Référendum en Écosse : d’abord un pied-de-nez à la droite anglaise

Les indépendantistes écossais misent étonnamment peu sur la question identitaire, lui préférant l’idée d’échapper aux politiques d’austérité anglaises, dit Hubert Rioux Ouimet, spécialiste de l’Écosse.

Photo: Getty Images
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Ils ont largement abandonné le gaélique au profit de l’anglais et se sont convertis depuis des lustres au protestantisme. Les Écossais ont beaucoup de traits en commun avec les Anglais.

«La différence majeure entre les deux nations, c’est la culture politique et sociale», dit Hubert Rioux Ouimet, qui prépare une thèse de doctorat sur le nationalisme écossais à l’Université McMaster, en Ontario.

Selon ce chercheur, la culture social-démocrate est plus fortement implantée chez les Écossais, et beaucoup d’entre eux en ont ras-le-bol des politiques d’austérité votées au parlement britannique, où ils sont minoritaires.

L’actualité a joint Hubert Rioux Ouimet en Écosse, où il suit la campagne référendaire.

La remontée du camp du Oui des dernières semaines vous étonne-t-elle ?

Elle est étonnante par sa rapidité, le Oui ayant fait un saut de 10 % en un mois dans les sondages. Mais pour le reste, ce n’est pas si surprenant. Les nationalistes ont une base solide de 35 % d’appuis, qu’on appellerait chez nous au Québec les «purs et durs».

Quand le Oui récoltait 35 % dans les sondages, en début d’année, il y avait toujours entre 15 % et 25 % d’indécis. Mais contrairement à ce qu’on a vu lors du référendum de 1995, au Québec, les indécis en Écosse penchent plutôt pour le Oui, dans une proposition de deux pour un. C’est ce qui a fait pencher la balance en faveur du Oui ces dernières semaines.

Selon les derniers sondages, le Oui mène chez tous les groupes d’âge, sauf les 60 ans et plus. Ce manque d’appui chez les personnes âgées pose toutefois un problème pour les indépendantistes, parce que la société écossaise vieillit rapidement, comme au Québec.

Le vote des femmes sera aussi déterminant. Il y a quelques mois à peine, les Écossaises étaient plutôt défavorables à l’indépendance. Dans les derniers sondages, la situation s’est inversée. Mais ça reste très serré.

À quoi attribuez-vous la remontée du Oui ?

D’abord à la piètre campagne, terne et sans éclat, du camp du Non, Better Together. L’alliance entre les travaillistes et les conservateurs au sein de cette campagne a aussi déplu à beaucoup d’Écossais. Ces derniers n’ont pas voté conservateur depuis les années 1950.

Un seul député conservateur représente l’Écosse actuellement au parlement britannique, à Westminster. Ce mariage de raison entre les travaillistes et les conservateurs a repoussé beaucoup d’électeurs travaillistes, qui ont joint le camp du Oui.

La dimension gauche-droite est donc importante dans la joute référendaire ?

Elle est centrale : c’est le clivage le plus important dans l’électorat, beaucoup plus encore que le clivage nationaliste-unioniste.

Les Écossais, qu’ils soient travaillistes ou conservateurs, sont nationalistes par nature. Un peu comme au Québec, tout le monde est plutôt autonomiste.

La grande différence entre l’Écosse et l’Angleterre, c’est la culture social démocrate, très implantée en Écosse. Cette région a toujours été opposée aux mesures conservatrices et plus récemment aux mesures d’austérité prônées à Westminster. Minoritaires, les Écossais ne sont pas en mesure de s’opposer aux mesures votées par les Anglais, qui forment l’immense majorité au Royaume-Uni.

Comment se comparent les pouvoirs dont jouissent le Québec et l’Écosse ?

Les différences sont majeures. L’Écosse a toujours été responsable en matière de santé et d’éducation, depuis les débuts de l’Union avec l’Angleterre. Mais l’Écosse n’a son propre parlement que depuis 1997.

Entre 1707 et 1997, toutes les affaires écossaises étaient administrées par un bureau écossais, le Scottish Office, qui était un département du gouvernement britannique. Depuis la dévolution de 1997, un certain nombre de pouvoirs ont été transférés à l’Écosse, mais ça reste limité.

La manière dont les fonds sont transférés au gouvernement écossais cause aussi un problème. Le budget de l’Écosse est déterminé en fonction des dépenses publiques effectuées en Angleterre. Chaque fois que des mesures d’austérité sont imposées par Westminster en Angleterre, ça affecte de façon importante les fonds transférés en Écosse. Et ça affecte donc la capacité du gouvernement écossais de mettre en place ses propres politiques de dépenses publiques et de programmes sociaux, y compris dans les domaines dont il a pourtant la responsabilité.

Quels sont les principaux arguments du camp du Non ?

Son argument massue reste celui de l’incertitude quant à l’utilisation de la livre sterling dans une éventuelle Écosse indépendante. Il s’agit d’un argument efficace, car mettre sur pied une monnaie écossaise engendrerait beaucoup de problèmes. Mais ça reste un argument relativement politique.

La plupart des observateurs s’entendent pour dire que l’Angleterre aurait avantage à négocier une entente avec l’Écosse pour la bonne raison que les entreprises anglaises y brassent des affaires importantes.

L’Écosse a un poids important dans le Royaume-Uni, avec son PIB de 300 milliards de dollars. Quitter l’Union monétaire ferait baisser de façon importante la valeur de la livre sterling, ce qui nuirait à l’économie anglaise.

De quel côté penche le milieu des affaires écossais ?

De grandes entreprises, comme la Royal Bank of Scotland, ont pris parti pour le Non. Avec la montée du Oui dans les sondages, la campagne du Non devient plus agressive. Les marchés sont nerveux. Mais certaines petites et moyennes entreprises (Business for Scotland) se sont alliées pour faire campagne pour le Oui.

Beaucoup d’entreprises qui font affaire principalement en Écosse ou qui exportent en dehors du Royaume-Uni sont plutôt favorables à l’indépendance. L’Écosse, qui a un PIB comparable à celui du Québec, ne peut même pas emprunter sur les marchés financiers. Elle ne peut pas se servir de son effet de levier pour promouvoir le développement économique, investir dans les infrastructures et aider les entreprises à se développer. C’est pourquoi de nombreux chefs d’entreprise sont en faveur de l’indépendance, ou sinon d’une dévolution de pouvoirs importants à l’Écosse.

La question identitaire semble presque évacuée du débat. Pourquoi ?

La raison est simple. Le nationalisme écossais n’est plus, depuis longtemps, un nationalisme culturel comme peut l’être celui du Québec.

Les Écossais ont beaucoup de traits en commun avec les Anglais. La majorité de la population est protestante, presque plus personne parle le gaélique, tout le monde est anglophone.

La différence majeure entre les deux nations, je le répète, c’est la culture politique, sociale. C’est le moteur du nationalisme écossais depuis les années 1970.

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300 milliards le PIB écossais?
Non.
148 milliards de livres, soit 250 milliards de pesos canadiens
http://www.scotland.gov.uk/Topics/Statistics/Browse/Economy

GDP in Nominal (Cash) Terms:

In the year to 2014 Quarter 1, onshore Scottish Gross Domestic Product (GDP) is estimated to have been around £130 billion in total, and £24,300 per capita.

Including a population share of extra-regio (offshore) activity assigned to Scotland, GDP is estimated at around £132 billion in total, and £24,700 per capita.

Including a geographical share of extra-regio (offshore) activity, GDP is estimated at around £148 billion in total, and £27,700 per capita.

Vu sous cet angle, on peut dire que d’un point de vue politique il y a beaucoup plus de similitudes entre l’Écosse et le Québec que le contraire. Les principales raisons qui motivent les indépendantistes à quitter le Royaume Uni sont les mêmes qui motivent les indépendantistes québécois à quitter la fédération canadienne, mais nous nous en avons une de plus et à elle seule elle justifie l’indépendance du Québec : assurer la protection et survie de notre langue te culture française.

Si on recoupe ce que nous rapportent les médias locaux et internationaux, le OUI est vite remonté dans les sondages au fur et à mesure que les débats se faisaient plus importants et plus en profondeur sur la place publique, autrement dit plus on en parle, plus on fait connaitre les avantages de l’iindépendance, plus les gens comprennent et plus ils adoptent l’idée parce qu’il est évident que c’est la direction à prendre dans l’intérêt des Écossais. La même chose est vraie pour le Québec.

En suivant de loin le débat en Écosse il devient vite évident que le camp du NON est vite à court d’argument pour défendre ses positions et que comme ici en 1995, ils se résument à des messages de peur et et des exercices improvisées de « love in ».