Prédicateurs musulmans à Montréal : retour sur la controverse

Abdou Zirat, vice-prédisent aux communications du Congrès maghrébin au Québec - Photo : Valérian Mazataud
Abdou Zirat, vice-prédisent aux communications du Congrès maghrébin au Québec – Photo : Valérian Mazataud

Le Collectif 1ndépendance, organisateur d’une conférence controversée — et annulée — au Palais des congrès de Montréal, se présente comme une association de « jeunes musulmans montréalais issus de différents milieux, d’origines diverses, reconvertis à l’islam ou musulmans de naissance, vivant au Québec depuis de nombreuses années, nés ici ou ailleurs », qui cherchent à transmettre le « savoir islamique en français pour les francophones ».

L’invitation à cette conférence de quatre prédicateurs musulmans radicaux ayant déjà tenu des propos discriminatoires à l’égard des femmes et des homosexuels a semé l’inquiétude au sein même de la communauté musulmane québécoise. Abdou Zirat, vice-président aux communications du Congrès maghrébin au Québec, fait le point.

Que savez-vous des membres du Collectif 1ndépendance ?

Ce sont, pour la plupart, des jeunes de 25, 30 ans, nés au Québec. Des étudiants qui allaient dans les boîtes et tout ça, mais qui, pour une raison ou pour une autre, ont penché du côté religieux, spirituel, pour petit à petit aller vers la radicalisation.

Les activités de ce collectif vous inquiètent-elles ?

Je me pose des questions. Pourquoi avoir invité ces prédicateurs ? Si c’est pour enseigner les principes de l’islam, il y en a plein ici qui sont qualifiés pour le faire. Qui finance cette association ? Des gens de l’Arabie saoudite, du Qatar, les Frères musulmans, le mouvement salafiste ? La communauté musulmane québécoise fait l’objet d’une certaine concurrence. Différents courants islamiques essaient de faire leur place au sein de cette population. Il faut vraiment éviter que la communauté ne se radicalise. J’ai confiance en elle : ce sont des gens modérés, prêts à s’intégrer. Mais il ne faut pas minimiser les courants religieux qui travaillent. Je pense qu’une machine est en marche…

Il se peut que l’idée de départ soit noble et issue de bonnes intentions, c’est-à-dire le désir de simplement pratiquer leur religion correctement. Mais ces jeunes peuvent être exploités par des mouvements aux tendances plus extrémistes ; se faire dire, par exemple : « On s’occupe de tout, ramenez du monde et ne vous inquiétez pas pour le reste. »

Avez-vous des preuves tangibles de ce que vous affirmez ?

C’est ma déduction personnelle, basée sur beaucoup de lectures et de recoupements de sources différentes. J’aurais aimé ne pas arriver à ces conclusions, mais c’est ma crainte. Ce ne sont pas des faits vérifiés, mais le fait qu’ils communiquent peu, qu’ils ne se montrent à peu près pas, qu’ils ne dévoilent pas leurs objectifs ou l’identité des organisateurs alimente ce flou inquiétant.

Comment expliquer que de jeunes immigrants de deuxième génération soient tentés par la radicalisation ?

Il est possible qu’ils se sentent rejetés par la société québécoise, ou incompris. On connaît le taux de chômage élevé chez les nouveaux arrivants d’origine maghrébine, par exemple. Pourquoi cette méfiance des employeurs ? Est-ce à cause des attentats du 11 septembre ? Des médias ? Des débats comme celui autour de la Charte des valeurs québécoises ? C’est peut-être le cumul de toutes ces frustrations qui fait qu’à un certain moment les jeunes vont à la mosquée. Et il y a des gens qui n’attendent que ça pour les attirer.

Vous aviez organisé une manifestation des « Québécois musulmans contre les intégrismes et l’islamophobie », qui devait se tenir en marge de la conférence. Pourquoi ?

J’ai toujours regretté qu’on mette tous les musulmans dans le même panier. Cette conférence, ça ne me disait rien du tout, à moi. Mais bien des gens ne font pas la différence : pour eux, cette conférence représente tous les musulmans. Je voulais montrer que ce collectif n’a pas le monopole de parler au nom des musulmans.