord faire la part des choses (Es-tu bien certain que tous tous tes amis sont baptisés ?) Il faut l’amener à constater que, de la même façon que tout le monde n’a pas son cheval, tout le monde n’est pas baptisé. Deuxième étape, discutez du sens du baptême. Je le vois comme l’empreinte d’une religion sur un individu, la première étape de son adhésion à une croyance unique — ce qu’un enfant ne devrait jamais être appelé à faire. Pour éviter que votre enfant soit ensuite méprisant envers ses camarades baptisés, n’oubliez pas de préciser que d’autres personnes ont des opinions différentes sur le sujet. Mon fils n’est pas baptisé, mais il veut tout de même faire sa première communion avec ses amis. Comment réagir? L’Église catholique peut bien décréter que huit ans est l’âge de raison, c’est quand même bien trop jeune pour prendre position sur la religion. On peut cependant expliquer à un enfant de cet âge ce que signifie le rituel de la communion et lui demander s’il y croit. Comme il répondra probablement non, amenez-le gentiment à convenir qu’il serait malhonnête de s’adonner à un rituel auquel il ne croit pas — et félicitez-le pour son honnêteté. Souvent, c’est l’attrait même du rituel, plus que sa signification, qui attire les enfants. Si c’est le cas, pourquoi ne pas en organiser un, pour célébrer son honnêteté, justement? Organisez une fête, avec une courte cérémonie, un gâteau, de la musique et invitez des amis, la famille… Mon frère croit en Dieu, moi pas. Et mon fils se demande qui a raison! Répondez-lui : «Comme la vie serait triste si tout le monde croyait la même chose!» En précisez que si Dieu existe, il veut certainement que chacun ait droit à son opinion et respecte celle de l’autre, qu’il soit gentil et généreux envers l’autre. C’est aussi une bonne occasion pour torpiller cette idée idiote voulant qu’on puisse être condamné pour l’éternité si on a une opinion différente de celle des autres. C’est ridicule de demander à un enfant de faire un choix sur un sujet aussi complexe et abstrait, quoi qu’on en pense dans la plupart des confessions! Il ne devrait pas avoir à choisir avant l’âge de 12 ans au moins. Et le jour où il le fera, il aura le droit de changer d’idée 100 fois! Mon enfant est curieux de savoir ce que les gens vont faire à l’église (à la mosquée, au temple)… Proposez-lui d’aller voir avec lui! À l’église, à la mosquée, à la pagode, partout où il voudra. Éviter d’exposer un enfant à d’autres religions risque de donner à celles-ci l’aura de fruits défendus, et de faire croire à l’enfant que vous les craignez. Expliquer les raisons pour lesquelles les gens se rendent dans un lieu de culte est plus difficile. La plupart disent que c’est pour être près de Dieu ou pour faire leurs dévotions. Mais je crois que la réponse la plus sincère vient de ceux qui ne vont plus à l’église. Lorsqu’on leur demande ce qui leur manque le plus, ils répondent rarement : «Dieu». Ils parlent plutôt de la communauté humaine, de l’atmosphère propice au recueillement et à l’introspection. C’est donc ce que je réponds à mes enfants lorsqu’ils me questionnent sur ce que les gens cherchent à l’église. Puis je me demande comment je peux reproduire ce contexte hors d’un lieu de culte. Que dire à mon enfant qui me demande pourquoi il y a des guerres de religion? D’abord et avant tout, félicitez-le d’avoir posé une question aussi profonde! Fais-lui remarquer que l’enseignement religieux parle d’amour et de haine, de paix et de guerre, de tolérance et de préjugés. Lorsque deux groupes croient que Dieu leur a promis la même terre, par exemple, les esprits s’échauffent rapidement. La guerre est alors inévitable et sans fin. Car pour chacun des deux groupes, faire des compromis équivaudrait à douter de la «parole de Dieu». Démontrez à votre enfant que les gens ont réalisé de grandes choses au nom de la foi, mais aussi des choses atroces, en choisissant des passages dans les Écritures. La plupart des religions refusent de reconnaître les atrocités commises au nom de la foi. Une famille athée devrait-elle encourager les enfants à croire au père Noël? Profitez de ce temps joyeux où votre enfant croit au père Noël! C’est là une croyance bien inoffensive, dont on peut même tirer un enseignement utile. Lorsque votre enfant commencera à poser des questions (Comment le père Noël parvient-il à visiter toutes ces maisons en un seul soir?), répondez de façon à l’encourager à poursuivre lui-même le raisonnement. Laissez plusieurs portes ouvertes (certaines personnes disent que…) Et le jour où il vous regardera droit dans les yeux en vous demandant si le père Noël existe, répondez franchement… et félicitez-le pour avoir compris par lui-même! Notre culture a créé ce mythe un peu naïf sur le modèle d’un autre, tout aussi naïf. Tous deux s’articulent autour d’une personne capable de lire nos pensées, une personne qui récompense les bonnes actions et punit les mauvaises. Les étapes qui mènent l’enfant à ne plus croire au père Noël constitueront une bonne pratique pour le jour où il devra faire la part des choses côté religion. Notre amie Fatouma porte le hidjab, au grand déplaisir de ma sœur. Et ma fille pose des questions! La réponse n’est pas simple! D’abord, il faut lui expliquer que la culture de Fatouma a des vues différentes sur ce qu’il convient de montrer du corps de la femme. Précisez-lui qu’aux yeux de nombreuses personnes, le hidjab symbolise la honte et la soumission au mari, mais que pour d’autres, incluant des femmes musulmanes, c’est au contraire une façon d’afficher fièrement leur appartenance à une culture, d’afficher le fait qu’elles sont maîtresses de leur vie. N’hésitez pas à ajouter votre propre point de vue. La tante de votre enfant, elle, est peut-être heurtée par le hidjab parce que, chrétienne conservatrice, elle n’aime pas voir affichés les symboles d’autres religions ou cultures. Ou parce qu’elle est une féministe convaincue que le hidjab est une marque d’oppression. Ou parce qu’elle croit que tout le monde devrait se plier aux coutumes de la majorité. Invitez votre enfant à demander ses raisons à sa tante. Puis, qu’elle demande à Fatouma ses raisons de porter le hidjab. Les enfants n’ont pas d’inhibition lorsqu’il s’agit de parler de telles choses — une ouverture qu’ils perdent en vieillissant. Mon enfant me demande si Jésus était une vraie personne. La réponse variera selon l’âge de l’enfant. Les adolescents pourraient être fort intéressés par une récente et fascinante étude — à la quelle a participé le Canadien Earl Doherty — qui soulève des doutes quant à l’existence réelle du personnage. Pour les plus jeunes, il suffit de répondre que la plupart des gens croient que Jésus a vraiment existé, mais que c’est impossible d’en être certains. Vous pouvez ajouter que s’il a effectivement existé, il semble avoir été un homme bon et un maître perspicace. Pour en savoir plus sur le livre de Dale McGowan, Parenting Beyond Belief, cliquez ici.

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Le monde à l’enVERT

Aux États-Unis, des entreprises font pression sur le gouvernement pour qu’il devienne plus vert. Au Canada, les chefs de la direction des 150 plus grandes sociétés (800 milliards de revenus par année) ont appelé de leurs vœux, à la fin de septembre, non seulement une Bourse du carbone, mais aussi une taxe verte ! De quoi surprendre. Le Conseil canadien des chefs d’entreprise admet en effet que le marché à lui seul ne pourra relever le défi que représentent les changements climatiques, même si les consommateurs ont déjà, par eux-mêmes, amorcé le virage vers des produits et des entreprises moins nocifs pour l’environnement. Ils demandent donc l’intervention du gouvernement et lui reprochent de ne pas avoir de véritable politique nationale de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Faut-il croire ou non aux bonnes intentions de ces entreprises ? Le présent numéro de L’actualité tombe à point pour susciter une réflexion sur le sujet. Le magazine lance en effet les prix Korn/Ferry–L’actualité, récompenses annuelles destinées à souligner les gestes de responsabilité sociale accomplis par des sociétés québécoises (« Quand l’entreprise se fait citoyenne »). Les initiatives des neuf finalistes de cette première année des prix pourraient mettre à l’épreuve le scepticisme de ceux pour qui les dirigeants d’entreprise ne sont jamais que des profiteurs égoïstes et les travailleurs, de pauvres victimes exploitées. Certes, les entreprises n’ont qu’une finalité : la rentabilité. Dans bien des coins du monde, les dommages qu’elles causent à l’environnement sont incommensurables. Mais on voit poindre à l’horizon un certain espoir. En Afrique du Sud, par exemple, de grandes entreprises paient des médicaments antirétroviraux à leurs centaines d’employés qualifiés. Sans ces médicaments, ces gens séropositifs mourraient. Et ça coûte cher de remplacer des travailleurs qualifiés. En Europe, des sociétés travaillent de concert avec les pouvoirs publics pour améliorer la formation de la main-d’œuvre ou lutter contre les changements climatiques. Elles le font parfois pour des raisons de marketing ou d’image. Mais pas toujours. Dans certains cas, les dirigeants agissent pour préserver des conditions sans lesquelles l’entreprise ne pourrait plus remplir sa mission. Les universitaires appellent cela la CSR, pour corporate social responsability — la responsabilité sociale des entreprises, ou RSE, en français. Les politiques gouvernementales, disent ces sociétés, doivent être adaptées à la réalité de la mondialisation, de l’épuisement de certaines ressources, bref, des défis d’aujourd’hui et non de ceux d’il y a 50 ans. C’est à cette adaptation, à cette flexibilité que l’ex-conseiller politique de deux gouvernements du PQ, Jean-François Lisée, convie le Québec dans son essai plaidant pour la naissance d’une gauche efficace (« Un Québec généreux… et riche ! »). Cette approche peut-elle rassembler ? Le consensus en faveur d’un changement est assez clair au Québec. Les dernières élections provinciales l’ont montré. Les solutions de la gauche classique — le tout-à-l’État — ne répondent plus aux besoins de la société. L’État doit permettre qu’une plus grande flexibilité s’installe dans les services publics. Certaines solutions issues de la droite intéressent, mais d’autres inquiètent ou déroutent. Comment protéger les plus vulnérables tout en faisant sauter les verrous qui, dans les services publics et les grands ordres professionnels par exemple, bloquent l’innovation et l’initiative individuelle ? Comme le disait, au début d’octobre, un participant au colloque sur la démocratie qui marquait le centenaire de HEC Montréal, « les gens sont prêts à changer, mais ils cherchent un leader, une vision… ». Au fil d’arrivée, c’est de courage politique que le Québec a besoin. Quelqu’un sera-t-il au rendez-vous ? À LIRE Les textes sur les quatre défis du Québec (développement économique, développement durable, démocratie, démographie) qui ont été présentés lors du colloque tenu à HEC Montréal. www.hec100.ca