Payer sa dette étudiante avec des points Aéroplan

Un tel procédé a déjà cours dans deux provinces: l’Alberta et l’Ontario. Cependant, la conversion ne paraît pas des plus avantageuses, puisqu’un remboursement de 250 $ coûte presque autant de points qu’un aller-retour vers les Caraïbes.

Photo: Redd Angelo/StockSnap.io
Photo: Redd Angelo/StockSnap.io

FouineurCreuser sa dette pour mieux rembourser? Voilà une étrange idée. Pourtant, les étudiants canadiens pourraient bientôt utiliser leurs achats à crédit afin de faire baisser le solde de leur dette d’études.

Selon des documents obtenus par La Presse Canadienne, le désormais ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper a donné le feu vert à Emploi et Développement social Canada, en février dernier, afin de conclure un accord avec l’entreprise Higher Ed Points, qui permet aux étudiants d’utiliser des points de fidélité, comme ceux recueillis par l’intermédiaire d’Aéroplan, pour payer les droits de scolarité et les prêts.

Celles et ceux qui ont reçu une aide financière du Programme canadien de prêts aux étudiants pourraient donc se servir d’une «carte à points» pour rembourser leur dette.

Un tel procédé a déjà cours dans deux provinces: l’Alberta et l’Ontario, où la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants-Ontario s’est cependant indignée de voir «la crise de la dette étudiante traitée comme un épisode d’Extreme Couponing».

Un accord avec Ottawa signifierait que 820 000 étudiants endettés pourraient désormais bénéficier de ce système, selon les chiffres soumis par Higher Ed Points aux responsables fédéraux. Ceux-ci ont toutefois reçu cet argument avec un certain scepticisme, puisqu’une note adressée à l’ancien ministre de l’Emploi, Pierre Poilievre, stipule qu’«il y a peu de données disponibles sur la manière dont les étudiants se servent de Higher Ed Points pour rembourser leurs prêts».

Malgré tout, la même note se veut encourageante. «Du point de vue du gouvernement, cela amène une méthode de remboursement sans frais et une autre source de réduction de la dette pour aider les étudiants à rembourser leurs prêts plus rapidement», y est-il écrit.

Avant de s’attaquer à Ottawa, Aéroplan et Higher Ed Points avaient convaincu des universités torontoises telles que York et Ryerson, puis le gouvernement provincial de l’Ontario. Selon ce dernier accord, rendu public en juin dernier, chaque tranche de 35 000 points Aéroplan peut être convertie en un remboursement de 250 $.

Voilà le hic. Sans offre promotionnelle, les cartes de crédit affiliées à Aéroplan offrent généralement un point pour chaque dollar dépensé. Pour gagner 35 000 points de fidélisation, il peut donc falloir dépenser 35 000 $. Et puisque cela ne paye que 250 $ de prêt, les diplômés du Québec, qui terminent leurs études avec une dette moyenne de 13 000 $, auraient à accumuler pas moins de 1,82 million de points pour espérer tout rembourser.

Qui plus est, la conversion offerte ne paraît pas des plus avantageuses, puisque avec 40 000 points, une personne peut s’offrir un billet aller-retour pour les Caraïbes.

Néanmoins, certains y trouvent leur compte. Selon Metro, le diplômé en actuariat Charles Bernatchez a déjà obtenu 1 500 $ de rabais sur ce qu’il doit «en puisant dans sa grande banque de points Aéroplan, obtenue grâce à ses vols fréquents entre son domicile d’Edmonton et le siège social de son employeur, à Montréal».

«Ça n’a pas été pensé pour être la solution [afin de rendre les études supérieures plus abordables], mais plutôt une partie de la solution», a justifié Suzanne Tyson, fondatrice de Higher Ed Points, qui agit comme intermédiaire entre Aéroplan et les institutions scolaires.

Aucun accord n’a pour l’instant été finalisé avec Ottawa. Comme l’indique La Presse Canadienne, l’entreprise doit auparavant traduire son site Web afin qu’il puisse être offert dans les deux langues officielles – ce qui sera sera fait lors du premier trimestre de l’année 2016.

De son côté, Emploi et Développement social Canada a seulement mentionné que différentes options étaient envisagées avec Higher Ed Points. Il en reviendra au gouvernement de Justin Trudeau, et notamment à la nouvelle ministre de l’Emploi, MaryAnn Mihychuk, de négocier un accord.

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