Pourquoi les femmes vivent-elles plus longtemps que les hommes ?

Il n’en a pas toujours été ainsi ! L’écart entre l’espérance de vie des hommes et celle des femmes est un phénomène nouveau dans notre histoire. Que s’est-il passé ?

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C’est ainsi dans tous les pays du monde, riches ou pauvres, industrialisés ou en voie de développement : les hommes meurent plus tôt que les femmes. Au Canada, par exemple, les petites filles qui naissent aujourd’hui peuvent espérer vivre en moyenne jusqu’à 83 ans. L’espérance de vie masculine, elle, atteint à peine 79 ans. La chose est si bien établie qu’on pourrait croire qu’il en a toujours été ainsi, et qu’on ne peut rien y changer.

Or, des démographes et des gérontologues américains viennent de découvrir que la différence entre la longévité des femmes et celle des hommes est un phénomène relativement nouveau dans notre histoire. Et elle ne serait pas seulement le produit de la biologie.

Hiram Beltrán-Sánchez, de l’Université du Wisconsin à Madison, et ses collègues ont été étonnés de constater que « l’excès de mortalité masculine », comme on dit dans leur jargon, n’a émergé qu’à la fin du XIXe siècle.

Les chercheurs ont puisé dans une vaste base de données sur la mortalité des gens nés entre 1800 et 1935, dans 13 pays d’Europe et d’Amérique du Nord, Canada y compris. Ils ont étudié les personnes âgées de 40 à 90 ans et ont exclu les plus jeunes, pour minimiser l’effet des morts violentes, des guerres et des accidents et se concentrer plutôt sur les maladies chroniques. (Les données concernant les plus vieux étaient trop peu fiables pour être retenues.) Leurs résultats ont été publiés en juillet dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.

Première surprise : chez les gens nés avant 1840, les taux de mortalité masculine et féminine étaient à peu près identiques à tous les âges étudiés. À vrai dire, les deux sexes mouraient jeunes à cette époque où les antibiotiques n’existaient pas, où les mesures d’hygiène faisaient pitié, où l’accès à l’eau potable et à une alimentation saine était rare. Grâce aux progrès de la médecine et des conditions de vie, la longévité de l’ensemble de la population s’est considérablement améliorée dans les décennies suivantes. Mais ce sont les femmes qui en ont bénéficié davantage : à partir de 1880, leur taux de mortalité entre 40 et 90 ans a chuté 70 % plus vite que celui des hommes. Et la différence entre les sexes ne s’est jamais effacée depuis.

Le principal responsable de la vie écourtée des hommes, c’est le cœur. Quand les scientifiques ont recoupé leurs chiffres avec les données de l’Organisation mondiale de la santé sur les causes des décès, ils ont pu estimer la contribution des maladies cardiovasculaires à cette excessive mortalité masculine : plus de 40 %. Plus précisément, si on exclut les morts attribuables aux maladies cardiaques, l’écart de mortalité entre les hommes et les femmes diminue de plus de 40 % entre les âges de 55 et 80 ans pour les cohortes nées de 1880 à 1919.

Selon les chercheurs, ce n’est sûrement pas une coïncidence si ce fossé est apparu au moment où, dans le monde industrialisé, les hommes ont commencé à fumer en plus grand nombre.

C’est aussi l’époque où on s’est mis à manger plus de gras. Est-ce dire que les hommes en consomment davantage ou ne font pas assez d’activité physique pour l’éliminer ? Possible. Mais il se peut également que le gras qu’ils emmagasinent les mette plus à risque, à cause de la manière dont les tissus adipeux se répartissent dans leur corps. Les hommes et les femmes ne prennent pas du poids de la même façon, et l’excès de graisse pourrait être plus létal chez les premiers que chez les secondes. « Non seulement les hommes ont vécu de plus grands changements dans leur alimentation et leur dépense énergétique que les femmes, écrivent les auteurs de l’étude, mais ils étaient aussi plus vulnérables biologiquement à ces changements. »

Ce ne serait donc ni l’anatomie ni le style de vie des hommes qui, à eux seuls, expliqueraient pourquoi ils quittent ce monde plus vite que les femmes, mais une délicate combinaison des deux. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut agir sur l’un d’eux.

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1 commentaire
Les commentaires sont fermés.

Intéressante découverte. J’imagine que les gouvernements (par l’entremise du ministère de la santé) vont intervenir afin d,essayer d’aménuiser cette inégalité.

Un instant, c’est des hommes. Who cares les hommes.