Parés à plonger

Si les pays étaient des sous-marins, on entendrait, en cet été de grandes chaleurs, résonner dans bien des antichambres de gouvernements : « Parés à plonger, fermez les écoutilles. »

Photo : Stéphane Champagne

De Stephen Harper à Jean Charest et Angela Merkel, ils sont nombreux, les élus qui cherchent à se protéger de la tempête économique, qui menace de redoubler d’ardeur.

On peut comprendre Jean Charest de souhaiter aller aux urnes dès septembre, non seulement avant que la commission Charbonneau écorche encore davantage son parti, mais surtout avant que la peste financière euro­péenne se propage. Si la croissance de la Chine et de l’Inde ralentit, qui achètera le minerai du Nord qu’on commence à peine à extraire ? (Les mines québé­coises étant parmi les plus coûteuses à exploiter, elles fermeront avant les australiennes.)

Non pas que la situation soit inquiétante au Québec. L’écono­mie va relativement bien pour le moment. L’investissement des entreprises est en hausse (il était en baisse de 2008 à 2010). Des entrepreneurs québécois profitent de la force du dollar canadien pour acheter des sociétés étrangères : CGI a déposé une offre pour acquérir le fournisseur de services britannique Logica pour 2,8 milliards. Alimentation Couche-Tard a pris le contrôle des quelque 2 300 stations-services européennes de la norvégienne Statoil Fuel & Retail. La chaîne de lingerie La Vie en Rose prévoit ouvrir des boutiques en Russie en 2013. Maisons Laprise, de Montmagny, ouvrira d’ici un an une usine de panneaux de maison préusinés en Amérique du Sud. La liste est longue !

La croissance de l’économie québécoise pourrait être de 1,5 % à 1,7 % cette année. De 1,9 % l’an prochain. Rien de mirobolant, mais une croissance tout de même. Les ports du Québec connaissent leur année la plus fructueuse depuis 30 ans. Les emplois manufacturiers ont augmenté de 5,5 % d’octobre 2011 à avril 2012. Après les fermetures d’Aveos et d’Electrolux, voilà de bonnes nouvelles.

Reste que la situation mondiale est précaire. Si l’économie américaine ne rebondit pas, les exportations québécoises seront compromises. Et l’Europe est un sérieux sujet d’inquiétude.

Prenons toutefois garde aux prophètes de malheur, qui profiteront de la crise grecque pour vilipender le filet de sécurité social québécois. Le Québec est loin des excès grecs, et le Canada, loin des dysfonctionnements de l’Union européenne.

En Grèce, la dette publique atteignait 165 % du PIB en 2011 ! (Elle en représente 55 % au Qué­bec.) Le drame grec – 50 000 entre­prises fermées en un an, des pensions de retraite réduites de moitié, un taux de chômage de 22 % – a des causes plus complexes que le modèle européen.

Ce qui ne veut pas dire que le Québec n’a pas de leçons à tirer de cette crise. La première étant qu’il ne faut pas nous mettre la tête dans le sable comme l’ont fait les Grecs pendant des années ! Nous devons surveiller la dette publique et faire face aux nouveaux défis posés par le vieillissement de la population, le financement des régimes de pension et celui des universités. Profitons donc de la pause estivale pour nous reposer tous. Puis revenons aux affaires courantes l’esprit ouvert, au moment où la campagne électorale s’amorcera… sans doute. Car c’est bien beau de « plonger » ; un jour ou l’autre, il faut refaire surface. Bonnes vacances !

***

Pour encourager les Grecs, malmenés par la crise, pourquoi ne pas s’offrir cet été la version française d’un roman grec ?

• Jours d’Alexandrie, par Dimitris Stefanakis.

• Les chérubins de la moquette, par Eléni Yannakaki.

• Monde clos, par Christos Chryssopoulos.

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