Pas si fou, le vote à 16 ans !

Le combat d’une frange de la jeunesse étudiante pour la gratuité scolaire vaudra encore à tort, en cette fin février, l’étiquette d’enfants gâtés à toute une génération. Les Québécois de moins de 25 ans sont pourtant tellement plus que ça !

L'édito de Carole Beaulieu - Pas si fou, le vote à 16 ans !
Photo : iStock

Vivement que le Sommet sur l’enseignement supérieur se termine – l’indexation des droits de scolarité est incontournable pour préserver l’équité – afin qu’on puisse voir sous un autre angle la question de la place des jeunes dans notre société grisonnante.

L’énergie des jeunes, leur inventivité, leur confiance en eux sont des moteurs puissants dont le Québec a besoin. Nous avons intérêt à ce qu’ils se sentent prêts à conquérir le monde ! Pour répondre aux défis de demain, il faudra l’audace de la jeunesse tout autant que la sagesse des aînés. Mais les jeunes, minoritaires au Québec, ont si peu de poids dans l’espace politique !

Une manière de leur en donner serait d’oser accorder le droit de vote dès 16 ans. Selon un récent sondage Léger Marketing-Le DevoirThe Gazette, le concept soulève la réprobation générale : 80 % des Québécois y sont défavorables.

Pourtant, l’idée se répand dans le monde. Bien d’autres sociétés vieillissantes comme la nôtre y réfléchissent : au Japon, en Autriche, en Allemagne… En Suisse, des politiciens estiment que les jeunes devraient voter au moment où ils s’y sentent prêts.

En Allemagne, le célèbre juriste Paul Kirchhof plaide pour que les parents deviennent détenteurs du droit de vote de leurs enfants jusqu’à ce que ceux-ci soient en mesure de l’exercer eux-mêmes. (Une famille de deux adultes et deux enfants aurait donc quatre bulletins de vote.) Selon lui, il faut envisager « comment les enfants, qui seront les plus durablement touchés par les décisions politiques prises aujourd’hui, pourraient gagner à temps une influence sur la politique ».

Deux länder allemands et l’Autriche permettent déjà le vote à 16 ans. La Croatie aussi, si le jeune occupe un emploi. Il y a bien des manières de baliser la chose. Parlons-en avant de tout rejeter en bloc.

Les jeunes voteraient « comme le leur diraient leurs copains ou leurs parents » ? On croirait entendre un argument contre le vote des femmes il y a 75 ans ! Trop de chroniqueurs aux cheveux gris déversent leurs préjugés sur ces jeunes qu’ils disent immatures, ignorants des choses du monde, incapables de faire des choix raisonnés « pour bien gérer nos impôts ».

Tous les Québécois de 16 ans ne sont pas aptes à voter. La maturité s’atteint. Elle s’étiole aussi, parfois, avec l’âge et la maladie. Que dire des octogénaires que des scrutateurs itinérants font voter dans les centres d’accueil, alors que des préposés les ont informés de la sénilité de ces « électeurs » ? Sont-ils plus aptes qu’un ado de 17 ans dans notre monde hyperbranché ?

Il ne faut pas se voiler la face : si le Parti québécois porte aujourd’hui ce projet, c’est parce qu’il croit que les jeunes voteront pour lui. Mais on doit voir au-delà de l’opportunisme.

Plus de 64 % des Québécois de 15 à 29 ans sont actifs sur le marché du travail. Ils gagnent de l’argent, paient des impôts.

Accorder le droit de vote à 16 ans nous forcerait peut-être tous à nous sentir plus responsables de contribuer à leur formation politique, à la maison comme à l’école ou au travail. Et eux se sentiraient plus concernés.

Le Sommet sur l’enseignement supérieur ne pansera pas toutes les plaies ouvertes par le printemps érable. Mais si cette discussion-là laboure le terrain d’une autre, celle de la place des jeunes dans l’espace politique, nous aurons peut-être fait un pas en avant.

À lire : la très éclairante chronique de Pierre Fortin sur l’indexation des droits de scolarité, et les billets de nos blogueurs sur le sommet à venir.

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