Quand la greffe de l’indignation ne prend pas

Les raisons pour lesquelles une nouvelle devient un sujet de débat national sont parfois mystérieuses. 

Paul Ducharme / montage : L’actualité

Olivier Niquet a étudié en urbanisme avant de devenir animateur à la radio de Radio-Canada en 2009 dans les émissions Le Sportnographe et La soirée est (encore) jeune. Il est aussi chroniqueur, auteur, conférencier, scénariste et toutes sortes d’autres choses. Il s’intéresse particulièrement aux médias mais se définit comme un expert en polyvalence.

Qu’est-ce qui fait qu’une question morale devient un sujet d’actualité ? Il est parfois difficile de comprendre pourquoi une nouvelle en vient à susciter une réaction à grande échelle. 

Je pense au National Post qui annonçait il y a deux semaines que, d’ici quelques années, il serait sans doute possible de procéder à la transplantation d’un utérus dans le corps d’une personne transgenre.

C’est que la revue scientifique Fertility and Sterility (que je lis tous les jours en mangeant mes toasts au beurre de pinottes) a publié l’article d’une équipe de chercheurs de Cleveland qui a réussi à transplanter l’utérus d’une donneuse décédée chez une femme, et qui croit qu’il serait aussi envisageable de le faire chez une personne née homme.

Je ne m’étendrai pas sur les tenants et aboutissants éthiques de la chose. C’est le genre de sujet à propos duquel je n’ai pas d’opinion. Ça m’arrive souvent de ne pas avoir d’opinion. L’autre jour, je suis allé au dépanneur et je suis resté indifférent devant deux choix de tablettes de chocolat.

Par contre, j’aime toujours observer comment un phénomène médiatique se construit. Dans un monde où il faut constamment s’indigner de quelque chose pour se sentir vivant, meubler du temps d’antenne et attirer l’attention, cette histoire me semble avoir du potentiel.

J’ai cru un instant que la nouvelle, bien qu’elle ne tienne pas à grand-chose en vertu de sa nature très hypothétique, allait se répandre. Mais même sur les réseaux sociaux, personne de particulièrement influent n’en a parlé. Il y a bien un quidam qui a cité Frankenstein, mais je n’ai rien trouvé de vraiment spectaculaire.

Deux animateurs de radio du Québec y ont toutefois consacré quelques segments de leurs émissions. Le premier s’est époumoné à dénoncer d’avance ceux qui allaient le qualifier de transphobe parce qu’il juge qu’on va trop loin avec cette affaire. De la victimisation préventive. Le second a dénoncé les journalistes et les médias « militants » qui mettent ce genre d’histoire en avant pour normaliser le phénomène. Selon lui, on va trop loin avec ce type de greffe qui lui rappelle les expérimentations des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale (rien de moins).

Dans les deux cas, ces hommes assuraient n’avoir aucun problème avec les changements de sexe, mais estimaient qu’une ligne avait été franchie ici. Les hormones, les prothèses mammaires, l’ablation des organes génitaux, aucun problème avec ça. La greffe d’utérus, par contre, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Pourquoi leur vase n’est-il pas plus volumineux ? Ça reste un mystère, puisqu’ils n’avaient rien d’autre à offrir que des arguments du type « ç’a pas d’allure ». S’ils s’étaient forcés un peu, s’ils n’étaient pas pris à déclamer leurs idées en même temps qu’ils les forgent, ils auraient sans doute pu trouver des raisons valables d’être contre.

Après quelques jours, les seuls journalistes ou médias « militants » qui avaient repris la nouvelle étaient des médias conservateurs. Nous avons donc affaire ici à des polémistes qui se présentent en victimes du politiquement correct et des médias progressistes bien que personne ne les ait traités de transphobes et qu’aucun média progressiste n’ait parlé de la nouvelle. 

Ça fait penser à ces scènes dans les films d’action où des malfaiteurs tirent dans leur propre jambe pour faire croire à la police qu’ils font partie des victimes. « Les bandits m’ont tiré dessus et sont partis par là, appelez l’ambulance ! » Dans le cas de la greffe d’utérus, l’ambulance n’est toujours pas arrivée. Reste à savoir si les auditeurs ont relevé la supercherie ou s’ils croient eux aussi qu’on ne peut plus rien dire. 

Ces débats médiatiques ont pourtant une influence. On voit de plus en plus aux États-Unis (qui sont passés maîtres dans l’art de faire du chemin [en 4 x 4] sur de telles questions) des gouvernements légiférer pour répondre à l’irritation des citoyens devant ces changements sociaux. La semaine dernière, le Tennessee a passé une loi pour interdire les spectacles de drag queens devant les enfants. Plusieurs autres États veulent emboîter le pas ou l’ont déjà fait. 

Pour une histoire de greffe d’utérus qui ne prend pas, de nombreux scandales virtuels finissent par faire la une et modulent l’opinion publique. Des chroniqueurs se succèdent pour donner leur avis offusqué sur le sujet du jour, en attendant la prochaine drag queen qui se produira devant des enfants au Wisconsin, le prochain musée à offrir des toilettes non genrées en Écosse, ou la prochaine annulation du spectacle d’un rappeur misogyne en Papouasie. Un autre effet de la mondialisation, je suppose.

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« La saveur du jour » pour les chroniqueurs qui se succèdent pour donner leur avis offusqué est « l’intersectionnalité ».,, après les femmes voilées, le mot en « N », la discrimination positive, les drag queen, les wokes, etc. Et tous ces sujets révèlent un penchant idéologique allergique à la diversité .. ils s’activent à invalider les revendications légitimes des minorités pour imposer leur propre vision fondé sur un idéal judéo chrétien.. les minorités de la diversité culturelle, doivent demeurer ce qu’elles sont pour eux, c’est-à-dire, des citoyens de seconde zone.

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L’ideal judée chrétien a la dos large. Le gros bon sens est utile. On assiste à toues sortes de dérives mentales au nom de la diversité. La misère des sociétés riches. Et tout ne s’achète pas.

À savoir pourquoi une question morale fait lever le gâteau du buzz internet, on parle d’avoir l’attention médiatique 12 heures, et bien mon cher Olivier, c’est que tout ce vaut aujourd’hui. De la conception d’un utérus chez ielle, de la ménopause de Véro qui passionne les foules ou encore des menaces directes à survie de l’espèce humaine, tout ces trucs là se vaut. C’est tu pas bo l’égalité hein?
Pourquoi devrai-je m’attarder à m’efforcer de comprendre les tenants et aboutissant de la carbo neutralité alors que Véro à fucking chaud lorsqu’elle dors? Allô.
Non, la vie est trop courte pour demander à mon cerveau d’utiliser du glucose pour réfléchir. Wach! du glucose. C’est tellement en contradiction avec mon régime Keto.
Bref, vivez votre vie. N’écoutez surtout pas les gens qui ont plus de sept années d’étude post secondaire. Sté, genre gros max Gérald Fillion. D’aileurs, je vous recommande le très glorieux Pod Cast à RC, Sexe Oral # 105 ayant comme titre » Les questrions gênantes à poser à un pharmacien ».
Une mine d’or.
Vous y apprendrez toutes les conséquences sociétales de l’échec du réseau de l’éducation. Que ce soit l’ignorance de comment laver son minou à 25 ans chez nos charmantes animatrices ou encore l’incapacité de constituer une phrase avec un sujet, un verbe et un complément.
Pourquoi certaines nouvelles font le buzz?
Che pas bro.

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