« Revenez au centre-ville ! » #not

Supplier les travailleurs de revenir bosser au centre-ville : c’est ça, le plan de la mairesse pour relancer la métropole ?

Photo : Daphné Caron

Je ne sais pas trop comment le dire : J’aime Montréal ? Je l’aimais ? 

J’ai toujours vanté le charme et les vertus de Montréal. Je ne suis pas (encore) prête à la quitter pour une de ces régions appréciées cet été, et certainement pas pour la banlieue. Où irais-je ? Mais, pour la première fois de ma vie, moi, Montréalaise pur jus, je n’aime pas ma ville, et ne suis pas certaine d’aimer son avenir. 

Je ne parle pas ici de l’avenir politique de la Ville, qui s’en va, à vélo, vers un dogmatisme fait de sourires, de cônes orange et de pistes cyclables enfoncées dans la gorge de nombreux citoyens. Quoique… La mairesse, pour relancer le centre-ville, n’a eu d’autre plan que de demander encore plus d’argent à Québec et de nous supplier d’y revenir. Ce qui traduit un désespoir, un manque de flair politique (entendez-vous les citoyens du Québec dire : « Quoi ? On va encore donner de l’argent à Montréal pour qu’elle construise d’autres es**** de pistes cyclables ? ») , et surtout, un manque de vision. 

Car voilà, lorsque l’élue nous implore de revenir à Montréal, que dit-elle ? Revenez travailler au centre-ville, revenez vous divertir, revenez participer au légendaire esprit festif de Montréal ? C’est ça, sa solution à ce qu’on vit présentement et qui va avoir un effet durable non seulement sur la métropole, mais sur plusieurs grandes villes dans le monde ? C’est sa solution, alors que Montréal est polytraumatisée et sous antibiotiques ?

La question que se posent les villes comme Montréal dont l’image de marque est fondée sur le tourisme, la gastronomie, la culture, la « joie de vivre », c’est comment faire pour redevenir, dans un avenir pas trop lointain, le poumon économique qu’elles étaient. La réponse « Revenez, svp » est pathétique. Même si on échappait par miracle à une deuxième vague et à un reconfinement localisé qui laisserait la ville épuisée, celle-ci en aurait pour des années à se remettre économiquement du printemps 2020 et de ses conséquences multiples sur nos habitudes de vie. 

La popularité du télétravail ne diminuera pas. Des aménagements du temps seront certes nécessaires, une présence physique minimale étant profitable pour construire une dynamique d’équipe. Mais patrons comme employés y trouvent leur compte là où c’est jouable. Déjà que la ville perdait son attrait (combien d’entreprises, dont la mienne, ont déménagé en banlieue, où les loyers sont moindres, et les chantiers moins empoisonnants), avec la pandémie, le clou est enfoncé. Un retour en arrière sera impossible. Les tours du centre-ville seront orphelines pour un « boutte ». 

L’habitude du travail à distance va rendre moins séduisante l’idée d’attendre l’autobus à 6 h 30 le matin en février, ou de s’entasser dans un minuscule appart hors de prix sur Le Plateau. Non seulement les grandes villes deviennent un obstacle à la distanciation physique des travailleurs, mais la vie culturelle est désormais possible partout en banlieue. Les grandes villes comme Montréal ayant misé sur leur image de culture et de party font face au fait que, pour plusieurs de ses habitants, la pandémie a été un révélateur. L’exode vers la banlieue (et même au-delà) s’accélère. De juin à août, on a vu une augmentation de 41 % des transactions immobilières dans les régions autour de Montréal, contre 20 % dans le 514. Désormais, les citadins ont soif d’espace, envisagent de vivre différemment, et remettent en question ce besoin de densité.  

On touche ici un paradoxe sur lequel les urbanistes devront travailler : les villes sont un obstacle à la distanciation physique. Les nouvelles pandémies et la façon d’y répondre favoriseront-elles ce qu’on dénonce depuis des années, soit l’étalement urbain, la voiture individuelle, les inégalités sociales et économiques ? Les politiques de densification des dernières années semblent bien mal adaptées à la nouvelle réalité dont nous ne sommes pas près de sortir.

Il y a quelques années, une théorie populaire disait que les villes allaient supplanter les États. Que leur densité, leur culture, leur richesse et leur audace en faisaient des lieux de souveraineté qui pouvaient tenir tête à des États rétrogrades, être des remparts de progressisme et de pensée environnementale. Certaines villes américaines comme Seattle en ont fait la démonstration. Montréal flirtait avec cette idée. Mais c’est l’inverse qui se produit un peu partout ces temps-ci. Les grandes villes se tournent vers les États, pourvoyeurs et rassurants. Et Montréal n’échappe pas à cette dynamique paradoxale.

Si j’avais 20 ans, je voudrais devenir urbaniste. La réflexion sur l’avenir des villes s’annonce toute une affaire. Notre rapport à elles vient de franchir une étape décisive. Comment se « réinventeront-elles ? » Quel sera leur rôle à moyen terme ? Disons que je n’achèterais pas un condo dans une des nouvelles tours du centre-ville…

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Je ne suis pas un robot

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Bonjour Mme Bazzo,
Je suis tellement d’accord avec vous. Moi aussi j’aimerais me recycler en urbaniste! Les beaux projets de nos élus municipaux tiennent compte d’une idéologie dépassée. Ils veulent du monde en ville, mais laissent les entrepreneurs construire des édifices en hauteur avec des appartements pour personnes seules! On ne calcule pas les espaces par nombre d’habitants mais par nombre de portes dans les projets résidentiels!
Le transport en commun n’est pas fait pour tous le monde: les vieillissants, les personnes malades, les familles de plus d’un enfant à transporter aux multiples activités obligeant à des équipements, les visiteurs de l’extérieur qui viennent souper ou passer la nuit. Et l’intention de faire de l’argent avec les stationnements primant sur tout. Le problème est à Montréal mais aussi dans plusieurs autres villes. Jadis, j’allais souvent à Montréal voir mes amis, les spectacles et les musées. Je ne peux plus marcher longuement pour faire les trajets entre autobus, corridors de métros et stationnements éloignés des endroits où je désire aller.
Résultats, je ne vais plus à Montréal et rarement dans le centre-ville de Québec et Gatineau. Avec la pandémie et le télétravail, cela ne fait qu’augmenter l’absence d`êtres humains dans les centre-villes. Ce qui va devenir intéressant, ce sera le petit café du coin dans les quartiers résidentiels, et les centres d’achat avec leur stationnement gratuit et les possibilités de s’asseoir à l’intérieur et d’y rencontrer des gens va faire disparaître les centres villes.
Ici, à Gatineau, un des centres d’achat attire des joueurs de cartes et des jaseux tous les jours. Ils ont adopté un coin de la foire alimentaire. Les voir et les entendre rire est un plaisir. Je ne joue pas aux cartes, mais j’aime entendre des êtres humains en prenant un café et en lisant dans le brouhaha. Il y a de la vie.
À vouloir faire trop d’argent dans les centres villes, les villes vont au contraire s’appauvrir.
Bien long commentaire pour vous dire que j’aime beaucoup vos chroniques et votre vision du monde.
En passant, votre suggestion de Le Crépuscule de la Yellowstone, de Hamelin à Bonsoir bonsoir est fantastique. Je suis à le lire et j’aime beaucoup!

Voici un article très intéressant qui élargi notre champ de réflexion et pose très clairement la question de l’aménagement urbain, tout comme l’occupation du territoire et le rôle des villes dans la répartition des pouvoirs.

Disons d’entrée de jeu, dans l’histoire du monde que nombre de villes se sont construites, modelées ou remodelées au rythme des épidémies ou de toutes sortes de maladies.

J’ajouterai une petite somme de réflexions suivant lesquelles, il ne faut plus considérer les villes sous la forme administrative qui existe actuellement. Il faut penser une ville élargie. Considérer Montréal et sa région comme un tout. Il faudrait habiter les villes de nouveau. Ce qui implique une réflexion sur le logement, les conditions d’accès au logement et ce que doivent dépenser les gens pour déjà pouvoir vivre en ville.

Les espaces communs devraient être aménagés de manière à réduire les impacts négatifs du réchauffement climatique. Penser la ville « convivialement » et moins « consuméristement ».

Il faudrait aussi remettre en fonction l’artisanat et de petites entreprises productives d’économie sociale et/ou coopératives. Il faut recréer un tissu urbain diversifié lorsque la richesse de Montréal s’est largement transférée aux services depuis quelques décennies. Une tendance canadienne d’ailleurs qui gagnerait à être inversée.

Il est essentiel dans un plan économique de relance globale, de mettre le paquet pour permettre aux startups de construire leur chemin. C’est notre avenir qui en dépend.

N’oublions pas qu’une ville cela se construit, ce qui veut dire qu’il faut porter un soin particulier à l’architecture. Vivre une ville, c’est en aimer sa beauté. Finalement, Montréal gagnerait à adopter un plan d’aménagement et de développement cohérent. Ce qui signifie des pouvoirs étendus (voire partagés) aux collectivités locales et territoriales.

Pour parvenir à cela, peut-être faudrait-il reconsidérer le partage, la répartition des pouvoirs et la forme structurelle de l’État. Autant dire que tout cela, ce n’est ni pour aujourd’hui, ni même pour demain. Mais on peut toujours rêver… faute de mieux.

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Il est facile d’aménager une banlieue dans un champ. Le seul problème est la CPTA. Dans un tissu urbain en place depuis des centaines d’années, ça donne des cônes orange.
Et puis, diminuez de 75% toutes les statistiques sur le travail à la maison. Très peu de travailleurs ont la discipline nécessaire pour exercer ce type de travail et, à long terme, je ne parle pas de l’isolement social, des conditions de travail imposées, de la surveillance et des quotas …

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Ce qui me frappe le plus dans une ville comme Montréal c’est l’absence de nature, en particulier dans le centre-ville. Si l’humain a besoin de la nature pour conserver son équilibre, alors pourquoi fait-on tellement d’efforts pour l’éradiquer ? La ville c’est l’asphalte, le béton, le verre et l’acier… La chaleur y est souvent insupportable en raison de l’absence de végétation en été et l’hiver est glacial d’humidité.

Maintenant, la cerise sur le sundae : la pandémie fait que l’autre devient une menace et qu’on doive garder nos distances… c’est l’antithèse de la vie en ville.

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Arrêter les suspensions des contrats de travail dans des entreprises en bonne santé serait également un moyen de faire revenir les travailleurs.

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Bien d’accord avec vous.

Cette administration ne vit pas dans le monde « réel ». Qu’on me comprenne, je n’ai rien contre les vélos, les arbres, même les trottoirs pas entretenus (bon, pas le temps, pas d’argent) . Mais il y a une limite! Allez brailler à Québec pour avoir des sous, pour avoir le pouvoir de faire des déficits etc., de demander à l’ensemble du Québec de payer pour « leur vision » de la ville de Montréal. Faudrait réfléchir, surtout en ces temps difficiles pour tous. Montréal, que j’aimais, n’est plus Montréal, le moteur « économique » du Québec. On fuit Montréal.
Le « pdg » ou président du c.a.etc. d’une grande entreprise n’arrivera pas au bureau en Bixi (je n’ai rien contre le Bixi). Tout est à leur avantage d’aller ailleurs, plus pratique moins cher. etc. etc.
Oui mais un jour cela va être beau! Dirait notre « mairie ». En attendant, invivable, inabordable. impossible d’y circuler à pied en vélo encore moins en auto. Allez achetez un fauteuil en vélo… Mais je vais taxer et demander des sous aux Québecois. Oui mais cela va être beau! Et j’irai le dire, dans un grand rire, à l’ONU…
Je me souviens d’une entrevue de Valérie Plante, parue dans un ancien numéro de « L’Actualité », où elle disait à peu près ceci : …j’attends, puis après après je fais ce que je veux…
C’était peu de temps après son élection. J’ai pensé, rassurant pour sa santé car elle n’est pas sourde; mais le reste de la phrase… Pas très rassurant!
Juste pour l’anecdote, dans le courrier des lecteurs il y avait plein de critiques sur « L’Actualité ». Parce que le texte était émaillé d’expression en anglais. Vrai, mais ridicule, on ne faisait que rapporter les paroles de Mme Plante! Elle parle comme beaucoup d’entre nous, moi le premier!

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