Racisme et bisbille à Harvard et Oxford

C’est l’histoire d’un Tumblr qui se moque d’un Tumblr qui s’offusque d’un Tumblr qui copie un autre Tumblr dénonçant le racisme.

Des étudiants noirs de l’Université Harvard, aux États-Unis, ont récemment lancé une campagne de sensibilisation du public, « Moi aussi, je suis Harvard », qui dénonce le racisme ordinaire dans l’enceinte de la prestigieuse institution. Une initiative qui fait suite à celle des étudiants africains de l’Université Ithaca visant à tordre le cou aux clichés offensants sur le continent oublié.

« Nos voix ne sont pas entendues sur ce campus, nos expériences sont dévaluées, notre présence est remise en question… Ce projet est notre façon de répondre, de revendiquer notre appartenance à ce campus, de nous tenir debout pour dire : “Nous sommes là. Cet endroit est à nous. Nous aussi, nous sommes Harvard” », expliquent les têtes pensantes du projet choc, lui-même adapté d’une pièce de théâtre dans laquelle des étudiants noirs racontent leur quotidien à Harvard.

Sur le Tumblr « I, Too, Am Harvard », ils posent avec une ardoise où sont inscrits les commentaires désobligeants dont ils sont les victimes. En voici quelques exemples :

« N’aurais-tu pas aimé être blanche comme le reste d’entre nous ? »
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« Sais-tu lire ? »
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« Non, je ne suis pas en train d’écouter du rap. »
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« Non, je n’ai pas immigré pour recevoir des traitements contre le sida. »
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« Tu n’as pas l’air noire. Tu as l’air intelligente. »
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« Courez-vous tous si rapidement parce que vous passez beaucoup de temps à fuir la police ? »
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« Tu es très articulée pour une fille noire. »
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Le succès de ce Tumblr a inspiré les étudiants de l’Université d’Oxford, de l’autre côté de l’Atlantique, qui ont repris le concept et lancé la campagne « Moi aussi, je suis Oxford ».

« Non, je n’ai pas reçu de bourse d’études en Afrique. »
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Mais le message est moins bien passé en Angleterre. Énervés par la supposée piètre image de l’université que projetait cette campagne, d’autres étudiants y sont allés de leur propre Tumblr, « Nous sommes tous Oxford ». Sans renier le racisme qui existe à l’intérieur de l’enceinte de l’établissement, ils affirment qu’Oxford a été mal représentée dans les médias en raison de la campagne de sensaibilisation et s’inquiètent de son effet sur les candidatures des minorités ethniques.

De fait, certaines photos envoient un message quelque peu maladroit, comme celle-ci, dans laquelle pose un étudiant ayant précédemment participé au projet « I, Too, Am Oxford » :

« Ma déclaration n’était pas censée représenter l’ensemble de mon expérience, elle venait plutôt souligner quelques problèmes. Mon expérience globale est très positive. »
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L’histoire aurait pu s’arrêter là… mais non. Un autre Tumblr, « We Are All Awful », est venu se moquer de certains des commentaires relayés dans la campagne « We Are All Oxford », comme par exemple le fait que ce soit une femme blanche qui « célèbre la diversité » au sein de l’université.

2014-03-19 15_45_38-We Are All Awful — This white person who “enjoys” celebrating...

Pour résumer, c’est donc l’histoire d’un Tumblr qui se moque d’un Tumblr qui s’offusque d’un Tumblr qui copie un autre Tumblr. On en oublierait presque les messages racistes qui étaient censés être dénoncés, et ça, c’est vraiment dommage.

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Pourquoi donc ais-je le soupçon que ces antiracistes croient eux-mêmes au délire de la race ? Ça doit être « celebrate » qui me tape sur les nerfs. « Noir » tout court, « Blanc » tout court, ça n’a aucune signification, sauf du point de vue des racistes et de leurs sornettes biomorphiques qui substituent la nature à l’histoire. La diversité humaine n’est pas raciale, les peuples, les nationalités ne sont pas des faits physiques héréditaires, mais au contraire des faits culturels, des faits de civilisation que chacun devient de son vivant au gré des influences, des faits qui tiennent du devenir, qui sont par définition immatériels et ne sauraient donc être déterminés biologiquement: c’est pourquoi un Zoulou peut être blanc et un Canadien-français être noir. Il y a une seule origine de tout le genre humain.

Autrement dit selon moi un Congolais peut avoir n’importe quelle tronche – il pourrait ressembler à Toshirö Mifune ou à Saku Koivu – et être typiquement congolais, typiquement katangais, etc, car ce « typique » renvoie aux moeurs, aux mentalités, aux coutumes toujours en transformation, à la langue, à la façon de voir la vie, à l’humour, à la façon de concevoir la chronologie, à mille et une choses façonnées par l’histoire, à tout ce que je deviens après mon arrivée dans le monde et que je n’étais pas à la naissance, mais certes pas à des traits physiques puisque ces traits seront les mêmes quand je serai mort. C’est pourquoi le comte Sforza, par exemple – fameux antifasciste de la première heure – pouvait noter dans ses livres que «le peuple qui ressemble le plus au peuple italien est le peuple chinois», parce que bien sûr les ressemblancees et les différences entre les peuples n’ont rien à voir avec le faciès. Celui qui se définit comme Blanc tout court ou comme Noir tout court, celui-là est fort probablement un raciste car il prend la diversité humaine pour quelque chose qui serait transmis par le sang, il la prend pour un fait de la nature (vessies) alors que c’est un fait de la culture (lanternes).

Benedetto Croce, penseur italien: «En tant qu’historien, je constate à quel point arbitraires, fantastiques et improbables sont les théories de la race.»

Amdadou Toumani Touré, ex-président du Mali: «L’ethnicisme est un faux débat.»

Pour toutes ces questions de racisme, surtout aux États-Unis, on oublie un point très important. La plupart des noirs américains, si ce n’est pas tous, sont métissés. Ils possèdent une bonne part de sang blanc.

Ceux qui ont plus de sang blanc que de sang noir ne devraient-ils pas s’appeler blanc, même s’ils ont une peau légèrement colorée? D’où vient la décision de les appeler noirs s’ils sont métis? Comment se fait-il que cette façon de voir les noirs se propage encore aujourd’hui? Pourquoi l’appellation noir domine? Est-ce une forme de racisme des noirs face aux blancs? Ou une forme de croyance à la dominance de leur sang?

C’est sûr qu’on peut continuer d’être raciste face aux métis, mais n’est-on pas nous-mêmes souvent métissés? Avec du sang indien, ou espagnol, ou autre?