Que faire des frais de vie étudiante si les cours se tiennent en ligne ?

Même s’il n’y aura pas beaucoup d’action sur les campus cet automne, les étudiants universitaires devront quand même acquitter des frais de « vie étudiante ». Des associations fourbissent leurs armes pour exiger une réduction de la facture.

Payer pour des activités sportives qui n’auront pas lieu ? L’incongruité fait bondir Sarah Mazhero, coordinatrice des affaires académiques à l’Union étudiante de Concordia. Cette association, qui regroupe les 45 000 étudiants de l’université montréalaise, mène la charge pour faire suspendre les frais de « vie étudiante », qu’elle juge inutiles puisque la plupart des étudiants suivront un enseignement en ligne cet automne.

Le montant pour « activités sportives » (43,80 $ par trimestre) que facture l’Université Concordia n’est qu’un exemple des multiples frais afférents que les universités ajoutent aux droits de scolarité, fixés, eux, par Québec. Ces « frais institutionnels obligatoires », ou FIO dans le jargon, incluent par exemple les services de la clinique médicale, les services technologiques tels l’entretien et la modernisation du parc informatique, l’animation sportive, et l’adhésion à l’association étudiante. Mais chaque établissement y va comme il l’entend. Par exemple, l’Université de Sherbrooke impose des frais pour le libre accès au transport en commun de la municipalité ; l’UQAM, pour la radio étudiante. Ces frais obligatoires reliés à la vie étudiante totalisent un montant variant de 700 à 1 400 dollars par année, selon l’établissement. Ils s’ajoutent aux droits de scolarité, qui eux sont fixés à 2 544 dollars pour une année complète de 30 crédits universitaires (pour les étudiants québécois).

Avant d’exiger une réduction des frais afférents, l’Union étudiante de Concordia regarde ce que font les autres universités canadiennes, explique Sarah Mazhero. Ailleurs au Canada, certains établissements ont en effet annoncé des hausses de 5 à 7 % des droits de scolarité pour compenser la baisse anticipée des inscriptions et les coûts de la transition vers l’enseignement en ligne, indique-t-elle.

Au Québec, où les droits de scolarité demeurent gelés pour l’année 2020-2021, d’autres associations étudiantes envisagent d’emboîter le pas à Concordia en ce qui concerne les fameux FIO. L’Union étudiante du Québec, qui représente 38 % des étudiants universitaires québécois, envisage par exemple de demander la suspension des frais non utilisés, bien qu’elle n’avait pas encore tranché au moment d’écrire ces lignes. « Les étudiants auront accès aux services de la bibliothèque en ligne, mais pas aux équipements sportifs. Et ceux inscrits en droit ne devraient pas payer pour des simulations de débat qui n’auront pas lieu », dit la présidente, Jade Marcil.

À elle seule, la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants ne leur suffira pas nécessairement à joindre les deux bouts, dit Sarah Mazhero. « Il faut en faire plus pour les étudiants. Certains ne trouveront pas de boulot cet été ou ont été licenciés, alors imaginez qu’on leur demande de payer pour des services qui ne leur seront même pas offerts ! » En mai, une étudiante de l’Université Laval, Claudia Larose, a d’ailleurs déposé une demande d’action collective au nom des étudiants de 15 universités québécoises afin qu’ils puissent récupérer une partie des frais payés pour des services non rendus durant la session d’hiver, interrompue en raison de la pandémie.

La maison de sondage et d’études de marché Abacus Data estime que jusqu’à 30 % — mais plus probablement de 4 à 6 % — des étudiants pourraient renoncer à s’inscrire au cégep ou à l’université pour la rentrée de septembre. En cause : pertes de revenus, manque de soutien financier, doutes sur la qualité de l’apprentissage en ligne. Dans ce contexte, les universités pourront-elles se passer des FIO, qui représentent jusqu’à la moitié des contributions que perçoivent les universités auprès de leurs étudiants ? Sans compter le fait que les étudiants étrangers — qui paient des droits de scolarité majorés — risquent d’être moins nombreux qu’avant la pandémie.

Pour sa part, l’Université de Montréal compte maintenir les FIO au même niveau qu’au début de 2019. « Nous continuons d’offrir une bonne part de ces services sous une autre forme », explique la porte-parole Geneviève O’Meara. « Par exemple, la bibliothèque continue ses activités à distance et a déployé un système d’envoi postal pour le prêt de documents imprimés. La clinique de santé et de services psychologiques opère dans un contexte de télémédecine. Le centre sportif donne des cours de conditionnement physique en ligne. Et même si la cafétéria sera fermée à l’automne, on travaille à récupérer l’espace au profit de la vie étudiante », soutient-elle.

La porte-parole de l’Université de Montréal précise néanmoins que, pour la session d’été, l’institution remboursera certains frais pour des services non rendus, comme les colloques annulés. En ce qui concerne l’automne, « il est trop tôt encore pour se prononcer sur l’impact qu’aura la crise sanitaire sur les finances de l’Université de Montréal ainsi que sur les inscriptions », nuance-t-elle.

À l’Union étudiante du Québec, on redoute que les universités refilent, dans les FIO, la facture de l’équipement informatique supplémentaire requis par la transition vers l’enseignement en ligne. « On a un bon dialogue avec le ministre [de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge], dit Jade Marcil. Il est au courant de nos inquiétudes. » Ce que confirme son porte-parole, Francis Bouchard, qui ajoute que le ministère prépare le « plan de match en enseignement supérieur pour la prochaine année ».

Pour les associations étudiantes, l’été 2020 sera chaud.