Que faire avec les écoles illégales ?

Deux adultes ayant grandi dans une communauté juive ultraorthodoxe estiment que l’État aurait dû les protéger contre l’éducation obs­curantiste qui les condamne aujourd’hui au chômage.

La récente descente de la DPJ dans une école sans permis de Montréal rappelle qu'au Québec c'est à la DPJ qu'incombe le devoir de s'assurer du bon développement de tous les enfants. (Photo: Annik MH de Carufel)
La récente descente de la DPJ dans une école sans permis de Montréal rappelle qu’au Québec c’est à la DPJ qu’incombe le devoir de s’assurer du bon développement de tous les enfants. (Photo: Annik MH de Carufel)

On ne choisit pas ses parents. Si leurs croyances religieuses vous confinent à une école où on n’enseigne rien du monde moderne, pas même la langue de votre pays, qui sera à blâmer pour votre incapacité, une fois adulte, de gagner votre vie hors de votre communauté ? Vos parents ? L’État ?

Délicate question que celle-là, que doivent affronter bien des démocraties soucieuses d’équilibrer le droit à l’éducation et le respect des libertés religieuses. Et sur laquelle un tribunal québécois devra bientôt se pencher.

Un couple ayant grandi dans la communauté juive ultraorthodoxe de Boisbriand, instruit dans des écoles talmudiques, demande en effet à la Cour supérieure du Québec de reconnaître que l’État a failli à ses devoirs envers lui. Ces jeunes adultes, parents à leur tour, estiment que l’État aurait dû les protéger contre l’éducation obs­curantiste qui les condamne aujourd’hui au chômage.

Le droit international, tout comme le droit québécois, affirme que c’est aux parents qu’incombe la responsabilité première de choisir le type d’éducation qu’ils souhaitent donner à leurs enfants.

Pour assurer le bien commun, des États ont toutefois balisé ce droit. Le Québec, par exemple, exige que l’instruction — à la maison, dans une école privée ou publique — couvre un «minimum» défini par le ministère de l’Éducation, au chapitre des langues et des mathématiques, notamment.

Mais que faire lorsque des écoles, année après année, refusent d’enseigner ce minimum ? Leur retirer leur permis ? Une fois qu’elles sont devenues illégales, souvent clandestines, que faire de plus ? Envoyer la police cueillir des centaines d’enfants et les héberger dans des centres d’accueil ou d’autres familles ? Les inscrire de force là où ils apprendront ce que l’État juge bon pour eux ?

On se rapproche vite de la vision qui, au siècle dernier, a incité d’autres croyants à retirer des milliers d’enfants autochtones de leurs familles pour leur donner l’éducation permettant d’accéder à la civilisation moderne. On sait où ce discours nous a menés.

Les parents des enfants qui, aujourd’hui, ne reçoivent pas l’enseignement minimal fixé par Québec sont convaincus de leur assurer ce qu’ils estiment être une bonne vie. Ils les aiment ! Si le développement physique et psychologique des enfants n’est pas compromis, s’ils ne sont pas maltraités, la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) ne peut intervenir. Mais la question du bien commun demeure.

Des modèles existent ailleurs, dont le Québec devrait pouvoir s’inspirer. En Pennsylvanie, par exemple, l’État a négocié un programme éducatif avec les amish, une communauté anabaptiste dont les écoles préparent les enfants à mener une vie simple, exclusivement agraire et rejetant les technologies modernes. Le programme scolaire inclut des éléments permettant «de négocier avec le monde extérieur». Il comprend donc l’anglais, pas seulement l’allemand, langue des amish, dont les premières communautés sont apparues en Suisse au XVIIe siècle. Pour les parents amish, une «bonne vie» se mène sous le regard de Dieu, loin des tentations du monde, en suivant les directives de l’Église.

Alors que des milliers d’écoliers québécois se préparent à voguer vers le long congé estival, bien des petits hassidim resteront sur les bancs d’école pour mémoriser la Torah. Reste au Québec à bâtir les passerelles qui leur permettront de négocier avec le monde moderne une fois devenus grands. Ou de s’y joindre si c’est ce qu’ils souhaitent.

Les commentaires sont fermés.

Est-ce que vous voulez dire que les juifs hassidiques vivent dans un tel état d’ignorance qu’ils ne comprendraient rien à la modernité ?

C’est étonnant tout de même qu’il y ait des problèmes au Québec et pas de problèmes majeurs dans le reste du Canada. Pas aux États-Unis. Pas en France qui pourtant a des règles universelles en matière d’éducation. Pas plus qu’il n’y en a en Belgique ou en Hollande, pays bien connus pour leur libéralisme et leur tolérance. Pour ne faire mention que de ceux-là.

Ce peut-il qu’au Québec, on maudisse toujours les juifs, que cela soit la partie héritée d’une rigide culture chrétienne dans laquelle sont encore confinés bien des citoyennes et des citoyens, y compris celles et ceux qui ne croient plus en rien, mais qui par leurs préjugés, leur langage et leur manière de se comporter poursuivent sans même se poser de questions, l’œuvre de leurs parents ?

Le nomadisme est inscrit dans la tradition des juifs. S’il doit apparoir qu’ils n’ont plus leur place quelque part, c’est tout simple. Ils partiront ! En quelques cents ans, les descendants de mes ancêtres juifs (j’ai aussi des ancêtres catholiques, orthodoxes, protestants soit-dit en passant et aussi des musulmans parmi la nouvelle génération), beaucoup de ceux qui ont survécu aux pogroms, puis à l’holocauste, se sont répartis dans plusieurs pays sur cinq continents.

L’histoire nous enseigne que pour un juif qui part, ce sont au moins mille musulmans qui tôt ou tard prennent sa place. Dans cent ans au Québec, il ne devrait plus y avoir beaucoup de juifs. Et je suis prêt à gager que ce qui prévaudra ce sera d’abord la charia.

Il faut donc conclure que le futur du Québec, son avenir, sa modernité soient dans une application plus stricte des lois de l’islam. — Voilà en cette période de ramadan ce qui constitue un merveilleux choix !

À noter que les amish parlent une forme dialectique germanique, pas l’allemand moderne actuel. Le yiddish est aussi une langue parlée par les juifs qui est tout comme les amish un dialecte d’origine germanique. Les amish ne rejettent pas toute forme de modernité mais choisissent de garder vivantes leurs traditions. En passant, les amish d’Amérique venaient plutôt d’Alsace-Lorraine, région vers laquelle ils avaient initialement immigré. Les amish basés en Alsace sont majoritairement issus d’un schisme au sein des églises anabaptistes situées dans l’Oberland bernois et la vallée de l’Emmenthal auxquelles ils étaient associés selon Wikipédia.

Les hassidiques font exactement la même chose que les amish. Ils luttent pour la préservation de leurs traditions, comme d’autres minorités visibles. Ce que revendiquent aussi les descendants des tribus natives du Canada. Où est le problème ? Penser que les juifs rejettent la modernité est une triste vision de l’esprit. Toutes les civilisations sont transitoires. Les humains s’y adaptent de diverses façons.

Le grand problème de la modernité, c’est qu’elle a un prix, qu’elle coûte de plus en plus chère et que lorsque vous n’avez pas d’argent. Vous ne pouvez plus suivre. C’est un peu comme la course à l’armement. C’est pour cette raison que la plupart des gens se nourrissent d’illusions. Les drogues qu’elles soient légales, qu’elles le deviennent ou bien pas, elles servent à nourrir et à tuer ce rêve simultanément à la perfection.

Est-ce que bien des enfants qui sortent de nos écoles publiques, qui arrivent pour les plus favorisés aux portes des universités en sachant quelquefois à peine lire et écrire, sont-ils des membres de la société plus avancés que les autres pour faire face dans le bien, l’ordre et le droit à toutes les vicissitudes de la vie ?

Finalement, ce sont les juifs hassidiques eux-mêmes qui trouvent désormais que c’est un « non-sens » qu’ils soient déclarés « hors la loi », lorsque le fondement même de la torah, c’est : l’instruction. Ce sont parmi les juifs qu’on trouve d’ailleurs un des plus hauts niveaux d’instruction. Je n’ai pas remarqué qu’à âge égal les enfants hassidiques soient plus sots que les autres. L’essentiel n’est-il pas dans cette période éphémère et si importante dans le développement de l’homme qu’est l’enfance, n’est-il pas fondamental qu’ils vivent et qu’ils soient heureux ?

Les parents n’ont-ils pas pour devoir de protéger leurs enfants ?

Si nous choisissions d’être plus indulgents les uns envers les autres, de nous apprécier tels que nous sommes et non pas par le filtre d’un « pattern » auquel « l’autre » devrait obligatoirement ressembler…. Je songe que nous trouverions aisément beaucoup de solutions pour à peu près tout en un rien de temps.

Petit point de vocabulaire: l’allemand des Amish est une forme dialectale, pas dialectique. Points nettement plus importants: 1) qui vous dit que le problème de la compatibilité entre une école ou une éducation fortement polarisantes sur des valeurs ou des éléments de vision du monde très particularistes ne se pose ni aux Etats-Unis ni en France? La question est actuellement posée en France. Il est vrai que numériquement, les enfants ou jeunes concernés sont bien moins nombreux que ceux dont on peut dire, en France en tout cas, qu’ils sont bel et bien inscrits dans l’enseignement public, mais que celui-ci, à deux vitesses comme on dit, les enferme dans des perspectives bien plus étroites socialement qu’il ne le devrait (une école globalement inégalitaire, c’est beaucoup plus injuste que des petites écoles sectaires mais extrêmement minoritaires). 2) Votre propos se veut une protestation contre la tendance à l’antisémitisme (dont je ne sais pas s’il est spécialement présent au Québec, habitant en France) mais vous tendez vers l’anti-islamisme! C’est bien embêtant, et ça affaiblit votre position…

@ Jean-Jacques,

Je m’efforce usuellement de m’exprimer autant que faire se peut dans une langue bien faite et bien construite. Pour ce qui est de la forme « dialectale » vous avez entièrement raison et j’aurais dû certainement ne pas commettre cette erreur. Il est vrai nonobstant que je suis plutôt de nature un dialecticien.

Pour répondre à vos deux points :
1— Je n’ai jamais dit qu’il ne puisse se trouver çà et là des problèmes ici ou là. J’ai dit qu’il n’y avait pas de « problèmes majeurs ». Évidemment au meilleur de mes connaissances. Nuances.

Ce que je comprends de vos propos, c’est que vous vous servez d’un cas unique au Canada ; celui d’une famille hassidique, qui a quitté la communauté et qui a choisi de se tourner vers les tribunaux pour faire d’un cas particulier : une généralité. Pour illustrer mon propos, permettez-moi de vous citer : « (…) ils sont bel et bien inscrits dans l’enseignement public, mais que celui-ci, à deux vitesses comme on dit, les enferme dans des perspectives bien plus étroites socialement qu’il ne le devrait (…) »

Personnellement, j’établis une légère distinction entre le « comme on dit » et ce qui relève des faits. D’autre part, la Loi sur l’éducation au Québec n’est pas un copié-collé de la loi française.

En quelques sortes, alors que la loi de la République Française devrait avoir réglée cette problématique depuis plus d’un siècle. Vous vous proposez de remettre « au goût du jour » un vieux débat qui remonte au milieu du 19ième siècle : celui de la « Question juive » soit l’incapacité qu’auraient tous les juifs de s’intégrer à l’occident. Ça a l’air que Marine (Le Pen) fait de plus en plus d’émules et de plus en plus d’adeptes du côté de chez vous !

Remarquez, ce débat se ranime en France régulièrement, surtout en période de crise identitaire et sociale comme actuellement. Ce pays (qui est encore le mien soit-dit en passant) n’a pas son pareil pour vomir une forme d’antisémitisme qui se coopte de générations en générations, tout comme la haine des bolchéviques, cristallisées d’ailleurs encore aujourd’hui par une forme de propagande éhontée contre les russes et Vladimir Poutine en particulier.

Fort heureusement, même si nous pouvons avoir quelquefois des divergences de vues entre concitoyens au Québec, nous avons la chance d’avoir sur toutes sortes de sujets un débat beaucoup plus serein.

2— Mes propos ne sont pas le moins du monde « protestataires », quand je voudrai protester, je m’efforcerai de chercher une autre tribune que celle de L’actualité. Comme « dialecticien » justement, j’essaye autant que faire se peut, de réveiller le débat et la réflexion. Le fait que vous m’accusiez d’anti-islamisme démontre que vous ne connaissez manifestement pas l’islam aussi bien que moi. L’islam n’est pas une religion monolithique. De plus comme c’est en passe de devenir la première religion du monde. Elle a des assises culturelles très diversifiées. S’il existe un islam des lumières fait d’amour, d’amitié, de respect et de tolérance. Il existe malheureusement un islam radical très différent qui n’a de cesse de gruger du terrain. Effectivement, je suis contre l’islam radical, fondé sur le crime, le mensonge, la violence, une interprétation corrompue des hadiths et du Coran, lequel ne peut conduire qu’à des formes perverties de la charia. Et met en péril la civilisation.

— En somme Jean-Jacques, devrions-nous interpréter par vos propos, que vous auriez déjà prêté allégeance à l’État Islamique ?

Finalement et pour conclure, je pense que vous êtes passé complètement à côté de la question de fond soulevée par mes commentaires. Cette question étant celle de la modernité. Mon sentiment sur cette question est que la forme sociétale occidentale ; donc l’image que nous avons de la « modernité » que cette vision est indirectement liée aux modèles de sociétés auxquels nous sommes soumis (ne serait-ce que par la publicité), autant de choses qui altèrent notre capacité de pouvoir embrasser pleinement et entièrement cette modernité, laquelle est essentiellement conditionnée par notre « pouvoir d’achat ».

Dites-moi ce que vous gagnez, où vous habitez, quel emploi vous exercez, si vous avez de l’argent d’avance, des crédits sur le dos ou bien pas…. Je pourrai vous dire de quoi se compose exactement votre modernité.

— Peut-être que pour sortir de cet état-là, devrions-nous toutes et tous lire la torah, faire de ce siècle un siècle de spiritualité au lieu d’un siècle dominé par les seuls aspects de la sécurité liés intrinsèquement à l’enrichissement systématique d’une petite minorité. Pour moi, une société moderne et évoluée, c’est une société d’abord se fonde sur l’équité.

La communauté juive ultraorthodoxe est presque une secte même en Israël. Ces individus se croient tout permis parce qu’ils sont juifs et ce qu détriment du bien être de leurs enfants. Ils sont considérés comme rétrograde partout sur la planète et devraient être mis au pas ou tout simplement quitter le Canada. Ils pourront crier à la discrimination autant qu’ils le veulent, au Canada, TOUS ces citoyens suivent la LOI et non les préceptes d’une soi-disant d’une religion tout comme ce groupuscule de musulmans qui invoquent constamment que tous leurs caprices proviennent du Coran. Ne rien faire équivaut à augmenter le nombre de profiteurs qui bénéficieront des avantages du Québec et Canada sans toutefois ne jamais rien payer.

Waouh ! Le lapin est finalement sorti du chapeau. Nous voyons désormais très clair dans votre jeu….

Illégales, vous le dites. On arrête les responsable devant la justice, on ferme les écoles, on informe les parents, une première fois, ensuite, c’est la DPJ.

Justice à deux vitesse. Une pour les pauvres et l’autre pour les riches.

Parlant de passerelles, comment justifier le fait que c’est à la Commission scolaire English Montreal (CSEM) que le ministère de l’Éducation du Québec a confié la tâche de superviser l’enseignement à la maison des matières dites profanes ?

Si la CSEM juge que l’enseignement donné par les parents est adéquat, va-t-elle pouvoir émettre aux enfants des diplômes en bonne et due forme ? Ces diplômes n’accorderont-ils pas à chacun de ces enfants, de même qu’à leur frères et à leurs sœurs, et à toute leur progéniture par la suite, le droit d’avoir accès à tout le réseau des écoles publiques anglophones ?

Or, seuls les enfants dont l’un des parents a reçu la plus grande partie de son éducation primaire en anglais au Canada ont le droit de fréquenter les écoles publiques anglophones. Si les parents n’ont rien connu d’autre dans leur jeunesse que les écoles hassidiques, ça ne peut leur conférer le droit de léguer à leurs enfants le droit de fréquenter les écoles anglophones.

Bref, s’agit-il ici d’une entourloupette qui permettra à l’ensemble des Juifs hassidiques d’intégrer légalement le système d’éducation anglophone ?

L’enseignement à la maison prodigué par des parents qui n’ont reçu dans leur jeunesse aucune éducation formelle en français, en mathématiques, en géographie, en histoire constitue-t-il une façon astucieuse de contourner la Loi 101 et de faire de chaque « école à la maison » une école passerelle ?