Royaume-Uni : là où la guerre des générations a commencé !

Le Royaume-Uni glisse rapidement vers une gérontocratie — une société contrôlée par les vieux, s’indigne Liz Emerson, cofondatrice de l’Intergenerational Foundation.

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Photo : Anna & Michal/Flickr

Ignorés par des politiciens obsédés par la chasse au «vote gris», les jeunes Britanniques risquent de devenir une «génération sans espoir». C’est le cri du cœur lancé par Liz Emerson, cofondatrice de l’Intergenerational Foundation, un organisme sans but lucratif qui publie annuellement, depuis quatre ans, un «indice d’équité entre les générations».

Basé à Londres, cet organisme a été une source d’inspiration pour les auteurs du Budget des jeunes, Alexis Gagné et Christian Bélair, avec qui L’actualité s’est associé pour réaliser le tout premier indice québécois d’équité intergénérationnel, l’an dernier.

S’ils font face à des défis semblables à ceux du Québec, les jeunes Britanniques semblent dans une position nettement plus précaire, selon Liz Emerson. L’actualité l’a jointe à Londres.

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Liz Emerson

Comment vos idées sont-elles reçues par les politiciens ?

Quand nous avons mis sur pied notre fondation, le terme «équité intergénérationnelle» avait besoin d’être expliqué au Royaume-Uni. Nous avons consacré les quatre dernières années à le faire. Nous étions d’abord perçus comme des «parias» qui remettaient en cause le statu quo, mais aujourd’hui, il est devenu acceptable de débattre de cette notion d’équité. Le sujet est particulièrement pertinent, étant donné que les campagnes électorales semblent de plus en plus se fracturer selon des lignes générationnelles. Puisque les jeunes sont peu nombreux et qu’ils sont moins enclins à voter, les politiciens chassent le «vote gris». Les conservateurs ont multiplié les annonces électorales pour les personnes âgées et n’ont pas hésité à cibler les jeunes dans leurs mesures d’austérité.

Quels sont les principaux enjeux ?

On essaie de maintenir un service de santé public et gratuit, au moment où notre population vieillit rapidement et vivra longtemps avec des maladies chroniques. Au Royaume-Uni, une série de services publics (benefits) vous sont accordés quand vous atteignez un certain âge — transport en commun, médicaments et soins des yeux gratuits, régime de retraite et déductions fiscales, etc. Tous ces avantages universels coûtent plus de cinq milliards de livres (près de 10 milliards de dollars canadiens) par année. Les jeunes générations devraient-elles payer davantage de taxes et d’impôts pour financer ces services, quand on sait que deux millions de personnes âgées de plus de 60 ans ont des actifs qui dépassent un million de livres sterling ? En Grande-Bretagne, la plupart des services publics sont désormais modulés en fonction des revenus… sauf ceux qui sont offerts aux personnes âgées. Nous, ce qu’on réclame, c’est que tous les citoyens soient traités de la même façon. Le critère principal pour obtenir ou non un service public devrait être le besoin, pas l’âge des gens.

Qu’avez-vous pensé des conclusions de l’Indice québécois de l’équité entre les générations ?

J’ai été très surprise de lire que les jeunes Québécois avaient un meilleur niveau de vie que les baby-boomers. Je me suis même demandé si mon français était rouillé ou si j’avais mal lu. L’une des personnes citées dans votre texte évoque le fait que les jeunes d’aujourd’hui ont accès à des téléphones cellulaires et des ordinateurs portables. Mais pourriez-vous obtenir un emploi sans ordinateur, sans cellulaire et sans connexion Internet en 2015 ?

À mon avis, les jeunes Canadiens et les Britanniques font face à des problèmes semblables, liés au vieillissement de la population. Une des différences, c’est que vous avez un régime de retraite public mieux financé qu’en Grande-Bretagne. Vous vivez aussi un boum immobilier qui fait monter le prix des maisons. Mais ici, dans certaines régions du pays, un salaire de 200 000 livres (400 000 dollars canadiens) — un niveau digne des banquiers — ne vous permet même pas d’accéder à la propriété !

Malheureusement, les préoccupations des jeunes et des futures générations sont ignorées par les politiciens, qui ne s’intéressent qu’au présent, pas à l’avenir. Le Royaume-Uni glisse rapidement vers une gérontocratie [une société contrôlée par les vieux]…

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2 commentaires
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Je ne vois pas de guerre. Une guerre, c’est lorsque les deux parties se tirent dessus. Lorsqu’une seule partie tire sur l’autre, ça s’appelle un massacre.

On oublie de dire qu’en Angleterre, les « gérontes » ont combattu le nazisme seuls pendant deux longues années, puis largement contribué à l’effort de guerre des Alliés jusqu’en 1946, pour enfin rembourser la dette nationale en s’alimentant à partir de coupons de rationnement et en sacrifiant leurs économies jusqu’à tard dans les années cinquante. Bien sûr, ils ont eu droit au National Health Service, mais ils l’ont largement payé. Les jeunes ont souvent la mémoire courte.