Polyamoureux et heureux

Aimer une seule personne à la fois ? Ils ne le peuvent pas. Rencontre avec des «polyamoureux» heureux.

Photo : iStock

Pour être heureux en amour, faut-il se contenter d’être deux ? Non, répondent les polyamoureux. S’il n’est pas toujours vécu au grand jour, ce style de vie est plus répandu qu’on le croit. Créée en 2009, l’Association québécoise des polyamoureux rassemble quelque 400 membres dans son forum. Témoignages.

 

Gilles Levasseur, 61 ans, rédacteur professionnel

Marié depuis 1981 avec Marie Couture, qui est aussi la conjointe de Denis. Le trio vit sous le même toit depuis 1997.

Comment avez-vous réagi quand Marie vous a confié qu’elle aimait un autre homme ?

Quand elle m’en a parlé, rien ne s’était passé entre eux. Marie m’a assuré qu’elle m’aimait toujours et n’avait pas l’intention de me laisser. Si j’avais eu la moindre opposition, elle n’aurait pas concrétisé cette relation. Mais j’ai tout de suite compris que c’était très sérieux.

Des millions de gens dans le monde aiment plus d’une personne à la fois, mais se font violence pour obéir aux diktats du couple à deux. Trop de vies sont ainsi détruites par des amours jugées impossibles. Nous, on a rendu ça possible. C’est l’amour que j’ai pour Marie qui l’a emporté.

N’avez-vous pas ressenti de la jalousie ?

Jamais. Marie et moi sommes ensemble pour la vie : c’est fixé une fois pour toutes. Mais quand elle et Denis ont commencé à faire l’amour ensemble, par respect, je leur ai laissé leur bulle. Je suis partisan de l’exclusivité sexuelle. Marie et moi nous aimons toujours autant : on peut aimer d’amour sans avoir d’intimité. J’ai moi-même une autre femme dans ma vie. Mes deux relations font de moi un être plus complet. Quant à Denis, c’est pour moi un grand ami, même si nous sommes très différents. Si Marie mourait demain, il resterait ici, c’est sûr !

Dormez-vous tous les trois ensemble ?

Ça ne nous a jamais effleuré l’esprit ! Nous avons trois chambres séparées.

Vous chicanez-vous, parfois ?

Jamais sur le fond. Lorsque nous sommes tous les trois et qu’il y a un conflit entre deux d’entre nous, l’autre devient automatiquement médiateur.

 

Marie Couture, 58 ans, serveuse, Québec

Comment vous êtes-vous sentie lorsque vous avez pris conscience que vous aimiez un autre homme ?

Je n’ai pas compris ce qui m’arrivait, car Gilles et moi étions amoureux et n’avions aucun problème de couple. Avant d’entamer une relation avec Denis, j’ai tenu à lui en parler. Gilles ne s’est pas senti menacé, parce qu’il savait qu’il aurait toujours sa place dans mon cœur. Voyant combien j’étais malheureuse, c’est même lui qui m’a poussée à entamer une relation avec Denis.

Il n’y a jamais eu de jalousie dans votre trio ?

Aucun de nous trois ne connaît ce sentiment-là. Heureusement, car ça semble très douloureux !

C’est votre secret, cette absence de jalousie ?

Le secret, c’est que chacun garde sa personnalité et que nous nous respectons les uns les autres. Bien sûr, Gilles et Denis ont leurs défauts, mais leurs qualités sont tellement plus grandes que j’ai fini par les oublier !

Quelle a été la réaction de vos proches ?

Certains ont eu du mal à accepter la situation, mais notre décision de rester ensemble était prise. Nous ne voulons choquer personne ni conseiller à qui que ce soit de faire comme nous. On a géré notre affaire à notre façon sans prétendre être un exemple !

Éric Côté, 42 ans, formateur informatique, Québec et Montréal

Vit depuis cinq ans avec Valérie, 39 ans, à Québec, et est en relation depuis deux ans avec Sylvie, 51 ans, à Montréal.

Avez-vous toujours été polyamoureux ?

J’ai eu plusieurs relations monogames… et autant d’échecs. J’étais très préoccupé, me demandant si c’était moi qui étais anormal ou plutôt l’idée du couple que je me faisais. J’ai fait des recherches sur le sujet et quand j’ai entendu parler du polyamour, je me suis enfin reconnu ! Mais ce n’est pas pour tout le monde : beaucoup de gens ont du mal à gérer leur jalousie. Moi, je suis chanceux : je n’ai jamais été possessif.

Le polyamour vous rend-il heureux ?

Alors que la monogamie me mettait beaucoup de pression pour trouver la personne idéale, qui répondrait à tous mes besoins, je peux désormais aller chercher différentes choses chez différentes personnes. Mes relations multiples me permettent de m’épanouir à divers niveaux. Mais c’est clair que ma vie n’est pas simplifiée pour autant. Le temps n’est pas élastique ! En général, j’ai seulement deux, parfois trois, relations à la fois.

Vous ne vous sentez jamais écartelé ?

Jamais. J’aime chacune de mes conjointes et j’essaie d’être équitable. J’ai des amis monogames qui se compliquent la vie beaucoup plus que moi avec toutes les acrobaties qu’ils doivent faire pour cacher leurs infidélités !

 

Valérie, 36 ans, Québec

Vit avec Éric Côté depuis six ans.

Vivre dans une relation polyamoureuse sans être polyamoureuse vous-même, ça ne doit pas être facile tous les jours…

Le plus difficile, c’est l’obligation de tout planifier un ou deux mois à l’avance ! Éric travaille surtout à Québec et passe ses semaines avec moi, mais il partage ses fins de semaine entre Québec et Montréal. Toutes sont organisées à l’avance et il n’y a presque plus de place pour l’imprévu. Par contre, l’avantage, c’est que je suis souvent libre : lorsque Éric n’est pas là, je passe du bon temps avec mes amies.

Vous croyez au polyamour, alors ?

Éric est un grand amoureux et il est content d’avoir autant d’attention et d’amour de plusieurs personnes. Mais peu de femmes supportent longtemps de jouer les seconds violons. Moi, j’en serais incapable. Éric et moi partageons notre quotidien, nous avons investi dans un condo ensemble. Même si elles assurent le contraire au début, les filles qu’il rencontre finissent souvent par demander les mêmes conditions que moi, et ça devient alors problématique. Je ne sais pas si c’est ce qui va se passer avec Sylvie : l’avenir nous le dira !

Sylvie, 51 ans

Conjointe d’Éric Côté depuis deux ans.

Le polyamour est-il plus difficile à vivre pour une femme ?

Beaucoup de femmes qui vivent seules, comme moi, aiment plusieurs hommes simultanément. Mais les hommes n’acceptent pas toujours cette situation. Ils sont souvent très exclusifs ! Pour ma part, je suis toujours tombée amoureuse de plusieurs personnes à la fois.

Êtes-vous heureuse avec Éric ?

Au début, il y a eu des tiraillements et des négociations sur le temps qu’il passe avec Valérie et celui qu’il passe avec moi. Puis, j’ai décidé d’arrêter de m’en faire avec ça. Notre relation à temps partiel me convient parfaitement. Je suis bisexuelle et je souhaite pouvoir établir des relations avec plusieurs personnes.

 

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