Petit guide pour parents non croyants

Que répondre, quand on est soi-même non croyant, à son enfant qui pose des questions pas du tout catholiques ? L’actualité a posé certaines de ces questions à Dale McGowan, auteur d’un livre sur le sujet.


 

Dale McGowan, Ph.D., est auteur, éditeur, et défenseur de l’esprit critique. Il détient un doctorat en composition musicale de l’Université du Minnesota. Le magazine Newsweek a qualifié d’incontournable son plus récent livre, Parenting Beyond Belief: On Raising Ethical, Caring Kids Without Religion. Il travaille actuellement à la suite, un guide pratique destiné aux parents athées. Il vit à Atlanta avec sa femme, Becca, et leurs trois enfants — Connor (12 ans), Erin (9 ans) et Delaney (5 ans).

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Comment consoler un enfant à la mort d’un proche, ou même à celle de son petit animal?
Surtout, ne minimisez pas sa peine! Dites-lui qu’il est normal qu’il se sente triste, que ce sentiment est le reflet de l’importance qu’avait le disparu dans son cœur. Expliquez-lui cependant que l’être cher ne souffre pas, qu’il n’a pas de peine, et qu’il continuera de vivre dans nos pensées. Si l’enfant le désire, proposez-lui un rituel qui l’aiderait à vivre ce moment difficile. Aller nourrir les écureuils au parc comme grand-papa le faisait, par exemple. Ou écouter tous les soirs la chanson préférée de tante Aline en se rappelant toutes les choses drôles qu’elle disait dans les soupers de famille. Le rôle des parents est d’aider l’enfant à apprivoiser sa peine, à faire son deuil, en l’assurant qu’ils seront là pour l’écouter, le consoler.

À l’occasion de ce premier deuil, ma fille vient de comprendre ce qu’est la mort. Depuis, elle a peur…
Il est faux de penser que la religion rend la mort plus acceptable. À preuve, les rites funéraires sont marqués par des moments d’intense tristesse. Et la plupart des croyants ont peur de la mort et font leur possible pour retarder sa venue!
Demandez-lui si elle avait peur avant de venir au monde. Elle risque de répondre en riant : «Bien sûr que non, je n’étais pas là!» Expliquez-lui que c’est la même chose pour la personne qui décède. Elle n’est simplement plus là. Il existe plusieurs façons d’apprivoiser la mort. C’en est une.
Accepter sa propre finalité est le défi d’une vie, et ça restera toujours une peur qu’on maîtrise sans jamais la faire disparaître totalement.

Tous les amis de mon enfant sont baptisés, et il me demande pourquoi il ne l’est pas.
Peu importe le sujet, quand un enfant prétend que «tous» ses amis font quelque chose, il faut d’abord faire la part des choses (Es-tu bien certain que tous tous tes amis sont baptisés ?) Il faut l’amener à constater que, de la même façon que tout le monde n’a pas son cheval, tout le monde n’est pas baptisé.
Deuxième étape, discutez du sens du baptême. Je le vois comme l’empreinte d’une religion sur un individu, la première étape de son adhésion à une croyance unique — ce qu’un enfant ne devrait jamais être appelé à faire. Pour éviter que votre enfant soit ensuite méprisant envers ses camarades baptisés, n’oubliez pas de préciser que d’autres personnes ont des opinions différentes sur le sujet.

Mon fils n’est pas baptisé, mais il veut tout de même faire sa première communion avec ses amis. Comment réagir?

L’Église catholique peut bien décréter que huit ans est l’âge de raison, c’est quand même bien trop jeune pour prendre position sur la religion. On peut cependant expliquer à un enfant de cet âge ce que signifie le rituel de la communion et lui demander s’il y croit. Comme il répondra probablement non, amenez-le gentiment à convenir qu’il serait malhonnête de s’adonner à un rituel auquel il ne croit pas — et félicitez-le pour son honnêteté. Souvent, c’est l’attrait même du rituel, plus que sa signification, qui attire les enfants. Si c’est le cas, pourquoi ne pas en organiser un, pour célébrer son honnêteté, justement? Organisez une fête, avec une courte cérémonie, un gâteau, de la musique et invitez des amis, la famille…

Mon frère croit en Dieu, moi pas. Et mon fils se demande qui a raison!
Répondez-lui : «Comme la vie serait triste si tout le monde croyait la même chose!» En précisez que si Dieu existe, il veut certainement que chacun ait droit à son opinion et respecte celle de l’autre, qu’il soit gentil et généreux envers l’autre. C’est aussi une bonne occasion pour torpiller cette idée idiote voulant qu’on puisse être condamné pour l’éternité si on a une opinion différente de celle des autres. C’est ridicule de demander à un enfant de faire un choix sur un sujet aussi complexe et abstrait, quoi qu’on en pense dans la plupart des confessions! Il ne devrait pas avoir à choisir avant l’âge de 12 ans au moins. Et le jour où il le fera, il aura le droit de changer d’idée 100 fois!

Mon enfant est curieux de savoir ce que les gens vont faire à l’église (à la mosquée, au temple)…
Proposez-lui d’aller voir avec lui! À l’église, à la mosquée, à la pagode, partout où il voudra. Éviter d’exposer un enfant à d’autres religions risque de donner à celles-ci l’aura de fruits défendus, et de faire croire à l’enfant que vous les craignez.
Expliquer les raisons pour lesquelles les gens se rendent dans un lieu de culte est plus difficile. La plupart disent que c’est pour être près de Dieu ou pour faire leurs dévotions. Mais je crois que la réponse la plus sincère vient de ceux qui ne vont plus à l’église. Lorsqu’on leur demande ce qui leur manque le plus, ils répondent rarement : «Dieu». Ils parlent plutôt de la communauté humaine, de l’atmosphère propice au recueillement et à l’introspection. C’est donc ce que je réponds à mes enfants lorsqu’ils me questionnent sur ce que les gens cherchent à l’église. Puis je me demande comment je peux reproduire ce contexte hors d’un lieu de culte.

Que dire à mon enfant qui me demande pourquoi il y a des guerres de religion?
D’abord et avant tout, félicitez-le d’avoir posé une question aussi profonde! Fais-lui remarquer que l’enseignement religieux parle d’amour et de haine, de paix et de guerre, de tolérance et de préjugés. Lorsque deux groupes croient que Dieu leur a promis la même terre, par exemple, les esprits s’échauffent rapidement. La guerre est alors inévitable et sans fin. Car pour chacun des deux groupes, faire des compromis équivaudrait à douter de la «parole de Dieu».
Démontrez à votre enfant que les gens ont réalisé de grandes choses au nom de la foi, mais aussi des choses atroces, en choisissant des passages dans les Écritures. La plupart des religions refusent de reconnaître les atrocités commises au nom de la foi.

Une famille athée devrait-elle encourager les enfants à croire au père Noël?
Profitez de ce temps joyeux où votre enfant croit au père Noël! C’est là une croyance bien inoffensive, dont on peut même tirer un enseignement utile. Lorsque votre enfant commencera à poser des questions (Comment le père Noël parvient-il à visiter toutes ces maisons en un seul soir?), répondez de façon à l’encourager à poursuivre lui-même le raisonnement. Laissez plusieurs portes ouvertes (certaines personnes disent que…) Et le jour où il vous regardera droit dans les yeux en vous demandant si le père Noël existe, répondez franchement… et félicitez-le pour avoir compris par lui-même!
Notre culture a créé ce mythe un peu naïf sur le modèle d’un autre, tout aussi naïf. Tous deux s’articulent autour d’une personne capable de lire nos pensées, une personne qui récompense les bonnes actions et punit les mauvaises. Les étapes qui mènent l’enfant à ne plus croire au père Noël constitueront une bonne pratique pour le jour où il devra faire la part des choses côté religion.

Notre amie Fatouma porte le hidjab, au grand déplaisir de ma sœur. Et ma fille pose des questions!
La réponse n’est pas simple! D’abord, il faut lui expliquer que la culture de Fatouma a des vues différentes sur ce qu’il convient de montrer du corps de la femme. Précisez-lui qu’aux yeux de nombreuses personnes, le hidjab symbolise la honte et la soumission au mari, mais que pour d’autres, incluant des femmes musulmanes, c’est au contraire une façon d’afficher fièrement leur appartenance à une culture, d’afficher le fait qu’elles sont maîtresses de leur vie. N’hésitez pas à ajouter votre propre point de vue.
La tante de votre enfant, elle, est peut-être heurtée par le hidjab parce que, chrétienne conservatrice, elle n’aime pas voir affichés les symboles d’autres religions ou cultures. Ou parce qu’elle est une féministe convaincue que le hidjab est une marque d’oppression. Ou parce qu’elle croit que tout le monde devrait se plier aux coutumes de la majorité. Invitez votre enfant à demander ses raisons à sa tante. Puis, qu’elle demande à Fatouma ses raisons de porter le hidjab. Les enfants n’ont pas d’inhibition lorsqu’il s’agit de parler de telles choses — une ouverture qu’ils perdent en vieillissant.

Mon enfant me demande si Jésus était une vraie personne.
La réponse variera selon l’âge de l’enfant. Les adolescents pourraient être fort intéressés par une récente et fascinante étude — à la quelle a participé le Canadien Earl Doherty — qui soulève des doutes quant à l’existence réelle du personnage. Pour les plus jeunes, il suffit de répondre que la plupart des gens croient que Jésus a vraiment existé, mais que c’est impossible d’en être certains. Vous pouvez ajouter que s’il a effectivement existé, il semble avoir été un homme bon et un maître perspicace.

Pour en savoir plus sur le livre de Dale McGowan, Parenting Beyond Belief, cliquez ici.

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