Qui se cache derrière Covidences ?

Qui sont les producteurs derrière le film Covidences, dont la bande-annonce a été vue près de 260 000 fois sur le Web à la fin août ? Les administrateurs d’un groupe Facebook où se glissent des publications et commentaires troublants.

Crédit : L'actualité

Présenté comme un documentaire, Covidences qui sera dévoilé le 6 septembre dans une soirée organisée par le groupe Appel à la liberté, est en fait une enfilade de 12 témoignages sur les conséquences néfastes des mesures sanitaires. À commencer par celui de la comédienne Lucie Laurier, active sur les réseaux sociaux pour inciter les internautes à « faire leurs propres recherches ». Il ne s’agit pas d’un « documentaire scientifique en lien avec la médecine, mais d’un documentaire de témoignages », confirme un administrateur d’AAL à L’actualité

[Pour une liste des fausses informations véhiculées dans la bande-annonce de Covidences, cliquez ici.]

Appel à la liberté (AAL), c’est en réalité trois choses : une page Facebook publique, créée le 24 juillet dernier, à laquelle près de 4 000 personnes sont abonnées. C’est là que le film sera présenté. AAL a aussi un site Internet, mis en ligne à la fin mai, auquel est lié un groupe Facebook privé, qui compte plus de 10 000 membres.

Sur la page publique, les publications tournent autour des mêmes thèmes : dénonciation des mesures sanitaires imposées par le gouvernement, partage d’information sur des « dangers » du port du masque et promotion de manifestations antimasques. Surtout, les administrateurs réitèrent l’importance d’une action citoyenne pacifique.

Appels à l’exécution des dirigeants

Dans le groupe privé lié au site Internet, des propos racontent toutefois une autre histoire.

Comme ces nombreux appels à la pendaison du premier ministre québécois François Legault, du premier ministre canadien Justin Trudeau, du directeur national de santé publique Horacio Arruda, du géant de la technologie Bill Gates et du directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus.

« La pendaison pour cet assassin », écrivait un membre le vendredi 28 août sous sa propre publication demandant la démission de François Legault. Selon l’internaute, le premier ministre essaie d’instaurer une dictature au Québec. « La pendaison pour ce traître vendu à l’OMS », écrivait une membre sous une vidéo montrant François Legault demandant à la population de s’habituer aux mesures sanitaires.

Captures décran — Groupe Facebook privé dAppel à la liberté – Action citoyenne pacifique

Un des cofondateurs d’Appel à la liberté, Joël Hamel-Hogue, assure à L’actualité que l’équipe fait « tout son possible » pour modérer les messages « haineux et violents », mais que le nombre d’abonnés au groupe rend la tâche compliquée. « Nous (les 5 membres exécutifs) ne sommes pas responsables des mauvaises conduites de certains de nos followers. Nous faisons tout notre possible pour donner un prompt exemple à suivre. Libre aux gens de suivre notre direction ou non », a-t-il indiqué.

Une semaine après nos échanges, les commentaires mentionnés à Joël Hamel-Hogue étaient toujours visibles dans le groupe privé.

De nombreuses références à QAnon

Le groupe affiche aussi plusieurs références à QAnon, cette théorie du complot selon laquelle le gouvernement américain est contrôlé par des pédophiles sataniques. Les adeptes de cette théorie croient aussi que le président Donald Trump est en mission secrète pour éliminer ces ignobles dirigeants. Depuis 2019, QAnon est considérée par le FBI comme une menace à la sécurité nationale.

Des commentaires trouvés sur le groupe privé d’AAL citent des slogans de QAnon et contiennent plusieurs mots-clics liés à ce groupe, que L’actualité choisit de ne pas reproduire ici pour ne pas en amplifier la portée.

« Notre mouvement n’a aucun lien avec QAnon, se défend Joël Hamel-Hogue. Nous ne sommes pas intéressés par [les publications de QAnon], car ils ne changeront rien dans nos vies. […] Tant que les échanges ne sont pas violents, nos membres sont libres d’entretenir les discussions qui leur plaisent. »

Pourtant, à au moins deux reprises, Joël Hamel-Hogue a fait référence à un slogan de QAnon dans son groupe Facebook, WWG1WGA (Where we go one, we go all).

Capture d’écran

Un réseau tissé serré

« La crise du COVID, cette plandémie-là [sic], va créer des traumatismes qui vont être irréparables dans le développement de nos enfants », déclarait Frédéric Pitre, un autre des membres fondateurs d’Appel à la liberté, lors d’une table ronde diffusée sur Facebook récemment. Le terme « plandémie » fait référence à une théorie démentie à plusieurs reprises, tant par des autorités que par des vérificateurs de faits, selon laquelle la crise de la COVID-19 est planifiée, calculée, voire fausse.

De gauche à droite sur la première photo : Steeve Charland, Alexis Cossette-Trudel, Frédéric Pitre, Lucie Laurier et Richard Décarie. / Captures d’écran

À la gauche de Frédéric Pitre sur la photo tirée de la rencontre apparaissent des figures controversées du Web québécois, qui font aussi la promotion d’informations parallèles sur la pandémie. Steeve « L’Artiss » Charland, ancien leader du groupe de pression d’extrême droite La Meute, portait un t-shirt au slogan de QAnon pour l’occasion. Sur Facebook, il déclare régulièrement que le nombre de morts de la COVID-19 a été gonflé. Une idée maintes fois réfutée.

Alexis Cossette-Trudel, qui analyse souvent la théorie QAnon sur sa très populaire chaîne YouTube Radio-Québec, était aussi présent. Il a déjà déclaré que la pandémie était « préméditée ». Une autre théorie réfutée.

Richard Décarie, conservateur social qui partage régulièrement des publications antimasques sur les réseaux sociaux, et la comédienne Lucie Laurier, figure de proue du mouvement opposé aux mesures sanitaires imposées par le gouvernement, participaient aussi à cette conversation.

Steeve Charland et Alexis Cossette-Trudel sont respectivement suivis par 9 900 et 42 000 personnes sur Facebook. Ils sont les têtes d’affiche de discussions, de manifestations et d’événements reliés à la dénonciation des mesures sanitaires.

À leurs côtés apparaît souvent Daniel Pilon, dont la page Facebook est suivie par 50 000 personnes. Il véhicule lui aussi plusieurs fausses informations sur la COVID-19, dont la théorie infondée selon laquelle les pharmaceutiques empêchent le déploiement de l’hydroxychloroquine pour soigner le coronavirus, sous prétexte que le médicament ne leur rapporterait pas assez d’argent. En réalité, cet antipaludéen n’a pas prouvé son efficacité pour lutter contre la COVID-19, ont démontré des études. 

Depuis le début de la crise sanitaire, les quatre hommes multiplient les apparitions publiques, notamment aux manifestations antimasques des dernières semaines.

 

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