Par ici les fonctionnaires !

Gatineau enregistre un des plus bas taux de chômage des grandes villes de la province. Grâce à la fonction publique, qui embauche encore.

Gatineau : par ici les fonctionnaires !
Photo : Martin Laprise

Chaque midi, le rez-de-chaussée de la Place du Portage, complexe d’immeu­bles de bureaux du centre-ville de Gatineau, s’anime. Des centaines de fonctionnaires font la queue devant les comptoirs de restauration rapide. Ils mangent leur sandwich ou leur pad thaï, font quelques courses, puis regagnent leur poste aux étages de cette petite Place Ville-Marie gatinoise.

Sur les 250 000 résidants de Gatineau, près de 40 000 travaillent dans les administrations publiques, surtout celle du fédé­ral. Et ils seront plus nombreux encore quand, à l’automne 2012, le gouvernement canadien aura construit deux autres immeubles, qui accueilleront plus de 4 100 employés de divers ministères, cer­tains transférés d’Ottawa, certains nouveaux.

La population de Gatineau, sur la rive québécoise de la rivière des Outaouais, ne cesse de croître et pourrait connaître, d’ici 2031, une augmentation de 25 %, la plus importante parmi les régions métropolitaines québécoises, selon l’Institut de la statistique du Québec. En 2008-2009, l’Outaouais a d’ailleurs accueilli plus de Québécois d’autres régions qu’elle n’a vu partir d’habitants. « Beaucoup de gens déménagent à Gatineau pour y travailler », dit le maire, Marc Bureau. Lui-même a quitté son Abitibi natale il y a 30 ans pour suivre en Outaouais son épouse, embauchée dans la fonction publique québécoise. Cet amateur de ski de fond de 54 ans a été séduit par le magnifique parc de la Gatineau, où s’étendent des forêts et des collines sur presque deux fois la superficie de l’île d’Orléans. Avec, en plus, un taux de chômage de 5,9 %, pas étonnant que la région plaise aux jeunes familles.

En 2010, le fédéral et le provincial continueront d’embaucher pour pourvoir les postes laissés vacants par les départs à la retraite, selon Ghislain Régis Yoka, économiste régional à Emploi-Québec. Ottawa pourrait toutefois ralentir la cadence dans les années à venir, afin de réduire la taille de son administration publique et tenter ainsi d’éliminer le déficit.

En attendant, le ministère de la Défense nationale, particulièrement, est à la recherche de civils pour occuper divers postes au Québec et au Canada : plombiers, psychologues, pharmaciens, experts en sécurité informatique, scientifiques… À la mi-janvier, 37 % des emplois offerts au Québec sur le portail de la fonction publique canadienne provenaient de ce ministère.

Dans la région de l’Outaouais, les traducteurs seront particulièrement recherchés d’ici 2013, tant dans la fonction publique que dans les cabinets. Gatineau est la championne du bilinguisme au Québec, voire au Canada (près de 63 % des Gatinois parlent couramment français et anglais). « Elle est devenue un pôle de traduction grâce au Centre de recherche en technologies langagières », dit Ghislain Régis Yoka. Cet organisme, créé en 2006, conçoit entre autres des outils pour l’industrie.

Le boum démographique à Gatineau aura pour conséquence que l’industrie de la construction ira bon train, selon lui. Une école primaire est notamment en construction dans le secteur d’Aylmer. En décembre, la Société de transport de l’Outaouais a aussi lancé un grand chantier, qui créera quelque 2 000 emplois : le Rapibus, corridor de plus de 15 km réservé aux autobus, qui reliera l’est de Gatineau au centre-ville.

Le maire, Marc Bureau, a d’autres projets. Il souhaite créer un véritable centre-ville, avec de petits commerces, des boutiques touristiques et des restaurants. Ce Gatinois d’adoption n’a pas l’intention de rentrer sur ses terres à sa retraite. « Bien des travailleurs le faisaient par le passé, dit-il. Ils restent maintenant en raison de la qualité de vie. »

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