Passeport vaccinal : la liberté est un sport d’équipe

Il y a plus d’avantages à vivre ensemble en acceptant des restrictions à nos libertés que seuls, en étant totalement libres et souverains, chacun sur notre île déserte. 

Graham Hughes / La Presse Canadienne

Ancien directeur général pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David-Suzuki, Karel Mayrand a rejoint en juin 2020 la Fondation du Grand Montréal à titre de président-directeur général.

«La liberté des uns s’arrête où celle des autres commence. » Voici comment on nous enseigne, dès un très jeune âge, le concept de liberté. C’est ainsi qu’on fait comprendre aux enfants l’importance du respect de l’autre, et l’idée fondamentale que leur liberté n’est pas infinie. Malheureusement, on leur inculque en même temps l’idée que la liberté est un concept individuel, et un jeu à somme nulle. Chaque ajout à la liberté des uns implique une diminution de la liberté des autres, et la frontière entre la liberté des uns et celle des autres devient un champ de bataille perpétuel. 

Je préfère personnellement une autre métaphore pour parler du concept de liberté : « Si chacun balaie la rue devant de sa maison, toute la ville sera propre. » On ne parle pas ici de libertés individuelles, mais de libertés collectives. Dans ce modèle, la limitation des libertés individuelles permet d’accroître les libertés de l’ensemble. Plutôt que d’être un jeu à somme nulle où chacun défend sa souveraineté individuelle, la liberté devient un sport d’équipe. Nous pouvons accroître nos libertés en acceptant collectivement des restrictions à nos libertés individuelles. C’est le fondement même de la civilisation humaine. Il y a plus d’avantages à vivre ensemble en acceptant des restrictions à nos libertés que seuls, en étant totalement libres et souverains, chacun sur notre île déserte. 

Ces deux conceptions de la liberté s’opposent depuis le début de la crise sanitaire, avec dans un camp des gens qui considèrent que c’est à chacun, individuellement, de se protéger et de déterminer son propre niveau de risque, et dans l’autre ceux qui croient que la meilleure défense face à une pandémie est d’agir en équipe, de restreindre nos libertés individuelles pour accroître la somme des libertés de tous. 

Le passeport vaccinal entre dans cette seconde catégorie. L’équation est simple : nous pouvons choisir de fermer les restaurants, théâtres et commerces non essentiels et de mettre des dizaines de commerces en faillite et d’employés au chômage en privant la majorité de la population du libre accès à ces services non essentiels, ou alors exiger une preuve vaccinale pour maintenir ces services ouverts pour l’écrasante majorité de la population. L’exigence vaccinale est une atteinte minimale à la liberté individuelle qui permet d’accroître la somme des libertés de tous. Des millions de personnes adéquatement vaccinées recouvreront la liberté d’assister à des événements culturels, de rencontrer des amis dans des bars et des restaurants, de pratiquer des sports d’équipe, bref, de faire toutes ces choses qui donnent de la couleur à notre vie. 

Quand on y réfléchit bien, nous acceptons depuis toujours des exigences et des limitations à nos libertés qui font partie de notre normalité. Par exemple, sommes-nous totalement libres de nos déplacements ? La plupart d’entre nous répondraient spontanément oui à cette question. Chacun d’entre nous peut prendre sa voiture à n’importe quel moment et rouler vers l’infini. L’automobile est un des symboles de liberté par excellence. Et pourtant, on exigera de vous l’obtention d’un permis de conduire parfois assorti de certaines conditions et l’immatriculation de votre véhicule, vous devrez obligatoirement contracter une assurance pour circuler sur les routes et respecter un code de sécurité routière qui fait pas moins de 228 pages. Finalement, un policier pourra vous arrêter, vérifier votre identité et consulter vos données personnelles à tout moment si vous commettez une infraction à ce code. Je vous le demande à nouveau : sommes-nous réellement libres de circuler ? La réponse est oui, et les règles et restrictions auxquelles nous consentons librement nous permettent de ne pas nous déplacer dans le chaos et l’anarchie la plus complète. Notre liberté collective augmente du fait des restrictions imposées aux libertés individuelles.

Imaginons maintenant si l’État exigeait pour la première fois, en 2021, l’obtention d’un permis de conduire ou l’immatriculation des véhicules, ou si l’on tentait aujourd’hui d’imposer le port de la ceinture de sécurité. Des centaines de milliers de personnes dénonceraient une entreprise liberticide. On parlerait, comme l’ont fait certains commentateurs, d’une forme de dictature sanitaire, d’un culte de la sécurité au mépris des libertés. 

Ceux qui défendent la liberté individuelle pourraient choisir de rouler sans permis, sans immatriculation et sans assurance, et de bénéficier ainsi des efforts de tous sans en faire eux-mêmes. C’est ce qu’on appelle des free riders, ou des gens qui prennent le train sans payer leur billet. Sans être éthique, leur comportement ne mettrait qu’eux seuls à risque. Mais si en plus ces gens violaient impunément le code de la route en brûlant des feux rouges, ils mettraient la vie des autres en danger, en plus de la leur. Leur comportement deviendrait liberticide pour l’ensemble de la société puisqu’il priverait les autres de la possibilité de se déplacer en toute sécurité. Des milliers de personnes n’oseraient plus prendre la route dans ce far west. Les tenants de la définition individuelle de la liberté affirmeraient que c’est leur choix de ne plus prendre la route. Mais en réalité, ce choix de dernier recours leur serait imposé par une minorité. C’est pourquoi l’État doit imposer des règles collectives. 

La pandémie de COVID-19 exige une réponse collective, et le passeport vaccinal est un bien petit prix à payer pour reprendre une vie presque normale, et éviter un nouveau confinement où toute la population serait assignée à résidence. Personne ne veut retourner à ces sombres journées de 2020 et 2021 où plus rien n’était permis. Le passeport vaccinal n’est pas une mesure liberticide, il est une affirmation de notre liberté et de notre solidarité. Plus que jamais, la liberté est un sport d’équipe, notre équipe.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.

Votre logique serait acceptable si ces vaccins étaient entièrement sûrs et efficaces. Ils ne sont ni l’un ni l’autre, malgré ce qu’affirme le gouvernement. Il faudra bientôt une 3e dose et, avec un peu de chance pour les pharmaceutiques, un abonnement annuel. De plus, des chercheurs non compromis par conflit d’intérêt affirment maintenant que vacciner en temps de pandémie est une erreur magistrale parce cela favorise la création de variants. L’exemple du permis de conduire ou des immatriculations ne tient pas la route puisqu’on ne met pas sa santé en péril en prenant ces papiers. La 1ere raison pour laquelle les gens refusent ce vaccin, c’est qu’ils jugent que c’est risqué pour leur santé. Il ne s’agit pas d’égoisme mais bien de prudence. Une prudence intelligente.

Répondre

Le vaccin a pour fonction d’aider notre corps à développer des anticorps pour combattre l’effet du virus. Voyez la différence entre les vaccinés et les non vaccinés aux USA. Ces derniers sont entrain de mourir les uns après les autres. Ce n’est pas de la propagande, c’est un fait rapporté souvent par leur famille et relayé par les journalistes indépendants des gouvernements.

D’où tenez-vous que ces vaccins ne sont pas « entièrement sûrs et efficaces ». C’est une excuse facile pour dénigrer la science.

Je peux comprendre que certaines personnes aient des craintes face aux vaccins. Mais au moins, ne nous laissons pas berner par les personnes soit-disant bien intentionnées qui véhiculent des faussetés. Un vaccin est la meilleure façon de réduire les risques de mutation à la source. Les chercheurs qui disent le contraire ou affirment que le vaccin crée des variants devraient refaire leurs cours de biologie!

C’est une vision bien étroite et servant bien d’excuse.
Tout n’est pas parfait. Si un employeur exigeait de vous que vous soyez l’employé parfait avant de vous donner un job, vous ne travaillez pas. Et vous trouverez à chialer. Et s’il fallait être des parents parfait avant de commencer à procréer. Et vous ne seriez pas là.
Vous fonctionnez dans la vie, comme nous tous sans doute, par essaie-erreur-ajustement … constamment. Il en va ainsi de la recherche médicale aussi.
Continuez à prendre vos raisonnements, appuyés sans doute par ceux qui déblatérent sur le net ou ailleurs, comme un support à votre refu du vaccin ou autres règles. Demeurez donc seule, en liberté, sur votre île, et ne venez plus sur la nôtre où on accepte de limiter un peu notre liberté pour se donner le droit, le PLAISIR DE VIVRE EN SOCIÉTÉ. C’est notre choix.

Je comprends de votre propos que la prudence des uns (la vôtre) aurait toute liberté de se faire au détriment de la prudence des autres. Et voici comment s’y prendre pour renforcer le propos de cet article alors que l’on tente de l’affaiblir. Amusant.

Encore un article de propagande gouvernementale mélangeant allègrement le vrai et le faux pour perdre la réalité et inciter les gens à se vacciner sur des mensonges. Et là rien ne tient debout car on faire croire que le vaccin protège les autres hors c’est tout faux et c’est même le contraire. Les études montre que les vaccinés qui portent la Covid ont une charge virale supérieure au non vaccinés et accentuent la création de variant !
Donc la bonne attitude pour aider les autres est de ne pas se vacciner si on est pas à risque ( moins de 65 ans et en bonne forme physique)

Répondre

Parce que les cas de gens en très bonne santé, quasiment Monsieur muscle, morts en quelques jours de la COVID-19 il n’y en a pas eus? J’ai plus de 65 ans et en meilleure forme physique que nombre de diabétiques ou en voie de le devenir, de trentenaires dotés d’un pneu de secours impressionnant autour de la taille, d’obèses en tout genre de la moitié de mon âge. J’ai sauté sur le vaccin dès qu’il a été disponible pour ma tranche d’âge, parce que justement je vis en société, même si je vis seule au quotidien. Aucun vaccin n’est sûr à 100% et ils ont tous démarré à un moment quelconque. Vaccin polio en 1960 ou le risque d’être en partie paralysée ou de vivre dans un poumon d’acier. Personne ne trouve rien à redire au vaccin polio de nos jours et pour beaucoup c’est une maladie inconnue. Idem variole. Le risque 0 n’ a JAMAIS existé et je n’ai aucune empathie ni sympathie pour les non vaccinés qui représentant la grande majorité des hospitalisés pour cause de COVID_19 alors que des cancéreux ne peuvent se faire opérer.

Excellent papier de vulgarisation sur ce qu’est la liberté réelle et non illusoire. Il suffit de voir comment les adultes ayant vécu dans un cadre familial sans restriction ont peine à fonctionner dans leurs relations et dans la société. Depuis toujours, les gens font des choix, conscient ou non, entre se maintenir en vie et s’autodétruire vers la mort. Lorsqu’ un tueur potentiel en série se promène, qu’il vous rend malade et vous rend involontairement ou à votre insu tueur à votre tour, il est normal qu’on nous offre un bouclier pour notre protection. Les lois sont là pour protéger la masse, pas pour propager l’essor des tueurs.

Répondre