Pas de fausses notes

« Il n’y aura pas de diplômes au rabais », promet Daniel Zizian, PDG de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec.

Photo : Guillaume Simoneau

Que répondez-vous aux professeurs qui estiment qu’ils devront prendre des raccourcis ?

C’est la responsabilité de l’établisse­ment, du département, de la faculté, du professeur de faire en sorte que les objectifs pédagogiques inscrits dans chaque plan de cours soient atteints. Des efforts considé­ra­bles seront demandés tant aux étudiants qu’aux pro­fesseurs et à l’administration des universités. Mais il n’y aura pas de cours ou de diplômes au rabais.

On n’a jamais autant parlé d’éducation que durant les derniers mois… Le débat sur l’accès à l’uni­versité a-t-il été positif ou négatif ?

Un des contrecoups négatifs des manifestations est de laisser croire aux jeunes qui pourraient envisager des études universitaires que celles-ci coûtent trop cher et qu’ils n’en auront pas les moyens. Les ressources financières disponibles pour les soutenir s’élèvent pourtant chaque année à un milliard de dollars ! Il faut mieux informer les jeunes et leurs parents et les sensibiliser davan­tage aux bienfaits de l’éducation. Des recherches montrent que, dans les milieux défavorisés surtout, on surestime le coût des études universitaires et on en sous-estime les bénéfices. Le récent débat risque d’empirer les choses.

L’augmentation de 21 millions de dollars du programme de prêts et bourses annoncée pendant le conflit réduira d’autant le financement des universités. Pour compenser, le gouvernement leur demande d’augmenter leurs revenus issus de la philan­thropie. Comment ferez-vous ?

D’importants efforts en ce sens ont été faits par les universités depuis 20 ans. Avec des résultats très positifs. Actuellement, les revenus de la philanthropie sont de l’ordre de 111 mil­lions de dollars par année. L’objectif fixé dans le plan de financement du gouvernement est de les augmenter de près de 50 % d’ici 2016-2017. C’est un défi important pour les anciens diplômés et les entreprises, à qui on demande de con­tribuer davantage.

Certains craignent que la contribution accrue des entreprises ne les incite à dicter leurs vues aux universités, par exemple pour privilégier des formations visant à combler leurs besoins immédiats en travailleurs qualifiés. Est-ce risqué ?

Les dons des entreprises aux fondations universitaires servent à des bourses d’études et à des projets précis, par exemple immobiliers, déterminés par les établissements. Les entreprises offrent aussi des stages correspondant aux besoins de formation des étudiants, qui sont de plus en plus nombreux à vouloir en faire. Elles peuvent aussi financer des projets de recherche pour lesquels les normes éthiques sont élevées. Les universités s’assurent ainsi que les entreprises donatrices n’exercent pas d’influence.

Si le Parti québécois est élu, il s’engage à organiser un sommet sur l’enseignement supérieur. Qu’en pensez-vous ?

Les universités sont toujours prêtes à discuter de leur avenir, de leur rôle, de leur contribution au développement économique, culturel et social du Québec. Mais doit-on attendre la fin d’une autre réflexion pour les financer correctement ? Non ! Il est urgent et impératif de régler cette question.

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