Quel avenir pour les universités?

Du financement à la démocratie étudiante, des contrats de performance à la multiplication des programmes, le ministre de l’Éducation, François Blais, fait le point avec L’actualité.

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«Il faut valoriser l’adéquation entre la formation et l’emploi, en donnant la priorité aux programmes où les diplômés bénéficient d’un fort taux de placement», dit le ministre québécois de l’Éducation, François Blais. (Photo : Jacques Boissinot / La Presse Canadienne)

Les universités se disent sous-financées depuis des années, et les nouvelles compressions n’ont rien arrangé ; elles parlent maintenant de « définancement ». Que leur répondez-vous ?

Il est clair qu’on a une année difficile à traverser : on demande à tout le monde de faire un effort pour arriver, un jour, à vivre selon nos moyens. Les universités font partie de la société et doivent partager cet effort. Mais il ne faut pas avoir une vision trop tragique de la situation. Les universités québécoises sont toujours bien positionnées, notamment en recherche. Cet été, elles ont récolté 36 % des investissements de la Fondation canadienne pour l’innovation, qui subventionne surtout des équipements de laboratoire. C’est dire combien nos chercheurs demeurent compétitifs au pays.

Un des cinq chantiers du Sommet sur l’enseignement supérieur, lancé par le précédent gouvernement, portait sur la réforme du financement des universités. Que retiendrez-vous des recommandations du rapport publié en 2014 à ce sujet ?

Un des éléments que nous privilégions est l’accueil d’un plus grand nombre d’étudiants étrangers dans les prochaines années : ils peuvent représenter une main-d’œuvre qualifiée de grande valeur et une source de revenus additionnels pour les universités.

Le triplement des droits de scolarité des étudiants français cet automne n’a rien rapporté aux universités, alors qu’elles espéraient conserver les sommes supplémentaires. Pourquoi ?

Parce que ce sont des sommes importantes : environ 10 millions de dollars. Compte tenu de la situation financière du Québec, c’était impossible de leur remettre cet argent à court terme.

Est-ce envisageable pour le prochain budget ?

Nous sommes en discussion avec les universités à ce sujet.

Le financement des universités selon le nombre d’étudiants va-t-il perdurer ? Cette formule a des effets pervers, notamment en attisant la concurrence entre les établissements…

Le critère des effectifs sera toujours important. On pourrait toutefois prendre davantage en considération d’autres critères, comme le taux de réussite ou encore le progrès de ce taux.

Serait-ce le retour des contrats de performance, créés par un de vos prédécesseurs, François Legault, et abandonnés en 2003 ?

Pas du tout. J’ai cependant interpellé les recteurs sur la possibilité de nouveaux critères de financement lorsque je les ai rencontrés le printemps dernier. Mais rien n’est encore décidé.

L’Université Laval et sa Confédération d’associations d’étudiants proposent de financer les universités sans qu’il en coûte un sou à l’État en ajoutant une enveloppe destinée à l’éducation postsecondaire à l’actuel Fonds des services de santé. On obtiendrait un milliard de dollars en augmentant la taxe sur la masse salariale des entreprises. Qu’en pensez-vous ?

La masse salariale est déjà assez taxée au Québec, qui est, du coup, un peu moins compétitif que les autres provinces.

Faute de trouver un emploi, de plus en plus de bacheliers retournent au cégep suivre une formation technique. Y a-t-il trop d’étudiants à l’université ?

Ce qui est important, c’est de valoriser la formation professionnelle et technique. Les besoins sont énormes. Lorsque j’étais ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, j’ai visité des entreprises partout au Québec et, même là où le chômage était plus élevé, les entrepreneurs nous disaient manquer de main-d’œuvre qualifiée. C’est un enjeu majeur pour l’avenir économique du Québec.

L’université demeure la voie royale dans l’esprit de nombreux Québécois. Comment renverser la vapeur ?

D’abord, il faut valoriser l’adéquation entre la formation et l’emploi, en donnant la priorité aux programmes où les diplômés bénéficient d’un fort taux de placement. Ensuite, mettre au point un modèle de formation duale, où 50 % de la formation serait acquise en entreprise ou dans une organisation. Actuellement, les stages ne se font qu’en fin de formation dans 20 % des programmes techniques. Cela va à contre-courant de ce qui se fait ailleurs au Canada et dans le monde.

Pour satisfaire les besoins ponctuels de main-d’œuvre, les universités québécoises ont multiplié l’offre de programmes courts, qui représentent le tiers des formations universitaires aujourd’hui. Faut-il privilégier ces micro-programmes ou, au contraire, limiter ces diplômes que certains jugent de « second ordre » ?

C’est sûr que nous souhaitons que ces diplômes, comme tous les autres, ne conduisent pas à un cul-de-sac. Ils doivent favoriser l’accès soit au marché du travail, soit à une formation menant à des qualifications supérieures. Dans ces cas-là, on doit se montrer ouverts.

L’exercice de la démocratie étudiante a été un des grands débats du printemps érable, en 2012. C’est toujours une préoccupation pour les directions des universités et des cégeps, ainsi que pour de nombreux étudiants qui souhaitent voir le droit de grève encadré. Or, votre réponse demeure négative. Pourquoi ?

Les étudiants ont leur mot à dire sur les grandes questions de société. Ils peuvent, comme tous les autres citoyens, manifester et boycotter des événements, quels qu’ils soient.

Là où cette démocratie s’enraye, c’est lorsqu’elle donne le droit à certains de prendre une décision qui en empêche d’autres de poursuivre leurs études. La principale difficulté, c’est la tension entre deux droits. J’en ai été témoin pendant des années : les grands perdants des grèves étudiantes sont toujours les étudiants plus fragiles, ceux qui ont besoin de l’entièreté de la supervision de leurs professeurs pour réussir.

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6 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Aucune profondeur dans ses réponses. Du bla bla bla de politicien.

En passant, quelqu’un sait ce qui arrive de la révision des programmes du gouvernement?

Réingénérie no 3925…

incroyable, cette entrevue ne mène absolument à rien…c’est un discours vide de sens, dire que le ministre a un PH.D en philosophie. C’est du blabla

« L’avenir » de nos universités a été réglé lorsque le PQ a annulé la mise à niveau des frais des étudiants.

Comme l’a dit récemment le recteur de l’UQUÀM, un diplôme de l’UQUÀM, ça impressionne…l’UQUÀM. Point.

Oui ! Oui ! Le PQ n’est-ce pas.
Mais que pensez-vous de François Blais, ACTUEL ministre de l’éducation ?
Votre silence est m’étonne. Ou m’étonne-t-il vraiment ?

Quel « Fléau » ce Ministre… Complètement déconnecté de la réalité ! Il n’a aucune conception de la réalité quotidienne que vive les enseignants.

Question de rester poli, je dirais qu’un « ex Doyen » ne fait pas nécessairement un bon Ministre…

Câlisterine, l’Éducation , c’est l’avenir !!! Il ne semble pas comprendre… Où allons-nous ?

Le printemps-érable a laissé des traces indélébiles: mépris des autorités d’enseignement supérieures, conviction renforcée chez les étudiants de première génération qu’ils méritent d’être dorlotés en se faisant offrir des baccalauréats-bidons (pas de science, pas de statistiques, mais beaucoup d’analyses de texte, cela ne coûte pas cher), et surtout, des études « gratisses ». La médiocrité élevée en principe d’action.