Pierre et la louve

Sous ses apparences de « retricotage » sans envergure, le dernier remaniement ministériel du gouvernement Charest annonce tout de même une nouvelle couleur de laine, qui transformera le paysage.

Éditorial de Carole Beaulieu : Pierre et la louve
Photo : Ryan Remiorz/PC

L’automne politique aura tout du baril de poudre, avec le dépôt attendu d’une première loi québécoise sur les hydrocarbures. Line Beauchamp ne doit pas regretter d’avoir troqué le ministère de l’Environnement contre celui de l’Éducation. L’ambitieuse poli­ticienne ne sera pas dans le champ de tir lorsque écologistes et partisans des hydrocarbures lanceront les hostilités.

La riche voix radiophonique du nouveau ministre de l’Envi­ronnement, Pierre Arcand, ne lui suffira pas à sortir indemne du débat qui s’engagera entre les amants d’un Québec vert et les tenants de l’exploitation des gaz de schiste et des forages pétroliers dans le golfe du Saint-Laurent.

Rien dans le parcours de ce gestionnaire des télécoms ne le prépare à devenir ministre de l’Environnement, si ce ne sont, comme on le disait à Québec la semaine dernière, « ses capacités de gestionnaire ». Au lendemain de sa nomination, le nouveau ministre a eu bien peu de mots pour camper sa vision de la protection de l’environnement. Et il a décliné l’offre de L’actualité de dire brièvement ce qu’il comptait accomplir.

Il faut voir dans la nomi­nation de Pierre Arcand la détermination du gouvernement Charest à jouer la carte écono­mique. Pierre Arcand n’est pas Thomas Mulcair, ce fougueux ministre qui, en 2006, a été évincé du Cabinet pour avoir défié Jean Charest au nom de la protection de l’environnement.

Homme d’affaires plutôt que d’idées, Pierre Arcand n’opposera pas la protection de l’environnement et la croissance économique. Il sera davantage un allié pour la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, qu’une véritable conscience écologique.

Les troupes de Normandeau ont été sur la brèche tout l’été pour préparer cet automne énergétique. Elles savent que la tâche ne sera pas facile.

En matière d’énergie, les Québécois sont un peu des enfants gâtés. Ils veulent tout. De l’énergie à bas prix. De beaux paysages. Et pas de sacrifices sur l’usage de leur voiture. Les rallier autour d’une politique des hydrocarbures ne sera pas facile. Et le ministre de l’Environnement ne risque pas d’avoir le beau rôle. Mieux vaut envoyer au casse-pipe un Pierre Arcand qu’une vedette comme Line Beauchamp.

Par ailleurs, on peut comprendre la décision de Jean Charest de maintenir Yves Bolduc au ministère de la Santé. Certes, l’homme a déçu. Mais on peut se demander lequel des députés actuels pourrait réalistement, dans le temps qui reste à ce gouvernement, transformer la santé en une carte gagnante pour les libéraux…

D’un point de vue politique, il y a peu de gain à faire en sacrifiant à ce ministère infernal une des rares vedettes du gouvernement. En matière de santé, les besoins sont infinis et les ressources rares.

Yves Bolduc a beau être un piètre communicateur et un politicien sans grand talent, il connaît tous les travers de la bête qu’il tente de dompter. Elle l’a déjà mordu à plu­sieurs reprises. Et il s’en méfie désormais.

La vraie bataille de la santé – du moins, celle de son financement – se jouera peut-être d’ailleurs dans un autre bureau que celui d’Yves Bolduc. La menace d’Ottawa de réduire d’ici 2014 les transferts fédéraux mobilisera bien d’autres ministres, ceux des Finances et des Relations intergou­vernementales notamment, dans la lutte pour le financement du réseau public. Et la jeune ministre déléguée Dominique Vien pourrait apporter une énergie nou­velle dans le désolant dossier des soins à domicile pour les aînés en perte d’autonomie, qui ne peuvent trouver refuge dans des CHSLD désormais encombrés.

Ce remaniement aux allures de « tricotage » est révélateur. Jean Charest n’attend pas grand-chose de la santé comme thème politique d’une future campagne. La santé ne sera pas une carte politique gagnante, peu importe l’argent qu’il y engouffre ou les réformes qu’il y tente.

L’économie, elle, le sera. Le faible taux de chômage des Québécois par comparaison à leurs voisins est un atout, même si le gouvernement ne peut s’en attribuer tout le mérite. Le temps des élections venu, celui-ci pourra plaider qu’il a mis sa prio­rité au bon endroit : développer l’économie du Québec pour qu’on puisse se payer ensuite de meilleurs services publics.

Et si l’économie est un bon cheval sur lequel parier, l’énergie, elle, est un fichu bon moteur économique…

 

ET ENCORE

Avant de pouvoir déposer son projet de loi sur les hydrocarbures, la ministre Normandeau doit mener à bon port celui sur les mines (no 79). L’Assemblée nationale reprend ses travaux le 23 septembre.

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