Résister aux trouillards

On savait les conservateurs rébarbatifs à la science lorsqu’elle contredit leur idéologie. Mais on ne les savait pas poltrons…

L'édito de Carole Beaulieu : Résister aux trouillards
J.-M. Fournier (photo : S. Kilpatrick / PC)

Si les membres du gouver­ne­ment Harper refusent de modifier les articles les plus déraisonnables du projet de loi C-10, présen­tement à l’étude à la Cham­bre des communes, ils nous con­firmeront qu’ils ont peur de leurs enfants, peur des plus démunis, de ceux qui auraient le plus besoin d’éducation, de formation, de traitement…

Tellement peur d’eux qu’ils ne pensent qu’à les enfermer, refusant même aux juges et aux procureurs la possibilité de faire preuve de sagesse et de décider si la société ne serait pas mieux protégée par une peine plus adaptée, purgée dans la collectivité ou dans un établissement où un enfant à la dérive peut devenir un homme, dans un cadre bien supervisé.

Toutes les études le disent. Tous les rapports le prouvent. Punir des mineurs par des peines d’emprisonnement sévères encourage la récidive et augmente les coûts pour la société. Une main tendue, ferme, exigeante, encourage la réinser­tion sociale et nous protège tous mieux à long terme. Car ces jeunes sortent un jour de prison et deviennent nos voisins…

Publier désormais leur nom, comme le veut l’article 75 de la nouvelle loi, est contraire à toute réinsertion. Un adolescent n’est pas un adulte et ne doit pas être traité comme tel.

Il est normal de craindre la violence et de vouloir s’en protéger. Surtout si on en a été victime. Les agresseurs de nos cauchemars deviennent alors l’incarnation du mal, des êtres déshumanisés qu’on ne songe qu’à enfermer. À moins de raisonner sa peur…

Début novembre, le ministre de la Justice du Québec, Jean-Marc Fournier, a brandi bien haut ce flambeau de la raison lors de son intervention en commission parlementaire à Ottawa.

« Non », nous ne paierons pas pour les nouvelles prisons et les plus longues peines qu’Ottawa veut imposer, a-t-il ajouté.

Car il n’y a pas que des adolescents en cause. Au moment même où la criminalité baisse partout au pays, le C-10 modifierait neuf législations pour imposer des manières de faire – des peines minimales automatiques d’empri­sonnement, par exemple, pour les crimes liés à la possession de marijuana ou aux agressions sexuelles – qui feraient exploser la demande de juges, de procureurs, de prisons supplémen­taires ! Les peines de deux ans moins un jour étant purgées dans les prisons provinciales, tout cela coûterait aux provinces des centaines de millions de plus chaque année.

Si l’objectif du gouvernement Harper est de protéger la société – et non de plaire à ses électeurs plus idéologues -, il entendra la voix de la raison. Des procureurs québécois ont déjà préparé des formulations qui lui permettraient d’adapter le projet de loi sans perdre la face. Tout n’est pas mauvais dans le C-10.

Depuis bientôt 100 ans, au Québec, la réinsertion a fait ses preuves. La condamner à partir de cas rares et extrêmes d’échec – comme le fait le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu – est désolant. La réinsertion sert le plus grand nombre et coûte moins cher. L’expérience québécoise le prouve. C’est au Québec que la répression des mineurs est la moins sévère. Ici aussi que le taux de récidive est le plus bas, le taux de criminalité le moins élevé. (À moins qu’ail­leurs au Canada on ne soit génétiquement plus délinquant ?)

Si Ottawa s’entête, Québec devrait opter pour la résistance passive.

Notre système prévoit que le ministre de la Justice donne des orientations à la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Le ministre Fournier pourrait donc, « dans le but d’éviter des dépenses extravagantes », demander à la DPCP « d’éviter d’utiliser les nouvelles dispositions ». Si les procureurs du Québec ne les invoquent pas, les juges n’auront pas l’option de les appliquer. Ce ne serait pas la première fois que le Québec serait distinct.

 

 

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