Redémarrer la machine

Nous sommes encore figés dans le temps. De grâce, acceptons cette lenteur imposée. 

Photo : L'actualité

Je lisais récemment une enfilade de tweets d’un patron ayant refusé la demande d’une employée qui souhaitait avoir un congé sans solde pour gérer ses enfants pendant que son mari prenait plus de responsabilités à sa job

Il refusait non pas par méchanceté, mais parce qu’il ne pouvait accepter qu’une talentueuse membre de son équipe se mette en recul, se dépouille de son avancement et sacrifie sa carrière sous prétexte qu’une pandémie sévissait. Son message : on va s’arranger. Personne ne devrait avoir à bousiller sa vie professionnelle pour s’occuper de ses enfants, surtout pas au nom d’une productivité qu’il n’est tout simplement pas normal de maintenir ces temps-ci. 

Les standards sont restés les mêmes. Une voix dans nos têtes continue de nous faire croire que la productivité n’aurait pas dû baisser. Et pourtant… En ce début d’année, la machine est dure à redémarrer. 

Je marche jusqu’au café du coin qui, par miracle, est ouvert. Je fais rénover notre cuisine qui tombait en morceaux depuis des années, elle n’est donc pas fonctionnelle ces jours-ci. Le café est un des plaisirs qu’il nous reste. Un des bouts du fort de la normalité qui ont tenu en place. Pas question qu’il s’effondre, donc. « Une famille à la fois. » L’écriteau du commerce est bien clair. Je suis seule. J’entre. Il reste ça : le commerce du coin qui a le droit de me servir du café. 

En sortant, j’aperçois une grappe d’enfants de la garderie. Tous sagement accrochés à la queue leu leu, deux par deux, tenant de leur menotte le « serpent », le long ruban dont se servent les éducatrices pour promener ceux qui, exploit de tous les exploits, savent marcher. 

Il y a dans cette grappe de bonne humeur mon petit voisin Albert. Deux ans sonnants, les cheveux blonds comme les blés, Albert qui me reconnaît et crie mon prénom : « Éaaa ! » Cœur fondu. Voilà donc deux bouts de bonheur d’affilée. Une lente matinée égayée de café et d’enfants trottinant dans leurs grosses bottes jusqu’au parc. 

On ne se le cachera pas, il ne nous reste pas grand-chose ces temps-ci. Notre réalité a été « strippée » de ses plaisirs comme le plâtre d’un mur qu’on défait. L’arête reste debout. Attend qu’on la replâtre. Bien sûr, nous survivons, nous arrivons à traverser les jours. À travailler et à fuir dans ce qui subsiste pour ne pas trop penser à ce qui nous manque. Parler au téléphone m’aide, comme écrire et avoir les interactions sociales que je trouve, comme on chercherait ne serait-ce que des poussières d’or dans un tamis plein de roches. Un facteur à qui l’on dit bonjour, une voisine que l’on croise sur le perron, un ami à l’épicerie ! Comble du jackpot ces temps-ci. 

Mais, de grâce, acceptons la lenteur imposée. J’ai encore des rêves, des rêves de retourner sur scène, des rêves d’écrire d’autres livres, des rêves de créer, de terminer des choses. De sentir que j’ai bien travaillé. Ça viendra, mais pour le moment, nous sommes encore figés dans le temps. Coincés à surveiller d’un œil l’inquiétante guerre civile qui menace nos voisins, le bilan des cas et des morts quotidiens chez nous, tout en respectant le couvre-feu qui nous essouffle et nous rend claustrophobes. 

Et puis, nous entamons les mois de l’hiver qui nous endorment. La lumière n’est pas suffisante, les journées sont trop courtes, le rythme de la saison nous relègue à une sorte d’hibernation. Alors, ne soyons pas surpris si nous manquons de motivation, ne soyons pas trop durs avec nous-mêmes si nous nous trouvons lents. Nous sommes inertes, en stand-by. Faisons donc comme ce patron plein de compréhension, soyons patients et indulgents. La prudence, c’est aussi ça qu’il nous reste.

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Bonjour Léa,
Les nouvelles sont difficiles à écouter ces temps-ci. Cependant, malgré la déprime occasionnée par la pandémie, il y a le divertissement provoqué par la saga Trump.
Michel Gignac

Si nous regardons les choses d’un point de vue économique, la baisse de la productivité au Canada, comme dans plusieurs pays membres de l’OCDE, est un phénomène persistant depuis une quarantaine d’années. Cette productivité soutenue s’était produite lors des trente glorieuses (1945-75/80), elle n’a cessé de baisser ou de stagner depuis.

En sorte que de mette sur le dos de la pandémie le baisse de la productivité, n’est ni plus ni moins qu’une licence économique, je n’entrerai pas dans le détail de cette baisse de la productivité, mais elle s’explique assez aisément par le fait que la hausse du PIB et celle de la productivité ne sont plus corrélés.

Si on voulait faire les choses bien après la pandémie. Il faudrait précisément mieux valoriser tous les emplois (et non une partie seulement) et soutenir l’investissement, les capitaux étant devenus plus spéculatifs que productifs. Il faudrait aussi soutenir la formation professionnelle en général.

Comme le précise avec justesse Léa Stréliski, la conciliation famille-emploi ne devrait pas représenter un obstacle à l’accroissement de la productivité. Ce devrait-être même l’inverse.

Je regrette qu’un certain nombre de « boss » aient « quelquefois » des connaissances plutôt élémentaires en économie.

À noter finalement que la lenteur et la productivité sont deux concepts différents, on ne mesure pas la productivité à la vitesse d’exécution mais plutôt dans la capacité des forces productives d’ajouter constamment plus de valeur dans l’accomplissement des œuvres assignées à tout un chacun.

Comme disait un de mes amis : « Il faut prendre le temps de vivre », c’est tellement évident.

Avant de redémarrer la machine il va falloir laisser le temps au virus de faire sa sortie ! J’espère que ce sera aussi le temps de faire le post mortem de la manière dont nos dirigeants se sont acquittés de leur tâche de veiller au bien commun. Entretemps, ne doit-on pas faire contre mauvaise fortune, bon cœur ?

« Machine », « productivité », « lenteur ». Voilà les mots.

Produire quoi? Et surtout pour qu[o]i ?…

On a la chance (?), là, de s’abstraire ou se distancier, tant soit peu, du rythme machine, chaîne de production. L’occasion, en tout cas, de ‘produire’ autre chose qu’à l’habitude. Plus humain?…

Frappant de constater le « déplacement » d’une ministre Santé en faveur d’un remplaçant comptable. Même ‘pattern’, donc, qu’avec le précédent gouvernement. À deux docs auront succédé deux comptables tout en haut de la pyramide. Ç’avait si bien « ‘produit’ », hein, en Santé, DEUX docs…

Or, résultat ? Pas plus que les docs avaient su bien « ‘soigner’ », i.e. bien configurer (l’organisation) des soins à (faire) prodiguer; pas davantage les deux comptables leur succédant ne semblent savoir ‘bien’ compter ou comptabiliser morts en cours ou à venir. Car en procédant comme ils le font, s’assurent-ils de… « ‘produire’ » davantage de mort!
(J’ai déposé une réflexion là-dessus ce matin à : https://www.lecourrierdusud.ca/les-citoyens-invites-a-se-faire-depister-des-les-premiers-symptomes/ )

P. S. Moi aussi suis-je tombé face à face avec joie enfantine naturelle spontanée. Avant-hier, revenant du marché, un tout tout petit (à peine un an et demi), accompagné de parents et grands-parents, marchait gaiement vers moi tout sourire. Face à qu[o]i ai-je lâché aux grands approuvant : « ÇA, c’est le bel âge !… »