Retour à Maillardville

Le « village gaulois » de la Colombie-Britannique vient de fêter ses 100 ans. Et compte sur les prochains Jeux de Vancouver pour trouver un nouveau souffle.

Le « village gaulois » de la Colombie-Britannique vient de fêter ses 100 ans

Si vous roulez trop vite, vous allez le manquer. Caché derrière les commerces et services de l’avenue Brunette – passante comme une autoroute avec ses quatre voies -, le cœur de Maillardville échappe en effet au regard du voyageur pressé. Ce quartier de la ville de Coquitlam, à 30 minutes de Vancouver, ne figure même pas dans les guides touristiques. Et pourtant, sous ses dehors de banlieue ordinaire, cette enclave francophone de 13 000 habitants mérite qu’on s’y attarde, car elle cache une histoire de courage et de ténacité, celle des pionniers canadiens-français, québécois surtout, qui s’y sont installés voilà 100 ans.

Attirés par un salaire alléchant et la garantie d’avoir un terrain et du bois pour bâtir leur maison, plus d’une centaine d’aventuriers s’embarquent à la gare de Montréal, en septembre 1909. Ils sont embauchés par la scierie Fraser Mills, la plus grande de l’Empire britannique. D’autres travailleurs les rejoindront, établissant une communauté francophone très soudée vivant au rythme du sifflet de l’usine et des cloches de l’église. Mais pas docile pour autant : c’est ici qu’écloront les premières luttes syndicales de la Colombie-Britannique, de même que les revendications pour les droits des écoles catholiques francophones.

Et aujourd’hui ? Maillardville – du nom de son premier curé, Edmond Maillard – résiste encore. Certes, avec le départ des jeunes générations, le français a décliné depuis les années 1970-1980 : alors que 10 % de la population du quartier parle toujours la langue des pionniers, moins de 3 % des 125 000 habitants de Coquitlam, qui l’englobe, sont francophones. Aussi, les Maillardvillois comptent bien profiter des Jeux olympiques de Vancouver pour se faire connaître et attirer touristes et nouveaux venus.

Johanne Dumas y travaille fort. À la tête de la Société francophone de Maillardville (créée en 1983 pour promouvoir le fait français), cette énergique Québécoise de 53 ans, installée dans la région depuis 15 ans, se bat pour la revitalisation du quartier. C’est en bonne partie grâce à elle que Maillardville deviendra le Village international de la Francophonie pendant les Jeux. À cette occasion, une « cuvée » spéciale de son Festival annuel du bois, qui aura lieu du 11 au 28 février 2010, célébrera en musique les traditions « canadiennes-françaises ».

« Au-delà des J.O., notre ambition est de redonner à Maillardville son cachet unique en Colombie-Britannique en attirant des boulangeries-pâtisseries, des cafés-terrasses et des boutiques à saveur francophone, dit Johanne Dumas. Un travail de longue haleine, qui ne sera pas terminé avant 10 ou 15 ans. » Il est tout de même bien enclenché. En 2007, la Société francophone de Maillardville a décroché des subventions, notamment du ministère fédéral de la Diversification de l’économie de l’Ouest, totalisant 420 000 dollars, pour l’embellissement du quartier.

Dans les rues qui portent les noms des premiers arrivants (Bégin, Cartier, Therrien…), les maisons ancestrales en bois, avec galeries, vérandas et toits à pignon rappelant ceux des villages québécois ont été rafraîchies. Même chose pour l’église Notre-Dame-de-Lourdes, qui trône au square Laval. Quant à l’ancienne scierie, on prévoit construire à son emplacement des tours d’habitation et des maisons en rangée pouvant accueillir de 7 000 à 8 000 personnes – à des prix bien moindres qu’à Vancouver -, une promenade au bord de l’eau, des parcs, des boutiques et des bureaux. Enfin, des panneaux bilingues rappellent l’histoire du village, qui arbore son nouveau logo au « M » fleurdelisé.

On n’y trouve toutefois pas encore de commerces francophones : même le French Quarter Pub n’a de « French » que le nom. Mais le maire de Coquitlam, Richard Stewart, veut que ça change. Élu à la fin de 2008, ce francophone de Maillardville était à Paris et à Bruxelles en novembre dernier pour participer à Destination Canada, forum sur l’emploi qui vise le recrutement de travailleurs et d’entrepreneurs francophones. « Beaucoup de candidats à l’immigration croient qu’il n’y a des francophones qu’au Québec, dit-il dans son français mâtiné d’anglais, typique des gens du coin. Nous voulons les encourager à s’établir chez nous. » Des démarches similaires devraient être entreprises auprès des Québécois.

Les aînés qui se retrouvent au Centre Bel Âge, une association amicale, regrettent le temps où le Tout-Maillardville vivait en français. Mais beaucoup se réjouissent tout de même que leurs petits-enfants parlent toujours leur langue. Car l’avenir de la collectivité se joue aussi à l’école des Pionniers de Maillardville, qui accueille 400 élèves, de la maternelle à la 12e année. « Je suis fier d’être francophone, dit Edgar Gallant, 16 ans. Si je n’allais pas à l’école en français, j’aurais peur de perdre mon identité. »

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