Rick Hillier : Mémoires d’un général

Le livre-choc de l’ex-chef d’état-major des Forces canadiennes Rick Hillier, A Soldier First : Bullets, Bureaucrats and the Politics of War (HarperCollins), vient de paraître.

Photo : Tom Hanson / PC

On y retrouve le franc-parler du général, qui aborde la périlleuse mission en Afghanistan, tire à boulets rouges sur l’OTAN, raconte ses relations tendues avec les fonctionnaires et les politiciens d’Ottawa.

En 2007, vous disiez à L’actualité ne jamais vouloir écrire votre biographie. Pourquoi avoir changé d’idée ?

J’avais commencé à écrire un ouvrage sur le leadership et je cherchais un éditeur. Celui que j’ai trouvé m’a dit : « On va le publier si vous nous donnez d’abord une autobiographie. » J’ai donc une entente pour deux livres.

Pourquoi voulez-vous parler de leadership ?

En occupant des postes de commandement et lors de missions dans le monde, j’ai mis en application des concepts qui peuvent être utiles à tous les dirigeants, pas seulement aux militaires. Surtout, je veux parler du leadership en temps difficiles. Je pense pouvoir enseigner comment agir quand tout se corse, quoi faire et ne pas faire. Deux exemples. D’abord, la crédibilité, qui doit être le point d’appui du leader. S’il accomplit des gestes qui ne sont pas en accord avec son discours, il se nuit. Ensuite, tout doit être axé sur les gens autour de lui. Il faut oublier le système, le processus, et inspirer les gens, leur donner les moyens de leurs ambitions, sans craindre qu’ils nous fassent de l’ombre.

Vous écrivez qu’on devrait séparer les Forces du ministère de la Défense à cause de l’inefficacité des fonctionnaires. Vous pensez à une société d’État militaire ?

Non. Mais l’armée devrait être plus autonome dans sa gestion budgétaire. On devrait créer un bureau d’achats militaires pour accélérer le processus d’acquisition, qui est trop lent. Ce manque d’efficacité est frustrant quand on a besoin d’équipement approprié.

Une telle autonomie ne serait-elle pas contraire à la supervision civile?

Il n’est pas question d’enlever des pouvoirs au ministre, qui resterait responsable des Forces. Si on est capable d’avoir une chaîne de commandement qui va du premier ministre au ministre, puis au chef d’état-major, quand il est question de missions – donc, de mettre la vie de gens en jeu -, pourquoi n’en aurait-on pas une pour le budget et les acquisitions ? La structure serait plus efficace si on donnait davantage de pouvoir au chef d’état-major, qui rendrait toujours des comptes au ministre de la Défense. Et je pense qu’on a un très bon système de supervision au Canada, notamment grâce à la vérificatrice générale.