Relancer le débat

« Bon sang que nous, les Québécois, avons de la misère avec le débat ! Il y a dans sa crainte un vieux fond canadien-français de respect de l’ordre, l’idée qu’il ne faut pas faire de peine à autrui. »

Photo : Daphné Caron

Le dimanche soir, c’est du bonheur. Je regarde les débatteurs s’asticoter, avancer des arguments raffinés ou rentre-dedans, manier parfois la mauvaise foi. Ça fuse de partout. Ils ne lâchent pas leur point, tentent une esquive séductrice pour mieux attaquer à la jugulaire. À la fin de l’émission, j’ai appris sur la thématique de la soirée. Mes certitudes ont été remises en question. J’ai le cerveau qui crépite. Je viens de passer un formidable moment avec la bande d’On n’est pas couché, à TV5. Puis, je zappe à Tout le monde en parle, où on applaudit en chœur le dernier humoriste consensuel…

Mais pourquoi cette obsession du débat ? me demandera-t-on. C’est du monde qui s’obstine, qui crie, se chicane. C’est stérile ! Ça fait pleurer les gens !

On se prive de beaucoup en ayant peur de débattre. Le débat est essentiel pour asseoir une démocratie. L’opinion publique, pour s’exprimer avec sagesse, pour voter en connaissance de cause, doit être informée des enjeux ambiants. C’est nécessaire pour faire des choix éclairés. En ce sens, argumenter, confronter ses idées avec celles des autres aide en définitive à garder la démocratie vivace.

Mais bon sang que nous, les Québécois, avons de la misère avec le débat ! Il y a dans sa crainte un vieux fond canadien-français de respect de l’ordre, l’idée qu’il ne faut pas faire de peine à autrui. Mais pas que.

En fait, on pourrait même avoir l’impression qu’on débat beaucoup au Québec, ces temps-ci. Sur les ondes, dans les quotidiens, des légions de commentateurs s’expriment sur la question du jour. Deux modes opèrent : on se crie des noms par chroniques interposées et ça vire à l’antagonisme. Ou alors, il y a apparence d’opposition qui dissimule un consensus lénifiant. Dans tous les cas, le mot « débat » est galvaudé. Vidé de sa charge, farci de clichés.

Car où peut-on débattre réellement, librement ?

À l’université ? De moins en moins. Des colloques et conférences sont proscrits, ou réservés aux « pareils » (genrés ou racisés). Beaucoup de professeurs paniquent à l’idée de nuire à leurs subventions ou à leur statut au sein du département.

Sur les réseaux sociaux ? Ce sont des défouloirs souvent anonymes. Facebook et Twitter sont des communautés d’opinion où on se conforte entre semblables. Lorsqu’une idée dissonante émerge, elle est rapidement torpillée. On accusera son auteur d’amalgamer les choses et on pratiquera la phrase assassine pour éteindre toute discussion.

Dans les médias ? Où sont les émissions de débat ? Nos chaînes publiques devraient en proposer. Les sujets, du culturel au politique, foisonnent. Or, notre télévision se vautre dans le divertissement rassurant avec les mêmes sempiternelles vedettes.

Tout se passe comme s’il était préjudiciable de débattre. Risqué de choquer, d’ennuyer, ou de perdre des téléspectateurs ou des auditeurs. Alors que le péril est bien plus grand de NE PAS débattre : étiolement de la démocratie, de la parole originale, danger de populisme et de paresse intellectuelle. Cela dit, plusieurs sujets sont aujourd’hui sulfureux. Notre époque postmoderne avance en terrain miné. Pour parler écologie, féminisme, immigration, islam politique, mieux vaut être un expert certifié, reconnu par ses pairs, et avoir LA bonne position. Tout point de vue surprenant sera perçu comme une trahison, une offense, et non pas comme une occasion de faire progresser les idées. Les mots eux-mêmes sont piégés, conçus pour faire trébucher du côté de l’anathème, intimider le non-initié.

Le débat — on devrait dire la « conversation », tant il est balisé — devient l’apanage de chapelles idéologiques, de représentants de lobbys ou d’ex patentés qui ont un avis mou sur tout. Et tout ce beau monde poli est bien conscient que la police de la pensée rôde…

Les obstacles au débat sont nombreux. Mais il faut en retrouver le goût. Le débat est un muscle essentiel du corps démocratique. On doit le garder en forme. Et contrairement à ce que beaucoup croient, ce n’est pas un sport violent. Il y a cette idée où il faut remporter le débat, écraser son adversaire. Un bon débat est pourtant celui où, sans se renier, on apprend à se nourrir du point de vue opposé, à nuancer.

Écoutons les amateurs de sport qui, eux, savent débattre à propos du Canadien ! Ils sont fougueux, passionnés. Transposons cette ferveur aux enjeux sociaux ! Ça pourrait même faire de la bonne télévision rassembleuse…

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Comme disait Brel, »Vous avez mille fois raison… » madame Bazzo. Les gens croient avoir un débat télévisé en regardant « Les échangistes » ou « La Joute » (quoique cette dernière est plus publique que l’autre qui est pratiquement exclusivement artistique); et quand on écoute les émissions « d’opinion » radiophonique (de Québec ou d’ailleurs), les seules opinions émises sont celles des animateurs et ça tourne toujours dans le même sens. On nous dit bien de communiquer avec ces « animateurs », mais très exceptionnellement on laissera un auditeur s’exprimer en ligne, et si ça se produit, ce dernier devra parler dans le sens du monde s’il ne veut pas se faire couper la parole pour passer à un autre appel. Les Mongrain, Paradis et ceux de la radio « pop » sont peut-être connaissants de leur sujet, mais si un auditeur ne dit pas comme eux, il ne fait pas long feu au téléphone alors que s’il parle comme eux, l’échange peut durer quelques minutes.
Quand on regarde « On n’est pas couché » c’est souvent cacophonique, mais au moins, on débat. J’ai hâte de voir ça au Québec.

J’aime bien cette émission français ; toutefois ,
le ton des Moix et Angot m’agace au plus haut point , et
leur arrogance devient rapidement laxative . Des
préambules qui s’éternisent et bla bla bla ! À part
ces deux personnages parfois agressifs , ça va pour le
reste .

C’est vrai qu’ici au Québec, on ne débat pas; on se bat. À l’époque des Mongrain et des Paradis, ça ne valait pas mieux, si vous aviez la même ligne de pensée que les animateurs, ça allait, vous pouviez jaser 2-3 minutes avec eux; si non, vous ne faisiez pas grand feu et ils passaient à un autre appel. Quant aux émissions style « Les Échangistes, Y a du monde à Messe, etc » c’est du potinage avec toujours les mêmes « t’artisses ». Il y a eu votre émission qui, hélas, est disparue et c’est dommage. Ce n’est pas aujourd’hui la veille que nous aurons des « Zemmour, des Soral, des Onfray » sur nos plateaux télé; c’est trop demandant, trop exigeant. Ça demande trop de philosophie, trop d’intellectuel, trop de réfléchi. Et pourtant, nous avons tout ça ici même au Québec, mais comme ils sont majoritairement à contre courant, vaut mieux ne pas leur laisser la chance de parler, ça dérangerait trop la bien-pensance !

Excusez ce deuxième commentaire, je croyais que mon premier n’avait pas été reçu et j’en ai donc fait un deuxième. Ça fait un peu redondant.
Mille excuses

Vous avez raison , faut pas déranger le politiquement
correct des meneuses et meneurs , du clergé de certains
lobbys .

Zemmour ? Il y a ici son succédané, son simili : Mathieu-Bock !

Soral ? Il est fou !

Onfray ! Surfait …

Mouais… mais vite de même, je n’arrive pas à me souvenir de qui était les contradicteurs qui soutenaient un point de vue fédéraliste à Bazzo.tv. Paul St-Pierre Plamondon ? Vincent Marissal ?

Vous avez amplement raison., Mme Bazzo. Et j’aime bien vos chroniques au 15/18. Une émission comme « Droit de parole » et comme « Bazzo » est essentielle et j’espère que Télé Québec pourra en mettre une sur pied très bientôt. Il en va de sa mission éducative.

Je n’aime pas l’arrogance de certains Français lorsqu’ils débattent. J’avais bien aimé «Il va y avoir du sport» sauf que lorsqu’on parlait en même temps, on ne comprenait plus rien. Ce serait bien d’avoir une émission où des gens débattent, accompagnés d’entraîneuses-d’entraîneurs (des philosophes par exemple) qui les aident à affûter leurs arguments. Un titre comme «Je donne ma tête à couper» ou «Ma tête sur le billot», un titre punch où on apprend à argumenter.

Vous avez bien raison. La très grande majorité ne font pas la distinction entre argumenter et s’obstiner, la dernière ayant toujours le haut du pavé.

Les français sont tout autant arrogant que les québécois mais eux savent débattent alors que les québécois s’obstinent

Madame Bazzo, j’espère que vous lisez les commentaires à la suite de vos chroniques, parce que c’est un sujet qui me tient tellement à cœur, j’y réfléchis souvent.
Vous avez étudié en sociologie, vous êtes donc d’entrée de jeu, mieux équipée que moi pour discourir sur le sujet
J’y vais donc simplement, en toute légitime humilité, avec mon français pas parfait de secondaire V.
Un peuple n’est-il pas tributaire se son histoire?
Lorsqu’en France on guillotinait des têtes, en Nouvelle-France l’on devait s’entendre avec son voisin. Même si on pouvait ne pas le trouver sympathique, en hiver, c’est le seul qui pouvait nous sauver la vie. Nous avons aussi, au contact des autochtones, eu cette propension à pratiquer le consensus.
Tout ça laisse des traces.
France Bazzo, Isabelle Maréchal, Sophie Desrochers, Pierre Foglia, et il y en d’autres, nous font souvent le reproche que vous nous faites ici, et que vous nous avez fait plus d’une fois. Vous êtes tous/toutes des personnalités où. ce qui est européen a contribuer, plus que pour les québécois de souche, à façonner votre manière de penser. Sans parler des Denise Bombarbier de ce monde québécois qui veulent bien s’assurer que nous sachions qu’ils/elles se sont bien extirper ce cette petitesse québécoise.
Comment trouvez-vous ces show de chaises à la télé française où, assez souvent, l’on bascule dans l’insulte pour faire valoir son point de vue.
Madame Bazzo, êtes-vous là?
Je vous pose la question.
On est-tu un p’tit peuple?
Je vous le demande avec une infinie tristesse dans l’âme…..

Je suis entièrement d’accord avec vous. Ç a manque beaucoup ds l’offre télévisuelle. On en trouve au Canal Savoir et on devrait en avoir à Radio-Canada et Tele Qc et ailleurs.
Merci de traiter ce sujet.

Comme vous avez raison! La programmation télévisuelle au Québec est monopolisée par des artistes qui invitent des artistes pour parler de problèmes ou de réalités d’artistes. Ces « artistes » sont en fait des amuseurs publics qui fuient le débat ou qui se prononcent sur tout et de manière superficielle. L’émission On n’est pas couché, et il y en a d’autres sur les chaînes françaises où l’on aime débattre, nous changent de cette grisaille insipide. Heureusement qu’il reste les documentaires du genre Découverte, La Planète bleue et Des racines et des ailes pour stimuler nos cerveaux et élargir nos horizons.

Un débat, est-ce une discussion ou nous pouvons partager nos opignions ou est-ce un argument ou l’un ou l’autre doit gagner?

Ça fait 20 ans que je le répète! Si les intellectuels et artistes savaient debattre comme le font les amateurs de sport, notre monde n’en seraient que plus clair et son air infiniment plus respirable. Sauf que…
Combien ont payé de leur carrière, voire de leur réputation en mettant de l’avant cette volonté de débattre?
Nous nous privons réellement de quelque chose de précieux en n’acceptant le débat que sur la base d’opinions et en refusant celui qui porterait sur les idées…

Vous avez raison. Dans ma famille, pas moyen de parler de politique ou de religion. Le doyen a décidé que ces 2 sujets étaient tabous. Comme c’est ennuyant.

Ouais…mais ça fait une famille plus unie non?

Combien de débats politiques durant les partys de famille ont fini en chicanes interminables où certains membres ont cessé de se parler durant des décennies?

Bref, votre doyen a raison.

« L’opinion publique, pour s’exprimer avec sagesse, pour voter en connaissance de cause, doit être informée des enjeux ambiants. C’est nécessaire pour faire des choix éclairés »

Les choix électoraux se font en fonction de la popularité du moment. La CAQ mène dans les sondages, alors il faut voter Legault. Sans même se douter que si on leur donne un gros mandat fort on vivra une austérité pire que sous les Libéraux. Bravo pour le changement tant souhaité. On ne se renseigne même pas sur le programme du parti. On s’invente même des raisons qui n’ont aucune commune mesure avec les aspirations du parti. Pire encore, même s’il y avait une émission où il y aurait des débâts éclairants, ceux qui sont le plus à risque de voter n’importe comment ne s’y intéressaient même pas. La politique c’est « ouache ». Les politiciens sont tous corrompus. Ce sont les excuses courantes. Et puis bon, les sondages ont sûrement raisons. Pourquoi chercher à se renseigner, hein ? Comme le disait si bien un vieux slogan radiophonique : tout le monde le fait, fais le donc…

Exact.

Les Américains ont voulu du « changement ». Ils en ont eu.
Les Montréalais ont voulu du « changement ». Ils en ont eu.
Regardez ce qu’ils ont l’air maintenant avec leur « changement!!!

Idem pour ce qui est de « l’austérité ». Si vous croyez avoir vécu de « l’austérité » sous les Libéraux (bien que les dépenses gouvernementales n’aient jamais cessé D’AUGMENTER), attendez voir ce que la CAQ vous réserve.

Ce que je retiens c’est que les gens veulent du « changement » à la condition que ça ne change rien pour eux.

Totalement d’accord avec vous, madame Bazzo! J’ai dit souvent que je m’ennuyais des débats-télé avec Claire Lamarche. Personnellement, j’aime émettre des idées, des solutions, des questionnements à tout problème social, sur mon compte Facebook ou Twitter. Malheureusement, trop peu de mes amis Facebook osent émettre leur opinion, où, sur Twitter, aucun homme ou femme politique ne rép0nd, ni aucun journaliste d’ailleurs à mes interrogations, à mes suggestions. Un exemple: j’ai demandé à notre très cher selfiste Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, d’avoir l’honnêteté de demander à l’ensemble des contribuables canadiens ce qu’ils pensent de son projet de loi de légalisation du pot. Aucune réponse. J’ai déjà proposé à tous les chefs de parti du Québec de consulter la population, par référendum populaire, pour tout sujet touchant le vivre-ensemble, le mieux-être de tous et chacun, comme sur l’exploitation du gaz de schiste, l’oléoduc pancanadien, les accommodements religieux… Encore là: aucune réponse. Mais, malgré ces déceptions, je continue à écrire, à proposer mes idées, mes solutions… C’est ma façon à moi de m’impliquer pour changer des choses. Mais, je me sens bien seul, parfois. Merci!

On ne peut quand même pas gérer une province, une ville ou un pays à coup de référendums.

On a élu des gens pour nous représenter et pour gérer notre État. Que l’on aime ou non leurs décisions, on doit s’y soumettre et attendre les prochaines élections pour les juger. C’est la démocratie.

De plus, imaginez un gouvernement qui perdrait son référendum. Il devrait logiquement démissionner non? Et qu’arrivera-t-il au prochain gouvernement qui perdra également son référendum? Une autre démission? On n’en finirait plus, d’autant plus que la sagesse populaire du moment est rarement une bonne chose à long terme.

Marie-France Bazzo demeure parmi les chroniqueuses les plus pertinantes dans l’ensemble du Québec. Elle frappe toujours en plein dans le mille.

Un des problèmes c’est que les gens ne pas de colonnes comme on dit. Ils ont peur de se faire juger comme des chialeux a la place de quelqu’un qui veut aller de l’avant avec des propositions positives le peuple Québécois critique souvent dans leur coin mais quand c’est le temps d’aller au front, personnes ne suit, les politiciens le save et ils jouent avec cette carte depuis des années. Pourquoi penser vous que les autres nationalités sont plus écouter, car ils savent qu’ils ne lâcheront pas. Certaines compagnies joues aussi avec cette carte. Ils faut que le peuple change d’attitude avec des débats et suggestions intelligentes et constructives pour le présent et futur et arrêter de faire t’aire nos enfants et les éduquer pour que cela change. Un vieux dicton. La compagnie est aussi bonne que c’est employer. Le problème est que l’argent mène le monde alors l’honneur, la fierté prend le bord. Alors pourquoi pas que les patrons de grosses firmes ne passe pas plus de temps à essayer de résoudre les problèmes en bas de l’échelle c’est parce que l’argent coule comme de l’eau Pour eu. Alors si l’argent mène le monde et les commentaires le détruit est que le peuple à assez d’audace pour le faire le début du changement??? Bonne chance .

Colonne que vous avez évidemment!
Les champions du «parler dans face» se déchainent.
Allez québecois, cessez d’être vous-même, soyez comme les français.
Ciel……

« Notre époque postmoderne avance en terrain miné. »

Oui, justement parce qu’elle se veut « postmoderne », c’est-à-dire seulement dans la mesure où quelqu’un (comme la citoyenne Bazzo?) croit au slogan du prétendu « postmoderne », qui sous son apparence de périodisation (périodisation au présent de l’indicatif, tu parles!) est en fait une idéologie qui prétend être contre les idéologies. (Ou encore: un anti-intellectualisme conçu par des ultra-intellectuels).

Chaque fois que j’entends « postmoderne », je pense à celui qui a lancé ce slogan martelé par les crédules tout au long des années 1990-2000 : le philosophe Jean-François Lyotard, pour qui « le judaïsme est une psychose » et qui veut « donner droit de cité à l’inhumain ». (Rigoureusement sic. Exemples cités par Jean-Pierre Faye dans ‘LANGAGES TOTALITAIRES 2 : LA RAISON NARRATIVE’).

Pour l’idéologie postmoderniste, l’idée même d’antagonisme ou de conflictualité est une abomination ; tandis que la démocratie parlementaire ou pluralisme constitutionnel, au contraire, sert à canaliser les conflictualités (« an agreement on how to disagree ») et certes pas à les abolir. Suivez jusqu’au bout la ligne du prétendu « postmoderne » et vous aboutissez à abolir l’idée même d’opposition.

Alors, à ceux qui nous demandent sur un ton crétino-supérieur : « Vous êtes pas tannés de la chicane? », il faut savoir répondre : « Non. » Et à ceux qui s’exclament (sur le même ton) : « This is divisive ! », il faut savoir répondre: « Yes, so what? »

Crétino-supérieur: Un tel terme rehausse-t-il le ton de cette chicane que vous souhaitez tant.
Débat ou foire d’empoigne où, plus on insultera l’adversaire, plus on pourra le déstabiliser et ainsi jouir d’être «le Roi de la montagne»

L’actualité, c,est à toutes les secondes dans le monde avec les médias sociaux. ce que vous dites « Pour parler écologie, féminisme, immigration, islam politique, mieux vaut être un expert certifié, reconnu par ses pairs, et avoir LA bonne position. Tout point de vue surprenant sera perçu comme une trahison, une offense, et non pas comme une occasion de faire progresser les idées. Les mots eux-mêmes sont piégés, conçus pour faire trébucher du côté de l’anathème, intimider le non-initié. » Quoi dire? pourquoi dire? et surtout comment dire! quand dire? Est-ce qu’on sait?

Juste avant que les portes ne se referment, madame Bazzo a lâché un gaz dans l’ascenseur et s’en est allée.
Elle nous laisse enfermés avec cette odeur de «empoignez-vous….»
Pour un instant, je vous invite à cesser de vouloir être le victorieux de l’argument, et d’accepter de répondre.
On est-tu un p’tit peuple?

« Crétino-supérieur: Un tel terme rehausse-t-il le ton de cette chicane que vous souhaitez tant ? »

Plus la pression de l’unanimisme augmente, plus le recours à un langage vert s’impose. Avant de rehausser le ton d’une chicane, encore faut-il qu’elle ait lieu. De plus, nous vivons une époque où les gens se déclarent « offensés » à la moindre contrariété. Moi, des insultes, je suis capable d’en prendre et je m’attends à ce que les autres en soient capables aussi. Ce n’est pas agréable, mais la liberté d’expression est à ce prix.

Je comprends que lorsqu’on gagne sa vie à débattre, alors débattre c’est important. Il en va de notre gagne-pain. Mais débattre n’est pas une fin en soi. Peut-on avoir un discours plus intelligent ?

Effectivement, je suis pas mal d’accord avec vous, même si je ne l’ai pas vraiment démontrer dans les commentaires que j’ai fait.
Je me suis laisser aller à mes émotions, sur ce sujet qui m’est très sensible.

Comme tout savoir, la capacité de débattre nécessite un apprentissage scolaire et académique. Apprendre les mots et les concepts pour exposer une réflexion rationnelle, comprendre l’argumentaire de l’autre avec une écoute constructive et surtout développer une pensée critique. L’école et l’éducation sont les premières nourrices de la démocratie participative. Developper une pensée critique peut être et doit être enseignée dès le jeune âge. Cet enseignement est peu coûteux et peut être intégré dans certains cursus actuels. Une pensée critique nous permet de combattre les croyances et les propagandes et de débattre d’une idée de façon rationnelle.

Madame Bazzo,
avec votre grand talent , svp développez un concept et produisez une émission qui permettrait à la fois d’instruire, d’initier et de pratiquer le débat.

Depuis très longtemps j’apprécie l’émission de M Ruquier et ce pour les mêmes raisons que vous.

J’aime bien ONPC.

J’aime bien aussi Yann Moix et Angot. Moix est surprenant, il a beaucoup mûri depuis son passage à TLMEP avec Ardisson, il y a quelques années, où Labrèche était passé …

Sa définition récente de la laïcité à l’aune de la loi de 1905 et d’Aristide Briand était exemplaire. Preuve que peu a une compréhension de la chose.

Bonjour Marie-France,
Je m’ennuie terriblement de votre émission Bazzo.TV. Il semblerait qu’elle était trop nuisible.
J’aimerais votre retour et je rêve d’avoir une émission comme celle de Bill Maher où le but est de confronter des idées, toutes, et pas seulement celles qui nous confortent.

Probablement une des raisons pour lesquelles le Québec fait du surplace depuis tant d’années. Consensus imposé, en quelque sorte généralisé, presqu’institutionnalisé.

Un détail que personne ne semble penser à ajouter : ici même à ‘L’ACTUALITÉ’, comme à ‘LA PRESSE’, tout comme ailleurs, il y eut – jadis et naguère – des pages forums. Et dans ces pages-là, malgré toutes sortes de scories, pugilats, échanges plus ou moins stériles, il y avait vraiment débat : l’essentiel étant, bien entendu, d’avoir un bon modérateur. Pas de forum sans modérateur-modératrice digne de ce nom. C’est à l’époque où des forums battaient leur plein dans différents médias que les obnubilés de la technologie, les yeux comme des soucoupes, nous assuraient que c’était la révolution de l’opinion publique, que rien ne serait plus comme avant, etc. (Je pense à des baby-boomers exaltés comme Mario Roy, par exemple).

Mais cette formule a été abandonnée, dans ‘LA PRESSE’, comme dans ‘L’ACTUALITÉ’, comme dans les autres médias écrits. Et désormais, il faut laisser des petites notes en bas de page des chroniqueurs-vedettes qui, par le truchement des blogues, ont repris l’exclusivité du crachoir. Ça s’est remis à tourner en rond, souvent dans le formol.

Commenter, ce n’est pas débattre ; et surtout, ce n’est pas LANCER un débat. Un simple lecteur ne peut plus décider de quel sujet il va être question.

Je me rappelle du western intellectuel que je m’étais payé dans les pages forum de ‘LA PRESSE’, il y a de cela un bail, avec ma petite démonstration intitulée ‘PRÉSENCE DE L’ANTIRACISME RACIAL’, en quatre parties ! J’avais sorti tous mes Italiens pour l’occasion – de tous les partis de l’Arc constitutionnel, comme on disait au bon vieux temps. Et ma foi, ça avait bardé, bien qu’à terme j’aie perdu la partie. (Je dis « perdu » car aujourd’hui, tout le monde trouve ça bien normal, y compris ses ennemis jurés, de voir Justin Trudeau se prendre et être pris pour la statue de l’antiracisme guidant le monde alors même qu’il croit à l’existence d’un prétendu « sang latin » ou d’un soi-disant « sang français », comme si les peuples ou les civilisations étaient des races !)

Enfin bref, un blogue n’est en rien un forum et commenter n’est pas débattre. Si madame Bazzo aborde le sujet pour aborder le sujet et non pour faire l’intéressante, qu’elle réclame à ‘L’ACTUALITÉ’ le retour des pages Forum, tiens.

Oui, il n’y a plus ou peu de débat, et c’est dommage. Mais on peut accuser au premier chef la rectitude politique, ce mal qui ronge notre société depuis maintenant une vingtaine d’années. Qui osera aujourd’hui relever des différences ou pire, prendre position pour une de ces différences sans recevoir une pluie d’injures? C’est vraiment dommage parce que çà fait une société homogène, sans saveur et sans couleur. Peut-être le fruit d’une éducation à l’école du genre Passe-Partout où tout le monde, il est fin et gentil.

« Mais on peut accuser au premier chef la rectitude politique, ce mal qui ronge notre société depuis maintenant une vingtaine d’années. »

En fait, c’est un peu plus d’un quart de siècle. L’expression « politically correct » apparaît d’abord sur les campus américains, au début des années 90, juste après la fin de la Guerre Froide. Et elle est introduite en mode négation : « Tu n’es pas politiquement correct ! »

Puis l’expression se répand comme une traînée de poudre, pour désigner toute forme de conformisme idéologique. Mais – et c’est le point que je veux faire ici – le phénomène lui-même de l’imprégnation politically correct n’est guère analysé, en fin de compte, ou alors très faiblement. Tout ce qu’on dit et répète, c’est que c’est déplorable. Ben oui, mais encore ?

Chose incroyable, la question « qu’est-ce que » est à peu près absente. Qu’est-ce que la political correctness ? En quoi consiste-t-elle vraiment? Quelle est sa genèse ? Y a-t-il des « ismes » qui l’alimentent, qui l’ont alimentée ? Lesquels ? Les heideggeriens français ont-tu un rapport avec ça ? Ce qui se passe au même moment en Yougoslavie, au Rwanda a-tu un rapport avec ça ? Etc. Évidemment que si on ne se met jamais à se poser ces questions, aucune réfutation digne de ce nom de l’imprégnation politcally correct ne peut prendre forme, et la politcal correctness passe, comme la caravane tandis que les chiens aboient.