Récupération et recyclage : après le pot, les fleurs

Le système de collecte actuel est une sorte de collage d’efforts souvent méritoires, mais disparates et désorganisés, à la limite de l’incohérence. Une solution simple était pourtant si près : confier aux entreprises productrices la responsabilité de gérer le problème. 

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Enfin, depuis le temps qu’on l’attendait ! Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, a pris la bonne décision pour réformer le système de collecte sélective. La solution était simple : confier aux entreprises qui produisent les emballages, les pots et les imprimés la responsabilité de gérer le problème. Cela s’appelle la « responsabilité élargie des producteurs ». Le gouvernement fera ce qu’il sait faire : édicter des règles pour les taux de recyclage du papier, du verre, du plastique et du métal. Et aux entreprises de s’arranger pour y arriver.

Ce plan plein de bon sens est à des années-lumière de son annonce précédente le 30 janvier, concernant l’élargissement de la consigne — un projet bâclé et irréalisable que j’avais dénoncé dans une autre chronique. Au risque de faire un mauvais jeu de mots, le ministre a enfin mis le bœuf devant la charrette !

La réforme des centres de tri est ingénieuse parce qu’elle est simple et finalement évidente. Et elle apportera des solutions aux problèmes que j’avais identifiés dans un reportage sur le sujet : désorganisation totale, manque de données, absence de conception, manque de débouchés et mauvaise utilisation des bacs. 

Si vous avez l’impression que la collecte sélective fonctionne comme une poule sans tête, vous avez parfaitement raison. Le système actuel est une sorte de collage de 25 ans d’efforts souvent méritoires, mais disparates et désorganisés, à la limite de l’incohérence. 

Par exemple, on a élargi la collecte sélective à 99 % des foyers au Québec. Bravo ! Mais personne ne sait ce qui est recyclable et ce qui ne l’est pas, si bien que 10 % de ce qui se retrouve dans le bac ne devrait pas y être. 

Autre exemple de dysfonctionnement : en 2005, le Québec a trouvé le moyen de financer la collecte et le triage en appliquant le principe du pollueur-payeur. Les 3 400 entreprises qui produisent des emballages, des contenants et des imprimés remboursent 85 % de la filière. Hourra ! Toutefois, ces entreprises paient sans jamais avoir eu leur mot à dire ni sur les appels d’offres municipaux sur les centres de tri, ni sur le recyclage, ni sur la conception des emballages. 

Avec le nouveau système, tout changera : le gouvernement confiera à un organisme qui représente les entreprises, probablement Éco Entreprises Québec, le mandat de gérer tous les appels d’offres pour l’exploitation des centres de tri et de voir à ce que les matières recyclables soient effectivement recyclées. 

Ce faisant, l’organisme sera en mesure d’imposer des critères de rendement et de qualité dans le travail des centres de tri (les bons le font déjà d’eux-mêmes). Et le gouvernement va imposer à cet organisme des cibles sur les taux de recyclage des diverses matières, ce qui va forcer les entreprises membres à concevoir des emballages qui sont réutilisables ou recyclables et qui contiennent des matières recyclées. On renforcera donc le marché local des produits recyclés en forçant leur utilisation. 

L’État se donne cinq ans pour y arriver, ce qui est réaliste compte tenu du fait qu’il est impossible d’arrêter la collecte pendant un moment pour réformer le système. Nous continuerons donc d’envoyer nos matières dans le bac et les efforts de collecte, de tri et de recyclage se poursuivront, mais en parallèle, les acteurs vont travailler à corriger les problèmes. Le nouveau plan prévoit 30 millions de dollars de programmes pour aider les centres de tri à s’améliorer tandis qu’on réforme le tout. 

L’échéancier est maintenant connu. Il faudra un an pour diagnostiquer la situation, une autre année pour accoucher d’une réglementation cohérente et trois de plus pour tout mettre en place. 

La partie diagnostic sera hyper importante : on examinera les habitudes des citoyens, les pratiques de centres de tri, les habitudes des commerçants. Chaque centre de tri a-t-il les bons procédés, les bons équipements, sait-il revendre les matières ? Du côté de la collecte, les bacs sont-ils trop gros, comment amener les gens à ne pas y mettre n’importe quoi ? 

Parmi les problèmes à étudier, l’un des principaux sera de comprendre ce qui se passe dans la tête du citoyen devant son bac. Il faut voir la quantité invraisemblable de coussins, de toutous, de lumières de Noël, de poteaux de clôture, de couches souillées, de viande décongelée qui défilent sur les convoyeurs. Les centres de tri doivent trier 10 % de matières qui n’auraient jamais dû se retrouver dans le bac au premier chef. À l’automne 2019, le centre de Saint-Hubert, sur la Rive-Sud de Montréal, a dû arrêter quelques heures, le temps que les artificiers militaires viennent retirer une grenade déposée dans un bac !

Un des avantages de confier la gestion d’ensemble à un organisme est que l’on pourra enfin créer une charte provinciale des matières recyclables, qui sera uniforme dans tout le Québec. Cela favorisera grandement la communication aux citoyens, mais aussi la punition envers les têtes de linotte qui continuent de balancer des souches, de la terre, de la vaisselle, et même des armes à feu dans leur bac. 

Plusieurs médias ont reproché au ministre d’être vague sur certains aspects de sa réforme. Selon moi, c’est tant mieux, car il faut arrêter d’appliquer des solutions à la hâte à des problèmes mal compris. L’élargissement de la consigne sur le verre est l’exemple même d’une solution « populaire », mais mal avisée à un problème mal compris — celui des débouchés sur le verre. Cette mesure bâclée, inapplicable et coûteuse est exactement ce qu’il ne faut pas faire. Cette consigne ne verra sans doute pas le jour en raison de son coût faramineux, de l’ordre du demi-milliard de dollars, pour des résultats proches de zéro. Heureusement, le futur système réformé de collecte, de tri et de recyclage sera parfaitement en mesure de s’adapter à cet échec appréhendé. 

On ignore ce qui sortira exactement de la phase diagnostic et règlement d’ici 2022, mais le ministre fait les bons gestes. Il dit souhaiter que 15 % des contenants soient réutilisables et que les plastiques non recyclables disparaissent. On verra lors du dépôt du règlement dans deux ans de quel bois il se chauffe réellement, quand on saura quelles seront ses cibles de recyclage, mais aussi quelles seront les pénalités pour les entreprises contrevenant aux nouvelles règles.

Peu de gens en ont parlé, mais il faudra voir si cette réforme saura aussi régler le problème du commerce électronique. Actuellement, au Québec, le principe du pollueur-payeur est appliqué à la vente au détail. Mais Amazon et tous les autres commerces en ligne ne paient pas pour les tonnes de matières qu’ils déversent ici à travers les ventes sur le Web. La nouvelle organisation de la filière permet de penser qu’on va enfin pouvoir s’attaquer à ce problème. Cela prendra-t-il la forme d’une surtaxe sur les colis de source étrangère ? On verra pour la suite, mais les entreprises québécoises, qui paient actuellement la note, vont certainement considérer la question.  

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