Retour au bureau, retour à la normale ?

Vous vous étiez habitué à travailler à la maison, mais voilà que votre employeur annonce un retour au bureau progressif… et obligatoire. Il est normal d’avoir des craintes. Voici à quoi vous attendre.

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La campagne de vaccination va bon train et le nombre de cas de COVID-19 ne n’est plus ce qu’il était à l’automne et l’hiver derniers. Il n’est donc pas étonnant que les employeurs du Québec soient nombreux à vouloir rappeler les troupes au bureau dès septembre. Or, un sondage publié en juin 2021 par Canada Vie révèle que près de 46 % des Canadiens craignent de contracter le virus s’ils remettent les pieds dans leur milieu de travail. La résistance au fameux métro-boulot-dodo constitue donc un défi de taille. 

Entretien avec Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, pour qui le succès de ce retour à une certaine normalité passe par la transparence, l’esprit d’innovation… et la nécessité de répéter les messages !

Dans quel état d’esprit sont les travailleurs devant la perspective d’un retour au travail en présentiel ?

Au cours de la dernière année, plusieurs ont vécu des drames épouvantables, comme des pertes d’emploi, de l’insécurité financière et des deuils. Les répercussions ont été nombreuses, bien au-delà du stress. La plupart des organisations joueront donc de prudence, et tous, gestionnaires comme employés, devront manifester la même solidarité que celle déployée lors des pires moments de la pandémie. 

Même si les organisations considèrent qu’il est temps que les travailleurs reviennent au bureau grâce au progrès de la vaccination et à l’allègement des règles sanitaires, elles devront faire preuve de souplesse. C’est l’occasion de mettre en place des modèles hybrides qui vont tenir compte des demandes des employés de même que des limites liées aux caractéristiques de leur organisation. Car tous s’entendent : c’est un modèle à élaborer non pas pour l’automne, mais pour les prochaines années.  

Depuis quelques mois, certains travailleurs sont de retour au bureau. Qu’observe-t-on chez ceux et celles qui sont déjà à leur poste ?  

Le danger, pour ceux et celles qui sont déjà revenus, c’est de baisser la garde, de céder à un certain relâchement des mesures sanitaires. D’autant plus qu’ils sont pour la plupart vaccinés. Cela entraîne des comportements un peu moins sécuritaires, comme le port moins fréquent du couvre-visage ou un lavage des mains moins systématique. Appréhendant cela, d’autres travailleurs encore à la maison peuvent être réticents à retourner sur les lieux de travail. N’oublions pas que certains d’entre eux n’ont pas mis les pieds au bureau, dans un autobus ou dans un wagon de métro depuis mars 2020.

Pour aplanir ces difficultés, la solution passe par l’adoption d’un modèle hybride. Mais il ne suffit pas de répartir le temps de travail entre la maison et le bureau. Il faut aussi établir un horaire variable et étendu pour réduire le nombre de personnes en même temps sur les lieux de travail et permettre à plusieurs d’éviter les heures de pointe dans les transports collectifs. 

Cette stratégie de retour doit également comprendre une signalisation adaptée sur les bons comportements à adopter, de même qu’une réorganisation des bureaux pour que les gens ne soient pas trop près les uns des autres.

Tous ces changements reposent-ils uniquement sur les épaules de l’employeur ?

Non, mais de manière générale, l’employeur a l’obligation de protéger la santé et la sécurité de ses employés sur les lieux de travail, et la propagation de la COVID-19 fait partie de ces nouvelles réalités. La direction est donc tenue de déterminer, contrôler et éliminer les risques liés au virus pour l’ensemble du personnel, car il y aura toujours des gens un peu téméraires devant le virus, ou réticents au port du couvre-visage ou au lavage fréquent des mains. 

On peut former un comité de travail regroupant des gestionnaires, des membres de la direction et des représentants du personnel ou du syndicat. C’est cette instance qui va éclaircir les politiques relatives aux absences au travail, rédiger un protocole concernant l’apparition de symptômes et créer le registre des personnes présentes, par bureau et par jour, afin de savoir qui contacter en cas d’éclosions.  

L’important, c’est de toujours mettre les gens à contribution dans les réflexions, de faire preuve de transparence, et de comprendre qu’il faudra répéter les consignes sanitaires afin qu’elles soient claires pour tous et intégrées. Le personnel ne saluera probablement pas la nouvelle politique avec une ovation, mais il sera bien informé.

Comment un employé qui craint pour sa sécurité ou se sent désavantagé devrait-il aborder ces questions avec les gestionnaires ?

Je vous l’accorde, ces situations recèlent un grand potentiel de malaises. On prévoit déjà des tensions en ce qui concerne la vaccination, parce que c’est un choix individuel. Des employés inquiets pour leur sécurité n’hésiteront pas à poser des questions assez directes à leurs collègues à ce sujet. D’autres vont penser qu’il y a des injustices s’ils constatent que certains ont reçu la permission de rester chez eux à temps plein.

Il faut toutefois garder en tête que l’employeur est tenu de respecter le droit à la vie privée de ses employés. Dans le cas d’un travailleur qui serait constamment en télétravail ou isolé des autres par mesure de précaution, soit parce qu’il habite avec une personne immunosupprimée ou parce qu’il vit dans un foyer multigénérationnel, le gestionnaire ne pourrait divulguer la raison que si l’employé en question est d’accord.

Ce serait différent si la santé d’un travailleur était en jeu à cause du statut vaccinal d’un collègue, par exemple. Le devoir de protection envers l’employé vulnérable l’emporterait sur le droit à la vie privée d’un autre.

En cas de problème, vers qui se tourner pour porter plainte ?

Si une personne ou un service est déjà responsable de la gestion des plaintes, c’est vers elle ou celui-ci qu’il faut se tourner. On peut aussi se référer à son superviseur ou à un conseiller en ressources humaines.

Note de la rédaction: le 2 août 2021, la version originale de cet article a été modifiée pour retirer un renseignement erroné au sujet de la distanciation physique requise dans les milieux de travail intérieurs.

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Contrairement à ce que qui est mentionné la distanciation en milieu de travail est demeurée à deux mètres, selon les exigences de la CNESST. Les informations conflictuelles rendent la tâche compliquée pour les employeurs qui doivent convaincre et harmoniser tous les camps.

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Bonjour Monsieur Pinard,
Merci pour votre message. Nous avons corrigé l’article.

Cet article parlé du retour obligatoire au bureau comme si c’était normal et incontestable. Pourquoi accepter de revenir aux embouteillages et aux milliers d’heures perdues en déplacement comme si c’était inévitable? C’est le temps de dire non, en masse.

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Première phrase de l’article : « La campagne de vaccination va bon train et les cas de COVID-19 sont en baisse constante ». Cette affirmation est erronée puisque le Québec marque une hausse constante de contamination : « La tendance est ainsi en hausse de 43 % sur une semaine. » dit-on dans La Presse aujourd’hui le 2 août. Une statistique qui risque de susciter bien des questionnements sur notre sentiment de sécurité face à un retour sur les lieux de travail.

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La suggestion de communiquer avec son supérieur ou un/une responsable en ressources humaine est complètement absurde. La personne qui a écrit cet article n’a certainement aucune connaissance de l’enjeu des cadres dans les grandes entreprises privées!

Le superviseur protège ses fesses et les ressources humaines font la sourde oreille ou essai simplement de nous « éliminer ». J’ai travaillé pour plusieurs compagnie multinationale comme cadre intermédiaire et par la suite cadre supérieur. Dont Bombardier aéronautique qui est la pire compagnie des « petits amis » que j’ai connu!!

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