Réinventer la vie

Pourquoi les handicapés ne pourraient-ils pas vivre dans un environnement aussi fonctionnel qu’avant-gardiste ? Richard Saulnier, de Saint-Lambert, a rallié des élus et des concitoyens à sa cause. Le Logis des aulniers sortira bientôt de terre!

Ces dernières années, Richard Saulnier n’a pas ménagé ses efforts pour rallier des gens à sa cause. En 2014, la Société canadienne de la sclérose en plaques, Section Montérégie, lui a d’ailleurs décerné le Prix du mérite RG Roy, en reconnaissance de «sa fougue, sa résilience et sa ténacité». (Photo: Mathieu Rivard)
Ces dernières années, Richard Saulnier n’a pas ménagé ses efforts pour rallier des gens à sa cause. En 2014, la Société canadienne de la sclérose en plaques, Section Montérégie, lui a d’ailleurs décerné le Prix du mérite RG Roy, en reconnaissance de «sa fougue, sa résilience et sa ténacité». (Photo: Mathieu Rivard)

Richard Saulnier affi­che un optimisme inébranlable. D’ici quelques semaines, quelques mois tout au plus, la Ville de Saint-Lambert devrait lui donner le feu vert pour mener à terme «son» projet, qu’il porte à bout de bras depuis sept ans.

Au début, quand il sillonnait la ville en quadriporteur à la recherche d’un terrain ou d’un immeuble susceptible d’accueillir des personnes à mobilité réduite, il était le seul à y croire. Mais petit à petit, on commence à s’inté­resser à cet «intellectuel à roulettes» autoproclamé et à ses arguments convaincants. D’autant plus que, dans l’intervalle, il a fondé un organisme sans but lucratif, Logis des aulniers, composé de Lambertois bien en vue: dirigeants d’entreprise, universitaires, responsables d’organismes communautaires.

Dans une autre vie, Richard Saulnier était directeur des communications à Vélo-Québec et pédalait allégrement des milliers de kilomètres chaque année. Sa famille et lui avaient la passion des voyages et du plein air. Mais en 2002, le verdict tombe: il est atteint de sclérose en plaques (SP) d’un type qui progresse lentement, mais sûrement.


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Au fil d’une douloureuse séparation et des deuils inévitables que sa maladie lui impose à mesure que le temps passe, l’homme a su trouver une cause à sa mesure.

«J’ai entendu Richard pour la première fois lors d’une assemblée publique à l’hôtel de ville. À l’évidence, son projet était porteur», dit Hugues Létourneau, avocat et conseiller municipal responsable du logement social. M. Létourneau a des proches atteints de SP. «Le corps ne répond plus, mais le cerveau fonctionne. Quand le milieu de vie le permet, on peut mener très longtemps une vie intéressante et productive», dit-il.

Prenant Richard Saulnier et son projet sous son aile, Hugues Létourneau sollicite son voisin et ami architecte Yves Dagenais, associé chez Menkès Shooner Dagenais LeTourneux (MSDL), pour «donner un coup de main». Celui-ci accepte sur-le-champ et propose de dessiner à ses frais un nouveau bâtiment… à condition qu’on lui laisse carte blanche.

Or, MSDL est l’un des plus prestigieux cabinets d’architectes au Québec: il a conçu l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme de la Place des Arts, la Maison du développement durable, le nouveau Centre de recherche du CHUM, assuré la co-conception de la Grande Bibliothèque… Yves Dagenais veut léguer un immeuble exceptionnel à sa ville: «Je vis à Saint-Lambert depuis 38 ans, j’y ai fondé ma famille, et un jour, je pourrais devoir, moi aussi, m’y déplacer en quadriporteur.»

Avec ses 25 logements d’une ou plusieurs chambres, sa grande salle commune et une intégration des équipements unique en son genre, l’immeuble lumineux qu’il a dessiné offre de hautes performances énergétiques. Et, il faut l’admettre, il est splendide. «Logis des aulniers va gagner des prix!» dit l’architecte avec force.

Dessiné par l’architecte Yves Dagenais, le lumineux immeuble comprendra 25 logements, une grande salle commune et un local pour les quadriporteurs.
Dessiné par l’architecte Yves Dagenais, le lumineux immeuble comprendra 25 logements, une grande salle commune et un local pour les quadriporteurs.

À l’extérieur, le parement de brique, appareillé à celui des bâtiments environnants, s’interrompt au troisième étage pour faire place au bois, à la façon des toitures inclinées des alentours. L’une des façades présente une séquence régulière de bandes verticales qui encadrent une série de loggias. Sur la façade principale, une bande de bois fenestrée s’étire sur toute la hauteur pour souligner l’entrée en retrait, qui offre un abri contre les intempéries. À l’arrière se trouvent des balcons en saillie. L’immeuble est en retrait par rapport à la voie publique, afin de le lier au «paysage construit», comme disent les architectes.

À l’intérieur, avec le concours du Groupe CDH (un groupe de ressources techniques rompu aux normes des programmes d’accès au logement de la Société d’habitation du Québec), tout a été conçu en fonction des besoins des occupants. Partout, les couloirs présentent un dégagement de 1,5 m (5 pi) de diamètre, et les équipements sont pensés de manière à permettre aux usagers de se lever, se laver, se vêtir, cuisiner et accomplir leurs tâches ménagères de la façon la plus simple possible.

«Quand je fais la cuisine, je dois pouvoir rentrer mon fauteuil sous l’évier et sous la surface de cuisson, ce qui exige une installation particulière de la plomberie et de l’électricité. Tout doit être à portée de la main d’une personne assise: mon lave-vaisselle s’ouvre comme un tiroir, mes espaces de rangement sont accessibles», explique Richard Saulnier. Chaque logement doit aussi posséder des ancrages dans toutes les pièces pour rendre possible, le cas échéant, l’installation d’un lève-personne. «Il y a des jeunes de 25 ans encore plus mal pris que moi», poursuit-il.

La modeste hauteur des plafonds — 2,5 m (8 pi) — permet d’ajouter à l’immeuble un étage de plus et donc d’avoir davantage de logements.

LAT16_MAISON_HANDI_02_exergue1Au sous-sol, on trouve un local réservé aux quadriporteurs, avec une salle des machines pour recharger les batteries et un compresseur électrique pour gonfler les pneus. Grâce à cette simple innovation, on gagne du temps, on épargne de substantiels frais de transport, et on s’évite bien des tracas: pour l’instant, il faut d’abord réserver le transport adapté du Réseau de transport de Longueuil (RTL) et se rendre au Centre montérégien de réadaptation pour faire ces opérations.

«On n’imagine pas à quel point la vie est compliquée pour les personnes à mobilité réduite. En leur offrant un espace de vie commun, on améliore leur qualité de vie, mais on fait aussi des économies considérables», dit Richard Saulnier. Le directeur général de la Société canadienne de la sclérose en plaques au Québec, Louis Adam, est de son avis: «La ressource principale contre la maladie, c’est l’entraide.»

De fait, la construction du Logis des aulniers est évaluée à 5,28 mil­lions de dollars; le coût par locataire oscille entre 15 000 et 25 000 dollars pour la durée de l’hypo­thèque de 35 ans qui serait consentie par la Société d’habita­tion du Québec, soit bien moins qu’une prise en charge en CHSLD (cen­tre d’hébergement et de soins de longue durée), d’environ 80 000 dollars par an, payée par l’État. «L’idée, c’est de proposer des loyers accessibles; pour un quatre-pièces, par exemple, le loyer sera d’environ 650 dollars par mois», précise Richard Saulnier.

La formule est prometteuse. Plus de 20 000 personnes sont atteintes de SP au Québec, trois fois plus de femmes que d’hommes. La maladie survient tôt, en général entre l’âge de 15 ans et de 40 ans, et elle est en hausse constante depuis 20 ans. «Il faut explorer de nouvelles voies sans tarder», dit Louis Adam, qui croit que Logis des aulniers, c’est l’avenir: «Il peut devenir un modèle pour bien des municipalités du Québec.»

Hugues Létourneau en est, lui aussi, persuadé: «Au Québec, toutes les villes de 15 000 habitants ou plus ont, en principe, l’obligation de s’intéresser à l’intégration des personnes handicapées, et elles ont accès à des ressources financières pour des projets “socialement acceptables” comme le nôtre.»

Richard Saulnier, lui, ne tire aucun profit de l’aventure, si ce n’est la satisfaction du devoir accompli. Et aussi un premier choix pour l’un des logements: «J’aimerais bien l’appartement du coin, vers l’ouest, au quatrième étage; la vue sera belle!»

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6 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Bravo et encore bravo!
Du monde comme vous il nous en faut plus.
Je suis fière et heureuse de l’ouverture d’esprit que nous avons au Québec.

Bravo Richard; ta persévérance face à ce projet a finalement débouché. Bravo encore milles fois. On s’est croisé à certaines AGA de la SCSP-Montérégie et lors des débuts du groupe d’écriture du Recueil »Vivre ma sclérose. ..autrement’

Merci du fond du cœur de m’avoir ouvert l’esprit de l’existence des personnes fortes et déterminés comme Vous. Merci d’avoir donner une sens à ma vie.

hello,
How can I register for this apartment & when is the availability? I live in Greenfield Park. I have MS and I am looking for an adapted apartment? Thank you!

L’ACTUALITÉ – COURRIER DES LECTEURS
En réaction à l’article Réinventer la vie – édition Décembre 2016, pages 50-52.
Les aînés de la Maison Desaulniers ont aussi droit à leur qualité de vie
Le projet d’habitation Logis des aulniers, à Saint-Lambert, piloté par M. Richard Saulnier, est en soi louable et répond sans doute, pour les personnes handicapées auquel il est destiné, à des besoins réels. L’article signé Patrick Émiroglou en présente une vision attrayante et sympathique… mais malheureusement incomplète. En effet, ce que ne disent ni M. Saulnier ni le journaliste, c’est que ce projet s’approprierait la totalité du terrain de stationnement dont dispose la Maison Desaulniers depuis 1981.
Qu’est-ce que la Maison Desaulniers ? C’est un organisme communautaire de plus de 500 membres fondé en 1973, dédié aux personnes du troisième âge qui offre une grande variété d’activités de loisir et d’apprentissage contribuant au maintien à domicile et à la qualité de vie des aînés de Saint-Lambert. Il suffit de consulter le site internet http://www.stlambertseniors.ca pour s’en convaincre. Or, on comprend facilement qu’en raison de leur âge, bon nombre de ces personnes sont à mobilité réduite et dépendent de leur automobile pour se déplacer. Si la Maison Desaulniers perd son stationnement, il est évident que les activités offertes par cet organisme ne seront plus accessibles pour un grand nombre d’aînés. Ces résidents de Saint-Lambert sont des citoyens ayant contribué pendant des décennies au développement et aux services de la ville. Il est naturel et légitime qu’en retour ils puissent maintenant bénéficier sans contrainte d’un lieu sécuritaire et agréable : ils l’ont bien mérité !
Doit-on déshabiller Pierre pour habiller Paul ? Faut-il enlever aux aînés l’accès à des services qui contribuent à leur bonheur et leur qualité de vie pour donner cet espace à d’autres personnes ayant sans doute aussi des besoins mais qui pourraient certainement être comblés ailleurs.

Bonjour,
Il faut absolument que je vous contacte! Depuis environ un an, j’ai dans l’idée d’initier un projet comme le vôtre, en réponse à une compatriote, plus jeune, qui est atteinte de la forme progressive et qui commence à considérer s’établir en CHSLD, faute de choix.
Merci pour vos efforts…et l’espoir que vous nous donnez!

M-A. Lupien
[email protected]