Régine Laurent : Les enfants d’abord

Cette ancienne infirmière et syndicaliste à la retraite s’est portée volontaire pour devenir vaccinatrice, quelques semaines à peine après avoir déposé le rapport de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse. Une femme d’action, de concret, disent ceux qui la connaissent bien. 

Photo : Christian Blais pour L'actualité

« Ben voyons, Régine ! » s’est exclamé le premier ministre François Legault au centre de vaccination du Stade olympique en découvrant l’identité de celle qui allait lui inoculer sa deuxième dose. La même Régine Laurent qui, six semaines plus tôt, le 3 mai, avait dévoilé les conclusions très attendues de deux années d’enquête à titre de présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, créée en 2019 en réponse à la mort horrible d’une fillette à Granby. 

Son rapport, salué de manière unanime, mènera à une véritable réforme du système de protection de la jeunesse. Déjà, un comité interministériel  — signe notoire que la chose est prise au sérieux — planche sur ses principales recommandations. Au menu : refonte de la loi, redéfinition de l’adoption, meilleur balisage des tribunaux et création d’un nouveau poste de commissaire au bien-être des enfants, qui encadrera à la fois les directions de la protection de la jeunesse (DPJ) ainsi que tous les services des écoles, des CLSC et des groupes communautaires. 

« La protection de la jeunesse, c’est plus que la DPJ. Si la DPJ est débordée, c’est parce que les familles manquent de services ailleurs », dit l’infirmière retraitée, qui a dirigé la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) de 2009 à 2017. « Trop de cas qui finissent à la DPJ auraient pu être évités. Elle doit redevenir ce qu’elle devrait être, c’est-à-dire l’équivalent des soins intensifs pour les enfants. »

Le constat du rapport de 562 pages est accablant. La DPJ reçoit 118 000 signalements par année, le double d’il y a 15 ans, 35 % de plus qu’il y a 3 ans, alors que les ressources n’ont pas augmenté. 

« Chacun travaille dans son corridor et reste dans son corridor, alors que l’information devrait circuler. Si un enfant vit un drame dans sa famille, l’école devrait le savoir », dit Régine Laurent. 

Arrivée d’Haïti à 11 ans, en 1968, elle fut la première femme noire à diriger un grand syndicat québécois. À la Commission, elle a été particulièrement sensible au taux de signalement très élevé pour les enfants issus de minorités : cinq fois plus que la moyenne pour les Noirs et les Autochtones. « Les intervenants doivent avoir une formation interculturelle et des liens avec les organismes communautaires. »

« Ça me fendait le cœur de parler de la “petite enfant martyre de Granby”. La nommer m’a apaisée. »

Régine Laurent

Si elle a accepté de sortir de sa retraite pour présider la Commission spéciale à la demande du gouvernement Legault, c’est qu’elle était scandalisée par le drame de Granby. « Comme pour bien des choses dans ma vie, j’ai dit oui sans trop savoir dans quoi j’embarquais, admet Régine Laurent. Heureusement ! »

Ces deux années de travaux et de témoignages ont laissé des traces. Elle est frappée de cauchemars depuis la première semaine d’audience. « Ça m’a ébranlée. Des jeunes venaient nous dire d’arrêter d’être une usine à itinérants. D’autres nous remerciaient de les avoir sortis de leur famille dysfonctionnelle. » Elle a dû travailler sur elle-même pour que son sentiment l’anime au lieu de l’écraser. « Ce qui m’a poussée à continuer, c’est l’idée que nous devons quelque chose à ces jeunes-là. »

Mère de deux garçons et bientôt grand-mère pour la première fois, elle raconte s’être consolée en donnant un surnom à la fillette de Granby, Ti-Lilly, inspiré de sa culture haïtienne. « Ça me fendait le cœur de parler de la “petite enfant martyre de Granby”. La nommer m’a apaisée. »

À la Commission, son passé militant est remonté à la surface lorsqu’elle a constaté que les travailleuses sociales — ce sont majoritairement des femmes — ne venaient pas témoigner par crainte de représailles de leur employeur. « Quand j’ai vu ça, je suis sortie de mon devoir de réserve. J’ai lancé un cri du cœur et le ministre a donné des directives très claires pour que tout le personnel sente qu’il pouvait témoigner à l’aise. » 

Ceux qui connaissent Régine Laurent ne sont pas surpris qu’elle se soit portée volontaire comme vaccinatrice en juin, après seulement quelques semaines de repos. « Régine est devenue infirmière parce qu’elle est une femme d’action, de concret », explique Marie-Claude Martel, ancienne directrice générale de la FIQ, qui cite les expériences de cliniques de quartier, les petites maisons pour aînés et les projets-pilotes afin d’établir le bon nombre de cas pour les infirmières. « Son grand projet était de créer un syndicalisme de solution plutôt que d’opposition. » 

Si François Legault a fait appel à une militante de gauche, c’est justement parce que l’ex-chef syndicale a la réputation d’être dure, mais parlable. « Je ne perds jamais de vue l’objectif, mais je suis capable de faire un pas de côté. On gagne toujours à écouter l’autre. »

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Régine Laurent ne fut pas la première femme noir à diriger un grand syndicat au Québec. Ce fut Madame Hélène Wavroch. Elle a été la présidente noire de la Fédération des infirmières et infirmiers unis du Québec. C’était une des 3 fédérations fondatrices de la FIIQ qui est devenu la FIQ. Elle a par la suite été nommé à plusieurs postes prestigieux par le gouvernement dont celui-ci:

Le gouvernement du Québec nomme madame HélèneWavroch, qui accepte d’agir à titre exclusif et à temps plein, comme membre et présidente du Conseil des aînés,ci-après appelé le Conseil.

SVP corriger. On le doit à la mémoire de Hélène qui a pavé le chemin pour les autre dès les années 1980!

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