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Plus qu’un pont !

« C’est un endroit extraordinaire. On pourrait en entretenir des étudiants pendant trois ans ! Et pourtant, les gens n’en savent rien… »Ce lieu méconnu dont parle Jacques Lemieux, ex-professeur de géographie à l’Université Laval et vice-président de la Société d’histoire de Saint-Romuald, c’est l’embouchure de la Chaudière, sur la rive sud du Saint-Laurent, à 500 m en aval du pont de Québec. Sur la grève, la vue des 12 300 m3 d’eau par seconde du fleuve qui s’engouffrent dans un goulot d’à peine 400 m de largeur nous fait oublier le vacarme des véhicules qui courent sur les deux ponts. Quelle puissance ! C’est tout le bassin versant du Saint-Laurent (les Grands Lacs, la rivière des Outaouais…) qui nous passe sous le nez. Mais avant la dernière glaciation (la glaciation Wisconsin), les Grands Lacs se déversaient vers le golfe du Mexique par le Mississippi. Le plus jeune fleuve du monde n’a que 12 000 ans ! « Pendant la période de fonte et de recul des glaciers, ces bulldozers naturels ont défoncé le rebord de la soucoupe sédimentaire des Grands Lacs à la hauteur des lacs Érié et Ontario ; c’est ainsi que la rivière Niagara, les chutes Niagara et le fleuve Saint-Laurent sont nés », dit Jacques Lemieux. Dans cet entonnoir formé par les rives — le « Sault » est le nom que les cartes marines donnent à ce fort courant —, le cours s’accélère. Les épaves, qui défilent à cinq nœuds à marée montante et jusqu’à cinq et demi au plus fort du baissant, trahissent la vitesse du courant. (Un nœud, c’est un mille marin à l’heure. Un mille marin équivaut à une minute de latitude à l’équateur ou à 6 080 pi [1 852 m] : 800 pi [243 m] de plus qu’un mille terrestre.) Un kayakiste doit déployer toute sa force pour franchir l’étranglement. « C’est l’étroitesse de ce passage et ce courant qui ont forcé le développement de Québec », dit Jacques Lemieux. Et c’est pourquoi on a choisi ce lieu, il y a plus de 100 ans, pour construire le pont de Québec. Adossé au pilier sud du pont cantilever le plus long du monde (le pont du Forth, en Écosse, achevé en 1890, est le deuxième), on est sidéré par la magnificence de la vieille superstructure — encore considérée aujourd’hui comme un prodige d’ingénierie —, par cette musculature d’acier jetée au-dessus du fleuve, par ses coutures de rivets — il y en a plus d’un million ! Mais la marée basse dévoile l’assise d’autre chose : celle du pilier du premier pont de Québec, dont la partie sud s’est effondrée il y a 100 ans, le 29 août 1907, à 19 h 37, après quatre années de travaux. Sur les 86 ouvriers qui s’y trouvaient, 75 avaient péri. Erreur des ingénieurs, a-t-on conclu. La baisse de 10 cm du niveau du fleuve aidant, la marée basse découvre aussi, à deux mètres de la rive, des restes de cette tragédie : d’épaisses et longues tôles criblées de rivets, toutes tordues… Des masses de pigeons voltigent sous l’immense meccano du pont de Québec : il y en a peut-être un millier qui ont installé leurs nids dans l’ouvrage, estime le biologiste Yvan Pouliot, qui habite Saint-Nicolas, tout près. « Avec ces pigeons, le vieux pont est devenu le garde-manger de nombreux rapaces : j’y ai observé des buses pattues, des gerfauts, des buses à queue rousse… Il arrive aussi que des oiseaux de proie choisissent le pont comme lieu d’hivernage, comme halte pendant les migrations ou, pour certains faucons pèlerins, comme site de nidification. » « C’est un carrefour, un lieu de toutes sortes de rencontres, dit Jacques Lemieux. En amont, l’eau douce ; en aval, l’eau salée ; au nord, le granit et les Laurentides, les loups et les conifères ; au sud, le schiste des Appalaches, les forêts de feuillus et les terres colonisées… C’est le seul endroit, en Amérique du Nord, où trois grands systèmes morphologiques se rencontrent. » C’est là que les systèmes morphologiques, écologiques et pédologiques des Laurentides, des Basses-Terres du Saint-Laurent et des Appalaches se côtoient. « C’est un point de convergence qui exerce depuis toujours un pouvoir d’attraction sur les humains », dit l’achéologue Jean-Yves Pintal, qui a fouillé une quinzaine de sites amérindiens sur les trois kilomètres qui séparent les chutes de la Chaudière de son embouchure. « Les plus anciens, découverts autour de l’estuaire de la Chaudière, ont été occupés il y a 10 500 ans. Il s’agit de l’occupation humaine la plus ancienne de la vallée du Saint-Laurent. » « Six mille ans avant les pyramides de Gizeh ! » commente Jacques Lemieux. Jean-Yves Pintal explique qu’il y a 10 000 ans le niveau de la mer de Champlain était de 50 m plus élevé que celui du Saint-Laurent actuel. Les sites archéologiques se trouvent donc sur les pitons rocheux qui surplombent la rivière et sautent aux yeux à l’approche des ponts. « La Chaudière était un fleuve qui se jetait dans la mer de Champlain. Son estuaire contenait un chapelet d’îles ressemblant à celles de Mingan aujourd’hui. L’eau salée remontait jusqu’à Ottawa, toute la faune marine y était… » Pour les Amérindiens, la Chaudière et le Kennebec, qui se déverse dans le golfe du Maine, formaient une véritable autoroute reliant l’intérieur du continent à la côte atlantique. La route entre Québec et Portland, dans le Maine, suit ce passage naturel. L’embouchure de la Chaudière était et reste un lieu stratégique. « C’est le seul endroit de toute la vallée du Saint-Laurent où l’on ait retracé une occupation continue, note Jean-Yves Pintal. Nous avons découvert des foyers, des pourtours d’habitations — dont un wigwam de 9 000 ou 10 000 ans —, des pointes de lances, des couteaux, des perçoirs, des grattoirs, de la poterie, des pipes d’argile de 2 000 ans, des ossements de phoques, d’ours et de tortues de 8 000 ans… Toutes les périodes y sont représentées, sauf celle d’il y a 7 000 ans, parce qu’à cette époque le niveau du fleuve était plus bas qu’aujourd’hui ; ces sites sont donc submergés, et probablement détruits. » L’embouchure de la Chaudière fut aussi un lieu important pendant le Régime français : c’était un éden de la pêche, exclusivement réservé aux seigneurs ; un grand moulin spécialisé dans la fabrication de mâts de bâteaux y était situé ; il y a même l’épave du Caméléon, navire de guerre emporté avec tous ses canons par la débâcle de 1753… Sur la rive du Saint-Laurent, en amont des ponts, se trouve l’emplacement de la pêche expérimentale du Parc Aquarium du Québec, qui prend annuellement, en moyenne, 55 espèces de poissons. Plus à l’ouest, une grève de sable rouge qui n’a pas changé depuis Jacques Cartier. « C’est collé à Québec, c’est encore sauvage, c’est exceptionnel. Il faut préserver ce coin ! dit Yvan Pouliot. Il faut le mettre en valeur ! »

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Quatre clés pour éviter la crise

C’est parti ! Après des mois de frénésie médiatique, le débat québécois autour des accommodements raisonnables entre maintenant dans une phase décisive. La commission Bouchard-Taylor procède à ses consultations publiques et déposera dans quelques mois un rapport qui, on l’espère, orientera l’élaboration des politiques québécoises en la matière. Mais de quels repères le simple citoyen qui désire participer à ce débat, ou qui souhaite tout bonnement pouvoir le suivre sans se perdre dans les détails, dispose-t-il pour se faire une idée sur la question ? Comment s’y retrouver, sans perdre pied, dans cette avalanche de cas sous laquelle nous avons été ensevelis depuis quelque temps ? Entre les jeunes juifs ultra-orthodoxes dont la ferveur religieuse risquait d’être attiédie par le spectacle de sportifs s’exerçant en petite tenue au YMCA de l’avenue du Parc, les jeunes sikhs qui désirent fréquenter l’école publique tout en arborant leur kirpanrituel, les jeunes filles musulmanes dont la participation à des tournois de soccer et d’arts martiaux dépend de ce qu’elles puissent se cacher les cheveux, il y a de quoi perdre le nord ! Sans vouloir court-circuiter la commission Bouchard-Taylor, je voudrais proposer quatre pistes qui pourraient permettre de circonscrire le débat. Premièrement, il faut se rendre compte que bon nombre des cas évoqués pour illustrer la controverse autour des accommodements raisonnables sont complètement hors sujet. La notion d’accommodement tire son origine du droit du travail, mais elle en est venue avec le temps à couvrir les cas d’institutions, privées ou publiques, qui détiennent un grand pouvoir sur les individus, en vertu de la loi ou de relations économiques, et qui pourraient être tentées d’utiliser leur pouvoir sans tenir compte des particularités de ces individus. Il y a accommodement raisonnable lorsqu’un employeur fait preuve de flexibilité dans l’application de ses règlements afin de permettre à un employé de rester fidèle à ses pratiques, convictions ou traditions, alors que celles-ci semblent à première vue en conflit avec ces règlements. Nous sommes également dans le domaine des accommodements lorsqu’un établissement public, comme une école, fait preuve de souplesse dans l’application de règles vestimentaires ou dans la gestion de son calendrier pour faciliter sa fréquentation par les jeunes des communautés qui, pour des raisons de traditions ou de convictions, gèrent différemment ces dimensions de l’existence humaine. Par contre, les arrangements que concluront (ou que ne concluront pas, selon le cas) les juifs ultra-orthodoxes avec le YMCA, ou encore les juifs ou les musulmans qui souhaitent s’adonner aux plaisirs de la cabane à sucre sans enfreindre l’interdiction de consommer du porc, relèvent de relations entre acteurs privés. Ils ne sont pas dissemblables de ceux que l’on pourrait conclure avec un voisin qui poserait sur sa pelouse des objets que l’on jugerait contraires aux règles élémentaires de l’esthétique, du genre flamants roses ou nains de jardin. Il peut, bien sûr, y avoir des règlements plus ou moins raisonnables de pareils conflits. Dans de tels cas, ils ne sont pas exigés par la loi, mais uniquement par le gros bon sens, qui, hélas ! ne relève pas du domaine législatif. Deuxièmement, la question des accommodements raisonnables ne doit pas être confondue avec celle des obligations réciproques des immigrants et de la société d’accueil. Il y a nécessité d’accommodement, parce que notre société est très diversifiée sur le plan des valeurs, des pratiques, des traditions et des convictions. Elle l’est certes en raison de l’apport des immigrants. Mais elle l’est aussi parce qu’elle est libre. Notre société se félicite d’accorder une valeur fondamentale aux libertés civiles : liberté de conscience et de culte, liberté d’association et d’expression. Mettez des personnes dans un contexte de libre circulation des idées, des convictions, des arguments, comme celui que garantissent ces libertés, et il y a fort à parier qu’on aura une société très diversifiée en matière de valeurs et de pratiques. Les accommodements sont là pour gérer la diversité engendrée par les libertés civiles. L’immigration contribue à cette diversité. Mais elle est loin d’en être la seule source. Troisièmement, le débat entourant les principes qui devraient nous guider dans la définition de l’étendue des accommodements raisonnables n’a rien à voir avec la question des rapports qui devraient exister entre la « majorité » et les « minorités ». Il y a matière à accommodement dès qu’une mesure ou une politique rend les choses difficiles pour certaines personnes qui veulent vivre selon leurs convictions. Un tel conflit peut se faire sentir dans le cas de la majorité aussi bien que des minorités. On pourrait par exemple imaginer que l’Église catholique ou certains de ses membres aient à se prévaloir d’accommodements à la suite de la décision de la Cour suprême du Canada sur le mariage gai. La question des accommodements raisonnables n’est donc pas de savoir quel degré de générosité ou de gentillesse la majorité devrait manifester envers les minorités. Il s’agit plutôt de savoir quel degré de flexibilité les institutions devraient avoir à l’endroit des personnes dont les convictions, les us et les coutumes ne sont pas entièrement compatibles avec leurs règles. Enfin, quatrièmement, la question des accommodements ne doit pas être confondue avec celle du multiculturalisme. Il existe en effet un article de la Constitution du Canada qui exige des juges de la Cour suprême qu’ils interprètent les lois de façon qu’elles ne fassent pas violence au caractère multiculturel de la société canadienne. Par ailleurs, toute une bureaucratie fédérale est chargée de célébrer et de promouvoir la diversité culturelle du pays. On le sait, le multiculturalisme a mauvaise presse au Québec. On le perçoit comme une menace à l’identité québécoise. Certains y voient même une sournoise stratégie pour noyer la spécificité québécoise dans un océan de différences. On pourrait penser que la théorie et la pratique des accommodements raisonnables y puiseraient leur source et seraient ainsi entachées par leurs origines douteuses. Heureusement, il n’en est rien. La meilleure manière de comprendre les revendications de ceux qui demandent des accommodements n’est pas de les considérer comme des exigences de reconnaissance culturelle. Au contraire, ce que réclament ceux qui en font la demande, c’est la reconnaissance de leurs droits. Par exemple, dans le célèbre arrêt Multani, dans lequel la Cour suprême a donné raison à un jeune sikh qui voulait fréquenter l’école publique de son quartier tout en portant son kirpan (à condition qu’il le mette sous ses vêtements et dans une gaine qui le rendrait difficile d’accès), il n’est pas question de l’article 27 de la Charte des droits et libertés, qui donne un statut constitutionnel au multiculturalisme. Il est plutôt question d’un conflit entre droits : le droit à la sécurité dont jouissent les enfants de l’école et le droit à la liberté religieuse du jeune sikh en question. Le débat entourant les accommodements est avant tout un débat sur la meilleure façon d’agir pour que puissent coexister des mesures sociales légitimes — comme les droits invoqués dans la cause Multani —, mais qui sont souvent en tension. La réconciliation de droits et de lois en conflit n’a par ailleurs rien d’exceptionnel dans une démocratie libérale. Bon nombre de nos plus grands débats de société reposent sur ce sujet. Par exemple, celui sur la régulation de la pornographie est d’abord un débat sur la façon la plus « raisonnable » de rendre compatibles le droit à la libre expression des uns et le droit à la sécurité et à la dignité des autres. Les accommodements raisonnables représentent un sous-ensemble de cet ensemble beaucoup plus vaste. On remarquera que je m’en suis tenu à circonscrire le domaine dans lequel le débat sur les accommodements raisonnables devrait, à mon avis, se cantonner. Je n’ai rien dit sur ce qui est, et n’est pas, raisonnable à l’intérieur de ce domaine. C’est à cette question que nous devrons tenter de répondre dans les mois qui viennent. Nous y arriverons d’autant mieux que nous la définirons avec précision et que nous ne la confondrons pas avec d’autres questions susceptibles d’apporter plus de confusion que de clarté à ce débat déjà épineux.

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Au nom des incommodés

Un simple constat, que le nous majoritaire est au centre, au cœur de la nation, que cet état lui confère droits et devoirs. Le refus de ce constat mène à l’égalité des langues, donc au trépas de la loi 101, à l’égalité des histoires, donc à la marginalisation du récit québécois s’affirmant malgré les aléas et les conflits, ramené à une histoire parmi d’autres de tous les immigrants venus s’installer sur notre quadrant d’Amérique. Le refus de ce constat mènerait soit à enlever la croix sur le Mont-Royal, soit à y ajouter une étoile de David et un croissant illuminés, en faisant une rotation annuelle pour qu’aucun d’entre eux ne détienne en permanence la place centrale, et en dégageant de l’espace pour les futures demandes. Les amis de la montagne ne seront pas contents. À grands traits: le Québec existe parce que sa majorité a vécu une histoire singulière, qu’elle parle le français et qu’elle est porteuse d’une tradition religieuse. Évacuer ou dévaluer cette réalité, c’est perdre l’estime de soi et, à terme, détester l’autre. La majorité franco-québécoise doit donc réaffirmer ses repères et en établir la prédominance sur ces trois plans : l’histoire, la langue et la religion. L’histoire. Les fortes ventes de fictions historiques, le succès des grands spectacles historiques ou de chansons sur les aïeux démontrent l’appétit renouvelé du Québec pour ses racines. Il faut célébrer et faire partager cette histoire. Celle de nos contacts avec les premiers habitants. Celle de notre passé parfois trouble avec l’esclavage, l’antisémitisme et le duplessisme. Celle de la transformation de nos rapports notre minorité anglophone – hier conquérante, aujourd’hui coexistante – et de notre voisinage avec les communautés culturelles. Mais notre histoire à nous, au centre. L’histoire de ce qui nous fait uniques et non, comme le propose l’inacceptable réforme en cours, l’histoire de ce qui ne nous différencie de personne d’autre. On nous fabrique une histoire vide d’identité, pour un peuple qui doit au contraire la célébrer et construire sur elle. La langue. On a fait de grands progrès depuis les années 1960. Mais on sent depuis 10 ans une série de petits reculs: dans la langue de travail, dans la proportion d’élèves inscrits au primaire en français, dans le choix de la langue au cégep, dans l’affichage. Si on veut des accommodements fructueux, la garantie de pouvoir parler une langue commune est une condition essentielle. Et sait-on que, 30 ans après la loi 101, lorsque les allophones abandonnent leur langue d’origine, ils choisissent toujours majoritairement l’anglais (à 54%) ? Ailleurs, on répond avec détermination à de moindres inquiétudes. Au Royaume-Uni, un des derniers gestes de Tony Blair fut de réclamer que désormais 100% des nouveaux immigrants connaissent l’anglais au point d’entrée. La France réclame maintenant que 100% de ses futurs immigrants sachent le français avant de franchir sa frontière, y compris pour les réunifications familiales. Les élus américains proposent de réclamer des futurs immigrants mexicains la connaissance de l’histoire des États-Unis et de sa langue avant de faire le voyage. Tous veulent empêcher la formation sur leur territoire de groupes trop refermés sur eux-mêmes. Alors, pourquoi le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec se contente-t-il du fait qu’une proportion de 57% des nouveaux arrivants connaissent le français? La religion. C’est le cœur de l’affaire au Québec, comme sur la planète, en 2007. Après avoir vécu une surdose de catholicisme jusqu’en 1960, les Québécois avaient traversé une période de rejet, puis vivaient la laïcisation des institutions, tout en prodiguant, pour la plupart, un attachement plus cordial que spirituel envers les églises, curés et évêques, donc envers toute cette partie d’histoire et d’identité. Relation tourmentée, maintenant apaisée. La grande majorité des Québécois (88%) se déclarent chrétiens, croyants plus ou moins pratiquants, vivant une religion soft: baptêmes, mariages, enterrements, Noël et inscription des bambins à la pastorale de l’école. Nous n’entretenons que de lointains rapports avec Benoît XVI. Mais la croix sur le mont Royal, dans les villages et à l’Assemblée nationale sont des marques à la fois de notre passé et du fil qui nous y lie. On le tend à sa guise. On peut le lâcher, mais pas le couper. COMPLÉMENT : Kirpan, Niquab, Érouv par Jean-François Lisée Équipés de la nouvelle constitution que je propose, nos juges et nos administrateurs publics pourront voir venir de façon plus cohérente – et convergente avec les vœux de la majorité des Québécois – les demandes d’accommodements qui deviendront d’autant plus raisonnables que les demandeurs seront avertis du cadre qui leur est désormais bien légitimement indiqué. Qu’auraient fait nos juges avec le Kirpan ? Je n’en suis pas certain. Mais la tentation de laisser passer ce jeune Sikh pour la seule raison de l’intégrer ne jouerait plus. Il n’aurait d’autre endroit où aller qu’à l’école laïque. Peut-être pourrait-il porter son Kirpan pendant son heure d’enseignement religieux ? Aller, va. Le voile ? Franchement je m’y suis habitué et ce qu’on met sur sa tête ne devrait pas soulever l’ire nationale. On a plus urgent. Idem pour l’Érouv, ce fil qui crée un périmètre dans un quartier, comme à Outremont, pour permettre aux juifs pratiquants de se déplacer pendant le Sabbat. Il ne dérange personne. Seuls ceux qui voudraient faire tomber la croix sur le Mont-Royal, donc laïciser jusqu’à plus soif, peuvent s’offusquer d’un signe aussi invisible de présence religieuse. Mais comme le gouvernement travailliste britannique et comme le grand Mufti d’Égypte, je pense que la Burka, le Nikab ou toute pratique couvrant le visage ne devrait pas être tolérée dans les tractations avec les institutions publiques (écoles, fonction publique, justice et, bien sûr, bureau de vote) et que la loi devrait permettre aux institutions privées – commerces et autres – d’en refuser le port. « C’est vraiment le simple gros bon sens, disait Tony Blair, que lorsqu’une partie essentielle de son emploi est de communiquer avec les gens, il est important de voir le visage. » Excellent article, peut être qu’un jour, monsieur Lisée comprendra qu’il va devoir traduire sa pensée par une implication plus concrète en politique,là où il pourrait mieux servir le pays en devenir. Jacques Cayouette, Bonaventure Quand le mouvement laïc s’immisce dans le débat sur les accommodements « raisonnables », il me rappelle l’époque de la grande noirceur alors que l’Église catholique se faufilait partout, elle aussi. Savez-vous que mes parents ne faisaient jamais l’amour? Il, elle remplissaient leur devoir conjugal après la prière du soir. Or, quand le mouvement laïc fait la chasse aux crucifix, ce sont nos repères historiques qu’il veut détruire. Pour le meilleur comme pour le pire. Le catholicisme est un élément majeur de notre Histoire, il a probablement sauvé notre langue et nos plus belles traditions. Pourquoi détruire nos repères? Pour mieux nous perdre? Jamais Nos néos ne nous ont demandé ça! Pierre Minville, Oka “À grands traits: le Québec existe parce que sa majorité a vécu une histoire singulière, qu’elle parle le français et qu’elle est porteuse d’une tradition religieuse. Évacuer ou dévaluer cette réalité, c’est perdre l’estime de soi et, à terme, détester l’autre. La majorité franco-québécoise doit donc réaffirmer ses repères et en établir la prédominance sur ces trois plans : l’histoire, la langue et la religion. » Eh oui! Tout est, ici, dit! Le Québec est une terre d’accueil, et de tolérance, les québécois sont des gens accueillants et tolérants, Montréal est une ville multiculturelle où il fait bon vivre même pour ceux qui viennent d’ailleurs et en tant que française « tombée en amour » du Québec il y a deux ans, au point d’y avoir établi mon coin à moi, j’atteste que ce sont ces raisons qui font que tant de jeunes de tous les pays veulent y immigrer, mais de grâce, gardez votre spécificité, acceptez l’autre avec ses différences et « enrichissez-vous de ces différences », certes oui, mais restez vous-mêmes avec ce qui fait votre richesse, votre identité, résultat d’une histoire belle mais souvent douloureuse, conservez votre langue québécoise dont vous pouvez être fiers car elle a su maintenir la truculence qui fait le sel de la langue de Rabelais notre lointain ancêtre, ne gommez pas au prétexte de la rendre plus « pure » plus proche de sa cousine germaine, le français contemporain, les métaphores, les mots désuets, les tournures fleuries, tout ce qu’on aime enfin lorsque l’on vous aime d’un amour sincère… et que ceux qui ont choisi de venir « chez vous » acceptent aussi, sans pour autant renoncer à leurs croyances, les marqueurs de votre appartenance à la chrétienté qui rendent vos fêtes de Noël si « festives » et si magiques. Merci de rester « vous » et de savoir si bien nous accueillir chez vous!!! Gisèle Bettan-Marteau, Marseille, France M. Lisée est contre les subventions des écoles confessionnelles comme il le signalait dans un article récent de L’Actualité : « dans ma proposition, aucune école confessionnelle ne sera financée par l’État – ni publique, ni privée – ni chrétienne, ni juive, ni musulmane. » Mais comment justifie-t-il que les parents religieux qui voudront envoyer leurs enfants dans l’école de leur choix devront payer deux fois pour l’enseignement de ceux-ci ? Une éducation religieuse pour de nombreux parents ne se limite pas à un cours hebdomadaire à l’école laïque, M. Lisée. On discriminera donc en défaveur des parents les plus croyants en raison de leurs convictions. M. Lisée préconise-t-il, au moins, en échange de la fin de cette subvention que le Monopole de l’Éducation du Québec n’impose plus ses programmes – comme le très controversé renouveau pédagogique – à ces écoles qu’on prétend pour l’instant privées et qui ne recevraient plus de subventions ? Serait-il en faveur d’une véritable liberté scolaire une fois que ces écoles ne recevraient plus la part des taxes et impôts payés, notamment, par les parents d’élèves qui la fréquentent ? Serait-il d’accord qu’il faut enfin laisser en paix des gens comme les évangéliques qui négocient depuis près de 15 ans avec le Ministère de l’Éducation pour avoir le droit d’enseigner ce qui l’est ailleurs au Canada ? Préconise-t-il qu’on laisse enfin les mennonites en paix, eux qui ont partout ailleurs au Canada le droit d’avoir leur petite école privée (sans aucune subvention, mais aussi sans l’orwellien « accompagnement » du ministère) ? Que propose donc M. Lisée en échange de cette double taxation des parents qui désirent envoyer leurs enfants à l’école de leur choix ? Double taxation au seul motif qu’ils sont croyants et veulent une éducation plus complète que le simple cours religieux que M. Lisée espère voir conserver à l’école publique ? Voir le blogue Pour une école libre au Québec. François, Legault, Longueuil Dommage que le texte de M. Lisée n’était pas dans la revue publiée; tous auraient avantage à le lire. M. Lisée soulève un aspect de la question que très peu avant lui n’ont osé soulever, à savoir les trois caractéristiques de notre identité – québécoise pour la majorité et canadienne-française : l’histoire, la langue et la religion. Depuis la révolution tranquille, le côté religieux de notre identité a été rejeté au point de le nier et d’en avoir honte. Ainsi amputés, nous marchons très « boiteusement » depuis. Et on cherche la béquille qui pourrait nous redonner l’équilibre de la marche dans une société en transformation. La langue à elle seule malheureusement, ne saura le faire. Il nous faut plus. Et, à mon avis, cela commence par respecter ce que nous avons été si l’on veut que l’accueil soit sincère. Félicitations à M. Jean-François Lisée pour son excellent texte. Rhéal Sabourin, Orléans, Ontario À Jean-François Lisée Je viens de lire votre article : Au nom des incommodés. Je viens de vous entendre dans votre échange avec Georges Leroux. Réaction:1.Accord touchant COMPLÉMENT Kirpan, Niquab, Erouv… La règle du gros bon sens ne doit pas être perdue même si la complexité des enjeux demande parfois des approfondissements. 2. Votre position sur le communautarisme m’apparaît difficilement tenable, même si comme vous, je donne une importance décisive au principe du droit des parents. J’ai l’impression que nous sommes confrontés à la quadrature du cercle. Même si l’État n’assumait pas les frais de la religion à l’école, il reste que l’école est un lieu public. Je me sens mal à l’aise que l’école soit un lieu d’endoctrinement pour une religion ou l’autre, à une époque où la férocité religieuse ne peut faire autre que s’accentuer. Ce qui me dérange le plus par ailleurs c’est la question de la compétence et de l’équilibre humain et/ou spirituel des éducateurs pour transmettre la vision religieuse qui est la leur. J’ajoute que ma crainte s’applique aussi pour le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse. Après avoir passé près de trente ans à l’université d’Ottawa à offrir, entre autre, une contribution au programme de formation des futurs enseignants, je ne vois tout simplement pas d’enseignants capables de donner ce cour. Il s’agit d’un travail d’experts. Peux-ton demander cela à nos enseignants ? Claude Michaud, Ottawa Voici un texte intelligent, sensible et magnifiquement écrit qui reflète et résume parfaitement les discussions animées qui agitent nos familles et nos amis en ces temps de déraisonnables accommodements. Je suis fille d’immigrés, mais la bouture a tellement bien pris que je suis profondément enracinée en terre québécoise, elle me nourrie et me fait croître. Je l’enrichie de ma culture et la colore d’une pointe d’accent différent. L’accommodement contrarie l’intégration. Isabelle Checroune, Lacolle Je ne partage pas toutes les idées de Jean François Lisée en particulier sur la question de la nation, mais tout à fait d’accord avec lui sur la question du nouveau programme d’histoire et sur la question de la religion et sur ces propos sur le nouveau programme d’Ethique et de culture religieuse. On sait que ce programme prévoit remplacer le régime d’options précédent par un programme qui prévoit l’enseignement non plus d’une religion, mais bien de six, au sein duquel le christianisme conserverait toutefois une place privilégiée. Les défenseurs de ce nouveau programme soutiennent que puisque nous évoluons dans la sens de la modernité et que l’esprit de tolérance est à la mode, il est souhaitable d’aller vers un enseignement centré sur l’ouverture et sur le dialogue, deux grandes visées de ce nouveau programme. Or, si on se réfère au bilan des travaux préparatoires à la réalisation de ce programme qui doit se donner à partir de l’an prochain (voir les documents ministériels sur le site Internet du Ministère) on constate que sa plus grande difficulté sera de faire le choix de son contenu dans l’abondance et la complexité des connaissances à transmettre. Ce travail pose un défi de taille et les attentes qu’il suscite sont énormes, aussi les doutes qu’ils soulèvent sont plus que légitimes. On constate en effet qu’on nage à la fois dans les eaux tumultueuse de la pédagogie des compétences et celles du savoir. L’autre grande difficulté viendra de la capacité de trouver les enseignants bien formés qui accepteront de prendre la responsabilité d’une telle mission. L’État des conditions actuelles de l’enseignement est loin d’être prometteur à cet effet. Pensons à la situation de la formation des maîtres orientée depuis sa réforme dans une perspective tout à fait différente. Pensons surtout à la gestion des tâches telles que règlementées par les conventions de travail actuelles.. Enfin, on se demande comment réagiront les parents lorsqu’ils prendront connaissance de ce programme, de son contenu et de ses modes d’évaluation. On voit déjà que dans les cercles des parents les plus sensibles, celui de la majorité catholique, que la mobilisation s’organise. Tout un travail d’information et de réflexion devrait donc s’amorcer si on veut éviter le pire, c’est-à-dire arriver au fouillis du passé. Claude Poulin, Sillery Tout à fait d’accord avec Monsieur Lisée. Vous savez quand on a un questionnement et qu’enfin on trouve une réponse et qu’on se dit: Oui c’est exactement ça. Bravo! Je cite Monsieur Lisée en terminant : ‘un peuple qui sait qui il est et ce qu’il veut’. Jean St-Pierre, Longueuil On n’arrête pas de dire qu’il faut s’ouvrir au monde et tout ce que l’on fait c’est de le critiquer. Il n’y a pas juste la nourriture, les arts ou autres que nous devons prendre des autres mais leur savoir vivre et être. Quand les gens seront plus ouverts, il n’y aura plus de guerre. J’ai beaucoup appris en quittant le Québec. Cette attitude de nombrilisme qui me fâche tant. Comme si nous étions les meilleurs au monde. Chacun peut apporter quelque chose sur la planète. Je peux vous dire qu’ici mes ami(e)s proviennent de différents pays et tout ce qu’ils veulent c’est d’être respectés dans leurs différences. Qui peut me dire comment le Canada s’est bâti. Il suffit juste de penser comment nous avons utilisé les Chinois pour bâtir notre réseau de train. Nous sommes tous d’origines différentes et c’est ce qui fait notre beauté. Le Québec n’est pas le centre du monde. Julie Veer, Colombie-Britannique Les Amérindiens ne veulent pas de notre système de justice – je les comprends et les félicite – Avec notre pléthore d’avocasseux, nous ne sommes pas sortis du bois. Il n’est jamais trop tard pour bien faire – et la première des choses intelligentes à faire serait de nous débarrasser de la CHARTE À TRUDEAU (La Poutine d’avocats et cause première de toute la bouillabaise que nous connaissons). La journée où nous pourrons nous débarrasser de ce TORCHON, la moitié de nos problèmes seraient règlés. Avec un mimimum de GROS BON SENS, on peut comprendre qu’on ne peut aller voter déguisés en MI-CARÊME. Lorsqu’on a le privilege d’émigrer dans un pays pour fuir les atrocités de son pays, on ne demande pas de réinstaller les tribunaux qui nous ont rendus esclaves. À moins que toutes les informations que l’on reçoit ne soient pas exactes, le simple BON SENS nous dit qu’on n’avait absolument pas besoin d’une COMMISSION D’ENQUÊTE qui va nous coûter des millions et ne nous fera pas avancer d’un pouce. Toute cette mascarade n’est que de la poudre aux yeux initiée par un gouvernement qui est au désarroi et qui était pressé de mettre un couvercle sur la marmite plutôt que de prendre ses responsabilités. Ça fait pitié à voir aller, mais ça se reflète dans les sondages. Jean-Marc Bélanger, Mont-Joli Très bon article et les pensées sont partagées. Juste une petite correction à apporter au message, la croix sur le Mont-Royal n’est pas là pour signifier notre foi d’origine chrétienne mais plutôt pour réclamer les terres avoisinantes au nom du roi de France au début de la découverte du Canada et de sa colonisation. Clément Poulin, Montréal Comme d’habitude, ce grand penseur ultra séparatiste en écrit très long sans nous offrir quoi que ce soit de nouveau. Tout comme ses acolytes, il est toujours convaincu que le peuple québécois n’ a pas encore saisi la valeur du message souverainiste. Se demande-t-il parfois si ce n’est pas lui qui n’a pas saisi la réponse pourtant très claire de la majorité? Guy Tremblay, Shawinigan Que dire de plus, si seulement un seul de nos polititiens avait le courage d’appliquer tous ce qui est ecrit dans cette article , je crois sincèrement que nous pourrions espérer une vraie identitée collective . Je vous remercie d’être et surtout continuez votre excellent travail. Clément Vézina, St-Louis Les gens qui ont choisi de quitter leur pays pour venir vivre dans le nôtre sont les bienvenus, mais c’est a eux de s’accommoder de notre manière de vivre, et s’ils sont offensés de notre manière de faire, ils peuvent toujours choisir un autre pays qui leur conviendrait mieux. Dans l’intimité de leur foyer, ils peuvent faire à leur manière, c’est ça la liberté, mais ils ne doivent en aucune occasion nous imposer des choses parce que nos moeurs les dérangent. Prenons par exemple ce CLSC qui refuse la présence des époux aux cours prénataux, parce que leur présence dérange une femme musulmane, je trouve cela une attitude de colonisé, trop habitués que nous sommes à nous faire imposer des choses. C’est à cette femme de s’en aller et non aux époux à sortir. Même chose dans l’histoire de ce WMCA qui accepte de poser des vitres givrées à son gymnase parce que la vue de femmes en tenue d’exercice dérange les juifs de l’autre côté de la rue. S’ils sont dérangés par la vue qu’ils ont de leurs fenêtres, c’est à eux de mettre des vitres givrées à leurs fenêtres, où des rideaux ou toute autre chose à leur convenance, c’est ça la liberté. Nous avons des lois qui sont trop souvent contournées par de petits groupes marginaux, telle cette loi que dit qu’on ne doit pas porter de masque en public sauf pour certaines fêtes tel Halloween et Mardi Gras, pourtant, on voit, en plus de ces femmes voilées, ces manifestants qui font du grabuge avec un foulard sur le nez ou un passe montagne en plein été, nous avons même vu des émissaires du gouvernement parlementer avec des hommes masqués et armés lors de la crise d’Oka. C’est à mon avis des accommodements déraisonnables qui font qu’à la fin, c’est nous qui ne nous sentons plus chez nous. N’oubliez pas que votre liberté finit là où la mienne commence. Pierrette Cere, Quebec Est-ce que je me trompe ou nulle part dans votre texte il est fait mention de l’ADQ. Pourtant, l’idée d’une constitution québécoise a été amenée sur le tapis par ce parti. Vous prenez même la peine de nommer le PQ, qui ont dit en public que Mario Dumont délirait avec cette idée. Et que la seule et unique façon de protéger l’identité québécoise est la souveraineté. (Souveraineté que les Québécois ont rejeté deux fois plutôt qu’une, et qui reste en bas du 40% quand le fédéral nous écoeure pas trop.) Je suis bien d’accord avec vous et l’ADQ pour une constitution québécoise. Après la loi 101, il nous faut un encadrement encore plus solide, plus fort afin de protéger notre identité. Et dans 30 ans, et dans 60 ans et dans 90 ans, nous aurons probablement besoin d’une autre loi, d’un autre cadre législatif ou quoique ce soit afin de protéger notre identité. Pour certain plus ancien, l’identité québécoise disparaîtra car la nouvelle génération ne prend pas les mêmes outils (indépendance) qu’eux pour se défendre. Personnellement, je crois que chaque génération doit choisir ses propres outils afin de défendre ces intérêts et une constitution telle que vous la décrivez et défendue par l’ADQ est un excellent moyen de maintenir notre identité propre. Martin Matte, Palmarolle J’ai le goût de dire: que de sagesse et de gros bon sens dans ces quelques pages. Je me suis toujours interrogé: pourquoi le voile musulman fait-il si peur. Pourquoi craint-on que quelques accommodements nous convertissent à de supposées pratiques dangeureuses pour le peuple et que tout à coup la moitié de la population adopte le credo des extrémistes religieux.? Car l ‘intégration se fait peu à peu. Je préfère une ouverture qui permette que les nouveaux arrivant côtoient et s’imprègnent de nos valeurs communes plutôt que de les refouler vers des institutions privées qui les tiendront à part et empêcheront justement cette intégration tant recherchée. La France a refusé cette laïcité ouverte et découvrent après plusieurs années que cela n’a pas réglé leurs problèmes, au contraire. Mais encore faut-il que nous définissions ces valeurs « québécoises ». Christian Leclerc, Lévis Le 24 septembre à St-Jérôme, M. Bouchard a demandé à l’auditoire pourquoi ils s’inquiètent tant des demandes d’accommodements raisonnables car il n’y a, selon lui, que 1,5% de la population qui les revendiquent. Je me permets de lui répondre par ce texte. Lorsque j’étais jeune, je ne portais pas le kirpan ni autre symbole religieux. Physiquement, je ressemblais aux autres enfants autour de moi. La seule différence entre eux et moi ? Mes origines. En apprenant que mes parents sont nés en Italie cela faisait de moi un WOPS. J’ai entendu ce mot de centaines de fois. Les enfants ne cessaient de me crier ce mot et ils ne connaissaient même pas sa définition, pas plus que moi d’ailleurs. Maudit WOPS retourne chez vous ! Chez nous ? Sur la dixième avenue ? Non en Italie maudit spaghetti. Je ne comprenais plus rien moi. J’habitais ville St-Michel au Québec et non pas l’Italie ! Les années passèrent. Mes parents, comme beaucoup d’Italiens, Grecs, Chinois ou Vietnamiens s’intègrent et adoptent les coutumes et la langue du Québec. Aujourd’hui, c’est moi qui doit dire aux personnes que je rencontre que je suis d’origine italienne. Comme réponse on me dit oh oui ? Ça ne parait pas ! Je ne suis pas frustré d’entendre cela, (c’est mieux que maudit WOPS) au contraire c’est là une preuve que mon intégration en tant que fils d’immigrants est bel et bien réussie. On m’a accepté ! Morale de cette histoire:- Vous êtes un nouvel arrivant ? Organisez-vous donc pour ne pas que vos enfants vivent les insultes et la discrimination en vous intégrant à notre société, Sans kirpan, niqab, burka ou tout autre accoutrement religieux qui ne feraient qu’alimenter la méchanceté naïve des autres enfants.. Jean Bottari, St-Mathias-sur-Richelieu Il est temps que les Québécois comprennent que la politique du multiculturalisme établie par Trudeau et consolidée par la suite par les gouvernements du parti libéral et conservateur, n’a pas seulement été utilisée que pour faire accepter le bilinguisme au ROC mais SURTOUT pour noyer la culture et l’identité canadienne française de souche dans le melting pot du multi culti afin de faire du Franco de souche un individu dont l’identité ne vaut pas plus que le premier Tamoul ou Canack venu dans son propre pays. Tout ça pour annihiler toutes velléités d’indépendance du peuple du Québec. Finalement, on nous a toujours traité de racistes, nous obligeant à prendre la position défensive, quant en fait le vrai racisme au Canada, il a toujours été porté par le vieux fond colonialiste britannique auquel ont adhéré nos élites, qui nous ont souvent trahies par opportunisme. « Un peuple sans histoire ni culture » disait Durham. Yvan Riopel, Ste Hélène de Chester Le Québec et le Canada se sont ouverts à l’immigration par nécessité économique. Alors arrêtons de culpabiliser les immigrants, ils participent tout autant que ceux qui se prennent pour des Québécois de souche, à la prospérité de la province. Vive donc, la laïcité dans la diversité culturelle et religieuse. Au fait de quel droit une communauté, se prévalant d’une certaine légitimité historique, voudrait imposer sa culture et ses croyances aux autres communautés. Sauf à considérer que les premiers colons peuvent se prévaloir de l’ancienneté…. Enfin je trouve que profiter de ce débat pour venir promouvoir encore et encore cette idée plusieurs fois rejetée de la séparation est tout simplement pitoyable. Dris Benabid, Fredericton Je suis d’accord avec M.Lisée. J’espère que nos politiciens vont s’inspirer de votre opinion car nous ne sommes pas loin de perdre notre identité. Roland Savard, Parisville Parfaitement d’accord avec cet article. Mais les Québécois ont peur de tout et de rien. Il va falloir un sacré leader pour en arriver là. Peut-être qu’une meilleure complicité entre l’ADQ et le PQ pourrait aider. Les deux veulent à peu près la même chose au fond. L’ADQ a seulement supprimé la partie permettant d’accéder à la souveraineté. Mais un retour à cette idéologie pourrait être forcé par un retour au PQ de la majorité. Alors, le vent tournerait pour vrai au Québec. L’ADQ de 95 n’était pas l’ombre de celui d’aujourd’hui. Alors son poids serait en conséquence. Jacques Poulain, Saint-Bruno-De-Montarville Texte dont l’opportunisme des positions, en particulier sur la religion, démontre bien que l’auteur s’apprête soit à faire le saut dans l’arène politique ou du moins à militer activement pour faire ramer tout le monde dans le sens du courant, sans compas, même au dépens de se retrouver dans le tourbillon des référendums à répétition. M. Lisée se colle à NOTRE sentiment du moment qui est une réaction de repli sur les valeurs éprouvées du passé pour exorciser le sentiment d’insécurité engendré par les défis récents auxquels font face les Québécois francophones. En bref, et en se limitant ici à un seul aspect du texte, faire appel à la tradition religieuse catholique comme composante d’une identité québécoise moderne, entre autres, pour rallier le plus grand nombre autour de ses options politiques ne peut être perçu que comme du racolage par l’homme moderne. L’homme moderne? Quoique ne mettant pas tout ces oeufs dans le panier de la science, il rejette tout de même les reliques d’un passé qui cherchait à se sécuriser face aux défis de société en se rabattant sur des croyances, des légendes, des mythes qui relèvent de ce que l’on qualifie aujourd’hui de « pensée magique ». L’homme moderne, et démocrate, ne devrait en aucun cas accepter que des enfants soient endoctrinés publiquement (à l’école) dans des croyances d’origines beaucoup plus lointaines que la fondation de la Nouvelle-France. Comment sommes-nous à l’aise, dans un monde moderne, d’expliquer et d’accepter que la démocratie exige que les hommes décident entre eux de l’organisation de la société en se servant de la raison plutôt que de leurs instincts et de leurs croyances irrationnelles et, en même temps, accorder un respect non mérité à une tradition qui fait appel au surnaturel et à des non-élus (prêtres, papes, imans, rabbins, etc.), pour nous aider à régler nos problèmes en société ? Le noeud du problème causé par la surdose d’« accommodements raisonnables » est pourtant clairement là. Il s’agit pour le Québec de relever les défis d’aujourd’hui en regardant vers l’avant et en se décidant finalement à poser les deux pieds dans le monde moderne. La religion catholique fait partie de notre histoire et elle est une composante de notre identité mais elle devrait aujourd’hui être replacée dans le contexte de notre époque et donc être gardée en vie principalement dans nos livres d’histoire. Inscrire dans une constitution québécoise le principe d’une école laïque et ouverte aux religions est une demi-mesure qui confère aux religions un respect non-mérité. Le message transmis par ce respect entre en conflit direct avec le respect envers la démocratie qui rejette toute autorité autre que celle du peuple guidée par la raison seulement. Expliquer que le crucifix à l’Assemblée nationale est un « fil » nous liant à notre passé est malheureusement exact. Pour se libérer de ce lien qui nous rattache plutôt à nos aïeuls qu’à notre avenir, nous devrons d’abord commencer par nous prendre en main, nous responsabiliser et prendre le risque de nous tromper à l’occasion. Nous devons rompre et faire le deuil des liens familiaux avec la partie de notre passé qui nous a transmis, jusqu’à aujourd’hui, cette mentalité de soumission à plus puissants que nous. Ne pas apprendre à rompre maintenant avec ce qui nous enchaîne n’augure pas bien pour le prochain référendum. Faire la molle apologie de la résignation à un passé gênant nourrit une attitude pour le futur qui est, à tout le moins, contradictoire pour un indépendantiste. Faire aujourd’hui appel à la religion pour se définir et pour se donner un sens de direction ne devrait tout simplement pas être une option valable pour un Québec moderne et démocrate. La question des accommodements raisonnables est une occasion pour déboulonner des monstres sacrés symboliques de notre servitude à plus grand que nous et pour les confier sereinement à des conservateurs de musées. Jacques A Nadeau, Montréal Bonjour, Je viens de terminer les deux articles sur les immigrants et je suis complètement d’accord avec vous. Cela fait longtemps que l’on s’en parle entre amis et pourtant, rien ne bouche. Peut-être parce que personne ne voulait s’impliquer publiquement? On a toujours dit qu’en Chine, agit comme les Chinois alors, au Québec, agissons comme les Québécois. Merci et continuez à écrire de bons articles aussi pertinents dans notre réalité quotidienne. Ghyslaine Monico, Québec

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L’important, c’est l’idée

Les statistiques tendent à démontrer que le Québec n’est pas une société très entrepreneuriale. Nous ne créons pas suffisamment d’entreprises. Je ne m’en inquiète pas trop. Par contre, je suis beaucoup plus inquiet pour toutes ces entreprises qui ne misent que sur leur faible coût de production pour s’imposer dans un marché de plus en plus féroce. Ces entreprises se font manger la laine sur le dos et nous n’avons encore rien vu. On parle souvent au Québec de création d’entreprises comme si leur seule création était un objectif en soi. L’essentiel, quant à moi, c’est d’avoir des idées. Des idées folles, des idées savantes, des idées lumineuses ou des idées pratiques, mais d’en avoir. Si elles sont bonnes, il y aura une entreprise tôt ou tard. Prenez les Têtes à claques. Ce truc absurde et amusant fait avec les moyens du bord est en train de conquérir la France et les États-Unis. Guy Laliberté voulait-il créer une multinationale du spectacle en 1984 ? Non, il voulait se trouver un job et faire ce qu’il lui plaît. Si j’avais à identifier LE problème de l’économie québécoise, j’opterai probablement pour le manque d’idées et d’innovation. C’est la création et l’innovation qui explique le Cirque du Soleil. C’est elle qui permet à Bombardier de s’imposer. L’innovation est très démocratique, elle peut se manifester dans toutes les fonctions de l’entreprise et dans tous les secteurs de l’économie. Dollarama s’est trouvé une jolie niche dans le commerce au détail et Couche-Tard a réinventé le dépanneur. Aldo a vu une belle occasion d’affaires partout en Amérique du Nord dans la chaussure «tendance» à bon marché. Il y a dans le secteur aéronautique québécois des entreprises qui sont les seules au monde à faire leur produit. D’autres entreprises innovent dans les relations de travail avec leurs employés. D’autres, comme Cascades, ont parié avant tout le monde sur l’engouement pour les produits écologiques. Une entreprise innovante sera presque toujours une entreprise productive et compétitive. L’inverse n’est pas vrai. Il ne sert à rien d’augmenter le niveau de production d’un objet qui n’est pas en demande! L’entreprenariat prend naturellement sa place dans une société qui mise sur la créativité, la singularité et l’innovation.

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Pavarotti

Faut-il dans un blogue d’affaires insister sur le fait qu’il a vendu au-delà de 100 millions de disques, chanté devant des millions de spectateurs et accumulé une fortune de plus de 100 millions de dollars ? Luciano Pavarotti est mort. Ayons une pensée pour cet immense artiste.

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Privatiser ou ne pas privatiser

L’Institut économique de Montréal croyait relancer hier le débat sur la privatisation d’Hydro-Québec. Cela s’annonçait mal, les deux auteurs de l’étude divergent sur la marche à suivre : l’un veut tout privatiser, l’autre seulement 25 %. Surtout, ce ballon n’ira pas loin puisque aucun parti politique ne veut reprendre au vol ce dossier lourd en symboles.Conceptuellement, j’aime l’idée. La vente d’Hydro-Québec pourrait permettre de radier intégralement la dette du Québec. Environ cinq milliards de dollars de plus à chaque année (économie sur les intérêts sur la dette moins les profits annuels d’Hydro) pourraient être consacrés à la santé, à l’éducation, aux infrastructures (!) et aux baisses d’impôts. Politiquement, cette idée n’est pas vendable. Point à la ligne. Changeons de sujet. Ce qui est peut-être vendable, c’est une politique sociale et environnementale nous menant aux tarifs d’électricité offerts chez nos voisins. Ces hausses – graduelles – seraient modulées selon les revenus des usagers et leur consommation. Par exemple, les plus démunis pourraient avoir un remboursement comme c’est le cas pour les taxes de vente. Les plus gros utilisateurs paieraient davantage pour leur bain tourbillon ou leur piscine chauffée. Les contrats d’approvisionnement avec les grandes industries seraient également respectés, car il ne faut pas affaiblir les régions. Cette hausse des tarifs auraient trois grands avantages : la diminution de la consommation, de plus gros dividendes pour le gouvernement et des exportations plus importantes, rapportant encore plus d’argent. Le Québec compte sur une richesse inestimable : de l’énergie propre et renouvelable. Je veux bien qu’on maintienne l’immense société d’État qui gère la ressource. Cela ne veut pas dire qu’il faut la sous-exploiter, au nom d’une fausse égalité sociale.

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Le nationalisme économique a-t-il encore un sens ?

Je suis le premier à me réjouir quand une entreprise du Québec a du succès. Je me sens très fier et souvent rempli d’orgueil quand j’explique à un non Québécois les prouesses du Cirque du Soleil, de Bombardier ou de Power Corporation. Et, en même temps, je préfère les Pharmaprix aux Jean Coutu, je n’ai pas de carte de crédit de Desjardins et il m’arrive de fréquenter le Home Depot de mon voisinage plutôt que le Réno-Dépôt.Comme vous le constatez, ce n’est pas simple. On dirait que ma tête, mon cœur et mes pieds… n’en font qu’à leur tête. Il en est ainsi de tout le débat sur la vente des entreprises canadiennes et québécoises à des intérêts étrangers. Avec la vente de Stelco, toutes les aciéries canadiennes sont maintenant sous contrôle étranger. Les grandes sociétés minières canadiennes ont été vendues ou sont en voie de l’être. Pour certains la perte est immense et c’est un morceau de la souveraineté du pays qui traverse les frontières. Je partage leur déception, mais je temporise rapidement. Prenez l’un des secteurs les dynamiques de l’économie montréalaise, celui du jeu vidéo. Près de 5 000 personnes y travaillent et ce nombre pourrait doubler d’ici deux ans. Cette industrie est animée par des sociétés françaises comme Ubisoft ou américaines comme Electronic Arts. L’industrie pharmaceutique, un autre pôle de développement majeur, est également dominée par des entreprises étrangères. Bien sûr, je préfère quand de grands groupes locaux s’imposent et dominent le marché. J’applaudis fort quand ils réussissent à percer les marchés étrangers. Et, en même temps, je me réjouis d’un investissement majeur d’une entreprise étrangère qui donne de l’emploi et créé de la richesse. Car, l’essentiel n’est-il pas là ?

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D’où viendra l’argent ?

Les anglophones ont un mot terrible pour exprimer une personne très pessimiste, on dit qu’elle est gloomy. Le dictionnaire français-anglais traduit le mot par sombre, triste ou mélancolique. L’expression gloom and doom est aussi souvent utilisée pour définir la position des économistes ou financiers particulièrement inquiets de l’avenir. Je me sens un peu comme ça ce matin. C’est peut-être une réaction normale après quelques jours de congé et de farniente. Je lis les journaux et je n’y vois que des nuages. En éditorial, The Gazette reprend les conclusions d’un professeur de l’Université McGill qui affirme que le Canada devra investir 100 milliards de dollars pour réparer les ponts, routes, tunnels, réseaux d’aqueducs et d’égouts. Même le surplus fédéral de 6,4 milliards de dollars n’y viendrait pas à bout avant plusieurs années. Ajoutez si vous voulez toutes les dépenses engagées pour la mission en Afghanistan (disons 5 milliards depuis 2001) et nous sommes encore extrêmement loin du compte. L’argent ? Ce ne semble pas être un problème. Les Canadiens seraient prêts à diminuer leur train de vie pour que le Canada puisse respecter à la lettre le Protocole de Kyoto. Et, du même souffle, ils réclament des fonds additionnels pour toutes les missions de l’État, à commencer par la santé et l’éducation. Je ne vois qu’une solution, créer de la richesse. Or, pendant que les militants verts s’épuisent à faire déraper les projets de port méthanier, les entreprises canadiennes ne profitent pas de la force du dollar pour s’équiper davantage et augmenter leur compétitivité. La croissance de la productivité de l’économie canadienne est trois fois inférieure à celle de l’économie américaine. Pendant ce temps, nos écoles se vident. Il y a 140 000 élèves de moins qu’il y a dix ans dans les commissions scolaires du Québec, nous apprend La Presse. La diminution est de 18 000 pour la nouvelle année scolaire. D’où viendra l’argent aujourd’hui ? D’où proviendra-t-il demain? Je vais relire mon collègue Pierre Fortin et je reviendrai plus optimiste. Promis !

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Arrêtons de tout mélanger !

La décision de la commission Bouchard-Taylor d’interpréter son mandat de façon très large sera-t-elle une bénédiction ou une malédiction ? Jean Charest doit déjà s’en inquiéter. À l’origine, la question était pourtant simple. Les Québécois avaient besoin d’être éclairés sur ce que sont les accommodements raisonnables, qui peuvent ou non être consentis par les institutions publiques, dans le respect des lois, des chartes, de la Constitution et des conventions internationales. Le gouvernement pourrait ainsi mieux définir des balises pour les institutions qui gèrent les demandes, rares mais très médiatisées. Québec a donc créé, le 8 février, une commission « de consultation sur les pratiques d’accommodement liées aux différences culturelles ». Deux intellectuels respectés la présideraient : l’auteur et philosophe Charles Taylor, et l’historien et sociologue Gérard Bouchard. Jusque-là, tout allait bien. Mais les commissaires ont décidé de ne pas « restreindre leurs travaux à la seule question des accommodements ». Ils invitent plutôt les Québécois à réfléchir à un problème « de nature plus fondamentale » : la « gestion de la diversité ». Oups ! Le citoyen ordinaire qui ne s’y retrouvait déjà pas dans les concepts liés aux accommodements va devoir suivre un cours intensif sur l’un des grands problèmes de la planète. Partout, en Europe comme en Asie, en Afrique, aux États-Unis, la « gestion de la diversité » est un enjeu. Dans bien des pays, cette difficile gestion se traduit par des émeutes ou des massacres. Pas au Québec ! Un Chinois — pragmatique — se demanderait pourquoi, dans les circonstances, les Québécois vont subir une opération à cœur ouvert assortie d’une vaste thérapie collective. Une petite intervention au laser n’aurait-elle pas suffi ? La porte grince et il faut refaire la plomberie ? Avec les risques de dégâts afférents ? « Interculturalisme, identité, rapports avec les communautés culturelles, immigration, laïcité et culture québécoise comme francophonie » : voilà le nouveau menu de la commission ! Le « problème » québécois se résumait pourtant à quelques incidents, certains faux de surcroît, a-t-on déjà appris grâce aux enquêteurs de la commission. Vous vous souvenez de l’histoire de la cabane à sucre ? Des gens n’avaient pas pu manger de porc dans leurs fèves au lard à cause de quelques musulmans. Les bonnes âmes pleuraient la perte de l’identité québécoise. Eh bien, cette histoire était fausse ! Depuis des mois, certains journalistes, flairant la bonne affaire, enfreignent les règles du métier pour produire une croustillante manchette. Les intolérants et les xénophobes adorent ! Les travaux des enquêteurs inciteront peut-être les fautifs à faire preuve de plus de rigueur. Car les gens ont besoin de clarté. Et trop de médias entretiennent la confusion. Deux exemples. D’abord, l’incident entre le YMCA et une yeshiva d’Outremont n’est pas une question d’accommodement raisonnable ! C’est une chicane de voisins. Aucune institution publique n’était en cause. Au lieu de se plaindre de l’odeur des sardines grillant dans la cour d’à côté, le voisin se plaignait de ce qu’il voyait par la fenêtre. Que médias et politiciens en aient fait toute une histoire est désolant. Ensuite, pourquoi politiciens et journalistes ont-ils amalgamé, la semaine dernière, seuil d’immigration et accommodements ? Bon nombre de demandes d’accommodements religieux sont le fait de gens qui ne sont pas des immigrants ! Les Témoins de Jéhovah, notamment, sont en majorité des Québécois de souche, et on leur consent des accommodements. L’intervention au cœur que Charles Taylor et Gérard Bouchard s’apprêtent à faire subir aux Québécois n’est pas sans risques. Le gouvernement Charest aura fort à faire pour remettre l’organe dans le corps si l’opération dérape. Voilà que Mario Dumont y voit déjà les bases d’une Constitution québécoise ! Rien de moins. Pourtant, la question de départ était simple. Québec voulait des balises pour guider les institutions publiques dans leurs décisions d’accommodements religieux et culturels. Et un bon pédagogue pour les expliquer aux citoyens. Rien de plus. L’identité québécoise grandissait bien, en force et en sagesse, en se préoccupant peu des émotifs qui la disaient menacée. Taylor et Bouchard, en intellectuels sérieux qu’ils sont, ont choisi de fouiller les tréfonds de la plomberie. Souhaitons que leurs travaux soient source de clarté !

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Immobiles, les régions ?

Un indice de la présence de notre proie se profile près du pont : l’affiche « La pointe aux sangliers ». Un jeune couple — Manon Poulin et Stéphane Palardy — s’est lancé, depuis trois ans, dans cet élevage presque unique au Québec. Toute la production s’envole. La bête est le nouveau chouchou des méchouis. Madame vous offre rôtis, côtelettes, bacon, tourtières, sauce à spaghetti, cretons et sourire sous de magnifiques yeux bleus. Le lendemain, course à vélo jusqu’en haut de la grande côte de Fontainebleau, berceau de mon père et de son cousin Doris Lussier. En sueur, nous poussons plus loin que la vaste plantation de sapins de Noël, pour voir qui se cache derrière l’écriteau « Lavandes ». C’est Renaud Thibault, né là en 1934, qui fut camionneur, puis travailleur forestier, mais qui vit aujourd’hui entouré de 30 variétés de lavande, des feuilles et tiges odorantes dont sa fille — la patronne, diplômée ès fines herbes — fait du savon, du vinaigre, du thé, de la tisane, au milieu de la petite cuisine aménagée dans sa ferme. La petite-fille, elle, s’occupe d’emballer les paniers-cadeaux de produits de beauté. La production augmente fortement d’une année sur l’autre chez Renaud Thibault, un des trois seuls producteurs de lavande au Québec. Il expédie notamment moult boutures au nouveau jardin botanique de l’île d’Orléans, qui ouvrira pour le 400e anniversaire de Québec. Pas à une innovation près, les Thibault viennent de lancer un élevage d’ânesses, afin d’en tirer du lait destiné, explique l’aîné, à « la transformation agroalimentaire ». Dévalant la côte, on trouve maintenant au fil de l’eau deux couettes et café douillets, tout juste ouverts et déjà bien fréquentés. Il faut dire que Weedon, le centre de ce coin de pays ni particulièrement riche ni particulièrement pauvre, se refait une beauté. Plusieurs résidences sont converties en maisons de retraite. Le vieillissement de la population locale provoque non un assoupissement, mais un goût de l’histoire et des racines. La société historique — où ma tante Rita est très active — met en valeur le chemin du petit moulin, fait peindre des fresques historiques, soutient une maison culturelle offrant un surprenant musée d’oiseaux de bois, installe à Fontainebleau la place Doris-Lussier, non loin de la dernière demeure de l’humoriste, où celui-ci a fait inscrire cette épitaphe :« Je suis allé voir si mon âme est éternelle. » À quelques minutes de distance, si on prend la voiture, on a le choix entre trois pièces de théâtre, on peut se rendre à Ham pour goûter la succulente table de La Mara ou boire la nouvelle bière D’Ham, faite localement par Les Brasseurs du Hameau (une nanobrasserie, disent-ils). Rien de tout cela n’existait quand la décennie a commencé. En passant en voiture rapidement, vous risquez de rater tout cela. Vous croirez que ce patelin est le reflet du Québec immobile et peu travaillant qu’on nous décrit d’un ton accusateur. On y trouve au contraire un regain d’entrepreneuriat, d’audace, de diversification. On y fleure les arômes d’un labeur auquel œuvrent de concert plusieurs générations, où se combinent les élans masculins de l’élevage, du travail en forêt et de la chasse, et ceux, féminins, du bon goût, de la couleur et des parfums. À Renaud Thibault, rayonnant au milieu de ses lavandes, à Stéphane Palardy, me montrant sa nouvelle portée de sangliers, je n’ai pas osé dire que, selon Alain Dubuc et son best-seller Éloge de la richesse, nous étions vraiment à côté de la plaque, nous, les Québécois si peu entreprenants. Je ne voulais pas nuire aux ventes de son livre. Vous me savez plus friand, d’habitude, de statistiques et de tendances (comme lorsque je signale que, depuis maintenant 18 ans, la croissance par habitant est plus forte au Québec qu’en Ontario et que, depuis 2000, elle dépasse nettement la moyenne du G7). Mais ce petit séjour impressionniste dans le lieu de mes origines, de mes étés, dans mon Québec profond à moi, me remet en face d’un peuple qui porte en lui tous les ressorts du succès.

Société

« Yes, I speak English »

Élevée dans un univers presque uniquement francophone — la ville de Québec —, Sarah Côté a senti « l’appel » de l’anglais après son cégep. « J’avais suivi des cours à l’école, mais je n’avais jamais vraiment eu de conversations en anglais », dit-elle. Peu après ses 18 ans, comme d’innombrables autres jeunes Québécois désireux de « voir le monde », elle a donc mis le cap vers l’Ouest canadien, où elle a enseigné la planche à neige pendant tout un hiver. En anglais, bien sûr ! Quelques années plus tard, après des études en hôtellerie à Québec, elle a déniché un emploi dans un hôtel de Londres. Pour l’expérience, mais aussi, et surtout, pour peaufiner son anglais.Née en 1979, elle fait aujourd’hui partie des 54 % de francophones québécois âgés de 20 à 29 ans considérés comme bilingues, selon Statistique Canada. À Montréal, cette proportion atteint un sommet : pas moins de 69 % des citadins francophones de ce groupe d’âge se disaient bilingues lors du recensement de 2001. Et tout porte à croire que cette proportion a encore augmenté au cours des dernières années (les chiffres du recensement de 2006 ne seront publiés qu’en décembre).Est-ce l’effet de la loi 101 ? La plupart des jeunes semblent libérés des angoisses qu’entretenaient certains de leurs aînés à l’idée d’apprendre l’anglais. Une humiliation, le bilinguisme ? « Jamais entendu parler de ça ! » dit Sarah Côté. Pour elle, l’anglais n’est pas une menace, mais un atout. Plus encore, une nécessité. Des jeux vidéo aux sites de commerce électronique (tel eBay) en passant par les très populaires sites de réseautage (comme MySpace et Facebook), l’anglais occupe plus que jamais une place incontournable dans la vie d’une grande partie des jeunes Québécois. Qu’ils postulent pour un emploi dans un commerce de restauration rapide ou fassent une maîtrise en anthropologie, ils ne peuvent souvent plus se permettre de demeurer unilingues. Établie depuis peu à Montréal, Sarah Côté a été frappée par le nombre de gens, dans son nouvel entourage, qui passent de l’anglais au français, souvent dans la même phrase. « Je comprends mieux, depuis mon arrivée ici, la nécessité de la loi 101 », dit-elle. Mais ça ne lui enlève pas pour autant le désir de maîtriser davantage la langue de Stephen Harper. « L’anglais, c’est la langue première ou seconde d’une bonne partie de la planète, une langue incontournable pour voyager et s’ouvrir sur le monde. »