Ralentir pour mieux avancer !

Plus j’entends parler de mobilité, ou plutôt d’immobilité, plus je me dis que la solution est dans nos têtes autant que dans les plans B.

Photo : Christian Blais pour L’actualité

Que les lecteurs hors région montréalaise me pardonnent, car cette chronique s’ajoute à tout ce que les médias consacrent à la réfection du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine.

Mais comme je vis à Montréal, qui compte quasiment plus de cônes orange que d’habitants, je comprends sans peine le désarroi des gens coincés dans la circulation alors qu’ils ne demandent qu’à se déplacer avec efficacité. Sera-t-on à l’heure au bureau ou sur le chantier ? Arrivera-t-on avant la fermeture de la garderie, pour cueillir son enfant qui attend tout seul avec l’éducatrice et éviter l’amende qui grimpe toutes les cinq minutes de retard ?

Pensez stress, impatience, exaspération…

À cause de mon travail où respecter la tombée est une loi implacable, parce que j’ai longtemps eu des enfants à récupérer au service de garde, et aussi par tempérament, je fais partie de ces gens qui passent leur vie à courir. Le moindre obstacle m’est dès lors difficilement supportable. Autant dire que depuis des années, je râle beaucoup en circulant à Montréal.

Le télétravail imposé par la pandémie de COVID a toutefois été un baume. Au point que, quand le retour sur les lieux de travail a été autorisé, j’ai constaté que je n’avais plus l’énergie de me déplacer en angoissant sur mon heure d’arrivée. Il n’était juste plus viable de travailler à mon bureau jusqu’à la limite avant de sauter dans ma voiture ou un taxi, en m’inquiétant de chaque bouchon, pour franchir le seuil de Radio-Canada, où je suis une collaboratrice régulière, à quelques minutes de mon entrée en ondes.

J’avais enfin compris que mon erreur — notre erreur collective ! —, c’était de faire rimer efficacité avec rapidité. Alors qu’être efficace signifie tout bonnement bien employer son temps.

Je quitte maintenant la maison deux heures à l’avance, et je fais la moitié du trajet en autobus. Vu l’heure, je suis sûre d’y avoir une place assise, l’occasion parfaite de lire pour le travail. Ce qui me ramène au temps jadis, quand je lisais des contes à mon aînée dans le bus qui nous conduisait à la garderie. Notre jeune famille ne possédait pas de voiture alors ; pourtant, je l’avais oublié, on arrivait à fonctionner.

Je fais l’autre moitié du parcours à pied : une demi-heure de marche à un bon rythme, qui vaut bien la pratique des sportifs qui s’entraînent à l’aube ou en soirée. J’emprunte la rue Sainte-Catherine, en grande partie piétonnière, ce qui est fort agréable. Dire que j’ai râlé quand on a commencé à fermer cette grande artère aux voitures : où diable allait-on se stationner ?

Quand je suis en avance, ce qui m’arrive très souvent, je poursuis mes lectures dans un des petits parcs méconnus (c’est en marchant qu’on les voit vraiment !) situés à quelques pas de l’édifice radio-canadien.

Résultat du long déplacement : je ne suis pas qu’efficace, je suis également en meilleure forme et plus sereine !

Si j’étais plus habile sur deux roues, le vélo serait aussi une option. Dans mon entourage, ses adeptes sont nombreux et ne cessent de souligner combien, pour une grande part de leurs trajets à Montréal, ils sont plus rapides que les automobilistes, en s’épargnant de surcroît les problèmes de stationnement. Dire que j’ai râlé (bis !) quand les pistes cyclables se sont multipliées, bousculant les habitudes !

Mouais… feront les « victimes » de la réfection du tunnel. Pour ces gens, marcher est inimaginable, le vélo représente un trop grand défi et le transport en commun s’avère impraticable tant l’horaire ou le trajet ne leur conviennent pas.

C’est pourquoi j’avoue d’entrée de jeu ne pas être scandalisée d’apprendre que certains envisagent de changer d’emploi ou de prendre plus tôt leur retraite, tant se rendre sur leur lieu de travail relèvera du casse-tête.

Cela s’appelle voter avec ses pieds. Puisque depuis des décennies, nos dirigeants n’ont pas compris l’importance cruciale d’un aménagement viable du territoire (ce qui inclut y offrir un transport collectif adéquat), peut-être que les remous causés par les travaux à Louis-Hippolyte-La Fontaine les obligeront à penser à la ville de l’avenir.

La nouvelle génération d’élus municipaux contribuera à faire bouger les choses. Mais il y a aussi de l’espoir du côté de Québec, puisqu’en juin dernier, la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, a présenté la Politique nationale de l’architecture et de l’aménagement du territoire.

Cette politique, une première au Québec, était réclamée depuis des années par une pléiade d’organismes réunis au sein de l’Alliance Ariane. Le fait qu’Andrée Laforest ait gardé son ministère me laisse croire que la vision adoptée ne restera pas lettre morte.

Mais changer les villes, remodeler les quartiers pour y concentrer les services, voire les lieux de travail, et les rendre chouettes à parcourir à pied, ça demande du temps. Alors que pour les citoyens, l’enjeu des déplacements est immédiat, particulièrement à Montréal.

D’où le poids sur les individus, que l’on incite à trouver un plan B pour contourner les travaux dans le tunnel. Mais poussons donc plus loin le questionnement : pourquoi l’auto solo est-elle vue comme un plan A ? Pour certains, ce n’est pas un choix, mais pour d’autres, peut-être qu’à bien y penser…

D’ailleurs, les premiers témoignages de ceux qui, touchés par la fermeture de la moitié des voies de Louis-Hippolyte-La Fontaine, ont remplacé l’auto par le vélo ou la navette fluviale sont éloquents : leurs déplacements prennent certes plus de temps, mais le plaisir de la promenade sur l’eau ou dans des coins méconnus est au rendez-vous. Et ils arrivent au travail frais et dispos.

Pas rapide, mais efficace !

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Votre commentaire me ramenait aux « plaisirs » de mes trajets pour aller travailler au centre-ville d’Ottawa. Pour raccourcir mon trajet journalier, je me stationnais en périphérie de la ville et je traversais une partie du centre-ville au moment où il se réveillait. Je pouvais y apprécier les commerçants du marché Bye qui préparaient leurs étals et aussi traverser les cours intérieures aux vieux pavés. Par contre le service d’autobus à ce moment là était plus que déficient…il n’y avait pas assez d’autobus et on devait rester debout coincés comme des sardines et accrochés aux gances de cuir ballottés à chaque tournants pour de trop longs trajets. Pas question de lire à moins d’habiter au début de la ligne.
Après ma retraite, un service d’autobus avec voies rapides ( le Rapibus) a été instauré et je regrettais presque de ne pas avoir pris ma retraite plus tard!!! Ce n’est pas facile de changer….me semble que la COVID nous a permis d’apprendre à modifier nos habitudes et nos perceptions en plus de nous faire découvrir le télétravail.

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J’ai demandé l’autre jour pourquoi il n’y avait jamais de dépanneurs dans les banlieues. On m’a répondu que c’était interdit !

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