Quand tes parents te sauvent la vie

Si tu veux faire capoter une mère de famille, tu lui dis : « Madame, vous avez besoin de repos ». On le trouve où, ce repos ? Parfois chez ses parents.

Photo : L'actualité

Je suis partie me réfugier chez mes parents. J’ai littéralement demandé asile. Presque sur un cheval en défonçant une porte d’église. Élever des enfants ne se fait pas sans un village et ce virus nous prive de notre village. Je me suis rendue au bout de mon radeau. Avec mes petits sur mes billots de bois qui flottent, une voile déchirée et un petit bateau qui partait à la dérive. J’ai dû être sauvée par mon frère, ma sœur et mon mari.

C’est eux qui ont dû tirer la sonnette d’alarme. Qui ont dû m’ouvrir les yeux : « Léa, ce que tu vis, c’est juste trop. Tu ne peux pas passer tes journées dans un petit appartement au cœur de l’épicentre avec trois enfants d’âge primaire, pas d’école, un mari qui part au front à l’hôpital tous les jours, ton travail et l’école à leur faire faire. Ce n’est pas toi qui n’es pas capable, c’est cette situation qui ne se peut pas. »

Je déteste l’entendre, ce fantôme qui rôde et qui n’est pas rare (peut-être encore plus présent chez les femmes). J’ai besoin de me dire que je suis « assez » et mon fantôme aime me crier dans les oreilles que je ne le suis pas. Quand je porte mon petit monde à bout de bras, je ne veux pas flancher. Alors je force, je force, je force, je fais tout ce que je peux… Puis un jour, je flanche. Généralement, c’est ma santé physique qui prend le bord en premier. Ça a été le cas cette fois encore. Mon corps me dit simplement : « Regarde la grande, si tu ne veux pas te reposer, on va t’obliger à te coucher de force ». Patatras. La santé prend le bord.

Si tu veux faire capoter une mère de famille, tu lui dis : « Madame, vous avez besoin de repos ». Y’a rien que je trouve plus angoissant que de me faire dire ça. Mais je le trouve où le repos ? À part dans un cercueil ? Je le trouve où quand la vie est aussi exigeante et mes enfants se lèvent le matin avec l’énergie de trois lapins de pub de piles et des demandes à n’en plus finir et de simples besoins qui requièrent tout de même une attention ? Genre, les faire manger. Où je me repose ? Je ne sais pas me reposer.

« T’as besoin d’aide. » Ah ! Merde ! Voilà, c’est ça en fait, j’ai besoin d’aide. On ne peut pas élever un enfant seul. Encore moins trois. Alors je suis partie. J’ai pris toutes les précautions que je pouvais prendre. J’ai appelé le 811, j’ai parlé à une infirmière qui avait une voix encore plus rassurante que Grand-Mère dans Passe-Partout, j’ai expliqué toute ma situation, tous mes antécédents mentaux, les antécédents médicaux de mes parents, tous les défis que nous vivions, elle m’a mis en attente deux minutes et elle est revenue avec un plan de match. Elle a dit, allez-y. Allez chez vos parents… Mais sans votre mari.

Oui voilà, c’est là que cette pandémie nous emmerde… Comme dit le premier ministre, « la balance des inconvénients ». Avant, tu cherchais des solutions pour ta vie et il y avait toujours la possibilité d’aller vers un scénario idéal. Là, notre idéal est sous la merde. T’as toujours le choix entre « avoir peur de donner un virus à tes parents, mais recevoir de l’aide pour élever tes enfants » ou « voir ton mari ». Alors on change le mal de place. Ce n’est pas parfait, mais on doit le faire. Pour survivre, il faut changer le mal de place.

Demandez de l’aide, cherchez comme vous pouvez des ressources. Faites-le avant que ça soit dangereux.

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