Pensions : les couleuvres du 21e siècle

Appelons ça les couleuvres qu’une génération va avaler de travers : les pensions indexées à vie qu’on a promises aux baby-boomers quand ils ont commencé à cotiser, il y a 25 ou 30 ans. En ce début de 21e siècle, la démographie ne peut pas soutenir les promesses de tels programmes, conçus à la fin du 20e dans des conditions fort différentes.

L'édito de Carole Beaulieu - Pensions : les couleuvres du 21e siècle
Photo : iStock

Des retraités d’aujourd’hui profitent de leur pension non pas pendant 5 ou 6 ans, comme c’était le cas dans le passé, mais parfois jusqu’à 30 ans. Et l’espérance de vie à la hausse combinée aux rendements anémiques des marchés, au faible taux de natalité et aux gains des syndicats (des retraites à 50 ans pour certains corps de métiers) ont créé un cocktail explosif.

Dans certains États américains, des Villes font faillite, faute de pouvoir payer les pensions de leurs employés retraités. D’autres réduisent les services. L’assem­blée législative du Rhode Island – à majorité démocrate – a adopté en novembre une refonte majeure des pensions, que les syndicats ont tenté, en vain, de contester jusqu’en Cour suprême. L’âge de la retraite des fonctionnaires est passé à 62 ans et les pensions ne seront indexées que si le fonds a de bons rende­ments. Cette réforme appauvrira des milliers de gens. Mais Gina Rai­mondo, la State Treasurer – l’équivalent du ministre des Finances -, estime que ce sacrifice est le prix à payer pour préserver l’avenir.

Petite-fille d’immigrants italiens, Gina Raimondo, 40 ans, a beaucoup bénéficié des bibliothèques publiques et des transports en commun dans son enfance pour réussir à faire des études. Lorsqu’elle a vu des Villes du Rhode Island réduire ces services pour financer les retraites, elle – qui n’avait jamais fait de politique active – a lancé sa croisade pour la réforme des régimes de retraite publics.

Un État ne peut pas toujours prélever plus d’impôts pour payer les pensions, contrairement à ce qu’affirme un chef syndical dans notre reportage. Une administration publique peut faire faillite. Les pensions convenues deviennent alors de vaines promesses, comme on le voit en Grèce. La situation n’est pas aussi grave au Québec. Mais le moment d’agir est arrivé.

Les prochaines élections provinciales risquent fort de marquer le passage du pouvoir à une autre génération. Des élus libéraux ont atteint l’âge de la retraite et indiqué qu’ils ne se représenteraient pas. On ignore encore quelle sera la moyenne d’âge des candidats de la Coalition Avenir Québec, mais on sait que la relève au Parti québécois est forte en trentenaires et quadragénaires. Une nouvelle garde frappe aux portes du pouvoir.

Cette génération-là n’a pas le monopole de la sagesse. On peut avoir 60 ans et comprendre que les régimes de retraite doivent être modifiés. La preuve, c’est que certains changements ont été faits (voir « La guerre des retraites », dans le magazine en kiosque actuellement).

S’occuper des vieux est admirable, mais il ne faut pas le faire au détriment des jeunes, dit le philosophe Emmanuel Todd, lui-même sexagénaire ! Ce dilemme démographico-moral sera au cœur des discussions politiques des prochaines années. Comme toutes les retraites ne sont pas égales, il faudra tenir compte de la pénibilité de la tâche. Un prof d’université peut enseigner à 65 ans. Manier le marteau-piqueur est plus difficile. Soulever des malades aussi.

Pour éviter un conflit de générations, il faut souhaiter que la nouvelle garde mette à contribution les baby-boomers. Eux qui ont si souvent su surprendre et faire preuve de solidarité trouveront peut-être même une nouvelle manière d’apprêter les couleuvres !

 

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