Peuples en colère

Les 203 nations autochtones de la Colombie-Britannique sont sur le pied de guerre, lasses des promesses non tenues…

Photo : Darryl Dyck / PC
Photo : Darryl Dyck / PC

Des dizaines de chefs autochtones de partout en Colombie-Britannique s’entassent dans un chic hôtel de Harrison Hot Springs, village de la vallée du Fraser réputé pour ses sources thermales. Officiellement, ils sont là pour célébrer les 40 ans de leur association, la Union of British Columbia Indian Chiefs (UBCIC). Mais l’atmosphère n’est pas à la fête en cet automne 2009.

Les chefs ont rejeté avec fracas un projet de loi provincial sur « la reconnaissance et la réconciliation », qui reconnaît officiellement l’existence des droits et des titres de propriété des autochtones de la province. « C’était simplement un truc pour nous amadouer avant les Jeux olympiques », explique, la mine sombre, le grand chef Stewart Phillip, président de la UBCIC.

Alors qu’au Québec une vingtaine de conventions ont été conclues par le gouvernement avec les peuples autochtones au sujet de leurs droits territoriaux, les membres des Premières Nations de la Colombie-Britannique vont de frustration en frustration depuis quelques années. Le processus de négociation de traités mis sur pied conjointement par Ottawa, Victoria et les autochtones, en 1993, s’enlise. L’oppo­sition du Canada à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (qui leur confère notamment le droit à l’autodétermination) irrite profondément ceux-ci. « La Cour suprême a rendu 44 jugements en notre faveur, mais ce sont des victoires sans lendemain. Le gouvernement refuse d’agir », insiste Stewart Phillip.

Après 16 ans de négociations infructueuses, les leaders autochtones disent être arrivés à un carrefour. « S’il n’y a pas de progrès substantiels dans les pourparlers d’ici l’ouverture des Jeux, le 12 février, nous profiterons de leur tenue pour attirer l’attention du monde entier sur cette injustice. Ça pourrait exploser. »


« Pas de Jeux olympiques sur des terres volées aux autochtones »

Slogan d’un groupe de jeunes autochtones de la Colombie-Britannique promettant de faire dérailler les Jeux, qui sont à leurs yeux un « cirque entrepreneurial » (voir le site Web No Vancouver 2010 Winter Olympics On Stolen Native Land).


LES NATIONS

196 075 Nombre d’autochtones en Colombie-Britannique, selon lerecensement de 2006. C’est près de 5 % de la population de la province (contre 3,8 % pour l’ensemble du Canada et 1,5 % au Québec).
203 Nombre de Premières Nations en Colombie-Britannique ; 75 % d’entre elles comptent moins de 250 membres. Parmi les principaux peuples figurent les Nisga’as, les Haïdas, les Sekanis, les Nuxalks et les Tsilhqot’ins.


SAUVER LES ARBRES
Pour en savoir plus sur le combat des Haïdas pour protéger les forêts : l’essai du journaliste activiste Ian Gill, All That We Say Is Ours : Guujaaw and the Reawakening of the Haida Nation (tout ce que nous affirmons nôtre : Guujaaw et la renaissance de la nation haïda), Douglas & McIntyre, 2009.


« Les peuples autochtones ont le droit à l’autodétermination. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel. »
Article 3 de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, adoptée par l’Assemblée générale en septembre 2007. Le Canada a voté contre.

« Rien n’est plus important que de faire de la Colombie-Britannique une leader dans la reconnaissance des droits constitutionnels des peuples autochtones. » Gordon Campbell, premier ministre de la Colombie-Britannique.
(Photo : iStockphoto)


LES INDIENS QUI NE VOULAIENT PLUS EN ÊTRE

Les chefs héréditaires du peuple gitxsan, établi dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique, veulent abandonner leur statut d’Indiens et devenir des citoyens canadiens « ordinaires », au même titre que le reste de la population non autochtone. Si le ministre des Affaires indiennes accède à leur demande, les 13 000 Indiens gitxsans perdront du coup les avantages que leur confère la Loi sur les Indiens : exemptions fiscales, aide financière au logement, etc. Ils abandonneront aussi leur ambition d’obtenir un jour l’autonomie gouvernementale. En contrepartie, ils réclament terres, argent et partage des ressources tirées de leur territoire traditionnel, qui s’étend sur 33 000 km2. Les négociations dureront des mois.


L’ART
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Nombre d’œuvres d’art créées par les autochtones de la Colombie-Britannique expressément pour les Jeux olympiques. Elles seront mises en valeur partout où se dérouleront les compétitions, de Vancouver à Whistler. Les quatre nations d’accueil (ainsi nommées parce que les Jeux se dérouleront sur leurs terres ancestrales) et le comité organisateur espèrent ainsi éveiller l’intérêt des quelque 350 000 touristes étrangers attendus.

Ce sont à des artistes de la nation kwakiutl (dans l’île de Vancouver), Tony et Henry Hunt, que l’on doit l’impressionnant totem du pavillon des Indiens du Canada, construit sur l’île Notre-Dame à l’occasion de l’Expo 67. Ce totem est toujours en place.

Né d’un père américain et d’une mère issue de la nation haïda (sur les îles de la Reine-Charlotte), Bill Reid est l’un des artistes autochtones les plus célèbres au pays. Sa sculpture The Spirit of Haida Gwaii trône devant l’ambassade du Canada à Washington.

La réputée peintre Emily Carr s’est largement inspirée des cultures autochtones de la Colombie-Britannique, notamment pour sa toile Totem Forest.


LES NÉGOCIATIONS
1993 Création de la Commission des traités de la Colombie-Britannique. Son mandat : faciliter, de façon impartiale, la négociation de traités entre les Premières Nations, la province et le Canada.
1 000 000 000 $ Coût estimé des négociations (honoraires, frais juridiques, arpentage, etc.) jusqu’à maintenant, selon les chefs autochtones de la province. La Commission des traités estime plutôt ce coût à 350 millions de dollars. 1 traité conclu et ratifié à ce jour sous la férule de la Commission des traités. 7 traités en voie d’être conclus. 52 traités à un stade moins avancé de négociation.