Remettre la pâte à dents dans le tube

En matière de pandémie comme d’environnement, les mauvaises habitudes sont bien difficiles à perdre. 

Photo : L'actualité

Bonne chance ! Comment vous allez faire pour que les mesures soient à nouveau respectées, alors qu’on a passé l’été en bedaine avec une bière à la main à hurler « Go, Habs, go ! » la bouche pleine de chips ? Hein ? Comment vous allez faire pour dire aux Québécois de se distancer dans la queue à l’épicerie et de respecter les flèches par terre, alors que ça fait des mois qu’on les piétine, comme mes petits marchent sur mon autorité quand je leur dis : « Oui, save ta game, on mange ! »

Bonne chance ! Ça ne va pas être facile. La deuxième vague est là, semblerait-il. Mon seul soulagement, c’est qu’elle est « enfin » arrivée, nous qui l’attendions comme le Bonhomme Sept-Heures depuis des lustres. Là, au moins, on pourra faire face à un réel ennemi plutôt qu’à un monstre imaginaire. Des centaines de cas par jour, qui deviendront quoi, des milliers ? C’est dur à dire. Cinquante pour cent des cas en ce moment sont chez les 18-34 ans. Ces « jeunes-là » seront-ils affectés à long terme ? Vivront-ils avec des séquelles ? Comprennent-ils qu’ils contaminent les autres ? Ou ça se « frenche » en faisant les derniers barbecues de l’année dans le parc ? Je n’en sais rien. Ce que je sais, parce que j’élève des humains, c’est que les humains peuvent changer d’habitudes, mais ce n’est pas facile. Et là, ça va prendre quoi ? Comment vous allez faire pour faire respecter les consignes et pour que les masques se mettent enfin « sur » le nez, et pas sous le nez ? Mon Dieu que je n’aimerais pas être à la place de ceux qui doivent non seulement imposer des règles, mais en plus les modifier à vitesse grand V, parce que la vague est finalement une fusée qu’on n’avait pas vue venir.

Code vert, jaune, orange, rouge ? Rouge fluo ? Pas facile de suivre, et pourtant j’écoute la radio, je lis les journaux, je passe trop de temps sur Twitter. Je me tiens au courant. Si tu suis tout ça d’une oreille distraite, je ne pense pas que tu saisisses l’ombre de ce qui se passe. Et de ce que tu dois faire. Donc, tu te fais regarder avec de gros yeux dans la queue de la SAQ parce que tu colles ben trop le monde. Dans les faits, on va devoir retourner à une discipline beaucoup plus stricte. Il va falloir effacer les réflexes de l’été, de notre jeunesse, souvenez-vous, le bon temps où nous n’avions même pas 100 cas par jour, et revenir à quelque chose de plus gris. De plus gris, mais sans la peur du début.

Nous avons moins peur, c’est bien pourquoi le gouvernement est dans le pétrin. Nous nous sommes habitués. Nous arrivons pour l’instant, et depuis plusieurs mois, à vivre malgré cette pandémie mondiale. La peur du début, de l’inconnu, n’est plus là. Nous nous sommes accoutumés. Et, pour bien des gens, cette pandémie ne change pas grand-chose. Comment faire prendre conscience à toute une population que, oui, les conséquences sur le système de santé sont énormes, mais que, non, même si ton confort est presque intact, tu ne peux pas vivre comme tu vivais avant ? Tu ne peux pas fêter tes fiançailles, ton mariage, tes 30 ans… C’est mort. Nous vivons une situation d’urgence qui se voit moins qu’elle se voyait. Mais qui est là. Je pense que, comme pour les changements climatiques, on attend que ça se voie. Beaucoup. Pour agir.

Mais pour l’instant, bah, je vais continuer à prendre mon char. Ce n’est pas facile, élever des humains.

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Remettre la pâte à dents dans le tube
Vous avez bien raison! Je me souviens avoir pensé et dit : « S’il s’agissait de la peste, qui se voit sur le corps, crois-moi, tout le monde serait pas mal plus prudent! »
Mais le mal est invisible… ou presque. Et les gens pensent que ce qui ne se voit pas ne peut faire de mal.
Quelle erreur :o(

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Excellent billet, qui témoigne bien de la situation actuelle.
J’ai failli ne pas le lire cependant à cause du titre : pâte à dents est un horrible anglicisme qui me fait saigner les yeux. Pour une fois que le mot français est plus court et simple que son équivalent anglais!, on ne pourrait pas juste utiliser le bon mot : dentifrice.

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