Partis pour rester !

Un ado de 13 ans m’a demandé récemment : «J’ai entendu à la radio que ce serait mieux s’il n’y avait plus de partis politiques. Croyez-vous à ça, vous ?»

L'édito de Carole Beaulieu : Partis pour rester !
Photo : C. Allard / PC

« Non », ai-je répondu. La fin des partis politiques, c’est comme la fin de l’histoire, un concept en apparence accrocheur, mais aussi faux que des seins en silicone.

Non, le Québec n’assiste pas à la fin des partis politiques.

Les partisans de « l’ère des réseaux sociaux qui va tout changer et donner le pouvoir aux indi­vidus » accordent trop d’importance aux nouvelles technologies. Oui, ces outils permettent de nouvelles formes de débat et de mobilisation – « On va tous occuper Wall Street ! » -, mais il y a un monde entre débattre, se mobiliser et gouverner.

Le Québec connaît en ce moment un foisonnement de mouvements citoyens, lesquels cherchent des solutions aux problèmes de notre époque. Génération d’idées, Sortie 13, le Nouveau mouvement pour le Québec, la Coalition pour le Québec sont de belles initiatives. Ils mobilisent des gens, les informent, les incitent à réfléchir, à débattre, à peaufiner des projets « pour faire avancer le Québec », comme le veut le slogan à la mode. Fort bien. Mais là aussi, entre avoir des idées et prendre le pouvoir pour gouverner, il y a des années-lumière.

Ceux qui détermineront le montant des impôts à payer, décideront d’investir ou pas dans la réfection des ponts, changeront ou non le mode de rémunération des médecins, ce sont les élus. Réunis dans un groupe assez fort pour obtenir une majorité et imposer ses idées.

Même si les partis politiques ont leurs travers, ils restent le meilleur moyen connu pour rassembler des gens prêts à collaborer, par des alliances et des compromis, afin d’atteindre des objectifs communs (que ce soit vivre en français en Amérique ou enrichir sa société).

Les arbitrages que doit faire un gouvernement ne sont pas tendres. Il y a des gagnants – les ministres dont les projets se réalisent. Et des perdants, qui passent leur tour. Leur idée était bonne, mais le gouvernement ne peut y donner suite, faute de crédits ou pour cause de climat politique défavorable. Ceux-là doivent reprendre leur bâton de pèlerin. Faire de nouvelles alliances au sein de leur gouvernement. Ou patienter. Ce qui peut sembler intolérable à certains et les inciter à tenter de vaincre en créant… un nouveau parti !

Non, le Québec n’entre pas dans une ère qui marque la fin des partis. Au contraire. Le bouillonnement des derniers mois témoigne de leur importance.

Un parti naîtra bientôt, sous la direction de François Legault, et il réunira aussi bien des souverainistes que des fédéralistes. Des dizaines de candidats de toutes les tendances politiques lui font déjà de l’œil pour tenter de se faire élire sous son drapeau – encore indéfini.

Au cours des prochains mois, le Québec pourrait voir non seulement des partis naître (dont celui de l’indépendantiste Jean-Martin Aussant), mais d’autres disparaître ou fusionner.

Tout cela en réponse aux signaux d’insatisfaction que les électeurs envoient. Preuve que le système démocratique fonctionne !

Cette multiplication de partis, dans un système qui ne permet pas la représentation proportionnelle, a ses risques. Mais il faut faire confiance au jugement des électeurs. Et au flair des politiciens, qui, afin de les séduire, feront un jour ou l’autre les compromis nécessaires pour cons­truire la « grande tente » sous laquelle se retrouveront une majorité d’électeurs.

Les partis politiques ont une relève. De toutes tendances. De tous horizons. Nous profitons de ce dossier « Spécial relève » (présentement en kiosque) pour vous présenter certains de ces acteurs. En dépit du désabusement de bon nombre de leurs concitoyens, ces hommes et ces femmes croient qu’ils peuvent faire de la politique autrement. Je vous invite à les découvrir.

 

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