Passeport pour un diplôme

De plus en plus d’étudiants étrangers fréquentent les universités québécoises, même celles situées en région. Une manne inespérée pour les unes comme pour les autres !

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Photo : Mathieu Rivard

Qu’ont en commun l’humoriste sénégalais Boucar Diouf, la chanteuse française Gaële et l’écrivaine chinoise Ying Chen ? Ils ont un jour mis le cap sur le Québec pour étudier dans une de ses universités. Et comme eux, des milliers d’étudiants venus d’ailleurs continuent d’affluer année après année.

À l’automne 2010, il y avait 28 011 étudiants étrangers dans les universités québécoises, soit l’équivalent de 53 Airbus 380 remplis à craquer – un bond de 50 % par rapport au début des années 2000. C’est un étudiant sur 10 qui n’a pas sa résidence per­ma­nente ou sa citoyenneté canadienne. Et hormis une légère sta­­gnation en 2007-2008, leur nom­bre n’a jamais cessé de croître.

Comment expliquer cette augmentation ? Notamment par les efforts du gouvernement québécois pour les attirer, dit Daniel Zizian, président-directeur général de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ). Les résultats de l’Initiative gouvernement-réseaux de l’éducation en matière de recrutement d’étudiants étran­gers lui donnent raison. En 2008, l’objectif était une croissance de 10 % sur trois ans… Elle a atteint 16 % !

La tendance à la hausse se main­tient dans l’ensemble du Canada, où le nombre d’étudiants étrangers a plus que doublé depuis le début des années 2000. C’est l’Île-du-Prince-Édouard qui accueille la plus grande proportion d’étudiants étrangers. Mais en chiffres absolus, l’Ontario et le Québec demeurent les provinces les plus populaires. Ils attirent à eux deux 70 % de tous les étudiants étrangers.

Si les étudiants sont aussi nombreux à opter pour le Québec, c’est qu’ils y trouvent leur compte. Rogelio Pérez Buendia est venu faire son doctorat en mathématiques à l’Université Concordia dans le but de perfectionner son français et son anglais, et de tisser des liens entre ses collègues actuels de Concordia et ceux de son alma mater, l’Universidad Nacional Autónoma de México, au Mexique. Pour Carole Miéville, physiothérapeute suisse, c’est l’expertise scientifique de l’Université de Montréal qui a agi comme un aimant. « J’ai voulu venir poursuivre en recherche et améliorer mes connaissances en réadaptation. En Europe, la réadaptation est beaucoup moins reconnue », explique-t-elle.

La venue d’étudiants étrangers représente un gain net pour le Québec, estime Daniel Zizian. « L’internationalisation des campus place les étudiants d’ici en contact avec les étudiants étrangers, qui ont une autre culture et une approche différente des problèmes de la vie », dit-il. Et peu importe si les jeunes venus d’ailleurs rentrent ensuite chez eux, ils deviendront de bons ambassadeurs du Québec.

Ces étudiants sont aussi synonymes de revenus. Ils paient des droits de scolarité supérieurs aux autres – de 12 084 à 14 978 dollars selon les pro­grammes, à moins d’une exemption – et, surtout, ils consomment ! D’après une récente étude de la société vancouvéroise Roslyn Kunin & Associates, ils génèrent 6,5 milliards de dollars de retombées économiques au pays, dont environ un milliard au Québec.

C’est un peu avec le sentiment d’avoir décroché le gros lot que le recteur de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), Michel Ringuet, est rentré de Chine, où il participait à une mission du premier ministre Jean Charest. Dans ses bagages : une entente signée entre l’Ocean University of China et l’Institut des sciences de la mer (ISMER), qui fait la renommée de son établissement. « Ça nous ouvre une porte sur la Chine », se réjouit-il. Les collaborations scientifiques futures entre des doctorants québécois et chinois permettront à l’UQAR de faire de la recherche de haut niveau, tout en ayant accès à des subventions internationales consenties par des universités étrangères ou des organismes internationaux.

Les étudiants étrangers insufflent aussi une bouffée d’air frais en région. Sans eux, certains programmes universitaires ne seraient pas rentables et pourraient même ne pas être offerts. Ces étudiants fournissent en outre une main-d’œuvre qualifiée dont les régions ont gran­dement besoin. « D’ici 2014, 20 000 emplois seront à pourvoir dans le Bas-Saint-Laurent. Il n’y a pas 20 000 jeunes ici », explique Michel Ringuet, qui fonde beaucoup d’espoir sur les étudiants venus d’ailleurs.

Le grand défi est de convaincre ces jeunes étrangers de s’établir en région. Difficile à calculer, le taux de maintien au Québec serait d’environ 10 %, estime Daniel Zizian, de la CREPUQ. Des mesures ont été mises en place pour faciliter l’intégration de ces étudiants au marché du travail et les inciter à immigrer. Le certificat de sélection du Québec est désormais délivré automatiquement à tout étudiant étranger qui obtient un diplôme d’une université québécoise, afin de simplifier l’obtention de sa résidence. Mais il reste beaucoup à faire.

Un des problèmes est celui de la langue, rappelle Jean-Pierre Ouellet, vice-recteur de l’UQAR. Les Chinois qui parlent le français ne courent pas les rues ! Certaines universités adaptent donc leurs cours. À HEC Mont­réal, les étudiants qui viennent de l’extérieur du Québec ont la possibilité de faire une année préparatoire en français ou en anglais, sur un baccalauréat de quatre ans. À terme, ils doivent avoir suivi suffisamment de cours en français pour obtenir leur diplôme. L’École de gestion de l’UQAM offre aussi des cours en anglais. Cette idée titille l’École polytechnique de Mont­réal et même l’UQAR. « On n’en est pas là, mais on devra faire cette réflexion un jour, dit Jean-Pierre Ouellet. Il faudra s’ouvrir à l’anglais. »

QUELQUES CHIFFRES…

52 % des étudiants en formation à l’étranger sont asiatiques.

Étudiants les plus représentés dans les universités québécoises : les Français, suivis des États-Uniens. Mais le nombre de Chinois a grimpé de 161 % de 2001 à 2009.

Domaines les plus prisés : sciences appliquées (22 %, dont 70 % en génie), administration et gestion (20 %), sciences humaines (15 %).

Étudiants au bac : 64 % ; au 2e cycle : 23 % ; au 3e cycle : 13 %.

Université où la hausse d’étudiants étrangers est la plus forte : Concordia. Leur nombre est passé de 1 923 en 2001 à 3 721 en 2009. Un bond de 93 %.

Plus grand nombre d’étudiants étrangers : McGill, avec 7 032 étudiants, soit 20 % de l’effectif. L’Université de Montréal en accueille 4 352, soit 11 % de l’effectif.

Le Canada accueille 5,5 % des étudiants étrangers ; les États-Unis, 18,7 % ; le Royaume-Uni, 10 % ; l’Allemagne, 7,3 % ; la France, 7,3 % ; et l’Australie, 6,9 %.

Au Canada, le Québec arrive troisième, avec 16 % des étudiants étrangers.

(SOURCES : Regards sur l’éducation 2011 [OCDE], ministère de l’Éducation,
du Loisir et du Sport, CREPUQ et universités.)

CÉGEPS EN VRAC

  • Nombre d’étudiants étrangers en 2010 : 3 217.
  • De 2006 à 2010, le nombre d’étudiants étrangers a augmenté de près de 50 % au collégial.
  • Principaux pays de provenance : France (42 %), Algérie (11 %), Maroc (9,7 %) et Chine (7,6 %).

(SOURCE : Cégep international)

DEUX DIPLÔMES POUR LE PRIX D’UN

On les appelle bi-diplômes, co-diplômes et même doubles diplômes. Mais ils ont en commun de permettre à un étudiant de suivre des cours universitaires dans deux établissements, dont au moins un à l’étranger, et d’obtenir un diplôme qui sanctionne la formation reçue dans chacun de ces établissements. Un exemple ? Un étudiant peut décrocher un bac en ingénierie de l’École polytechnique de Montréal et un mastère en génie civil de l’Université libre de Bruxelles, pour autant qu’il obtienne 90 crédits dans un établissement et 45 crédits dans l’autre.