Papa et maman d’abord

La pandémie n’a pas aidé les parents, qui peinent à se retrouver en couple pour souffler un peu. Courage, ça achève ! 

Photo : L'actualité

Combien d’adultes ? Je coche « 2 ». D’enfants ? Zéro. Je coche « 0 ». La réservation d’hôtel est faite, c’est pour le week-end de fête de mon amoureux. On est en couple depuis 14 ans, on dirait que l’on s’aime depuis toujours. Ça fait à peu près autant de temps que l’on n’a pas eu de moments ensemble. Vraiment ensemble. Pas « rushés », pas interrompus, de longues heures où il parle et j’entends la fin des phrases. Si vous n’avez pas d’enfants, peut-être n’avez-vous pas dans vos veines ce sentiment douloureux de vous faire constamment interrompre. Dans tout. Vos idées, vos envies, vos besoins, vos conversations, vos élans. Tout ce qui vous plaît, jusqu’à vos nuits, votre sommeil, tout sera tronqué, haché, entrecoupé. 

L’autre fois, j’étais avec mon frère et son fils de trois ans qui, à un moment donné, a cru bon de nous rappeler à l’ordre et de nous dire que nous lui coupions la parole. C’était adorable, mais j’aurais eu envie d’en faire le porte-étendard de tous les enfants du monde qui, eux, nous interrompent sans cesse ! Sais-tu combien vous êtes à faire ça tous les jours ? Sais-tu à combien s’élève le pourcentage de notre vie qui est grugé par vos petites voix ?! 

Mais tel est le contrat des parents. Si vous traversez cette pandémie en couple, vous savez peut-être qu’elle n’a pas été aidante. Toujours à appuyer sur nous. À nous priver des grands-parents qui gardaient, des amis qui nous offraient des bulles d’air dans le quotidien chargé d’un adulte. L’école qui fermait à cause de la COVID, les grèves du personnel scolaire lui aussi à bout de souffle (des employés eux-mêmes parents !) qui ajoutaient à un horaire déjà compliqué. Bref, rien pour alléger la vie quotidienne. Dans tout ce fouillis, les piles de lavage, la cour à entretenir, les lunchs qui reviennent, les mille et une questions de la routine que l’on s’envoie chaque jour : « T’as le souper ? T’as réservé le camp de jour ? Son soccer est à quelle heure ? Il nous reste du Tylenol ? » Toute cette accumulation de petites et grandes considérations de la vie pèse bien sûr à la longue sur notre couple. Pas parce qu’on s’aime moins, pas parce que ça va mal, juste parce que l’on étouffe. Comme un pourtour d’arbre en ville s’encombre de déchets, un jour, on doit prendre le temps de nettoyer son lien. De juste ranger tout ce qui traîne entre nous et de faire passer papa et maman avant les autres.

Avant, ce n’était pas évident à faire, tout était fermé, mais l’espoir renaît. Les hôtels redeviennent disponibles, les grands-parents seront bientôt tous doublement vaccinés, les terrasses nous font des clins d’œil, nous appellent à nous habiller, nous parfumer, nous draguer à nouveau. Le printemps est plus qu’installé, nous l’aurons bien mérité, c’est peut-être le début d’un temps nouveau qui nous redonnera la force de constamment nous faire interrompre.

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