Querelle de chercheurs

Utile ou pas, le palmarès? Question si brûlante que l’Association francophone pour le savoir y a consacré un atelier lors de son congrès en 2003.

Il faisait frisquet ce matin-là sur le bord du fleuve. Et dans notre salle de cours de l’Université du Québec à Rimouski, il ne faisait pas chaud non plus.

Nous étions réunis, pourtant, pour discuter d’une question brûlante: la pertinence et la validité scientifique du palmarès des écoles secondaires publié par L’actualité. Dans la salle, une trentaine de spécialistes, d’étudiants de maîtrise et de doctorat, de statisticiens. Et moi, la journaliste de L’actualité, venue entendre les savants arguments de ces éminents experts en sciences sociales.

La question de savoir si oui ou non le palmarès des écoles secondaires était valable scientifiquement a été prestement enterrée sous une autre, bien plus explosive. Est-il correct de dire que certaines maisons d’enseignement sont meilleures que d’autres? Ne risque-t-on pas ainsi de décourager le personnel et les élèves des écoles « poches »? Et surtout, surtout, n’est-ce pas une façon d’encourager insidieusement les établissements privés et d’ainsi saper le secteur public et démocratique? C’est le fameux argument des pommes du public et des oranges du privé qu’il ne faut jamais, au grand jamais, comparer entre elles. Même si ces pommes et ces oranges aboutissent toutes, un jour ou l’autre, dans le grand compotier des cégeps et des universités.

Dieu que les couteaux volaient bas! Et que les arguments scientifiques se prenaient somptueusement les pieds dans les grilles idéologiques de tout un chacun. On a passé l’avant-midi à se traiter mutuellement de « néolibéral élitiste » et de « socialiste larvé ». « Ça me rappelle de beaux souvenirs des querelles idéologiques des années 1970! » a lancé, à un moment donné, un chercheur français (Éric Debarbieux, professeur au Département des sciences de l’éducation de l’Université Victor Segalen Bordeaux 2 et directeur de l’Observatoire international de la violence scolaire), égaré dans une dispute qu’il n’avait pas vue venir.

De quoi s’agit-il au juste? Pour les uns, il est clair que le citoyen a le droit de savoir ce que valent les institutions publiques. Il a le droit (et même le devoir) de savoir ce que valent l’eau qui coule de son robinet, les services que l’hôpital de sa région offre, le diplôme qu’on décerne à son rejeton. Il en va de l’imputabilité des services publics et, en fin de compte, de la démocratie.

Faux, rétorquent les autres. Imputabilité ne signifie pas transparence. Et puis, pour comparer, il faut des données fiables. Or, les résultats d’examens, même ceux du ministère de l’Éducation, ne sont pas infaillibles. Il est bien connu que les correcteurs des examens de français du MEQ n’appliquent pas tous exactement la même grille et que la note attribuée à une même copie peut différer selon qu’elle est corrigée par Mme A ou M. B. Il est donc injuste de se servir des résultats aux épreuves pour évaluer les écoles.

Ah bon. Question de journaliste: si ce système n’est pas assez bon pour évaluer une école, pourquoi l’est-il suffisamment pour admettre ou non un élève au cégep ou à l’université? Personne ne m’a répondu.

UTILE, LE PALMARÈS?

Les parents n’ont pas besoin du Bulletin des écoles, affirment chaque année certains bonzes québécois de l’éducation. Faux, répond, cette année encore, la population.

Êtes-vous favorable à la publication d’un bulletin sur le rendement des écoles secondaires du Québec?

Oui 74%

(80% chez les 18-34 ans)

Réalisé par CROP du 18 au 29 septembre 2003; 1 002 personnes ont répondu; marge d’erreur maximale: 3% en plus ou en moins dans 19 cas sur 20.

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