Pas trop d’État dans nos lits !

À travers la fumée potineuse du procès médiatisé qui oppose un milliardaire à son ex-conjointe, un furoncle disgracieux est apparu dans le beau paradis de nos libertés matrimoniales. Malheureusement, les remèdes suggérés jusqu’ici semblent plus dommageables que la maladie elle-même.


 

Légiférer pour étendre à tous les conjoints de fait la protection (et donc les obligations) réservée aux gens mariés — comme le demande l’avocate de la plaignante — est un mauvais remède. À moins qu’on veuille déclencher au Québec un boom immobilier sans précédent. Car des milliers d’hommes — et de femmes — mettraient dehors leur douce moitié !

L’État ne doit pas lier de force des hommes et des femmes qui veulent vivre ensemble sans assumer les responsabilités d’une union civile ou religieuse. Il faut trouver d’autres façons de protéger les gens trop négligents ou frivoles pour se protéger eux-mêmes.

Parmi les 35 % de couples québécois qui vivent en union libre, il n’y a pas que des femmes mal informées et des hommes irresponsables. Il y a aussi des milliers de gens prévoyants, protégés par des contrats de vie commune. Ni eux ni leurs enfants ne seront dans la dèche s’ils se séparent.

Nombre de couples en sont à une deuxième union, quand ce n’est pas une troisième. Le patrimoine, certains l’ont déjà partagé, et paient une pension alimentaire. Ils ne veulent pas recommencer, justement pour assurer la sécurité de leurs enfants nés d’une union précédente. Notre régime doit leur donner cette possibilité. Tout comme il doit permettre aux couples de choisir les clauses de leur contrat en fonction de leur situation.

Des femmes négligent leurs intérêts pour privilégier l’amour ? Dommage. Mais qu’y peut-on ? Le niveau d’instruction des jeunes femmes du Québec est supérieur à celui des hommes. Rarement société a-t-elle investi autant pour former ses filles. Internet, les bibliothèques, les librairies, les magazines regorgent d’information. Alors ne pas être informé, c’est vivre coupé de la réalité. D’autant que l’égalité des droits, c’est aussi ça : le droit de se foutre dans le pétrin sans que l’État vienne nous sauver.

Les enfants, c’est une autre histoire. Ils n’ont pas choisi d’avoir un parent trop insouciant pour protéger leur sécurité financière. Sont-ils aussi nombreux que le laisse entendre la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec ? Si c’est le cas, l’État doit-il leur venir en aide plus qu’il ne le fait présentement par l’intermédiaire de l’article 522 du Code civil, lequel assure à tous les enfants les mêmes droits et les mêmes obligations ? En vertu de cet article, les enfants nés hors mariage ont aussi droit — comme les enfants dont les parents divorcent — à une pension alimentaire. Mais ils ne profitent pas des bienfaits d’un patrimoine partagé. Là se trouve l’iniquité, argue la Fédération.

Pour l’instant, celle-ci ne propose pas de changement précis, sinon pour souhaiter une commission parlementaire sur le sujet. C’est bien flou.

Avant de changer le Code civil pour protéger les imprévoyants, on pourrait commencer par faire plus souvent des campagnes d’information sur le sujet. Et tant qu’à oser, voici quelques suggestions :

• Demander à Fabienne Larouche de créer un personnage de télésérie attachant qui va tout perdre à la séparation d’une union libre.
• Publier un livre dans lequel des Québécois connus racontent comment ils ont été mis sur la paille à la suite d’une union libre qui a mal tourné.
L’État ne pourra jamais totalement protéger les enfants contre les mauvaises décisions de leurs parents. Mais, au cours des derniers jours, il n’y a rien eu de réjouissant à constater, en écoutant les commentaires des gens sur les ondes radiophoniques, qu’autant de citoyens de ce pays sont des ignorants finis qui risquent la sécurité financière de leurs enfants au nom de quelques serments d’amour.

 

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